MONDE

Laridjani : La radication du dossier serait surtout contraire au intérêts de l’Occident


Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, Ali Laridjani qui est également le négociateur en chef dans le dossier nucléaire iranien, a accordé récemment un entretien exclusif à l’agence de presse iranienne MEHR. Dans cet entretien, le négociateur en chef iranien a décrit les détails des quatre tours de ses négociations avec le haut représentant de l’Union européenne pour la politique extérieure et la sécurité, Javier Solana. Ali Laridjani a déclaré que si le groupe 5+1 cherchait vraiment à aboutir à une entente avec la République islamique d’Iran, les négociations effectuées entre lui et Javier Solana pourraient servir de base solide à une telle entente. Pour Ali Laridjani, si l’Europe se laissait influencer comme d’habitude par les Etats-Unis, le résultat en serait la radicalisation de la situation actuelle, chose qui serait selon lui, plutôt contraire aux intérêts de l’Occident qu’aux intérêts nationaux de la République islamique d’Iran. Dans cette interview, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale a mis en garde contre toute politique d’intimidation et de menace à l’encontre de l’Iran dans son dossier nucléaire. Il a insisté sur le fait que la politique de la carotte et du bâton ne serait pas une politique constructive, d’autant plus que la ratification de toute résolution anti-iranienne par le Conseil de sécurité des Nations Unies rendrait encore plus difficile la possibilité d’une entente réciproque. Le fait que l’Occident se montre désireux d’une coopération à long terme avec la République islamique d’Iran nécessite en fait une prise de position plus souple de la part des pays membres du groupe 5+1. Dans ce cadre, Ali Laridjani insiste sur le fait que la tenue des négociations sous les pressions des Etats-Unis ne serait pas apte à assurer la souplesse dont les deux parties auraient besoin. Voici le texte intégral de l’entretien du négociateur en chef iranien accordé à l’agence de presse MEHR.


mehrnews.com
Samedi 21 Octobre 2006

    Laridjani : La radication du dossier serait surtout contraire au intérêts de l’Occident


MEHR – M. Laridjani, vous avez participé à plusieurs tours de négociations avec le haut représentant de l’Union européenne pour la politique extérieure et la sécurité, Javier Solana. Que s’est-il passé au cours de ces négociations ?



Ali Laridjani – Nous avons participé à quatre tours de pourparlers, avec M. Solana. Nous nous sommes donc discutés de 18 à 20 heures. Dans ces pourparlers, nous avons essayé de nous concentrer essentiellement sur les bases d’un accord à long terme. Nous sommes arrivés à de bonnes conclusions dans de divers domaines.



MEHR – Pourriez-vous nous expliquer le contenu de ces accords et des sujets de discussion en général ?



Ali Laridjani – Il s’agissait surtout de deux questions importantes autour du dossier nucléaire de la République islamique d’Iran. En effet, ce sont deux questions qui sont devenues des obsessions permanentes pour les deux parties. En premier lieu, il s’agit des soupçons exprimés part la partie iranienne en ce qui concerne le comportement de l’Occident vis-à-vis du programme nucléaire civile iranien. En effet, on à l’impression à Téhéran que l’Occident cherche d’une manière ou d’une autre priver les Iraniens d’avoir accès à la technologie nucléaire civile et au cycle du combustible atomique. En effet, pendant ces deux dernières années, les prises de positions et les pressions des Européens pendant les négociations avec l’Iran ont renforcé ces méfiances auprès des responsables iraniens. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, chaque fois que la partie occidentale parle de la « suspension », cela suscite la sensibilité extrême des autorités iraniennes. En second lieu, les pays occidentaux insistent toujours sur le fait qu’ils veulent s’assurer qu’il n’y a aucune dérive vers le nucléaire militaire, dans les activités pacifique de la République islamique d’Iran. Naturellement, tout au long de nos pourparlers avec M. Solana, nous nous sommes penchés essentiellement sur ces deux questions importantes. Nous avons réussi pourtant à trouver une base logique et équitable pour résoudre ces deux problèmes. Par ailleurs, Téhéran a bien prouvé pendant ces pourparlers qu’il est tout à fait sérieux et qu’il souhaite vraiment mettre fin aux différends. Pourtant, j’estime que nous aurions pu espérer des résultats plus positifs et plus clairs.



MEHR – Etes-vous arrivé avec les Européens à un résultat tangible, en ce qui concerne la proposition de Téhéran de créer un consortium international avec la participation de la France ?



Ali Laridjani – Je ne sais pas pourquoi les médias ont parlé d’une participation française à un tel consortium. En effet, nous n’avions pas du tout insisté sur la participation de la France, mais nous avions tout simplement proposé l’idée de la création d’un tel consortium international pour regagner la confiance de la communauté internationale. Nous n’avions pas du tout parlé, à ce stade-là de la composition des pays qui pourraient participer à ce consortium.



MEHR – Cependant beaucoup pensent en Iran que les vraies intentions de l’Occident sont très différentes des privilèges et des propositions incitatives qu’ils avancent pendant les négociations. Qu’en pensez-vous ?



Ali Laridjani – Si cette hypothèse était vraie, il faudrait vraiment s’inquiéter des vraies intentions des Occidentaux. Mais nous avons senti autre chose pendant nos pourparlers avec M. Solana. Car nous nous sommes penchés de part et d’autre justement sur ces intentions profondes. Nous avons exprimé, quant à nous, très clairement nos inquiétudes concernant la volonté de certaines puissances à vouloir priver les Iraniens de la technologie nucléaire civile et du cycle du combustible atomique. Nous nous attendions donc à que la partie européenne donne des réponses explicites et transparentes à nos inquiétudes. Nous avons réussi à obtenir certaines réponses convaincantes, et si vraiment le groupe du 5+1 souhaitait un accord global avec l’Iran, je crois que M. Solana et moi, nous avons préparé solidement le terrain à la conclusion des accords plus larges.



MEHR – A l’issue de chaque tour des négociations, vous et M. Solana, vous avez annoncé de part et d’autre que vous étiez contente de l’avancée des discussions. Mais ces derniers jours, nous avons constaté un revirement dans les déclarations des responsables européens. Comment réagissez-vous à ce revirement ?



Ali Laridjani – Vous avez raison. Mais cette prise de position serait peut-être une tactique pour exercer certaines pressions sur la partie iranienne pour obtenir plus de concessions, par le biais d’une guerre psychologique. En tout état de cause, lors des quatre tours de pourparlers avec M. Solana, nous avons réussi à établir une base solide pour la reprise officielle des négociations nucléaires. Mais le revirement européen de ces derniers jours est sans doute le résultat des pressions de Washington, pressions qui étaient en quelque sorte attendues et prévisibles. Nous en avons vu beaucoup pendant ces 27 dernières années. Nous sommes presque sûrs que les Américains ne veulent pas que nos négociations avec les Européens aboutissent à un accord et à un consensus général. Pour mieux comprendre cette attitude des Etats-Unis, il faudrait peut-être examiner de plus près la situation de l’Irak et surtout l’arrogance qui alimente la politique extérieure de la Maison Blanche.

MEHR – Vous avez fait allusion aux tergiversations américaines. Mais Javier Solana a adopté une position assez particulière : d’un côté il se félicite des acquis de ses pourparlers avec vous, mais de l’autre, il se déclare déçu. Qu’en pensez-vous ?



Ali Laridjani – Javier Solana est un diplomate chevronné. Il a fait tous ses efforts, et je tiens à dire, pour ma part, que Solana et moi nous sommes arrivés à certains accords très importants pour que l’Iran et le groupe 5+1 puissent établir leurs négociations sur une base de jeu gagnant-gagnant. Mais pour pouvoir profiter de ces acquis, il faut que les deux parties fassent preuve d’une ferme volonté. Si la partie européenne se laisse conduire par les Etats-Unis, le résultat serait de radicaliser la situation actuelle. Cela ne serait certainement pas la fin du monde, mais porterait atteinte a&u niveau et à l’efficacité de nos coopérations. D’ailleurs, je crois que la radicalisation de la situation actuelle serait plutôt contraire aux intérêts de l’Occident.



MEHR – Certains diplomates parlent de la décision du groupe 5+1 à recourir de nouveau au Conseil de sécurité de s Nations Unies et de demander au Conseil de sécurité de ratifier une nouvelle résolution contre l’Iran. Qu’en pensez-vous ?



Ali Laridjani – Je l’ai dit toujours et je le répète : les résolutions du Conseil de sécurité, les sanctions et les pressions illégitimes et illégales ne pourront jamais amener l’Iran à revenir sur ses positions de principe dans son dossier nucléaire. Par contre, l’Iran a annoncé explicitement qu’en cas de sanctions onusiennes, Téhéran y réagirait fermement. A mon avis, il faut essayer de résoudre les différends par le biais du dialogue et de l’entente, et il faut se préparer à des négociations longues et minutieuses. On aura tort si l’on croit que la politique de la carotte et du bâton pourrait s’appliquer à la République islamique d’Iran. Mais une chose est certaine : si le Conseil de sécurité ratifiait une nouvelle résolution contre le programme nucléaire civil de la République islamique d’Iran, nous ne serions plus au même stade actuelle des négociations. A suivre.


Samedi 21 Octobre 2006

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