Conspiration

La question de l'argent était primordiale pour Litvinenko

Interview du témoin Andreï Lougovoï (Izvestia)


Lundi, les enquêteurs de Scotland Yard ont à nouveau interrogé Dmitri Kovtoun, l'un des témoins dans l'affaire sur l'assassinat de l'ex-agent du FSB russe Alexandre Litvinenko à Londres. Les détails de l'entretien n'ont pas été communiqués. Dans le même temps, l'homme d'affaires Andreï Lougovoï, autre témoin russe dans cette affaire, a accordé une interview à Vladimir Demtchenko, correspondant du journal Izvestia.


Izvestia
Mardi 19 Décembre 2006

La question de l'argent était primordiale pour Litvinenko





Je voudrais dire bien des choses, mais je ne peux le faire, parce que j'ai prêté serment de ne pas divulguer les détails de l'enquête, a indiqué M.Lougovoï avant l'entretien. Je regrette de ne pas en avoir parlé avant l'arrivée des enquêteurs britanniques. Les médias diffusent des informations très étranges et je suis obligé de me taire.

Question: M.Lougovoï, il n'y a pas si longtemps, on vous considérait comme le principal suspect...

Réponse: Oui... Qui plus est, M.Litvinenko n'a jamais parlé de moi. Il a déclaré pour la première fois qu'il était victime d'un empoisonnement le 11 ou le 12 novembre. Et pas un mot sur moi. Je lui ai immédiatement téléphoné. Il m'a dit: tu sais, on m'a empoisonné. Les journaux ont alors écrit que Mario Scaramella était le coupable. J'ai pensé que c'était très étrange et j'ai offert mon aide. Mais il a refusé et a promis de me rencontrer après qu'il se soit remis. Nous avons prévu de nous voir en Espagne deux semaines plus tard. Mon nom a été évoqué après que M.Litvinenko a été transféré en soins intensifs.

Q: Parlez nous, s'il vous-plaît, de vos relations avec M.Litvinenko...

R: Nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a une dizaine d'années, mais nous nous connaissions à peine. Ensuite nous ne nous sommes pas revus pendant plusieurs années. Il y a un an, j'ai reçu un appel-surprise de M.Litvinenko. Il avait probablement appris que j'avais une société de gardes du corps en Russie. J'ai été plutôt sceptique après cet appel téléphonique. Mais je l'ai rappelé alors que j'étais à Londres. Il m'a cité les noms de plusieurs sociétés que nous avons visitées ensemble. La réputation, le prestige et les intérêts commerciaux de ces sociétés m'ont fait penser que cela pourrait être intéressant.

Q: Vous parlez des sociétés dont les noms sont cités par la presse?

R: Oui. Il s'agit de sociétés très influentes qui s'occupent de la sécurité. Ils ont des clients britanniques et russes qui souhaitent faire des affaires en Russie. Ces entreprises s'intéressent aux sociétés de gardes du corps russes. J'ai été très content de nouer des relations avec elles. Elles ont manifesté un grand intérêt pour moi et nous avons même mené des négociations.

Q: Avez-vous visité ces sociétés le 1er novembre ou avant?

R: Bien avant, c'était en décembre 2005. Nous avons eu des contacts pendant toute l'année.

Q: Quel était le rôle de M.Litvinenko?

R: Il a joué le rôle de médiateur. Il a tout de suite dit: "Rien ne m'intéresse, je souhaite telle rémunération en cas de signature d'un contrat". Il n'avait pas l'intention de participer à l'affaire. Il a tout organisé juste pour gagner de l'argent.

Q: Avait-il des problèmes financiers importants?

R: Il m'a dit que sa rémunération avait été divisée par trois l'été précédent. Il a même précisé le montant - 1.500 livres, alors qu'un concierge britannique touche plus de 2.000 livres. Je peux affirmer que la question de l'argent était primordiale pour lui.

Q: Est-ce que les contrats que vous alliez signer avec ces sociétés prévoyaient la participation de Boris Berezovski?

R: Non. Je n'ai pas eu de contacts d'affaires avec M.Berezovski depuis environ cinq ans. Nos contacts ont été très rares et avaient un caractère personnel. Quant à M.Litvinenko, je m'apprêtais à le payer avant de lui dire "au revoir".

Q: Revenons au 1er novembre. Quelle mine avait M.Litvinenko, comment se sentait-il?

R: Je ne peux évidemment pas en parler.

Q: On vous a interrogé en présence des Britanniques. Avez-vous eu l'impression qu'ils avaient une hypothèse?

R: Je ne sais pas... Je dirais que leurs questions ne m'ont pas étonné.

Q: Et vous, pouvez-vous citer d'éventuelles hypothèses? Une connaissance londonienne de M.Litvinenko a supposé que l'affaire pourrait être liée avec l'Espagne et que M.Litvinenko aurait renseigné la police espagnole sur la mafia russe.

R: Je ne peux pas en parler non plus, parce que j'en ai parlé en détail aux enquêteurs. Mais je ne démentirai pas ces propos. D'ailleurs, je ne suis pas sûr que ce soit la police qui ait demandé des renseignements à M.Litvinenko.


Mardi 19 Décembre 2006

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