Propagande médiatique, politique, idéologique

La quête de la 'Démocratie' maghrébine


Une Alliance Maghrébine est née à Paris le 27 avril dernier


Samir MEHALLA
Mercredi 3 Mai 2006

La quête de la 'Démocratie' maghrébine
C’est à toujours ailleurs que les magrébins manifestent plus d’homogénéités qui les prédisposent à devenir un ensemble de valeurs complémentaires, cohérentes, autosuffisantes, dynamiques et prospères. L‘Histoire les a rarement présentés comme des ensembles ethniques conflictuel. Sur tous les plans –Culturels, spirituels et historiques, le Maghreb est un tempérament qui a été façonné par les mêmes sédiments culturels pour avoir subi les mêmes invasions, les mêmes civilisation pour ainsi dire, qui l’ont influencé tout au long du temps. Cette identité acquise s’affirme jusqu’au jour d’aujourd’hui par les incontournables ressemblances artistiques, culinaires et sociales.
D’une manière plus principielle, lit-on dans le communiqué fondateur, les « pères » de « l’Alliance Maghrébine pour la Démocratie » (AMD) n’ont aucun à priori culturel, idéologique ou religieux vis-à-vis des séquelles de l’histoire, quelle qu’elle soit. Pour des raisons historiques et géographiques d’abord : les apports culturels venus de l’Occident et assimilés par les Maghrébins sont autant profonds que ceux venus de l’Orient. L’identité maghrébine actuelle peut s’analyser comme une résultante de l’ensemble de ces apports dans leur globalité.
Les fondateurs de « l’Alliance » pensent que le Maghreb achèvera l’épanouissement de son identité quand il aura enfin, et sans tabou, assimilé les valeurs positives de sa multi appartenance (méditerranéenne, occidentale, orientale et africaine) en une unité pluriculturelle que privilégie ses atouts de complétude.
Malgré ces atouts considérables, notent les membres fondateurs, et à l’heure des regroupements régionaux en Europe, en Amérique et en Asie, le Maghreb reste au point zéro de son intégration. Ce constat s’impose de lui-même et il est accablant : une analyse rapide des réalités économiques et sociales du Maghreb dans son ensemble fait apparaître, à l’état potentiel, une puissance économique d’autant plus fiable qu’elle est soutenue par un marché intérieur dépassant celui d’autres puissances telles la France ou l’Italie. Soit près de 90 millions d’habitants. Mais les inerties dues aux ambitions étriquées et à une conception désormais dépassée du nationalisme - qui ont donné naissance à des problèmes aussi anachroniques que celui du « Sahara Occidental » - ont tragiquement plombé ne serait-ce que la simple libre circulation des biens et des personnes. Alors que L’UMA, structure créée en février 1989 par les dirigeants maghrébins, pour impulser l’intégration maghrébine, n’a même pas été capable d’organiser depuis des années un seul sommet maghrébin !
Pourtant l’aspiration à l’unité, héritage et promesse de l’histoire, a souvent motivé les peuples maghrébins comme peuvent l’attester les élans de solidarité, profonde et agissante, qui les ont unis durant leurs luttes contre les occupations étrangères - une aspiration dont la plus forte expression reste l’historique appel de Tanger d’Avril 1958, dans lequel les dirigeants historiques
des trois pays centraux exprimaient « l’unanime volonté des peuples maghrébins à unir leur
destin » (Lire en annexe un extrait du texte de cet appel ainsi que la liste de ses signataires).


L’idée et l’ambition

L’idée initiale qui a mobilisé les fondateurs de « L’Alliance Maghrébine Pour la Démocratie » est de contribuer à la maturation rapide d’une conscience maghrébine transcendant les particularismes. La conscience maghrébine, en d’autres termes, ne peut être que la sœur de la
démocratie maghrébine. Aussi et comme l’explicite clairement la dénomination de l’association,
les fondateurs de « L’alliance Maghrébine Pour la Démocratie » entendent participer au
développement d’une conscience maghrébine à travers le corrélat qui lui est synchronique : La
promotion de la démocratie.
Pour traduire dans les faits l’ensemble de ces principes, les fondateurs de l’AMD ont choisi
de construire leur association sur un primat simple dans son énoncé mais immense dans ses
significations : le droit à la différence. L’AMD reconnaît au Maghrébin le droit d’avoir l’identité
culturelle, la croyance spirituelle, la conviction idéologique et la préférence politique de son
choix et sans aucune autre restriction que celle qu’impose la liberté d’autrui. Cette philosophie
des droits du citoyen maghrébin induit tout naturellement l’inaliénable droit des femmes
maghrébines à accéder à la plénitude entière et sans condition de la citoyenneté dans toutes ses
dimensions : politique, sociale et culturelle. L’AMD militera avec force pour l’élimination de
toutes les formes de ségrégation et de discrimination qui inhibent l’évolution de la femme
maghrébine vers l’émancipation.
L’AMD luttera de même contre toute forme de racisme, de discrimination ethnique,
religieuse ou autre et fera du respect des Droits de l’Homme, tel qu’universellement reconnus,
son credo.

Toutefois la vocation de l’AMD ne sera pas politique dans la mesure où elle ne
s’inscrit dans aucune compétition pour le pouvoir et ne présentera ni ne cautionnera
aucune formation ou personnalité participant à cette compétition. Son essence sera en
revanche naturellement politique du fait qu’elle se mêlera de près à la réalisation de
l’aspiration des Maghrébins à une vie authentiquement démocratique.

Ainsi et autant que peuvent le lui permettre ses moyens d’action, l’AMD s’assigne la
mission de combler le déficit actuel dans la culture démocratique maghrébine et de stopper la
désertification du champ politique maghrébin en ensemençant un nouveau champ de pensée et de
dialogue qui réhabiliterait le rôle de l’intellectuel et du politique maghrébins dans ce qu’ils ont de
plus noble et de plus agissant pour le progrès et pour l’équilibre de la région.
Les principaux objectifs de l’AMD peuvent être condensés comme suit :
• Promouvoir la démocratie et les droits de l’Homme dans les cinq pays ;
• Oeuvrer pour l’union du Maghreb ;
• Défendre le droit à la différence entre les diverses composantes culturelles et politiques
• Défendre les libertés d’expression, d’association et de culte ;
• Défendre l’égalité des droits et des devoirs entre les deux sexes ;
• Promouvoir l’Etat de droit et le principe inaltérable de l’alternance ;
• Veiller à l’application du principe de la séparation des pouvoirs ;
• Développer une réflexion approfondie sur les conditions de la transition démocratique au
Maghreb.

Les fondateurs

Les appartenances idéologiques et politiques des membres fondateurs se devaient de conférer un substratum humain à ces ambitions. Ainsi, outre le fait que les membres fondateurs sont issus des cinq pays constitutifs du Maghreb, ils sont représentatifs de tous les courants politiques et idéologiques respectueux des droits de l’Homme sans exception.

Par ailleurs, l’AMD accueillera avec joie :

• Toute maghrébine et tout maghrébin qui aura servi dans son pays et au cours de sa carrière
publique, universitaire, associative ou citoyenne, la cause de la démocratie à quelque
sensibilité politique ou courant de pensée auxquelles ils appartiennent ;
• Toutes celles et tous ceux qui ont foi en le Maghreb en tant que réalité historique
inéluctable et en la démocratie comme système de coexistence et comme philosophie de
vie ;
• Toutes celles et tous ceux qui admettent que chaque Maghrébin, quelles que soient ses
convictions, a un droit inaliénable à l’expression ; qui croient en la puissante force de
l’esprit, de la pensée et de l’argument et qui sont convaincus que l’exclusion, sous quelque
forme qu’elle puisse être, conduit à la violence, à l’insécurité et à l’instabilité ;
• Toutes celles et tous ceux qui admettent qu’il n’est de source de légitimité que celle qui
émane de la volonté des peuples telle qu’elle peut s’exprimer par le canal d’institutions
authentiquement représentatives - le peuple en tant que détenteur de l’autorité publique et
souverain arbitre de la naturelle compétition entre les hommes et les courants de pensées.
Enfin, le choix de la journée du 27 avril pour dater la naissance officielle de l’AMD n’est
pas fortuit. Car, quarante-huit ans plus tôt, jour pour jour, les dirigeants historiques des
mouvements de libération nationale des trois pays centraux, réunis à Tanger, ont solennellement
proclamé leur foi en l’unité du Maghreb et leur volonté de la réaliser. Si, pour les raisons déjà
évoquées, ce qui a été réalisé dans ce sens depuis cet appel historique est minime, rien ne prouve
pour autant que cet idéal maghrébin est condamné à l’échec. En choisissant la date du 27 avril
pour annoncer la naissance de l’AMD, les fondateurs entendent prendre le relais des mains des
signataires de l’appel de Tanger pour passer à une autre vitesse. Avec toutes les forces vives
maghrébines qui les ont précédées et celles qui les suivraient sur cette exaltante route. Il est
hautement significatif dans ce sens qu’un des signataires de l’appel de Tanger, l’ancien ministre
tunisien Tahar Belkhodja, soit membre fondateur de l’AMD. Ce qui est, en soi, l’expression
d’une puissante vérité : la flamme maghrébine n’est pas morte.
Elle peut être ravivée.



Mercredi 3 Mai 2006

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