Conflits et guerres actuelles

La responsabilité des Etats-Unis dans les conflits du Moyen-Orient et le drame palestinien


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En conclusion, on peut affirmer que la politique moyen-orientale de l’administration Bush a fait faillite en occupant l’Irak sans raison valable, en s’alignant inconditionnellement sur les intérêts d’Israël et en ignorant les droits du peuple palestinien à fonder un Etat et enfin, en donnant de la vigueur à l’islam radical. Les responsables cachés de cette faillite sont à rechercher aussi auprès du complexe militaro-industriel et du lobby juif dont les intérêts convergent sans aucun doute.

Abderrahmane Iddir - Le Quotidien d’Oran


Jeudi 29 Janvier 2009

La responsabilité des Etats-Unis dans les conflits du Moyen-Orient et le drame palestinien

Au moment où Israël s’engage dans une nouvelle aventure barbare contre le peuple palestinien spolié et martyrisé, il est nécessaire de rappeler que les Etats-Unis d’Amérique ne peuvent pas et ne doivent pas oublier leur pleine responsabilité dans l’entreprise guerrière de leur allié inconditionnel dans la bande de Gaza et du pourrissement de l’affaire palestinienne, par la volonté de l’Etat juif de ne faire aucune concession à leur voisin parce qu’ils n’ont aucune envie de voir naître, à leur côté, un Etat palestinien.

En s’opposant de nouveau au Conseil de sécurité à un cessez-le-feu contre la nouvelle aventure israélienne, comme pour l’avant-dernière guerre contre le Liban, les Etats-Unis, version Bush, révèlent de nouveau au monde leur vrai visage : une puissance injuste et sans coeur, qui ignore les droits et la souffrance du peuple palestinien de Gaza soumis à un blocus inhumain depuis longtemps, et dont l’agressivité contre son voisin n’est rien d’autre que la manifestation d’une détresse extrême face à la violence implacable d’Israël et à l’indifférence du monde entier.

Ainsi, les Etats-Unis d’Amérique sont inévitablement impliqués depuis longtemps, dans les conflits qui secouent la région du Moyen-Orient, une région sensible qui s’étend des côtes méditerranéennes à l’ouest, à l’Iran à l’est. L’instabilité que connaît la région depuis le 11 septembre 2001 est le résultat d’une stratégie mûrement réfléchie et mise en oeuvre par une superpuissance qui a affiché nettement sa volonté de dominer le monde en le soumettant à son idéologie et à ses intérêts économiques. Cette stratégie vise les objectifs suivants :

-  éradication du terrorisme qui menace la paix et la sécurité des Etats-Unis,

-  contrôle et sécurité des ressources en hydrocarbures,

-  libéralisation des systèmes politiques et économiques des pays de la région.


Le statut de superpuissance unique acquis après l’effondrement du bloc communiste s’appuie sur une supériorité indiscutable sur les pays du reste du monde dans les domaines stratégique, économique et militaire. La volonté de puissance américaine est illustrée par :

- le déploiement des forces militaires dans le monde entier pour faire face à toute menace des intérêts américains. Quelque 700 bases et plusieurs flottes sont déployées sur les continents, les océans et les mers du globe,

- l’hégémonie de la monnaie américaine sur l’économie mondiale qui permet aux Américains de vivre bien au-dessus de leurs moyens propres, grâce à l’endettement,

- le gigantisme des multinationales qui pompent les richesses mondiales au profit des Américains qui ont le revenu par tête parmi les plus élevés du monde,

- le dynamisme scientifique et technologique qui caractérise les entreprises US et qui permet à l’Amérique de garder toujours une longueur d’avance sur ses concurrents,

- l’imposition de son modèle culturel au monde entier.

Cette volonté est l’expression d’une idéologie expansionniste forgée, depuis la formation de la nation américaine, par les premiers immigrants évangélistes venus d’Europe (1). Ceux-ci ont conquis une grande partie de l’Amérique du Nord en éliminant ses habitants d’origine, les Indiens, et en refoulant aux confins du sud du continent les Mexicains. Au nord, ils auraient fait la jonction avec l’Alaska s’ils n’avaient pas été contenus par l’Angleterre, leur ancienne puissance coloniale, mais qu’à cela ne tienne, le Canada a échappé à l’appétit territorial américain mais il est devenu le paradis de ses entreprises multinationales.

Autrefois isolationniste, la nation américaine est allée à la conquête économique du vaste monde après la Deuxième Guerre mondiale. Le partage du monde en deux blocs antagonistes, qui en a résulté, lui a donné de nouvelles opportunités d’expansion, sous couvert de la lutte contre le communisme et la défense du monde libre. Pendant la période de la guerre froide, l’islam a été utilisé pour endiguer le marxisme athée, et cette stratégie de la manipulation religieuse à des fins idéologiques a encouragé l’islamisme politique violent qui s’est retourné contre son propre concepteur et qui a contaminé le monde entier. En effet, les USA ont instrumenté les pays musulmans de la bordure sud de l’ex-URSS, principalement l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Pakistan et l’Afghanistan. En soutenant les régimes féodaux adossés à un islam conservateur et la résistance afghane contre le régime local pro-soviétique, ils ont contribué à déclencher la révolution islamique iranienne, à faire émerger le régime des Talibans et l’organisation d’Al-Qaida. Enfin, ils ont permis aux djihadistes arabes, qui ont combattu en Afghanistan, de rentrer dans leurs pays où ils ont créé les mouvements islamistes radicaux, comme en Algérie, en Egypte, en Arabie Saoudite, au Soudan,... En Palestine même, le Hamas devenu aujourd’hui l’ennemi juré d’Israël a été créé par ce pays, en s’inspirant de son protecteur les USA pour contrer les organisations de résistance laïques palestiniennes comme le Fatah de Yasser Arafat.

Après l’effondrement du communisme, l’Amérique s’est inventée un nouvel ennemi pour justifier sa présence et son influence dans les régions conquises et à conquérir : le terrorisme international, un épouvantail contre lequel s’est rallié le monde entier, horrifié par les attentats du 11 septembre 2001. Bien qu’ayant payé lourdement cette politique égoïste et à courte vue, ils n’ont pas encore tiré les leçons de leurs errements. Ils sont toujours, par intérêt égoïste, les alliés des pays qui constituent les deux plus grands foyers de l’islamisme obscurantiste et intolérant, l’Arabie Saoudite et le Pakistan.


Dans le domaine économique, la mondialisation est en train de remettre en cause la suprématie américaine avec l’émergence de nouveaux pôles de puissance : l’Union européenne, la Chine et la Russie apparaissent déjà comme les vrais menaces de demain et les stratèges de Washington cherchent fébrilement le moyen de les contenir sinon de les contrôler, même par la guerre. Dans ce domaine, le Moyen-Orient constitue le terrain de manoeuvre privilégié des Etats-Unis. Ils y interviennent essentiellement pour protéger leurs approvisionnements et contrôler les robinets de pétrole et de gaz. En effet, cette région renferme la moitié des réserves mondiales en hydrocarbures et fournit actuellement le tiers de la consommation mondiale. Les entreprises américaines opèrent dans tous les pays producteurs de pétrole, notamment dans les pays de la Péninsule arabique, premiers exportateurs mondiaux de pétrole et de gaz naturel.

Les deux guerres du Golfe de 1990 et 2003, provoquées et dirigées par les Etats-Unis et leurs alliés, ont eu pour principale motivation, la protection et le libre accès aux ressources en hydrocarbures de la région. Certes, les prétextes avancés pour justifier ces interventions étaient plus ou moins recevables. En 1990, l’Irak avait envahi le Koweit et menaçait de fait l’Arabie saoudite, le plus grand exportateur mondial de pétrole. Le monde entier s’est rallié à la cause américaine y compris la majorité des pays arabes.

En 2003, l’Irak était accusé de posséder des armes de destruction massive et d’aider les organisations terroristes. En dépit des enquêtes de l’Agence Internationale de l’Energie qui n’ont rien révélé de sérieux et de l’opposition de l’opinion mondiale et de certains membres du Conseil de Sécurité, détenteurs du droits de veto comme la France et la Russie, les Etats-Unis ont pris la lourde responsabilité d’attaquer l’Irak pour, disent-ils, détruire la menace irakienne qui pèse sur la sécurité internationale et celles de l’Amérique. Pour arriver à leurs fins, les deux principaux va-t-en-guerre de cette aventure irakienne, les USA et le Royaume-Uni ont fabriqué de toutes pièces de faux rapports impliquant le régime irakien dans la fabrication d’ADM. Et de fait, les Américains, une fois sur place, n’ont trouvé aucun indice de telles armes. L’administration Bush à dû trouver une autre justification moralisatrice à son entreprise guerrière : abattre la tyrannie d’un dictateur aventurier et sanguinaire et promouvoir la démocratie en Irak, au profit du peuple irakien opprimé.

En matière d’implication de l’Irak dans le terrorisme international, là aussi les Etats-Unis n’avaient aucune preuve tangible de l’implication de ce pays. D’ailleurs, le régime de Saddam Hussein était un des rares régimes laïcs arabes et de ce fait, il ne pouvait objectivement utiliser les islamistes radicaux et encore moins faire cause commune avec Al-Qaïda pour perpétrer des attentats dans le monde. Qu’à cela ne tienne, les USA ont réussi à trouver un lien du régime irakien avec Al-Qaida. Le 5 février 2003, à la veille de l’intervention américaine, Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain a cité dans son discours au Conseil de sécurité, pour la première fois, le nom de Zarkaoui (2) comme étant le chef d’un réseau terroriste affilié à Al-Qaida activant en Irak. Ce sont les Kurdes qui auraient révélé l’existence du Jordanien, un islamiste radical qui a purgé une peine de prison dans son pays et qui rêvait de se battre contre les régimes arabes corrompus. Il est passé par les camps d’entraînement en Afghanistan où il a rencontré Ben Laden sans lui faire allégeance. Il s’est réfugié au Kurdistan irakien après la défaite des Talibans, où il a effectivement créé et dirigée un camp d’entraînement de combattants. Après l’invasion de l’Irak en 2003, Zarkaoui a trouvé sa voie en s’engageant dans la résistance avec l’aide des sunnites partisans de Saddam. La jonction avec Al-Qaida n’a eu lieu qu’après l’occupation américaine, le 27 décembre 2004, quand Ben Laden l’a nommé émir d’Al-Qaida en Irak. Ainsi, la preuve américaine, fausse au départ, est devenue une réalité après leur intervention.

L’aventure irakienne a, certes, atteint son objectif stratégique inavoué de mettre la main sur les richesses en hydrocarbure du pays, les plus importantes après celles de l’Arabie Saoudite. En effet, quel que soit l’avenir de l’Irak et son statut politique, les Américains veilleront par tous les moyens au contrôle de ses ressources.

Aujourd’hui, en 2009, ils sont loin de s’être tirés d’affaire. Le prix de leur agression n’a cessé d’augmenter et leur prestige international de baisser. Car sur le terrain, les objectifs affichés sont loin d’être atteints. Au contraire, sur le plan militaire ils ont subi de lourdes pertes, dépensé des milliards de dollars pour se maintenir dans un pays en proie aujourd’hui à la guerre civile. Ils ont donné une impulsion nouvelle au terrorisme islamiste, car l’Irak est devenu rapidement le point de ralliement du terrorisme mondial. C’est le lieu où les jeunes islamistes radicaux convergent pour se venger de l’Amérique qui humilie les musulmans et les Arabes, en Palestine notamment. Les alliés des Etats-Unis en Irak, comme l’Espagne et l’Angleterre, ont été durement frappés par des attentats à Madrid en 2004 et à Londres en 2005. La résistance irakienne est visiblement composée d’organisations rivales qui n’ont pas d’unité d’action. La résistance chiite, dirigée initialement exclusivement contre l’occupant, a fini par répondre aux provocations sunnites.

Enfin, l’organisation Zarkaoui émir d’Al-Qaida est alliée aux Sunnites contre les Américains et les Chiites. Par ses attentats meurtriers contre la population civile, elle a réussi à éviter la jonction des organisations irakiennes contre l’occupant, ce qui aurait entraîné sa marginalisation. Au contraire, Zarkaoui et ses successeurs ont réussi le tour de force d’enclencher une guerre civile meurtrière entre Sunnites et Chiites, ce qui rend encore plus difficile la sortie des Américains du guêpier où ils se sont fourrés et à l’Irak le retour à la paix et la démocratie promise. Le spectre de la disparition de l’Irak en tant que nation est en route avec le projet d’Etat fédéral réclamé par les communautés dans les nouvelles instances dirigeantes de l’Irak.


Le rêve américain de vaincre le terrorisme par la force a tourné au cauchemar. L’Amérique, ses intérêts et ses alliés sont plus que jamais la cible de ce que la superpuissance désigne sous le vocable de terrorisme international, un fourre-tout qui compte aujourd’hui des mouvements de résistance nationale comme les organisations palestiniennes, le Hisbollah libanais et les organisations irakiennes, des mouvements radicaux qui se battent contre les régimes locaux en place et enfin, l’organisation supranationale d’Al-Qaida qui se bat contre le monde occidental pour des raisons plus idéologiques que politiques. La plupart de ces organisations ne menacent pas directement la sécurité des Etats-Unis, ni même indirectement. Le Hamas palestinien et le Hisbollah libanais défendent, malgré toutes les critiques qu’on peut leur adresser, leur terre et leur droit à l’existence contre le colonisateur le plus féroce qu’ait connu le vingtième siècle, et pourtant, elles font partie de la liste américaine des organisations terroristes à combattre. Les organisations de la résistance irakienne n’existaient pas avant que les USA occupent le pays, et le régime de Saddam Hussein n’a jamais commis à notre connaissance d’attentat terroriste contre l’Amérique alors qu’il avait des arguments solides pour le faire après la première guerre du Golfe. On se souvient des attentats commis par la Lybie sur des avions de ligne américains et français aux cours des années 70. Il s’agissait là d’un cas rare de terrorisme d’Etat qui est l’expression d’une politique hostile aux USA et la France menée par un Etat souverain qui, du reste, a été puni et mis au ban des nations pendant vingt ans par la communauté internationale, avant qu’il ne reconnaisse et expie ses fautes et devienne l’allié de ses anciens ennemis. Israël, qui pratique le terrorisme d’Etat depuis 60 ans contre ses voisins, par contre, a le droit de se défendre.

Quant aux organisations locales qui harcèlent les régimes en place dans le monde musulman et ailleurs, elles sont exclusivement dirigées contre l’autoritarisme des gouvernements, le déficit de démocratie et la misère économique et sociale. Elle touche quelquefois indirectement les USA quand ces derniers protègent et encouragent ostensiblement les dictateurs.


Quant à faire la paix avec Israël, le point nodal de tous les conflits du Moyen-Orient, le monde entier sait qu’elle dépend entièrement de cet Etat terroriste, qui est en conflit avec ses voisins depuis sa création et de son protégé américain qui lui fournit un soutien inconditionnel, politique, économique et militaire. Cette paix ne peut être faite sur le dos des Arabes, qui ont déjà fait beaucoup de concessions et posé leurs conditions au Sommet de Beyrouth de 2004. Ils se sont engagés à reconnaître Israël s’il restitue les territoires occupés en 1967 et accepte la création d’un Etat palestinien avec, comme capitale, une partie de Jérusalem.

Mais, l’Etat sioniste a dédaigné cette offre raisonnable et équitable. Il a choisi le parti de la confrontation avec la résistance palestinienne et ses autres voisins le Liban et la Syrie, fort du soutien inconditionnel et illimité de la superpuissance américaine. Celle-ci veut bien promouvoir la démocratie et la paix au Moyen-Orient. Il y va de ses intérêts stratégiques mais c’est Israël qui veut dicter les conditions de la paix avec ses voisins, et son protecteur évite de faire pression sur ce protégé turbulent et sûr de sa bonne étoile.

Ce laisser-faire de l’Amérique peut paraître surprenant et contradictoire. L’Amérique peut-elle sacrifier ses intérêts au profit d’un petit Etat qui, objectivement, n’a aucun atout stratégique aujourd’hui, ni une raison morale irrésistible qui justifient son soutien vital.

C’est bien le cas comme l’ont démontré magistralement deux universitaires américains dans une étude publiée récemment (3). En substance, le mystère de cette relation contre nature et contre le bon sens d’un Etat nain et d’un géant mondial n’en est pas un.

Israël est protégé et aidé non pas par les administrations américaines successives depuis 30 ans, mais par le puissant lobby pro-israélien qui n’est rien d’autre, qu’un Etat dans l’Etat. Les Juifs américains ne représentent pourtant que 3 % de la population des USA, soit quelque 9 millions aujourd’hui. Mais leur puissance financière et leur influence sur la politique étrangère américaine est telle, que le président américain et son gouvernement ne sont que des exécutants pour tout ce qui touche à Israël et au Moyen-Orient en général. Les intérêts d’Israël sont défendus par la puissante association juive l’AIPAC ou Comité aux affaires publiques américano-israéliennes, qui poursuit deux stratégies complémentaires : contrôler l’opinion publique américaine et internationale par le biais des médias et des « think tank », les instituts de recherche américains, en présentant la meilleure image d’Israël, notamment en le décrivant comme victime, hier des nazis, aujourd’hui des Arabes.

Les critiques contre ce pays qui défie la légalité internationale depuis 40 ans ne sont pas tolérées et étouffées et les auteurs, qu’ils soient politiques, intellectuels ou simples journalistes, sont sanctionnés chacun à la mesure de son forfait. En la matière, l’AIPAC décourage les débats publics sur Israël pour éviter tout revirement de l’opinion qui se traduirait par une baisse de soutien à son protégé. L’arme la plus puissante de l’AIPAC est l’accusation d’antisémitisme, affirment les professeurs américains.

L’AIPAC utilise son influence sur les institutions politiques américaines, le Congrès, le Sénat et la Présidence pour faire avancer les intérêts et les objectifs israéliens. Le succès d’une telle entreprise réside dans le fait que l’AIPAC finance à plus de 60 % les campagnes électorales des partis politiques américains, démocrate et républicain, pour l’élection présidentielle ainsi que celles des candidats amis aux élections législatives.

Le lobby juif a acquis même la capacité d’influencer le président américain dans le choix de ses collaborateurs. Les auteurs de l’étude américaine citent le cas de Jimmy Carter, qui a dû renoncer à la nomination comme secrétaire d’Etat de George Ball, sur intervention du lobby juif au Congrès, qui est considéré comme trop critique vis-à-vis d’Israël. Ce cas n’est pas isolé.

La puissance du lobby juif ne se limite pas aux USA et à l’AIPAC. Elle s’étend géographiquement à l’Europe où il domine la finance et les médias et organiquement à d’autres groupes de soutien à Israël, comme la communauté chrétienne des évangélistes américains dont les leaders croient que la renaissance d’Israël est l’accomplissement de la prophétie biblique, le congrès juif mondial, l’association des Juifs de France,...

Après la disparition du camp soviétique, Israël est considéré comme un fardeau par les administrations américaines successives, non seulement sur le plan financier mais sur le plan politique. En effet, Israël est bénéficiaire d’une aide substantielle de plusieurs milliards de dollars par an qui représente quelque 20 % de l’aide étrangère américaine. Il a un accès sans limite aux technologies militaires les plus modernes. Dans la croisade contre le terrorisme, Israël est perçu comme un handicap pour la politique américaine, dans la mesure où le soutien inconditionnel à l’Etat hébreu, qui occupe Jérusalem et opprime les Palestiniens, aide à rallier le soutien à l’organisation d’Al-Qaida et aux groupes extrémistes contre les USA. Quant à l’axe du mal, qui désigne aujourd’hui principalement la Syrie et l’Iran, accusés de soutenir le terrorisme en Irak et au Liban, ils ne représentent pas de menace pour les intérêts vitaux de l’Amérique, mais seulement pour Israël dont l’arsenal nucléaire est l’une des raisons pour lesquelles, hier l’Irak et aujourd’hui l’Iran veulent se doter de l’arme atomique.

Enfin, la valeur stratégique d’Israël est remise en cause pour une autre raison, affirment les chercheurs, celui-ci ne se comporte pas comme un allié fidèle des USA. Il ignore fréquemment les demandes américaines et ne tient pas ses promesses sur le dossier palestinien, notamment celle de cesser la construction de colonies et de s’abstenir des attentats ciblés contre les dirigeants palestiniens. Il a mené contre son protecteur, des actions d’espionnage et livré à la Chine une technologie militaire sensible. Pourtant contre vents et marées l’administration américaine continue de fournir un soutien diplomatique, économique et militaire à un allié encombrant.

Certes, Israël a été un allié utile pendant la guerre froide. Il a réussi à contenir la poussée soviétique au Moyen-Orient en battant les armées arabes équipées par l’URSS en 1967 et en neutralisant l’Égypte après la guerre de 1973. Ce soutien avait un prix, une complication des relations avec le monde arabe et islamique. Israël n’a été d’aucun secours à l’Amérique quand la révolution iranienne a éclaté en 1979. De même, en 1990, les USA n’ont pas utilisé les bases israéliennes pour attaquer l’Irak, de peur de nuire à l’alliance contre Saddam Hussein et il en a été de même en 2003.

Après le 11 septembre 2001, l’administration Bush a bien essayé de relancer le processus politique en panne entre Israéliens et Palestiniens, en proposant sa fameuse feuille de route. L’opinion américaine était acquise à une paix négociée au Moyen-Orient mais c’était sans compter avec le lobby juif actionné par le Premier ministre israélien Ariel Charon, hostile à la relance du dialogue. Les inconditionnels d’Israël, tapis dans les institutions américaines, ont fini par faire capoter le projet et faute de ne pouvoir faire pression sur son allié, Bush a reculé en essuyant une défaite. Le remplacement d’Arafat par Mahmoud Abbas n’a pas changé les choses, car Israël poursuivait une autre politique et la disqualification du chef historique palestinien n’était qu’un prétexte avancé par ses adversaires juifs et américains. Aujourd’hui, plus que jamais, le chemin de la paix est bloqué sous l’oeil impuissant mais par ailleurs zélé et complice des Etats-Unis.

En conclusion, on peut affirmer que la politique moyen-orientale de l’administration Bush a fait faillite en occupant l’Irak sans raison valable, en s’alignant inconditionnellement sur les intérêts d’Israël et en ignorant les droits du peuple palestinien à fonder un Etat et enfin, en donnant de la vigueur à l’islam radical. Les responsables cachés de cette faillite sont à rechercher aussi auprès du complexe militaro-industriel et du lobby juif dont les intérêts convergent sans aucun doute.


Les conséquences sur la région et ses peuples sont désastreuses, un grand nombre de pays sont déstabilisés, les peuples nourrissent une haine viscérale contre Israël et son puissant allié. Les régimes sont fragilisés par la montée de l’intégrisme et du terrorisme islamiste rendant plus difficile l’ouverture d’une perspective démocratique. Les Etats-Unis ont perdu leur crédit moral de champion de la liberté et de la justice auprès de la majorité des peuples du tiers-monde.

Les Arabes en général et les Palestiniens en particulier ne doivent plus attendre d’eux qu’ils ramènent la paix et la stabilité. Ils ne doivent compter que sur eux-mêmes et les pays amis, s’ils ont la volonté de changer la situation actuelle. Une politique déterminée et unitaire des pays arabes, dirigée contre la puissance américaine et son protégé, est la seule capable de sortir la région de la profonde crise où elle est plongée depuis longtemps, mais hélas, les divisions actuelles des pays arabes sont trop grandes pour y arriver dans un terme prévisible.

A moins que l’arrivée d’un président démocrate noir à la Maison-Blanche, en ce début 2009, ne refonde complètement la politique étrangère américaine au Moyen-Orient, suivie depuis longtemps par les Républicains conservateurs, en remettant à sa place Israël et en rendant enfin justice au peuple palestinien.

Notes :

-  1) Lakhdar Idroudj : La démocratie de la peur, la doctrine théologique de l’américanisme, dans El Watan du 23 au 25 juil. 2006

-  2) Loretta Napoléoni : Le vrai visage de Zarkaoui, dans L’Intelligent n° 2344 du 5 déc 2005

-  3) John Mearsheimer et Stéphan Walt : le lobby israélien, dans Le Quotidien d’Oran du 28 mars au 2 avril 2006.

Voir aussi : Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine de J.Mearsheimer & S. Walt. (ndp)

Abderrahmane Iddir est ingénieur à la retraite

28 janvier 2009 - Le Quotidien d’Oran - Débat

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Jeudi 29 Janvier 2009


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