Propagande médiatique, politique, idéologique

La réalité de Jérusalem “ville ouverte” selon Israël


Personne n’aurait été plus surprise que Fawziya Khurd entendant la dernière annonce de Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, selon lequel Israël mène une politique de « ville ouverte » à Jérusalem.

Jonathan Cook- Counterpunch


Jonathan Cook
Mardi 28 Juillet 2009

La réalité de Jérusalem “ville ouverte” selon Israël

Ghettos, démolitions et pénurie de logements ...

M. Netanyahou a déclaré dimanche à son cabinet que l’annexion israélienne de Jérusalem-Est après la guerre de 1967 - ce qu’il a appelé « l’unification » de la ville - signifiait que tous les habitants, juifs aussi bien que palestiniens, pouvaient acquérir une propriété partout où ils le souhaitaient.

«  Notre politique est que les habitants de Jérusalem peuvent acheter des appartements partout dans la ville. Il n’y a pas d’interdiction pour les Arabes d’acheter des appartements dans l’ouest de la ville, et il n’y a pas d’interdiction pour les juifs de construire ou d’acheter dans l’est de la ville  ».

M. Netanyahou tentait de justifier des constructions récentes à Jérusalem-Est par des organisations de colons, défiant les exigences posées par les Etats-Unis pour qu’Israël cesse toute extension. En particulier, les responsables US font opposition à la récente mainmise par des colons sur des propriétés dans le quartier de Cheikh Jarrah, où vivait Mme Khurd, aussi bien que dans la vieille ville, à Silwan et Ras al-Amoud.

Toutefois selon les experts, la réalité, tant au sens pratique que légal, est que la «  ville ouverte » de M. Netanyahou est pure fiction, qu’elle est accessible aux seuls colons et non à Mme Khurd ni aux 250 000 autres Palestiniens de Jérusalem-Est.

Mme Khurd, par exemple, s’est vue contrainte de vivre dans une tente depuis novembre dernier, après que des colons l’eurent chassée de la maison de Jérusalem-Est qui était la sienne depuis cinq décennies. Elle n’a pas davantage l’espoir de retourner dans la maison prise à sa famille à Talbyeh, actuellement à Jérusalem-Ouest, au cours de la guerre de 1948 qui a institué Israël.

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Les Palestiniens se voient refuser le droit de vivre tant à Jérusalem-Ouest que dans beaucoup de zones résidentielles de Jérusalem-Est.

En outre, les restrictions de mouvement signifient que la grande majorité des quatre millions de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza se voient interdire d’entrer dans la ville ou de visiter ses lieux saints.

Dans Jérusalem, de même qu’en Cisjordanie, Israël impose un programme strict de ségrégation au détriment des Palestiniens, dit Jeff Halper, du Comité israélien contre les démolitions de maisons (ICAHD).

Les juifs israéliens ont la liberté de vivre dans les deux parties de la ville, avec 270 000 d’entre eux vivant à Jérusalem-Ouest et quelque 200 000 résidant à Jérusalem-Est dans des colonies en rapide expansion, fortement subventionnées par l’Etat.

En revanche, les Palestiniens se voient refuser le droit de vivre tant à Jérusalem-Ouest que dans beaucoup de zones résidentielles de Jérusalem-Est. Même dans leurs quartiers sévèrement contrôlés dans l’est de la ville, au moins 20 000 de leurs maisons sont l’objet d’arrêtés de démolition, selon M. Halper. Daniel Seidemann, un avocat de Jérusalem, dit qu’en 20 ans de travail sur des cas de droit de résidence pour des Palestiniens, il n’a jamais entendu parler d’un Palestinien officiellement domicilié à Jérusalem qui vive à Jérusalem-Ouest.

En raison du fait, souligne-t-il, que la presque totalité des terres dans les frontières israéliennes de 1948, y compris Jérusalem-Ouest, a été enregistrée comme « territoire d’Etat » administré par un organisme connu comme l’Autorité Terrienne d’Israël.

L’autorité n’autorise ni Palestiniens ni Israéliens à acheter de propriété sur des terres d’Etat. En revanche, des baux à long terme renouvelables sont disponibles aux Israéliens et à toute personne susceptible d’immigrer en Israël en vertu de la Loi du Retour - à savoir, des juifs.

Les colonies à Jérusalem-Est - qui couvrent maintenant 35% de l’est de la ville, selon Me Seidemann - sont également construites sur des terrains déclarés « terres d’Etat », violant le droit international. Ici aussi cela veut dire que seuls les Israéliens et les nationaux étrangers juifs ont le droit d’y louer du terrain.

Comme ils n’ont pas la citoyenneté israélienne, les Palestiniens de Jérusalem-Est sont disqualifiés pour l’acquisition d’une propriété que ce soit à Jérusalem-Ouest ou dans les colonies de Jérusalem-Est.

« La situation extraordinaire est qu’un Palestinien qui a été exproprié de son terrain pour la construction de la colonie de Har Homa [à la périphérie de Jérusalem-Est] ne peut y conclure de bail, alors qu’un juif de Paris ou de Londres, qui n’est pas même citoyen israélien, peut le faire ».

Me Seidemann soulignait aussi que la Cour Suprême du pays a jugé en 1978 qu’une famille palestinienne forcée à quitter ce qui est devenu le quartier juif de la Vieille Ville en 1967 n’avait pas le droit de retourner dans sa propriété.

La Cour a motivé sa décision sur le fait que toute communauté religieuse devait avoir son propre quartier. « Néanmoins, cette règle n’a pas empêché le gouvernement israélien d’aider les colons juifs à empiéter sur les quartiers musulman et chrétien ».

Cette semaine, selon les médias israéliens, plusieurs familles d’une organisation de colons, Ateret Cohanim, ont déménagé dans un immeuble au cœur du quartier musulman. La propriété avait été achetée dans les années ’80 par Ariel Sharon pour assurer la souveraineté juive sur l’ensemble de la Vieille Ville, même s’il n’y a jamais emménagé.

M. Halper dit qu’en outre les Palestiniens de Jérusalem, contrairement à ses juifs, sont confrontés à des politiques municipales destinées à leur rendre la vie aussi insupportable que possible. Les démolitions de propriétés palestiniennes sont loin d’être rares. Par exemple, la police a démantelé la tente de Mme Khurd à six reprises depuis novembre et elle a été condamnée à toute une série d’amendes.

« Même en se basant sur les chiffres israéliens, il manque à Jérusalem-Est 25 000 unités de logement pour correspondre aux ‘besoins minimaux’ des Palestiniens » dit M. Halper. « Les terrains sont disponibles, c’est juste qu’Israël veut induire une grave pénurie de logements au détriment des Palestiniens ». En espérant qu’ils partiraient en Cisjordanie, ajoute-t-il.

Me Seidemann dit qu’une poignée de familles palestiniennes, face à la pénurie de logements, avaient réussi à louer des logements à court terme à des propriétaires israéliens dans les principales colonies de Jérusalem-Est, comme French Hill et Pisgat Zeev.

Selon lui, ce phénomène marginal a été claironné à tort comme preuve de la « nature égalitaire » des lois israéliennes sur la propriété. Selon les médias israéliens, la remarque de M. Netanyahou a pu être destinée à jeter de la poudre aux yeux de l’administration étatsunienne, qui augmente la pression pour faire cesser la construction d’implantations coloniales à Jérusalem-Est.

Me Seidemann ajoute : « Le Département d’Etat [US] a une meilleure compréhension de ces questions que M. Netanyahou. Il n’y a aucune possibilité pour que ses commentaires soient traités comme crédibles par aucun des négociateurs ».

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Sheikh Jarrah, Jérusalem-Est. Fawziya Khurd vit sous cette tente depuis novembre 2008, date de son expulsion.
(Photo : Palestine Monitor - Stefania R.)


Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books).


Counterpunch - Vous pouvez consulter cet article ici : http://www.jkcook.net/Articles3/040...
Traduction de l’anglais : Marie Meert
http://www.info-palestine.net


Mardi 28 Juillet 2009


Commentaires

1.Posté par AJ le 28/07/2009 16:20 | Alerter
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Et une vidéo sur le racisme anti-Arabe à Jérusalem-ouest



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