Sciences et croyances

La saga des OGM en Corporatocratie



Jeffrey Smith
Mardi 20 Avril 2010

La saga des OGM en Corporatocratie

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Qui nommez-vous à la sécurité alimentaire M. Obama ? S’il vous plaît, dites que c’est une farce !


The Huffington Post, Jeffrey Smith, 23 juillet 2009


      L’olibrius le plus pendable de tous dans l’affaire de la montée des maladies et de la mortalité liées à l'alimentation vient d'être bombardé tsar de la sécurité alimentaire aux USA. Ce n’est pas une blague.


      Petit retour sur l’affaire.


      Des documents secrets révèlent aujourd’hui que les scientifiques de la FDA étaient très inquiets à l’époque où ils furent invités à intervenir sur ce qui allait devenir l’évolution la plus potentiellement dangereuse et radicale dans notre alimentation : l'introduction d’organismes génétiquement modifiés (OGM). Des toxiques, de nouvelles maladies, des carences nutritionnelles, et des allergènes difficiles à détecter, étaient décrits mémo après mémo. Ils affirmaient que la technologie était porteuse de « graves risques pour la santé, » et exigeaient une recherche approfondie sur le long terme incluant des études sur l’homme, avant que les OGM ne puissent sortir en toute sécurité dans l'alimentation.


      Mais l'industrie biotech truqua le jeu, de sorte que ni la science, ni les scientifiques ne puissent lui faire obstacle. Elle plaça ses propres hommes en charge de la politique de la FDA, elle n'allait pas se laisser influencer par des arguments insignifiants liés à la sécurité alimentaire. Non, elle ferait ce que les entreprises faisaient depuis toujours pour déjouer ce genre de préoccupations maudites. Elle allait mentir.



Les graves mensonges de la sécurité alimentaire


      En 1991-2, au moment où la FDA élabora sa politique relative aux OGM, les scientifiques savaient précisément que la nourriture aux gènes découpés en tranches était sensiblement différente et pourrait conduire à des « risques hors de l’ordinaire » par rapport aux aliments naturels. Mais la politique officielle déclarait le contraire, affirmant que la FDA ne distinguait aucune différence significative, et déclarant que les OGM étaient substantiellement équivalents.


      Cette fiction devint la raison de l’autorisation de la mise sur le marché des OGM sans qu’aucune étude de sécurité, quelle qu’elle soit, ne soit exigée ! La question de savoir si les aliments génétiquement modifiés étaient propres à la consommation fut entièrement laissée aux entreprises qui les avaient créés, à des compagnies comme Monsanto, qui nous racontaient que les PCB, le DDT et l'Agent Orange sont inoffensifs.


      Les OGM arrivèrent dans nos assiettes en 1996. Durant les neuf années qui suivirent, une multitude de maladies chroniques doublèrent presque aux États-Unis, passant de 7 à 13%. Les visites aux salle d'urgence pour des problèmes apparentés à des allergies doublèrent entre 1997 et 2002, tandis que les allergies alimentaires, surtout chez les enfants, montèrent en flèche. Nous assistâmes aussi à une montée spectaculaire de l'asthme, de l’autisme, de l’obésité, du diabète, des troubles digestifs, et de certains cancers.


      En janvier 2009, le Dr P. M. Bhargava, l'un des plus grands biologistes du monde, m'a dit qu’après examen de 600 revues scientifiques, il a conclu que les aliments génétiquement modifiés sont largement responsables de l'augmentation de nombreuses maladies graves aux États-Unis.


      En mai, l'American Academy of Environmental Medicine concluait que les études sur l’animal avaient démontré la relation causale entre les aliments génétiquement modifiés et la stérilité, le vieillissement accéléré, le dysfonctionnement du contrôle insulinique, des altérations des principaux organes et du système gastro-intestinal, et des problèmes immunitaires tels que l'asthme, les allergies et les inflammations.


      En juillet, un rapport de huit experts internationaux déterminait que la peu convainquante et superficielle évaluation des OGM, faite tant par les organismes de régulation que les compagnies de biotechnologie, « ignorait systématiquement les effets secondaires » et sous-estimait considérablement « les signes précurseurs de maux comme le cancer et les désordres hormonaux, immunitaires, des systèmes nerveux et reproducteur, entre autres. »



Le renard garde le poulailler


      À vrai dire, si les OGM sont effectivement lourdement responsables de la maladie et de la mortalité, l’individu qui supervisa la politique de la FDA ayant facilité leur introduction a tenu un rôle exceptionnellement infâme dans l'histoire humaine. Ce phénomène est Michael Taylor. Il fut l’avocat de Monsanto avant de devenir chef de la politique de la FDA. Il devint peu après vice-président et lobbyiste en chef de Monsanto.


      Michael Taylor est devenu ce mois-ci [juillet 2009] le conseiller principal auprès du commissaire de la FDA. C’est désormais le tsar de la sécurité alimentaire aux États-Unis. Qu'avons-nous fait ?



Le Milk Man de la COMETH


      Au début des années 90, pendant que Taylor était à la FDA, il supervisa aussi la politique concernant l’hormone de croissance bovine génétiquement modifiée (rbGH/rbST) de Monsanto, injectée aux vaches pour accroître leur production de lait.


      Le lait des vaches traitées contient plus de pus, plus d’antibiotiques, plus d’hormone de croissance bovine, et surtout, plus de facteur de croissance 1 (IGF-1) analogue à l'insuline. L’IGF-1, et son taux élevé dans le lait dopé, présente un facteur de risque énorme pour les cancers ordinaires. C'est pourquoi d’aussi nombreuses organisations médicales et hôpitaux prirent des positions contre la rbGH. Un ancien scientifique de Monsanto m'a dit que, lorsque trois de ses collègues évaluèrent l’innocuité de la rbGH et découvrirent le taux élevé d'IGF-1, ils décidèrent même de ne plus boire de lait, à moins qu’il soit non traité et bio.


      Des scientifiques du gouvernement canadien évaluèrent l'homologation de la rbGH par la FDA, et conclurent qu’il s’agissait d’un trompe-l’œil dangereux. Ce produit dopant était interdit au Canada, ainsi qu’en Europe, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Mais il a été homologué aux États-Unis au moment où Michael Taylor était aux responsabilités. Le lait dopé a peut-être provoqué une hausse importante du taux de cancer aux États-Unis. Des données additionnelles publiées impliquent aussi la rbGH dans le taux élevé de jumeaux dizygotes aux États-Unis.


      Taylor décida aussi que le lait des vaches traitées n’exigerait aucun étiquetage particulier. Et, cadeau pour son futur employeur, Monsanto, il écrivit un livre blanc suggérant que, si des entreprises avaient jamais l’audace de mettre sur leurs produits des étiquettes disant qu’elles n’utilisent pas la rbGH, elles devraient aussi rajouter un préavis affirmant que, selon la FDA, il n’y a aucune différence entre le lait de vache traitée et non traitée.


      Le préavis de Taylor était encore un mensonge. Les propres études de Monsanto et des scientifiques de la FDA avaient officiellement reconnu des différences dans le lait dopé. Peu importe. Monsanto se servit du livre blanc de Taylor comme d’une justification pour intenter des procès réussis contre des laiteries qui marquaient sans rbGH sur leurs produits.



Le loup de Monsanto garde aussi le poulailler ?


      Lorsque les consommateurs apprirent que la rbGH était dangereuse, ils refusèrent d'acheter le lait. Pour garder leur clientèle, dans un raz de marée les entreprises s’engagèrent publiquement à se passer du produit dopant et à l’indiquer sur leurs produits. Monsanto tenta sans succès de convaincre la FDA et la FTC de rendre illégal pour les laiteries l’étiquetage sans rbGH, c’est pourquoi elle se tourna vers son ami intime de Pennsylvanie, Dennis Wolff. En tant que secrétaire de l'agriculture de l'État, Wolff déclara unilatéralement que, marquer sans rbGH les produits était illégal, et que tous les étiquetages de ce genre devaient être retirés des rayons dans toute la Pennsylvanie. Cela devrait naturellement éliminer cet étiquetage de toutes les marques nationales, car les entreprises ne pouvaient se permettre de créer des emballages distincts juste pour un seul État.


      Heureusement, une demande des consommateurs força Ed Rendell, gouverneur de Pennsylvanie, à intervenir et mettre fin à la folie de Wolff. Mais Rendell autorisa Wolff à prendre une position de compromis, qui exigeait désormais que l’étiquetage sans rbGH sur l'emballage devrait être accompagné par-dessus le marché du préavis de la FDA dicté par Taylor.


      Le Président Obama pense à Dennis Wolff pour le plus haut poste à la sécurité alimentaire au ministère de l’Agriculture fédéral. Purée !


      Une rumeur veut que le gouverneur de Pennsylvanie appuie la nomination de Wolff parce qu’il veut le faire disparaître de l'État après qu’il ait foutu si gravement en l’air la décision sur la rbGH. Oh, génial, gouverneur. Merci.



Le gouverneur de l'Ohio mendie les faveurs de Taylor


      Non seulement les autorités de l’Ohio ont suivi la Pennsylvanie en faisant adopter sur les emballages le préavis de la FDA dicté par Taylor, mais elles sont allées un peu plus loin. Elles ont décrété que les laiteries devaient mettre ce préavis sur l’étiquette même de l’inscription sans rbGH, et elles ont même imposé la taille des lettres. Cela forcerait les marques nationales à repenser les étiquettes et pourrait en fin de compte les dissuader de faire toute autre déclaration sans rbGH. L'Organic Trade Association et l'International Dairy Foods Association ont alors intenté un procès contre l'Ohio. Malgré la perte de la bataille en première instance, en appel, le juge a ordonné une session de médiation qui a lieu aujourd'hui. Des milliers de citoyens de l’Ohio ont envahi de bureau du gouverneur Strickland, demandant de retirer d’urgence l’exigence d’étiquetage préjudiciable aux consommateur.


      Peut-être que le gouverneur a une arrière-pensée en préconisant ses nouvelles règles. S'il va de l'avant avec son projet d'étiquetage, il se retrouvera peut-être avec une nomination en haut de l'administration Obama.



      Jeffrey M. Smith est l'auteur de Semences de tromperies et de Genetic Roulette: The Documented Health Risks of Genetically Engineered Foods. Il a travaillé dans un laboratoire de détection des OGM, a fondé l'Institute for Responsible Technology, et vit actuellement dans l'Iowa au milieu du maïs et du soja génétiquement modifiés. Pour plus d'informations, visitez Chelsea Green.



Original : www.huffingtonpost.com/jeffrey-smith/youre-appointing-who-plea_b_243810.html
Traduction copyleft de Pétrus Lombard

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