MONDE

La souverainété alimentaire: l'Afrique face à son destin



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Lundi 23 Juin 2008

Le sommet de la FAO a pris fin le jeudi 5 Juin à Rome. Cette fois, la contexture présageait des débats houleux et des solutions historiques au problème de la faim dans le monde. En effet, ce sommet faisait suite à une grave crise alimentaire qui a frappé nombre de pays en développement. Pourtant les 2 000 délégués de la conférence sur la sécurité alimentaire mondiale n’ont rien proposé comme solution si ce n’est une piètre déclaration comme à leur habitude. Aujourd’hui les experts disent que plus de 860 millions de personnes souffrent de malnutrition. Face à ce tableau on ne peut plus sombre, la moisson est maigre : que de promesses. Les donquichottes ou du moins des donateurs dont la Banque mondiale, les Etats-Unis, la Banque islamique de développement et la France, ont promis une aide d’urgence d’environ 5 milliards de dollars (3,20 milliards d’euros). Cela n’a rien d’étonnant quant on sait que ce genre de tribune sert aux pays en manque de publicité de revendiquer le monopole du cœur. Comme le rappelait le président Wade, les pays en développement et l’Afrique en particulier ne souhaitent pas mendier le trop-plein des autres. Lors du récent sommet de la Communauté des Etats sahelo-saheliens (CEN-SAD), les experts venus des 25 pays membres de cet organisme régional ont analysé, en long et en large, les politiques à mettre en œuvre pour juguler cette crise qui met à mal les populations de l'espace CEN-SAD. Un nombre important d’article a été consacré à cette crise, mais la présente se propose d’attirer l’attention de l’Afrique sur la nécessité d’une souveraineté alimentaire.

Les africains accusés à tort


« Les pays africains n'ont pas suffisamment investi dans l'agriculture et ce qui se passe actuellement n'est qu'une manifestation d'une crise structurelle » affirmait Modibo Traoré, du département Afrique de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Pour Ban Ki-Moon, on peut avancer plusieurs raisons pour expliquer la crise alimentaire actuelle: la mauvaise gestion de l'agriculture en Afrique, les méthodes de gestion, la flambée du prix du pétrole etc. Vous comprendrez chers lecteurs que l’Afrique est mis clairement au banc des accusés. Peut-être ont-ils raison, peut-être pas. Hérité de la colonisation, les cultures dites exotiques ont été et demeurent encore les principaux produits d’exportations de nos pays. Très vite, s’établit une économie de rente dont vont bénéficiées les bourgeoisies parasitaires dans presque tous les pays africains. Ainsi l’agriculture vivrière a été abandonnée au profit de l’agriculture de plantation, peut-être pour engranger des devises nécessaire au remboursement des dettes. Dans de rares zones, l’on a utilisé de la fumure, ou utiliser des nouvelles semences ou des plantes à hauts rendements. A l’inverse, les importations et aides ont doublé entre 1974 (5 millions de tonnes) et 1980 (10 millions de tonnes). Les importations alimentaires s’élèvent, depuis trente ans, à environ 15% du total des importations. Le cas du Sénégal est une illustration parfaite d’un pays structurellement déficitaire au niveau de sa balance commerciale. L’Afrique a ainsi refusé de nourrir ses populations tout en acceptant de fournir les matières premières aux entreprises occidentales. L’Afrique a donné ses enfants pour construire les usines occidentales, aujourd’hui c’est autour du sol et du sous-sol africain de les alimenter. Il serait sans doute réducteur peut-être même hasardeux de résumer la crise comme le manque de volonté des africains sans revisiter les programmes d’ajustement structurel(PAS) des années quatre vingt dix.


La responsabilité des PAS

Aux lendemains des indépendances, quasiment tous les pays africains ont mis en place des structures d’encadrement pour développer l’agriculture. Mais à la faveur des PAS, les organisations internationales, s’appuyant sur le paradigme libéral ont dérouté le développement de l’économie et celui de l’agriculture en particulier. Le catéchisme est connu : la libéralisation des marchés des produits agricoles constituait le meilleur instrument pour assurer à la fois les conditions de développement de leur agriculture et les conditions d’accès de leur population à une alimentation abondante à prix abordable. Comme corollaire, les offices de commercialisation et de stabilisation ont disparu. Au même moment, le remboursement des dettes dicte ses desideratas : dans de nombreux cas l’obligation de développer des cultures non vivrières « rentables à l’exportation » (comme le coton, cacao, café etc.) pour rembourser les prêts. En contrepartie, ce sont des politiques d’aide alimentaire qui viendront définitivement perturber la sécurité alimentaire de certains pays pauvres. De plus, elles ont été bien souvent accompagnées du maintien de gouvernements irresponsables. Ces institutions qui aiment donner des leçons tolèrent pourtant les politiques laxistes des gouvernements occidentaux en faveur de leurs agriculteurs.
Les taxes douanières agricoles existant encore dans l'UE et les subventions versées aux agriculteurs pénalisent leurs concurrents des pays en développement et contribuent à maintenir des prix artificiellement élevés. La politique agricole commune par exemple est une garantie très précieuse contre les incertitudes de prix sur les marchés mondiaux. Grâce à elle, Les Européens ne dépensent que 15% de leur revenu pour l'alimentation. Aujourd’hui tout le riz qui se trouve sur le marché mondial est subventionné. Bien plus, certaines ONG américaines écoulent les surplus subventionnés américains (comptabilisés dans l’aide des USA aux PED). C’est à juste titre que le président sénégalais, Abdoulaye Wade a demandé la suppression pure et simple l’Organisation de l’ONU pour l’agriculture et alimentation et le transfert de ses activités au Fonds international du développement agricole (FIDA). Il faudra que les pays africains tournent définitivement le dos aux politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions internationales dont la crédibilité est de nos jours entamée.

Tourner le dos aux PAS et développer l’agriculture vivrière

Bien que moins visible, la famine silencieuse frappe l’Afrique depuis la décennie des PAS. L’agriculture africaine a longtemps été négligée, pour satisfaire les exigences du maître. Les rendements céréaliers atteignent à peine un quart de la moyenne de la productivité mondiale, et l’Afrique doit dépendre d’importations et de l’aide alimentaire. Son extraversion et sa dépendance constituaient un obstacle structurel, rédhibitoire, à sa souveraineté alimentaire.
Pour le vice-directeur de la FAO, Madibo Traoré, les gouvernements africains ont échoué à garantir le rôle de l'agriculture car seuls 6 des 53 pays du continent consacrent à ce secteur plus de 10 % de leurs allocations budgétaires. Point n’est besoin de stigmatiser les biocarburants. De nombreuses ONG plaident pour un moratoire sur les biocarburants, responsables selon eux d’une partie de la flambée des prix des denrées agricoles. Si le brésil arrive à nourrir sa population au point de penser stratégiquement à une alternative aux énergies actuelles, cela n’engage que ce pays. Les pays du Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricole (CORAF) ont adopté récemment à Yaoundé une stratégie pour redéfinir les systèmes de production, en situant les producteurs comme des acteurs importants des activités de recherche. Ce sont de telles initiatives qui sont salutaires. Cette stratégie consiste à redéfinir les systèmes de production, en vue d'accroître l'offre agricole, en particulier en ce qui concerne les céréales, dont le riz et le blé. Elle prévoit la création des banques destinées au monde rural, la subvention des intrants, la promotion de la mécanisation.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que la hausse des prix des denrées alimentaires, comme le riz, le blé et le maïs, constitue un « tsunami silencieux » qui menace 100 millions de personnes. Au niveau de la production du riz , par exemple qui connaît des difficultés liées à la faiblesse des superficies exploitées dans bien de pays comme le Burkina, c’est au faible niveau de mécanisation de notre riziculture, au coût élevé des intrants et surtout au faible niveau technique des producteurs qu’il faudra s’attaquer. Quant aux agents en charge de l’encadrement technique, toutes les structures créées dans les années 60 et 70 doivent être ressuscitées. A rebours des apprentis sorciers du développement, c’est-à-dire les commis des institutions internationales telles que le FMI et la Banque Mondiale, qui à peine sortis de l’école ont trouvé les économies africaines comme terrain d’expérimentation de leur paradigme néolibéral. Le seul reproche que l’on peut faire au sujet de ces nombreuses structures d’encadrement est la mauvaise gestion. Le plus souvent, l’objectif de créer un capitalisme privé local a amené les responsables de ces dites structures à confondre leurs poches et les caisses de l’Etat. C’est donc de nouvelles structures et de nouveaux dirigeants que nous appelons de tous nos vœux.
L’Afrique se situe aujourd’hui au confluent de son destin, entre un passé pesant, tentaculaire et un futur plein d’espoir et de promesses. Il revient aux dirigeants africains de saisir ce cadeau de l’histoire qu’est la crise alimentaire pour s’engager sur l’autoroute de la souveraineté alimentaire.

Dieu bénisse l’Afrique libre et prospère !
Vive l’Afrique !

Le président du MLAN
Prao Yao Séraphin
contact@mlan.fr
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Lundi 23 Juin 2008

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