Palestine occupée

"La violence des colons : un instrument d'État non officiel pour s'emparer des terres palestiniennes"


Le témoignage de la responsable de la coordination des données de B’Tselem sur la violence des colons couverte et encouragée par l’état d’Israël.


Suhair ’Abdi, B’Tselem
Vendredi 13 Mars 2020

“Bloquer les routes, jeter des pierres et des cocktails Molotov sur les voitures et les maisons, faire des raids de nuit dans les villages, incendier les maisons et les champs, déraciner les arbres, endommager les biens, agresser physiquement et tirer : la violence des colons contre les Palestiniens est devenue une routine depuis bien longtemps. Cette violence quotidienne, grave, vise à chasser les Palestiniens de leurs terres et à faire comprendre clairement qui est aux commandes – une attitude pleinement soutenue par la politique officielle d’Israël en Cisjordanie.

Je travaille au département de coordination des données de B’Tselem depuis 2003 et je le dirige depuis 2016. Au fil des ans, nous avons documenté et enquêté sur des milliers d’attaques de colons. Malheureusement, il y a trop d’attaques pour les publier toutes et certains des cas que nous avons documentés restent archivés.
Pour mieux faire connaître la fréquence et la gravité de ces incidents, nous avons décidé de lancer un nouveau blog sur le site de B’Tselem, afin de donner la parole aux personnes exposées à ces actes de violence. Leur impuissance se manifeste fortement dans les témoignages qu’elles livrent à nos chercheurs sur le terrain. Ils savent tous que personne ne prendra de mesures pour les protéger contre les agressions récurrentes et que leurs chances d’obtenir justice ou une indemnisation sont minces, voire inexistantes.

Il est difficile de ne pas se sentir indigné, ou désespéré, face à certaines de ces histoires. Certaines sont vraiment insupportables. Il est difficile de ne pas penser aux parents de Muhammad Abu Khdeir, 16 ans, de Shu’afat, été enlevé et brûlé vif par trois civils israéliens. Difficile d’oublier le mari et les huit enfants d ’Aishah Rabi, tuée par une pierre jetée depuis les environs de la colonie de Rehelim sur une voiture dans laquelle elle voyageait. Impossible d’effacer l’image mentale d’Ahmad Dawabsheh, qui a souffert de brûlures sur tout le corps et a perdu toute sa famille lorsque leur maison de Duma a été incendiée par des colons.
Dans les trois cas, le système israélien d’application de la loi s’est mis au travail et des mises en accusation ont été déposées – mais toutes constituaient des exceptions à la règle. Des centaines de délinquants violents n’ont jamais été arrêtés et n’ont jamais fait l’objet d’une enquête. En fait, dans la plupart des cas, les autorités n’ont même pas essayé d’appréhender les coupables. Dans certains cas, les forces de sécurité étaient présentes sur les lieux mais n’ont rien fait, ou pire - ont coopéré aux actions des colons.

C’est ainsi qu’Israël condamne les Palestiniens à une réalité sans loi et sans justice. Les autorités soutiennent les colons violents et les aident même, dans le but de s’approprier le plus de terres palestiniennes possible. C’est une réalité quotidienne, intolérable, inacceptable, qui doit être mise en lumière.”


Jeudi 12 Mars 2020


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