Palestine occupée

La vision de Bush d'un Etat palestinien : Dépendant d’Israël et surveillé par les grandes puissances


La vision de Bush d'un Etat palestinien : Dépendant d’Israël et surveillé par les grandes puissances
Par Jean Shaoul

L'État palestinien dont parle Bush, si une telle chose voit le jour, est quelque chose qui ne pourrait être imposé aux Palestiniens que par une offensive militaire et politique impliquant les États-Unis, Israël, les puissances européennes et les régimes arabes bourgeois, et en particulier Égypte. Le rôle de Mahmoud Abbas et de l'Autorité Palestinienne (AP) est d'agir en tant que leurs représentants locaux pour transformer les territoires occupés en un protectorat occidental


Lundi 14 Janvier 2008

La presse internationale a, dans sa grande majorité, répétée sans se poser la moindre question chaque mot du président George W. Bush depuis qu’il a mis les pieds au Moyen-Orient, avec des escales en Israël et dans les territoires palestiniens, afin de relancer le soi-disant " Processus de paix" et établir un Etat palestinien d'ici à 2009.

Bush lui-même a déclaré dans une interview à la télévision israélienne que, bien qu’il ne prévoyait pas d'accord de paix global avant de quitter son bureau, «A mon avis, il y aura un accord sur ce à quoi ressemblera un Etat." Il a poursuivi: « Je ne veux pas forcer les choses en raison de mon propre calendrier, mais je crois que le Premier ministre [Ehud] Olmert et le président [Mahmoud] Abbas le veulent. "

L'État palestinien dont parle Bush, si une telle chose voit le jour, est quelque chose qui ne pourrait être imposé aux Palestiniens que par une offensive militaire et politique impliquant les États-Unis, Israël, les puissances européennes et les régimes arabes bourgeois, et en particulier Égypte.

Le rôle de Mahmoud Abbas et de l'Autorité Palestinienne (AP) est d'agir en tant que leurs représentants locaux pour transformer les territoires occupés en un protectorat occidental.

La conférence d'Annapolis de novembre était censée être le début du processus de paix avec l'Autorité Palestinienne du Président Abbas, le dirigeant du Fatah.

Mais la première condition d’Olmert pour toute négociation, c'est qu’Abbas maîtrise les groupes armés, notamment le Hamas et le Jihad Islamique, qui tirent des mortiers et des roquettes sur Israël depuis Gaza. Il a averti à plusieurs reprises qu'il n’appliquerait aucun traité tout pendant que les Palestiniens ne l’auraient pas fait, un message clair envoyé à Abbas pour qu’il lance une guerre civile contre toute opposition à Israël. Si Abbas ne peut pas ou ne veut pas le faire, alors Israël le fera.

Olmert a tenté d’obtenir un accord de Bush pour qu’Israël ait les mains libres afin de mener à bien des opérations contre toute opposition à sa politique en Cisjordanie et à Gaza pendant toute la période des négociations. Toute forme de réconciliation entre l'Autorité Palestinienne et le Hamas, et encore moins un gouvernement palestinien avec des membres du Hamas - un gouvernement d'unité nationale - est hors de question.

Abbas a fait de son mieux pour rendre service. Selon un récent rapport des Forces de sécurité israéliennes, le Shin Bet, les forces de sécurité palestiniennes ont arrêté plus de 250 activistes du Hamas en Cisjordanie depuis le 29 novembre, pour la plupart, à Naplouse et à Hébron, et confisqué des armes.

Certains des détenus appartiennent à des organisations non militaires au sein du Hamas, y compris ses organisations cartitatives. Les services de sécurité de l’Autorité Palestinienne ont également arrêté des militants du Fatah.

Le Hamas a accusé l'Autorité Palestinienne de persécution politique contre son organisation, ses institutions et ses membres. Un porte-parole a décrit la répression comme un coup dur aux efforts déployés par les régimes arabes pour négocier un accord de partage du pouvoir entre le Hamas et le Fatah. Il a accusé l'Autorité Palestinienne de lancer une campagne d'arrestations politiques, qui comprend l'emprisonnement d’enseignants et d’universitaires, pour faire plaisir à Bush.

Depuis Annapolis, Israël a intensifié ses opérations de sécurité, souvent aux côtés des forces de sécurité palestiniennes, contre l'opposition, en organisant des rafles des partisans du Hamas à Naplouse en Cisjordanie. Ce faisant, cela a servi à discréditer l'Autorité Palestinienne aux yeux des Palestiniens pour sa collaboration si ouverte avec les Forces de Défense israéliennes (FDI).

Les détenus palestiniens ont été soumis à des procès militaires dans lesquels, selon un récent rapport rédigé par un groupe israélien des droits de l'homme, Yesh Din, 99,7% de ces accusés ont été condamnés, dont 95% après avoir eu la possibilité d’avoir un chef d’inculpation moins grave s’ils plaidaient coupable. Les audiences se déroulent en hébreu avec une traduction en arabe insuffisante, et dans certains cas elles ne durent que quelques minutes.

Près de la moitié des 9000 prisonniers actuellement détenus dans les prisons israéliennes ont été condamnés par des tribunaux militaires. Yesh Din affirme aussi que l'armée n'a pas enquêté sur toutes les accusations de mauvais traitements infligés aux détenus palestiniens.

Israël a lancé presque tous les jours des incursions militaires dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas d'où il s’est soi-disant retiré en août 2005.

Saeb Erekat, un négociateur palestinien, a accusé Israël d'intensifier les attaques contre les Palestiniens avant la visite de Bush. Olmert a confirmé que les forces de sécurité avaient effectivement reçu l’ordre d’«intensifier les réponses israéliennes» aux attaques à la roquette contre des villes israéliennes du sud depuis la bande de Gaza. Les FDI ont tué deux Palestiniens jeudi, et cinq autres dont deux civils dimanche. Mercredi, premier jour de la visite de Bush, ils ont tué trois Palestiniens.

Bush a déclaré qu'il aborderait le sujet des attaques de roquettes contre Israël avec Abbas. Il a déclaré : «Quant aux roquettes, ma première question au président Abbas sera : « Qu'avez-vous l’intention de faire à ce sujet? "Il sait qu'il n'est pas dans son intérêt que son peuple lance des roquettes depuis une partie de son territoire sur Israël. Vous ne pouvez pas attendre des Israéliens, et je ne l’accepterais certainement pas, d'accepter un état où leurs frontières seraient des rampes de lancement pour des attaques terroristes."

Israël a fermé sa frontière avec Gaza et annulé l’entrée de la quasi-totalité des marchandises, y compris les médicaments, dans le but de monter les habitants de Gaza contre le Hamas. Des centaines de personnes gravement malades sont menacées de mort en raison du manque de soins médicaux et du refus d'Israël de les laisser se rendre en Egypte ou en Israël pour recevoir des soins appropriés.

Le gouvernement israélien a également fortement réduit ses livraisons de carburant et d’électricité, augmentant la crise humanitaire déjà désespérée.

Dimanche, Kanan Obeid, président de l’Administration de l’Energie de Gaza dirigée par le Hamas a déclaré que la bande de Gaza recevait désormais seulement 35% des besoins en énergie pour ses 1,5 millions de citoyens.

La plupart des régions souffraient déjà de coupures d'électricité pendant deux heures par jour, maintenant les habitants de Gaza sont privés d'électricité pendant un maximum de huit heures par jour.

La Cour Suprême israélienne a rejeté les objections des militants des droits de l'homme disant que les réductions de carburant étaient «une violation flagrante du droit international."

La Cour a affirmé que les questions humanitaires n’étaient pas en jeu.


Demandes d’Israel

Israël a exigé que tout futur État palestinien soit une zone démilitarisée, avec une limitation de l’armement pour ses forces de sécurité intérieure. La principale fonction d’un tel Etat serait de rendre la région sûre pour Israël. Les modalités précises en seront définies avec l'envoyé spécial américain sur la sécurité, le Général James Jones, comme convenu à Washington avant le sommet d'Annapolis.

Israël exige aussi aucune restriction sur les vols israéliens dans l'espace aérien palestinien, et le droit de contrôler le passage des frontières.

Il veut qu’une force internationale soit déployée en Cisjordanie et le long de la Route de Philadelphie, à Rafah, près de la frontière sud de Gaza avec l'Égypte, et une force de dissuasion permanente des FDI pour une longue période dans la Vallée du Jourdain.

Ce système serait utilisé en Cisjordanie, en accord avec les Palestiniens, quelle que soit l’importance d’une possibilité d'une invasion en provenance de la Jordanie.

En ce qui concerne une force internationale en Palestine, les puissances européennes, et la France en particulier, semblent être plus que désireux de s'impliquer afin d'obtenir leurs propres positions dans la région, suite à leur participation à la force internationale du Sud-Liban.

L’émissaire de l’Union Européenne au Moyen-Orient, Marc Otte, a indiqué que l'Union Européenne était actuellement "à l'écoute" sur le sujet, en ajoutant : "Nous devons faire en sorte que toutes les parties soient intéressées."

Dans son discours d'ouverture lors de la conférence des donateurs à Paris, le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que la France proposait la mise en place, quand le moment et les conditions seraient réunies, d'une force internationale pour aider les services de sécurité palestiniens. Abbas s'est félicité de sa déclaration, en expliquant que l'Autorité Palestinienne avait déjà accepté le principe d'une telle force.

Le secrétaire israélien aux Affaires Etrangères, Tzipi Livni, a déclaré lors d'une réunion de l'OTAN à Bruxelles le mois dernier que l'OTAN aura un rôle à jouer pour assurer la sécurité si Israël devait rendre le contrôle des terres aux Palestiniens. Elle a déclaré : "Nous sommes maintenant dans un processus qui devrait permettre de renforcer les capacités de l'Autorité Palestinienne à lutter contre le terrorisme à la place d'Israël. Toutefois, on ne peut exclure la possibilité que nous ayons besoin de discuter de ce que pourrait être le rôle de l'OTAN dans un soutien au besoin de changement, de réel changement, sur le terrain. "

Le Hamas n'a pas d'autre alternative à ces machinations impérialistes et a indiqué sa volonté de s'appuyer sur les puissances européennes, en espérant qu'elles agiraient comme un contrepoids aux Etats-Unis et Israël. Il avait précédemment rejeté toute force internationale comme étant "une ingérence flagrante" dans les affaires palestiniennes.

Mais, dans une longue lettre adressée à Sarkozy, Ismail Haniyeh, le premier ministre élu du Hamas qui a été destitué par Abbas, en juin dernier, a exhorté la France à venir en aide aux Palestiniens, en disant que le gouvernement de Gaza était "prêt à coopérer avec tous les efforts internationaux visant à établir la sécurité et la stabilité dans la région ".

Haniyeh a félicité Sarkozy, en écrivant : "Nous avons suivi votre intervention lors de la récente conférence de Paris lors de laquelle nous avons vu beaucoup d’initiatives positives et encourageantes pour mettre fin à l'occupation et rétablir les droits légaux du peuple palestinien et mettre fin à leurs souffrances."

Israël a également exigé que l'Egypte soit plus directement impliquée dans le contrôle des Palestiniens. Il veut que Le Caire contrôle sa frontière avec Gaza et empêche que le Hamas et d'autres militants d’opposition obtiennent des armes via un système de tunnels.

Livni a accusé l'Egypte de ne pas faire assez pour lutter contre la contrebande d'armes. Le mois dernier, le Congrès américain a conditionné l’aide de 100 millions de dollars US accordée à l'Egypte à l’acceptation de ses conditions : la sécurisation des frontières de l'Egypte avec Gaza pour empêcher la contrebande d'armes, une formation supplémentaire des agents de police égyptiens sur les droits de l'homme et des garanties juridiques d’une indépendance de la justice.

La réponse de l'Egypte a été de se conformer aux exigences de Washington. Elle a renforcé ses efforts pour détecter et détruire les tunnels utilisés pour la contrebande d'armes. Le Caire a décidé d'autoriser les ingérieurs du Corps d’Armée américaine à examiner les tunnels et à dépenser 23 millions de dollars d'aide militaire américaine dans des équipements techniques pour détecter les tunnels. L’Egypte a également accepté d'autoriser le personnel de l’armée américaine à entrainer ses forces.

L’Égypte s'est plainte que le contrôle de la frontière avec la bande de Gaza était presque impossible dans le cadre de l’Accord de Camp David de 1978, qui limite le déploiement des Egyptiens à la frontière à un maximum de 750 policiers des frontières. Le Caire a donc demandé que le traité soit modifié de façon à permettre un contrôle de la zone par 3000 hommes appuyés par des hélicoptères.

Bien que la bourgeoisie arabe fasse semblant de s’intéresser à la cause palestinienne, au moins en partie parce qu'elle manipule bien sa propre opinion publique, ses relations de dépendance avec les États-Unis est bien plus importante. Cela permet de déterminer son attitude à l'égard des Palestiniens et des demandes d'Israël.


Israël renforce sa mainmise

Pendant tout ce temps, Israël renforce sa mainmise sur la terre. Il est déterminé à réduire le territoire qui sera remis à toute future entité palestinienne à des cantons non contigus toujours plus petits en Cisjordanie, qui seront tous séparés entre eux et sans contrôle sur leur accès à la bande de Gaza.

Le gouvernement israélien a annoncé la construction de 300 nouvelles habitations à Har Homa, une colonie sur un terrain occupé entre Jérusalem et Bethléem. Cela permettra d'achever l'encerclement de Jérusalem-Est, que les Palestiniens veulent pour capitale, rendant pratiquement impossible les déplacements à l’extérieur de la ville pour les Palestiniens vivant à Jérusalem-Est.

Pour amadouer Abbas à la veille de la visite de Bush, Olmert a décidé de démanteler quelques-unes des plus de 100 colonies « non autorisées » en Cisjordanie. Alors que toutes les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où vivent plus de 460000 Israéliens, sont illégales au regard du droit international, les avant-postes sont supposés ne pas être autorisés même par le gouvernement israélien.

Les avant-postes sont l’héritage d'Ariel Sharon qui, à la fin des années 1990, avait appelé les colons ultranationalistes et religieux à "prendre les collines" afin d'établir une continuité territoriale entre les colonies isolées, empêchant ainsi de rendre les terres aux Palestiniens. Ils se composent généralement de plusieurs dizaines de caravanes sur les collines de Cisjordanie.

Au moins 75 de ces avant-postes ont été construits en partie sur des terrains privés palestiniens et environ 3000 personnes y vivent actuellement, même s’ils ne sont pas tous occupés.

En vertu de la Feuille de route de Bush, Israël était censé avoir cessé toute activité de colonisation et démantelé les environ 50 avant-postes créés après mars 2001. Après le démantèlement de quelques-uns, dont environ la moitié étaient inhabités, le gouvernement Sharon n'a rien fait.

Lorsqu'un dirigeant travailliste israélien, Amir Peretz, devint ministre de la Défense en 2006, il a négocié le retrait volontaire d'un petit nombre de colonies en échange d’une légalisation des autres. Même après que les FDI aient émis "des ordres de démantèlement" pour 13 avant-postes, seuls 3 ont été évacués. En dépit d’un ordre de la Haute Cour, les autres n’ont pas été abandonnés. Dans certains cas, l'évacuation des avant-postes doit être remplacée par des bases militaires.

Le gouvernement israélien a tenté d'interdire la publication d'un rapport établi en 2006 par Baruch Spiegel, à l'époque conseiller du ministre de la Défense, qui détaille l'ensemble des colonies et avant-postes.

Le journal Ha'aretz a indiqué en octobre 2006 qu’une vague de construction avait été menée dans des dizaines de colonies, souvent sans permis de construire.

Selon un rapport sur les avant-postes d'un avocat, Talia Sasson, commandé par le gouvernement Sharon, beaucoup de soi-disant avant-postes non autorisés ont été facilités par «certaines agences gouvernementales, des organismes publics et des conseils régionaux de la Judée et la Samarie [Nom que donnent les Israéliens à la Cisjordanie].

La Paix Maintenant, qui a essayé d'obtenir du tribunal la levée de l'interdiction sur le rapport Spiegel, affirme que le gouvernement israélien a fait valoir devant le tribunal juste avant la visite de Bush en Israël qu'elle ne devait pas être rejetée ", par crainte de nuire à la sécurité de l'État et aux relations étrangères.

La récente conférence des donateurs de Paris a recueilli 7,4 milliards de dollars US en dons provenant des États-Unis, des puissances européennes et des régimes arabes. La plupart de cet argent est destiné à payer les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne au lieu de développer l'économie palestinienne qui a été dévastée par la fermeture des frontières, le blocus, les couvre-feux et les barrages routiers d’Israël.

Cependant, ces promesses n'ont pas été honorées par le passé, notamment parce que sans un allègement des 500 barrages routiers et l'ouverture des frontières par Israël, les Palestiniens sont dans l'impossibilité d'envoyer leurs produits agricoles sur les marchés.

Il est fort peu probable qu'Israël lève ses restrictions de si tôt. Même si c'était le cas, cette aide n'arrêterait pas la baisse de l'économie, comme l’a admis même la Banque Mondiale. Donc, la situation est mauvaise, maintenant que les trois quarts de la population dépendent pour leur survie des aides des organisations de secours internationales et des envois d’argent des membres des familles travaillant à l'étranger.

Rien que cette semaine, British Gas a annoncé qu'il allait mettre fin à son programme de gaz palestinien : le plus important projet de développement en Palestine. Il avait négocié pendant plus de 18 mois pour développer un champ gazier de la Méditerranée contrôlé par l'Autorité Palestinienne.

La proposition était un projet phare pour le développement dans la région et pour la coopération entre l'Autorité Palestinienne et Israël. Mais les négociations ont échoué parce qu’Israël a dit qu'il était préoccupé par le fait que les recettes provenant du projet iraient au Hamas.

Ce prétexte a de nouveau privé la bourgeoisie palestinienne de toute base pour l'instauration d'un minimum d'indépendance à l'égard de Jérusalem.

Source : http://www.wsws.org/
Traduction : MG pour ISM


Dimanche 13 Janvier 2008

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