Politique Nationale/Internationale

La visite à Téhéran de Poutine


L'interview avec le général Léonid Ivashov, président de ‎l'académie russe des problèmes géopolitiques, ancien chef d'état-‎major interarmes de la Fédération de Russie.


IRIB
Lundi 22 Octobre 2007

 La visite à Téhéran de Poutine
‎-‎ Quelle est votre évaluation de la visite à Téhéran du ‎Président Vladimir Poutine, vu les rumeurs propagées et les ‎campagnes d'intoxication occidentales ? ‎

‎-‎ Du point de vu des questions géopolitiques, on peut dire que ‎cette visite est considéré comme un pas sérieux et stratégique ‎franchi par le chef d'Etat russe, dans le cadre d'un ‎changement, qui a eu lieu, aujourd'hui, à l'échelle mondiale ‎que régionale. On peut considérer, d'un autre point de vue, ‎cette visite comme un événement historique, parce qu'après ‎‎1943, aucun des chefs d'Etat ni de l'ex-Union soviétique ni ‎de la Russie, n'avaient effectué une visite à Téhéran. Ce qui ‎témoigne du nouveau niveau de relations Téhérna-Moscou ‎qui sont d'une importance géopolitique et géostratégique. ‎

‎-‎ Comme vous le savez très bien, des accords ont été signés ‎dans le domaine des coopérations économiques. D'après ‎vous et les milieux d'expertise russe, à quel point cette visite ‎peut-elle être prometteuse pour l'essor des relations russo-‎iraniennes, dans un niveau considérable ? ‎

‎-‎ Avant tout, je veux évoquer l'importance des dimensions ‎géopolitiques et géostratégiques de cette visite. C'est ‎exactement à Téhéran que le Président russe a insisté sur la ‎nature inacceptable de l'ordre unipolaire. Il a insisté, non ‎seulement, sur la nécessité d'un ordre mondial multipolaire, ‎mais aussi, a évoqué la nécessité d'entreprendre des ‎démarches précises pour la création d'un tel ordre. Ce qui ‎s'était passé à Téhéran était un effort pour créer un autre pôle ‎sur la scène de l'influence mondiale. Autrement dit, Poutine a ‎rejeté les allégations des Etats-Unis pour dicter ses desiderata ‎dans la gestion des affaires du monde. Poutine a, exactement, ‎demandé une revivification et une rénovation de la structure ‎de l'ONU et des autres organisations internationales d'autant ‎plus qu'il a critiqué le processus de l'extension de l'OTAN et ‎sa transformation en une structure mondiale. Je veux ‎également ajouter qu'une sorte d'unité est en train d'être ‎créée, dans le bassin de la Caspienne, qui n'accepte pas que ‎les forces ultra-régionales imposent leurs points de vue et ‎conditions sur la région, avec une présence militaire dans la ‎région. Certainement, l'une des questions des plus ‎importantes du Sommet de Téhéran était la question de la ‎stabilité du Moyen-Orient et du Proche-Orient en Asie ‎centrale, au Caucase et dans les autres régions du bassin de la ‎Caspienne. Le Président russe et les autres chefs d'Etat des ‎pays riverains, avec leur participation à ce Sommet, ont en ‎effet, évoqué la nécessité du soutien à l'établissement de la ‎stabilité de la région. Il est par ailleurs évident que les ‎questions économiques sont importantes pour tous les pays ‎de la région notamment la Russie et l'Iran, qui connaît, ‎depuis 1979, les sanctions économiques imposées par les ‎Etats-Unis. Aujourd'hui encore, nous sommes témoins de ‎l'intensification des pressions sur Téhéran, dans le domaine ‎du système financier et de la banque dont le refus de lui ‎octroyer des crédits. Je crois que dans une telle circonstance, ‎la coopération avec la Russie s'avère très importante pour la ‎RII. La Russie peut changer ses politiques gazières et ‎pétrolières, par l'Iran, l'OPEP, le Turkménistan, le ‎Kazakhstan, l'Azerbaïdjan et les autres pays. Une nouvelle ‎zone économique commune voire un marché commun peut ‎être créée qui pourrait apporter des bénéfices économiques ‎pour les Iranien aussi bien que les Russes. Ceci dit, je crois ‎que cette coopération est très importante et peut avoir une ‎influence considérable sur toute la région. Elle pourra, du ‎moins, apporter plus de sécurité pour la région. En menaçant ‎l'Iran, les Américains menacent en effet les intérêts ‎politiques et économiques de la Russie et des autres pays de ‎la région. ‎

‎-‎ Certains médias occidentaux dont russes disent que la visite à ‎Téhéran de Poutine était pour encourager l'Iran à équilibrer ‎ses positions. En tant qu'expert des questions géopolitiques, ‎quelle est votre évaluation ? La visite de Poutine était ‎porteuse de quel message ? ‎

‎-‎ Avec sa présence à Téhéran, Poutine a dit à ‎l'Occident : « Nous soutenons la politique de l'Iran et nous ‎sommes contre toute agression ou attaque militaire qui ‎déstabilise la région et nuise à notre partenaire stratégique sur ‎la scène économique. ». En effet, Poutine a exprimé son ‎soutien à la position actuelle des responsables iranien. Malgré ‎toutes les rumeurs, Poutine s'est rendu à Téhéran. Il savait ‎bien que les rumeurs sur quelconques attentats contre sa vie, ‎étaient un pur mensonge et ne pourraient être que l'œuvre des ‎Etats-Unis, d'Israël ou de la Grande Bretagne. Il a en effet ‎mis en garde l'Occident que la Russie est contre toute ‎pression militaire à l'Iran. ‎

‎-‎ Permettez de s'occuper maintenant des affaires concernant le ‎Sommet de Téhéran. Est-ce que ce sommet dont la tenue a ‎été reportée, à maintes reprises, peut être prometteur pour la ‎solution du reste des questions ?
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‎-‎ Ce n'est pas par hasard si la tenue de ce Sommet a été ‎retardée pendant 5 ans. Parce que les questions essentielles ‎sur le partage de la Caspienne notamment sur le partage des ‎ressources de cette mer n'avaient pas été réglées. La réunion ‎des chefs d'Etat de la Caspienne témoigne de ce que les ‎milieux d'expertise se préparaient pour les questions ‎essentielles. En effet, par leur participation à ce Sommet, ils ‎ont engagé les gouvernements et les milieux d'expertise à ‎examiner et essayer de résoudre le reste des questions. ‎L'autre point important est que les chefs d'Etat des 5 pays ‎riverains de la Caspienne ont crée, volontairement ou ‎involontairement, une sorte d'unité et de coalition qui ‎cherche des objectifs communs. Les autres questions iront ‎donc être résolues.
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‎-‎ Nous savons bien que les pays ultra-régionaux notamment les ‎Etats-Unis regardent d'un oeil particulier au bassin de la ‎Caspienne. Le Sommet de Téhéran a décidé de la création ‎d'une structure économique par les pays riverains et des ‎accords d'ordre sécuritaire ont été conclus pour que le sol des ‎pays de la région ne soit pas utilisé pour des attaques contre ‎les autres pays de la région. La question qui se pose, alors, est ‎à savoir à quel point on peut attendre à ce que la Caspienne ‎reste toujours une question d'ordre régionale ?
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‎-‎ Je crois qu'il y a cet espoir de garder la Caspienne pour tous ‎les pays de la région. Il est évident que les Américains et les ‎Britanniques ne supportent pas voire perdre leurs intérêts ‎dans la région. On peut donc attendre à ce qu'ils intensifient ‎leurs pressions sur la Géorgie et l'Azerbaïdjan pour ainsi ‎aggraver la situation de la région. Je crois, par ailleurs, ‎qu'Eham Aliev a obtenu, lors du Sommet de Téhéran, un ‎soutien sérieux à son pays. J'imagine, égalemet, que la ‎Turquie protestera contre le déploiement des militaires ‎américains et des pays membres de l'OTAN sur son sol. On ‎peut dire donc, que Téhéran a franchi des pas sérieux, du ‎point de vue de l'indépendance régionale et des questions ‎d'ordre sécuritaire. Il aurait été mieux si les 5 présidents ‎avaient engagé les chefs des quartiers généraux des forces ‎interarmes à préparer une doctrine militaire-sécuritaire pour ‎la région, sans se soucier et tenir compte des considérations ‎politiques et seulement pour des objectifs militaires.
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‎-‎ A votre avis, est-ce que les relations russo-iraniennes sont ‎entrées dans une nouvelle étape ?
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‎-‎ Nous l'espérons. Certes, nous vivons, déjà, une nouvelle ‎étape de relations bilatérales. Je me rappelle ma première ‎visite à Téhéran, à la tête d'une délégation militaire. Nous ‎nous étions mis d'accord sur la nécessité des visites ‎effectuées par les ministres de la Défense ; ce qui a été ‎examiné lors d'une assise avec Vladimir Poutine. Je me ‎souviens que le Président a permis non seulement la visite du ‎ministre de la Défense de l'époque mais encore qu'il a invité ‎le Président Khatami à Moscou. C'était un pas en faveur de ‎la promotion des relations. Après, il a donné l'ordre de ‎l'abandon de l'accord Gore-Chernomyrdin, ce qui a été le ‎début des coopérations technique-militaire russo-iraniennes. ‎Et nous sommes aujourd'hui témoins d'une nouvelle étape de ‎relations bilatérales. Le Président russe se rend, ‎personnellement, en Iran, il s'entretiend avec le Président ‎iranien et affirme qu'il s'agit d'un grand pas. Certainement il ‎ne faut pas oublier qu'Israël et les Etats-Unis et certains pays ‎européens ne lésient pas sur aucun moyen pour ternir les ‎relations Téhéran-Moscou et empêcher les relation ‎stratégiques des deux pays. Je crois également que la Russie ‎accuiellerait à bras ouvert l'essor des cooéprations de l'Iran ‎dans le cadre des autres organisations mondiales dont ‎l'Organisation de coopération de Changhaï, qui est, ‎véritablement, un remplaçant de l'Occident.‎

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Lundi 22 Octobre 2007


Commentaires

1.Posté par yodan le 22/10/2007 21:26 | Alerter
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&#8206 ???? un code ?.....lol

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