Géopolitique et stratégie

La réunion du 09 septembre 2009 de l’OPEP, un non évènement



Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 9 Septembre 2009

La  réunion du 09 septembre  2009 de l’OPEP,  un  non évènement
Les décisions prises par l’Opep, lors des  dernières réunion  de baisser sa production de pétrole de 520 000 barils par jour  de 1,5  millions de barils
jour et  lors   de la réunion  du 15 décembre 2008 à Oran  de 2,2  millions
de barils jours soit 4,2 millions de barils jours depuis le début de l’année
2008 pour les pays OPEP, (occasionnant par là un manque à gagner pour l’Algérie d’environ 5 milliards de dollars), ont certes permis de stabiliser les prix  mais n’ont pas eu les effets prévus  d’un cours de 80/90 dollars  devant raisonner à prix constants  pour un euro entre 1,28/1,30
dollar, un cours   de 70 dollars  au cours actuel du dollar équivaut  à
environ 60/62 dollar par rapport au 01 janvier 2009 et moins de 37 dollars par rapport  à l’année 2000.  Car , l’histoire pétrolière mondiale nous enseigne que si  en temps normal les interventions de l'Opep pour maintenir les cours connaissent un certain succès, ce n'est pas le cas en temps de crise(1).

 
 
 1. Raison fondamentale : la décroissance de l’économie mondiale  
 
 
 Le directeur général du FMI vient d’affirmer   que la crise mondiale est
sans pareil et  que  la  reprise sera lente   avec une prévision de la CNUCED
début septembre 2009 de  1,8% contre une régression de 2,5% en 2009, d’autres organismes internationaux ne devant pas dépasser  1/0,5%, devant assister  donc  une stabilisation pour 2010 du fait de l’ampleur du chômage qui connaitra un niveau inégalée malgré l’importance des dépenses publiques et  l’envolée des déficits budgétaires. Car il faut savoir qu’un taux  de croissance se calcule par rapport à la  période antérieure et une croissance après  à un taux négatif de l’année  précédente donne toujours un taux  faible. Comme après une  grave maladie , la convalescence
durera  de longues   années, au minimum   jusqu’en 2013/2014 si les
thérapeutiques s’avèrent efficaces  et donc qu’une légère reprise  soit effective  début 2011, pour que l’économie  mondiale retrouve son ancien niveau . Or c’est un élément déterminant de la  demande d’hydrocarbures.
Aussi, il  faut être attentif à l’évolution de l’économie mondiale et surtout américaine qui est le premier importateur  d’hydrocarbures  et reste la locomotive de l’économie mondiale avec un produit intérieur brut- PIB- trois fois plus que le second du classement mondial, le Japon.
 
  La contraction pour 2009 a touché tous les  pays sans exception pays développés et pays émergents. La contraction de l'économie américaine sera plus sévère que prévu et le redémarrage de l'activité sera très lent d’autant plus que la reprise de l’économie mondiale est tributaire de la reprise aux Etats-Unis première puissance économique mondiale et de l’Europe et non pas des pays émergents, décroissance de la Russie , de l’Inde du Brésil , de la Chine du moins à court terme, le PIB chinois étant en valeur seulement équivalant à celui de l’Allemagne D’ailleurs la Banque mondiale vient de revoir à la baisse le taux de croissance chinois le situant à environ 7%,et les autorités chinoises  l’estimant à  7,5%  (loin des 11/12% des années passées)  en précisant que la  Banque centrale  chinoise dans sa note de conjoncture  de juillet 2009 a prévu un retour de l'inflation au deuxième semestre et une croissance de 7,9% au deuxième trimestre, contre 6,1% au premier, loin du minimum nécessaire pour maintenir la cohésion sociale 8/9%.
 
  Dans une contribution en date du 03 septembre 2009, le quotidien français les  Echos signé par  Yann ROUSSEAU son correspondant à Pékin parlent d’illusions chinoises qui auraient trompé bon nombre d’experts y compris le FMI, qui misaient sur la Chine comme fer de lance  de la relance de l’économie mondiale, je cite : « dans la panique, le pouvoir communiste a choisi une relance quantitative plutôt que qualitative. Plutôt que de profiter de la crise pour activer un rééquilibrage de sa croissance trop dépendante des exportations, le gouvernement a préféré geler l'appréciation du yuan et renouer avec ses vieilles recettes de relance par l'investissement public, louées pour leur efficacité à court terme. Les grands groupes d'Etat, inondés de liquidités, ont accru leur pouvoir et repris leur course à la surcapacité quand les entreprises privées se retrouvaient, elles, abandonnées dans la crise. A la fin de l'année 2009, le gouvernement chinois pourra célébrer une hausse de PIB éclatante, qui rapproche le pays de la place de seconde puissance économique mondiale, mais il se retrouvera, dans le même temps, confronté à une croissance plus déséquilibrée que jamais. Si les exportations de marchandises « made in China » ne retrouvent pas en 2010 leur dynamisme passé, Pékin sera contraint d'envisager un nouveau plan de relance ou devra, enfin, se résoudre à s'attaquer aux complexes réformes sociale et monétaire dont le pays a urgemment besoin ».
 
 Autre pays émergent l’Inde, la croissance  devrait ralentir pour ressortir à 7,1% en 2009  son niveau le plus bas en près de six ans, contre 9,0% l'année précédente, selon l’estimation officielle  du gouvernement indien le 10 février 2009. La Russie malgré ses réserves de pétrole et de gaz (premier producteur mondial de pétrole et de  gaz)  et des dévaluations successives  du rouble,  est  rentrée  en récession en 2009 contre  un  taux
de croissance supérieur à   5/7% entre 2007/ 2008. Le président russe Dmitri
Medvedev a demandé le 17 février 2009 à l'ensemble de l'administration russe de préparer des propositions des coupes dans les dépense, je le cite « La situation économique n'est pas simple et nous devons réfléchir aux dépenses de l'Etat à tous les niveaux afin  de contenir le déficit budgétaire estimé à 8% du PIB »,  lors d'une rencontre avec des membres de la chambre haute du Parlement russe, cité par l’agence officielle  russe Interfax début février 2009. Analyse reprise  le 27 février 2009  par le premier ministre russe Vladimir Poutine pour qui  la crise économique mondiale n'avait pas encore atteint son pic et qu'elle ne serait vraisemblablement pas
de courte durée, inquiétude qui explique  la      présence de la Russie  tant
qu’observateurs au niveau de l’OPEP, bien q’ayant déclaré officiellement  qu’il n’est pas question  qu’elle intègre l’OPEP. Quant aux pays du Moyen Orient, les pays du Golfe ont perdu en sous capitalisation plus de 2500 milliards de dollars dont plus de 500 milliards de dollars en pertes sèches. Un exemple frappant, des  projets de construction totalisant 582 milliards de dollars ont été gelés depuis le début février 2009 aux Emirats arabes unis.

 
 
 2- Les autres  fondamentaux du  cours futur du pétrole  
 
 
 Le deuxième  facteur   est que  les plus grands pays producteurs depuis 10
ans ne sont pas ceux de l’OPEP ne commercialisent sur le marché mondial en
moyenne 2005/2008 que 40/45%, 60/55% se faisant hors OPEP. Et avec ces baisses
successives, sous réserves du respect des quotas, ce qui n’est pas évident,
il est à craindre des pertes de part de marché  allant vers moins de 30/35% au
profit notamment   des pays hors OPEP qui combleront la différence dont
notamment  la Russie et surtout l’Irak, actuellement hors OPEP,   deuxième
exportateur mondial  après l’Arabie Saoudite, avec un coût de prospection
inférieur à 5 dollars. La présence récente  d’une trentaine  de compagnies
mondiales y compris Gazprom, pour prospecter le marché irakien (pétrole et
gaz ) atteste de la volonté de ce pays de revenir un acteur déterminant dans
les  années à venir . Le Mexique, qui  est lié par un accord de libre
échange avec les USA n’est pas intéressé pour rejoindre l’OPEP, autant
que la Norvège faisant  partie de l’Europe ce d’autant plus que le pétrole
représente  une part négligeable dans la  valeur ajoutée et ses intérêts
stratégiques  ne coïncident pas avec ceux de certains pays de l’OPEP. Quant
à la  Russie, sa positon  durant cette crise est ambiguë ayant besoin de
financement, (sa rivalité avec l’Arabie Saoudite étant connu) , Gazprom
ayant une stratégie d’internationalisation différente de celle de l’OPEP
ne voulant pas perdre des parts de marché. Le  troisième facteur,  les
réserves américaines, (y compris les stocks)  et la déflation,  a enlevé à
l'or noir son attrait de placement refuge contre l'inflation et les
spéculateurs par la revente ont contribué à affaiblir les cours.
 
  Il est admis  actuellement que les cours passés au dessous de 100 dollars
étaient dues à des bulles financières et ne  représentaient pas les
fondamentaux des cours, la croissance de l’économie mondiale n’ayant pas
doublé entre 2005/2008. Le quatrième  facteur   souvent oubliée est que
l’on assiste  à un changement certes lent mais notable du nouveau modèle de
consommation énergétique  horizon 2015/2020, certains investisseurs anticipant
ce changement inéluctable. Et   cela avec les politiques  dites « nationales
» du retour  au charbon propre (recyclage du CO2) dont la durée de vie
dépasse 200 ans (avec des réserves aux USA le double  des hydrocarbures en
Arabie Saoudite en termes d’efficacité énergétique)  contre 40 ans pour les
 hydrocarbures. -Le  cinquième facteur  lié au précédent  qui me parait
fondamental   est que le cours du pétrole  futur sera intiment lié à la
future politique énergétique du nouveau président américain, qui
contrairement  à la présidence républicaine lié aux intérêts des
pétroliers texans qui poussaient à un prix élevé. Car l’erreur
stratégique de certains experts de l’OPEP  a été  de raisonner en termes de
modèle de consommation énergétique  linéaire oubliant les cycles
énergétiques depuis que le monde est monde, passage par exemple  de la
prédominance des hydrocarbures au lieu du charbon et surtout de la non prise
en compte  de la  nouvelle  politique énergétique américaine qui sera
déterminante  vis-à-vis de l’évolution du cours  du   pétrole.
 
  Certes cela demandera du temps mais ce nouveau modèle de consommation est
inéluctable étant freiné transitoirement  par les lobbys pétroliers.  Car
le  programme du nouveau président US est  de mettre fin à la dépendance
énergétique en pétrole  des Etats-Unis vis à vis du Moyen Orient , donc de
l’OPEP  d’ici à 10 ans ,tout au plus d’ici 20 ans  ainsi que de
l’influence russe à travers la stratégie de Gazprom, avis partagé par
l’Europe  où tant le nouveau président que l’Europe   extrapolent   sur
une économie  d’énergie d’environ 20% en misant sur l ‘efficacité
énergétique des bâtiments  qui représentent  une consommation de plus de 4O%
 pour le chauffage- l’eau chaude –le refroidissement  et l’éclairage et
le programme se propose d’investir plus de 150 milliards de dollars dans les
énergies renouvelables.  Ainsi, si  ces objectifs sont atteints horizon 2020,
la consommation de pétrole USA plus Europe devrait diminuer sensiblement .Les
aides (Europe/USA)   aux constructeurs d’automobiles( voitures électriques
dans 10 ans et surtout  ,hybride à court  terme) , du bâtiment , normes de
constructions, différentes des précédentes, sont liées à  l’objectif
stratégique   d’importantes économies d’énergie,en rappelant que  le parc
transport représentant plus du 1/3 de la consommation mondiale.  Les
investisseurs  potentiels  à l’instar de l’abandon partiel  du charbon pour
les hydrocarbures la décennie passée, anticiperont donc de nouveau  modèle
de consommation pouvant assister à un désinvestissement dans ce segment, le
pétrole devenant  non plus une arme politique dominante  mais une énergie
comme une autre en diminution relative horizon 2020. Cette tendance
anti-pétrole de la nouvelle gouvernance américaine est confirmée par la
nomination  du  prix Nobel de physique (1997) Steven Chu pour occuper le poste
de secrétaire à l'Energie, celui ci étant  un partisan affirmé de la
recherche d'énergies renouvelables et alternatives. La généralisation des
nouvelles technologies serait rentables,(production industrielle)  se
généralisant à  l’Asie qui  possède le savoir faire,et les experts
prédisent que c’st la Chine qui actuelleent investir plus dans le solaire  et
sera le leader  dans les  voitures électriques et hybrides,   entre  70/80
dollars horizon 2015 et à moins de 50 dollars horizon 2020 et ce aux prix
constants 2009.
 
  Enfin sixième facteur est l’évolution du cours du dollar .Aussi à la
déflation actuelle surtout aux USA, le risque avec l’envolée des dépenses
publiques, le retour à la stagflation (hausse des prix, chômage, récession)
en cas d’inefficacité de ces dépenses publiques. Pour le dollar qui
représente toujours  environ 60% des transactions mondiales, il vient de
dépasser la barre  symbolique le 08 septembre 2009 à 1,45 dollar un euro ,
fluctuant depuis quatre mois entre 1,41 et 1,43 dollar un euro  ayant perdu plus
de 45% de sa valeur depuis 2000, certains instituts stratégiques mondiaux
prévoient sa dépréciation à plus de 1,50 dollar un euro. Car  la résistance
relative du dollar  du dollar par rapport au cours  de l’euro est du au fait,
et cela s’est passé en 1929, aux rapatriements  des  capitaux américains  et
non  par l’attrait du taux d’intérêt de la FED tendant vers zéro. Aussi
si le cours  du dollar baisse, la valeur   du pétrole libellée souvent en
dollars (ainsi que les  bons de trésor et les réserves de change  libellés
en dollars) diminuera.   
 
 
  En conclusion, comme je l’ai annoncé  dans plusieurs contributions
nationales et internationales, la réunion  du 09 septembre 2009 de l’OPEP,
autant que celle qui s’est tenue précédemment à Vienne le 15 mars 2009,
malgré des déclarations fracassantes mais  souvent  de ceux qui ne pèsent pas
lourd dans l’organisation, sont dorénavant devenues un non  évènement.
Aussi, a  réunion de l’OPEP le 09 septembre 2009 devrait concrétiser le
statut quo ne devrait pas modifier les quotas actuels de l’organisation fixés
à 24,84 millions de barils par jour , une décision annoncée  avant même que
ne débute la réunion.  sous la pression notamment de l’Arabie Saoudite(
membre du G20 et allié stratégiques des Etats-Unis d’Amérique)  et du
Koweït, et le communiqué devrait  s’en tenir  au respect des quotas,
l’Algérie représentant  environ seulement 1% des réserves mondiales  de
pétrole contre 3% pour le gaz ayant une influence très faible.  
 
 
 Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur d’Université Economiste  
 
 
 NB- Pays membres de l’OPEP-   Afrique  (Algérie 1% des réserves mondiale
de pétrole ayant donc une influence très faible et environ 3% pour le gaz avec
deux  scénarios  d’ épuisement entre 16 ans selon l’AIE , 25 ans selon le
premier ministre algérien ,  Angola , Libye , Nigeria) Moyen-Orient (Arabie
saoudite,  les Émirats étant  une confédération crée en 1972, seule Abou
Dabi est  membre de l'OPEP,  les autres émirats ne se considérant pas liés
par les quotas- Irak,  depuis le conflit , le pays est encore nominalement
membre de l'OPEP, mais n'est plus inclus dans les quotas. Iran- Koweït
-Qatar) Amérique du Sud  (Équateur,  Venezuela) - Asie du Sud- Est (
Indonésie, le  pays étant  devenu importateur net,  en mai 2008 le
gouvernement a  annoncé son retrait de l'organisation). Parmi les pays
importants non  OPEP , on peut citer ,  le Canada, le  Soudan, le  Mexique, le
Royaume-Uni,  la Norvège, des États-Unis,  la Russie et  Oman. Mais avec les
découvertes en Amérique latine dont récemment le Brésil, et surtout en
Afrique d’autres pays sont non membres de l’OPEP ce qui risque avec le pic
pétrolier des pays  de l’OPEP devenant importateur, d’accroître   sa
marginalisation future et amplifier le poids de l’Arabie Saoudite.
 
 
 (1)-Pour plus de  détail voir l’ ouvrage collectif  coordonné  par le
Docteur Abderraghmane MEBTOUL «  Le secteur  Energie en Algérie   face aux
mutations mondiales »  Dar El Gharb Algérie -2005- 2 volumes  (432 pages)avec
en annexe (volume à part)  rapport CNUCED sur la libéralisation de la sphère
énergétique.  Avec les contributions du  Docteur Chakib KHELIL Ministre de
l’Energie et des Mines- Mohamed MEZIANE PDG Sonatrach- Nourredine BOUTERFA PDG
 Sonelgaz- Said AKRETCHE PDG Naftal- Akli REMINI ex PDG Naftec ;  Abdelakader
BENYOUB Président groupe Mines  – Ali HACHED ex-Vice Président Sonatrach-
Abdelbaki BENABDOUN Expert MEM ex PDG Sonelgaz- Salah CHEROUANA ex PDG Naftec ;
Tewfik HASNI ex PDG  NEAL- Aissa Abdelkrim BENGHANEM Ex PDG Sonelgaz – Pierre
René BAUDIS  Ex Directeur Stratégie Planification groupe français Total-
Docteur  Mustapha MEKIDECHE Vice Président CNES- Ahmed BOUDHEBZA Expert
ingénieur- Amine MOHAMED BRAHIM Expert, diplômé de l’Institut français du
pétrole ; Docteur  Abdelkader BENGUEDACH , directeur de recherche Université
physique - Docteur Abderrahme LELLOU Professeur d’ Université économiste
expert et vice recteur  au centre de la francophonie Paris- France ; Docteur
Ahmed BOUYACOUB-économiste-  directeur de recherche Université, ex conseiller
économique  ( chefferie  du gouvernement Algérie).



Mercredi 9 Septembre 2009


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