Palestine occupée

La tension monte contre Al-Aqsa : une troisième Intifada ?


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La crise pour le contrôle de l’enceinte des mosquées, Haram al-Sharif, dans la Vieille Ville de Jérusalem, a atteint un point jamais vu depuis les affrontements qui s’y sont déroulés il y a neuf ans, déclenchant la deuxième Intifada.

Jonathan Cook - The Palestine Chronicle


Jonathan Cook
Lundi 12 Octobre 2009

Les attaques israéliennes contre Al Aqsa pourraient bien être l’élément déclencheur d’une nouvelle et large insurrection populaire [Intifada] palestinienne dont ces jeunes lanceurs de pierres seraient les précurseurs - Photo : Reuters
Les attaques israéliennes contre Al Aqsa pourraient bien être l’élément déclencheur d’une nouvelle et large insurrection populaire [Intifada] palestinienne dont ces jeunes lanceurs de pierres seraient les précurseurs - Photo : Reuters

Les dix jours d’affrontements sanglants sporadiques entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes dans Jérusalem ont amené les officiels palestiniens à lancer des mises en garde contre Israël qui était en train de «  mettre le feu » à la cité. Le quotidien israélien Jerusalem Post s’est demandé également si une troisième Intifada n’était pas imminente.

Israël de son côté a déployé 20 000 policiers pour assurer la protection de la marche annuelle de Jérusalem, où l’on attend une foule de 70 000 personnes, et qui va traverser les quartiers palestiniens sensibles proches de la Vieille Ville.

Le conflit est causé apparemment par les fêtes religieuses d’Israël qui ont fait venir des fidèles juifs au Mur occidental situé près d’Haram al-Sharif, mur considéré traditionnellement dans le judaïsme comme le plus important lieu saint. Le mur est le seul vestige du temple juif détruit par Hérode en l’an 70 de notre ère.

A un degré plus profond pour les Palestiniens cependant, la facilité avec laquelle les juifs peuvent accéder aux sites dans et autour de Jérusalem - alors que la ville est interdite à l’immense majorité des Palestiniens - souligne à quel point le contrôle palestinien sur Jérusalem et ses lieux saints a été érodé par quatre décennies d’occupation.

Cette situation s’est encore aggravée dimanche quand les portes de la mosquée ont été fermées par la police israélienne qui disait s’inquiéter pour la sécurité des 30 000 juifs qui priaient au Mur occidental pour Souccot (fête juive).

Le chef de la police de Jérusalem, Aharon Franco, a également mis en rage les Palestiniens lundi en les accusant d’être des « ingrats » après qu’Israël les ait autorisés à prier à Al Aqsa durant le Ramadan.

En réalité, seule une petite proportion de Palestiniens a pu arriver à la mosquée. Les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza ne peuvent passer le mur de séparation d’Israël, et les un million et demi de Palestiniens d’Israël et de Jérusalem ont les pires difficultés pour venir y prier. Cette semaine, la police n’a autorisé à entrer que les femmes et les hommes palestiniens ayant une carte d’identité qui prouvait qu’ils avaient au moins 50 ans.

Tant l’Autorité palestinienne que la Jordanie ont publié une déclaration cette semaine prévenant que les groupes juifs, y compris les extrémistes qui veulent faire sauter les mosquées, devaient être interdits d’accès à Haram.

C’est dans ce contexte que le chef du Mouvement islamique en Israël, Sheikh Raed Salah, a appelé les citoyens palestiniens d’Israël à « faire un bouclier de leur corps pour protéger la mosquée Al Aqsa ».

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Les citoyens palestiniens d’Israël ont été appelés à
« faire un bouclier de leur corps pour protéger la mosquée Al Aqsa »

Préoccupé par l’impossibilité qu’ont la plupart des Palestiniens d’accéder aux mosquées, Salah a pris sur lui de mener campagne contre les manœuvres israéliennes sous la bannière « Al-Aqsa est en danger », exhortant la minorité palestinienne d’Israël à protéger les mosquées en multipliant leurs visites et en assurant une forte présence islamique sur le site.

Dans une dernière provocation de la part d’Israël hier, Salah a été arrêté sur l’accusation d’incitation et de sédition. Un juge l’a relâché quelques heures plus tard mais seulement sous condition qu’il se tienne éloigné de Jérusalem.

Les préoccupations palestiniennes à propos des intentions israéliennes vis-à-vis d’Haram ne sont pas sans fondement. Les dirigeants religieux et laïcs d’Israël ont manifesté des revendications toujours plus pressantes sur la souveraineté du quartier depuis le début de l’occupation, et ce, malgré un accord initial pour un contrôle avec les autorités islamiques.

Sur le terrain, cela est vu comme faisant partie des efforts d’Israël pour restructurer la géographie de la cité.

Cela a commencé par la destruction hâtive d’un quartier musulman proche du Mur occidental où vivaient 1 000 Palestiniens. En lieu et place de leurs maisons, un immense espace de prière a été créé.

Puis, un réseau de colonies juives a été construit coupant Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et plus récemment, des extrémistes juifs ont pris le contrôle de quartiers limitrophes à la Vieille Ville, tels que Sheikh Jarrah, Ras al-Amud et Silwan.

Avec un appui officiel, les colons juifs ont également saisi et acheté des maisons palestiniennes dans le quartier musulman de la Vieille Ville, notamment à proximité des mosquées, pour établir des cantonnements armés.

Ils ont encore été aidés par des archéologues israéliens qui font des fouilles importantes dans le sous-sol du quartier. Les tensions du fait de ces fouilles se sont aiguisées de façon spectaculaire en 1996 quand Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, a approuvé le percement de tunnels sous les mosquées. Dans la violence qui en a suivi, au moins 70 Palestiniens ont été tués.

En outre, les officiels israéliens et les rabbins ont redéfini la signification de l’enceinte dans la pensée religieuse juive, ou du Mont du Temple, nom sous lequel elle est connue par les juifs.

Le consensus rabbinique considérait depuis le Moyen Age que les juifs ne devaient pas pénétrer sur l’enceinte de peur de profaner le site du sanctuaire intérieur du temple, dont l’emplacement n’est pas connu. Par contre, les juifs religieux sont censés vénérer le site sans y entrer ni chercher à en prendre possession en aucune façon.

Ce point de vue a évolué depuis qu’une vague de nationalisme religieux a été soulevée par la nature apparemment miraculeuse de la victoire d’Israël dans la guerre des Six-Jours. Alors que l’armée israélienne s’emparait de la Vieille Ville en 1967, par exemple, son grand rabbin, Shlomo Goren, se précipitait à Haram pour y lire la Bible et sonner du chofar (corne de bélier), comme les prêtres du temple antique le faisaient autrefois.

Lors des négociations de Camp David avec les Palestiniens en 2000, Ehud Barak, Premier ministre de l’époque, avait demandé - contre tout enseignement du judaïsme - que toute l’enceinte soit déclarée « Saint des Saints », un statut qui est réservé au sanctuaire interne du temple. Son conseiller, Moshe Amiray, a déclaré que Barak s’était servi de cette condition pour « faire échouer » les négociations.

L’échec de Camp David a conduit à une explosion de violence à Haram al-Sharif quelques mois plus tard, et au déclanchement de la deuxième Intifada.

La souveraineté islamique a de nouveau été contestée en 2003 quand la police israélienne a décidé, unilatéralement, d’ouvrir l’enceinte aux non musulmans. En pratique, cela a donné l’accès, sous la protection de la police, à des cultes messianiques qui veulent la destruction des mosquées pour faire la place à un troisième temple.

Ce sont précisément des rumeurs selon lesquelles des extrémistes juifs étaient entrés dans l’enceinte la veille de Yom Kippur, jour le plus vénéré du judaïsme, qui ont mis l’étincelle à la dernière série d’affrontements.

Il parait qu’un nombre croissant de rabbins colons veulent que soit levée l’injonction contre les juifs qui prient dans l’enceinte, ajoutant ainsi aux craintes des Palestiniens que les officiels israéliens, les rabbins, les colons et les fondamentalistes soient en train de conspirer et de manigancer une prise de contrôle définitive sur Haram al-Sharif.

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La Vieille Ville de Jérusalem.
(carte Pedibus) - cliquer pour agrandir


(JPG)Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books).

Le site de Jonathan Cook : http://www.jkcook.net/
son courriel : jcook@thenational.ae

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont été présentés le 4 mars 2009.





 The Palestine Chronicle - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net/


Lundi 12 Octobre 2009


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