Propagande médiatique, politique, idéologique

La propagande dans l'information



Vendredi 21 Novembre 2008

La propagande dans l'information
Hier comme aujourd’hui, la lecture des media reste un exercice délicat. Nous croyons souvent que dans les démocraties dites avancées, la liberté de la presse nous protège contre la désinformation et la propagande.
Ce n’est malheureusement pas le cas et, entre autres, le traitement médiatique des deux guerres du Golfe nous en a administré la preuve. La presse dite libre et indépendante se garde cependant généralement d’asséner des contre vérités trop flagrantes quoique ses campagnes menée à chaud donnent parfois l’exacte mesure de sa capacité de nuisance et de décervelage
.
L’action propagandiste de la presse s’effectue habituellement cependant de manière plus discrète. Vous vous demandez : comment ?
L’article ci-dessous en donne un bon exemple. Rédigé par Sharif Nashashibi, directeur d’Arab Media Watch, un observatoire de la presse sur les questions qui touchent au monde arabe, il démonte un mécanisme simple qui permet, subrepticement il est vrai, d’inoculer une idée au lecteur.

Comment les assertions américaines sur la Syrie sont devenues des faits pour les media
Des journalistes négligents qui répètent les assertions US sur la Syrie et l’Irak deviennent les instruments d’une guerre de propagande.
Par Sharif Nashashibi, The Guardian (UK) 14 novembre 2008 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans tout conflit, les parties belligérantes s’efforcent de convaincre l’opinion que la justice est de leur côté. La façon la plus efficace d’y parvenir passe par les media. Il est impératif que les journalistes portent un regard critique sur l’information qu’ils reçoivent afin d’éviter de devenir les instruments inconscients de la guerre de la propagande de guerre. En particulier, ils ne devraient pas rapporter des assertions comme des faits.
De erreurs fondamentales ont caractérisé la couverture journalistique par la presse britannique des récents raids US en Syrie. Par exemple, Richard White du Sun et Patrick Cockburn, correspondant de The Independent, ont tous deux rapportés comme un fait la mort au cours du raid d’Abu Ghadiya, un présumé cadre d’Al Qaïda qui faisait entrer des combattants en Irak,
De même, Catherine Philp, correspondante diplomatique du Times, avait rapporté comme un fait que les commandos américains avaient pénétré en Syrie et s’étaient affronté dans « une courte bataille à l’arme légère à Abu Ghadiya et aux membres de son groupe.»
Pour les lecteurs, de telles informations justifient le raid car la cible était suffisamment importante pour amener à violer la souveraineté d’un autre pays. Cependant, la mort d’Abu Ghadiya et les combats contre lui sont des assertions américaines non corroborées. Les informations n’ont pas été présentées par les journalistes comme émanant des sources américaines.
De plus, The Independent et le Sun n’ont pas publié les lettres concises er polies que je leur ai adressées et soulignant ce point. Cependant, le chef de la rubrique diplomatique du Daily Telegraph, David Blair, a répondu rapidement et de manière louable à mon courriel demandant pourquoi il avait rapporté la mort d’Abu Ghadiya comme un fait :
« Merci beaucoup pour votre courriel. Le point que vous soulevez est tout à fait valide et j’ai amendé la version web de mon article en conséquence. Vous avez dû constater que la version papier est complètement différente et ne pose pas l’assertion sur laquelle vous avez attiré notre attention. Ce qui s’est passé, c’est que la version web avait été mise à jour par une personne inconnue de mou, qui l’a insérée tard dans la nuit, nous avons donc corrigé cette erreur… Merci d’avoir porté ceci à mon attention. »
Les articles sur le raid américain comprenaient des rappels du bombardement israélien de l’année dernière de ce qu’elle présentait comme un site nucléaire (une affirmation que la Syrie dément avec véhémence). Malgré l’absence de preuves des assertions israéliennes, elles étaient rapportées par certains comme factuelles. Là encore, les lecteurs étaient encouragés à voir ce bombardement comme une mesure nécessaire pour stopper la prolifération nucléaire dans une région agitée. Se trouvait ainsi en faute un article non signé du Daily Mail et un éditorial du Guardian. Simon Tisdall, l’analyste du Guardian prend des précautions en qualifiant la cible de « supposée installation nucléaire, » même si, lui non plus, ne fait pas état du démenti syrien. Le Guardian a publié ma lettre signalant ce fait. Le Mail ne l’a pas fait.
Pire, l’article du tabloïd [Daily Mail] disait :
« On pense que la Syrie a poursuivi son programme nucléaire en suivant la voie montrée par l’Iran et en dispersant son programme de développement nucléaire autour de plusieurs sites de sorte à rendre plus difficile son interruption par une seule frappe. »
L’article ne précise pas qui pense cela, ce qui aurait pu être fort utile car non seulement il n’offre aucune preuve mais, depuis huit ans que je suis la couverture par la presse britannique du monde arabe, dont la Syrie, je ne me souviens pas d’avoir rencontré une telle affirmation. Elle n’était apparue absolument nulle par dans la couverture britannique du raid américain pas plus qu’après le bombardement israélien.
Une autre assertion rapportée comme un fait, par Catherine Philp, correspondante diplomatique du Times, était que la frontière syrienne est « la route empruntée par 90 % des djihadistes étrangers. » A ma question sur la source de ses statistiques, elle a répondu en citant un rapport du Combating Terrorism Center, qui a analysé des documents saisis par les forces américaines chez les soi-disant cellules Sinjar d’al Qaïda en Irak. Pourtant ce rapport avertit que : « Le CTC ne peut garantir l’authenticité ou l’exactitude de ces documents, » qui sont par «nature imparfaits. » Et d’ajouter :
« Le lecteur doit être conscient que l’analyse de données saisies sur le champ de bataille comporte de gros risques. Certains des documents sur les personnels étaient renseignés incomplètement et certains peuvent avoir été perdus accidentellement ou détruits par les forces US… Les lecteurs et les chercheurs devraient accueillir avec circonspection les conclusions tirées seulement sur la base de ces documents. »
Philp a elle-même copié collé au bas de son courriel [de réponse] cet extrait du document du CTC : « La plupart des combattants des documents saisis sur Sinjar n’expliquent pas l’itinéraire qu’ils ont pris pour venir en Irak. » Elle m’a expliqué ne pas avoir cité sa source « parce que ce chiffre [90 %] est très généralement le chiffre accepté. » Pourtant, les autres articles des media grand public qui avaient fait état de cette statistique (The Independent et le New York Times) avaient cité cette source.
Philp m’a expliqué que « les documents d’al Qaïda indiquent que 603 combattants étaient venus par la Syrie, un chiffre qui correspond à 90 % de l’ensemble des combattants étrangers estimés se trouver en Irak. » Cependant, cette estimation provient, ainsi qu’elle m’en a fait part, de l’armée des Etats-Unis. Philp n’a pas répondu à mon courriel sur la première partie de mes remarques.

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Vendredi 21 Novembre 2008


Commentaires

1.Posté par redk le 21/11/2008 16:51 | Alerter
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Un texte me reviens qui explique le début de se pouvoir qu'est la propagande et ceux qui en sont les instigateurs ( encore les mêmes illuminées sataniques!).

Au commencement était la propagande:

Le pouvoir des médias se révèle (autant comme fantasme que comme objet d’étude), dans le contexte de la première guerre mondiale et des totalitarismes montants. De là l’idée persistante mais douteuse que le pouvoir de persuader, de mobiliser, de faire-croire s’acquiert (ou se combat) scientifiquement, à coup sûr. Certes, la réalité est plus complexe, et l’efficacité des recettes plus douteuses encore. Reste que le projet d’inventer une technique de gestion de l’opinion est un projet militant et militaire. Et les intellectuels ne sont pas les derniers à y prendre part.

La propagande a deux racines entièrement différentes. D’un côté, l’effort militant de mouvement ouvrier qui cherche à se faire entendre dans une société du XIXe siècle peu encline à lui octroyer le droit à la parole. De l’autre, la mobilisation des esprits opérée par les gouvernements pendant la première guerre mondiale. La première fige dans l’espace public des figures obligées : l’affiche, le tract, les défilés derrière des drapeaux, le discours de meeting ... La seconde sensibilise les contemporains aux dangers des manipulations insidieuses. Elle provoque, dès les années 1920, un effort de réflexion collectif sur les manipulations de l’information dans les sociétés urbaines et industrielles. Journalistes et universitaires américains jouent un rôle pionniers dans la critique des « manipulations cachées » qui leur semblent menacer la démocratie. Pourtant la seconde guerre venue, ils rangent presque tous derrière la bannière étoilée et mettent leur savoir sur la propagande au service de la défense de la démocratie.

L’invention du « bourrage de crâne »

La propagande du mouvement ouvrier européen et des mouvements anarchistes représente, au tournant des années 1870— 1880, un effort pour se faire entendre dans l’espace public, de la part de ceux auxquels le système ne donne pas ou trop rarement la parole. Dans ce contexte, les journaux militants ont, par exemple, pour fonction d’organiser le débat au sein du mouvement ouvrier, d’en accompagner l’action et, pour les plus diffusés d’entre eu les journaux des Trade Unions britanniques par exemple l’Observer, le Standard, le Globe, d’amener à la conscience collective des faits que la presse ordinaire occulte ou minimise : grèves, scandales, condamnation de militants Tracts, affiches, réunions publiques et défilés complètent autant que faire se peut cet effort pour rendre visible, au sein d’une société globalement méfiante ou hostile, des idées qui ne sont pas véhiculées par le système des médias dominants. La propagande de guerre qui s’élabore à partir de 1914, a une dimension totalement différente : dans chaque pays, elle s’adresse à toutes les composantes de la population, vise à produire un consensus et s’appuie sur les médias existants. Elle mobilise un large spectre de valeurs et de représentations, sans exclure les plus conservatrices, telles que l’obéissance à l’autorité, le respect des valeurs établies, mais aussi l’amour de la patrie ou celui de la famille... Surtout, elle émane des pouvoirs publics qui se donnent des moyens sans précédent pour convaincre et mobiliser.

Le premier temps dans la mobilisation des esprits consiste à faire taire les voix discordantes. La censure, cependant, ne se contente pas d’empêcher des informations inopportunes de paraître : elle se donne très vite comme fonction d’orienter l’opinion et de « maintenir le moral du pays ». De véritables administrations spécialisées sont mises en place à cet effet, différentes selon les traditions politiques de chaque pays. En France, le « bureau de la presse » est installé rue François Ier. Les journaux peuvent s’y alimenter en reportages. La censure postale fonctionne comme un véritable institut de sondages : on ouvre des dizaines de milliers de lettres de soldats par mois et Clemenceau, par exemple, est ainsi tenu parfaitement au courant de la baisse du moral de l’armée en 1917. Pour le traitement de l’image, les militaires créent un « Service du cinématographe aux armées » qui emploie les opérateurs des firmes Pathé et Gaumont. En Grande-Bretagne, les professionnels des médias sont directement sollicités : qui mieux qu’eux connaît la sensibilité de l’opinion publique ? Les correspondants de guerre sont employés par un consortium de presse, la distribution des photos officielles est confiée à un cartel londonien, les cinéastes qui tournent sur le front dépendent d’un organisme créé avant la guerre pour contrôler les droits cinématographiques des événements sportifs. Un bureau de propagande, confié à Charles Masterman, ancien élève de Cambridge, organise des relais régionaux qui conçoivent et diffusent des brochures, tracts, affiches, slogans de toutes sortes. En 1917 est créé un Département de l’Information au sein du Foreign Office sous la direction de John Buchanan (auteur alors célèbre du roman d’espionnage Les Trente neuf marches). Au début de l’année 1918 Lord Beaverbrock grand patron de presse, obtient le titre alors entièrement neuf de ministre de l’Information.

Au tout début de la guerre, les affirmations des journaux « patriotes » français sont tellement outrées qu’elles en deviennent contre-productives. Le Temps, du 14 août 1914 (pourtant modéré) écrit « Les statistiques des dernières guerres montrent que plus les armes se perfectionnent, plus le nombre de morts diminue ». Lire des choses pareilles devient rapidement insupportable aux combattants qui inventent le terme de « bourrage de crâne » pour décrire les affirmations mensongères qui pullulent. L’action des pouvoirs publics s’affine alors. Ils s’attachent à créer une image idéale de la guerre qui gomme l’horreur des combats. Ils réaffirment sans cesse l’unité du pays, offrant à l’arrière une représentation rassurante du « poilu » et affirmant sans cesse aux soldats que « l’arrière tiendra ». Vis-à-vis des neutres et des États-Unis, la grande affaire de la propagande est de disqualifier l’adversaire. Le récit des atrocités commises par l’armée allemande pendant l’avance en Belgique et la vision des monuments historiques incendiés permet d’accréditer l’idée que les Allemands sont des barbares, des « Huns ». Les Allemands qui se considèrent comme un peuple de vieille culture comprennent mal comment ils ont pu perdre ce combat pour l’image. Dans un mémoire rédigé en 1917 Oskar Messter, l’un des fondateurs du cinéma allemand, fait le bilan de la façon dont les alliés ont diffusé systématiquement, via le cinéma, l’idée que des Allemands étaient des barbares tuant les petits enfants. Il écrit : « Dans les pays étrangers, on croit comme parole d’évangile les récits où nous apparaissons comme des Huns et des barbares, on ne s’étonnera pas alors de l’attitude réservée de certains pays neutres à notre égard. Le flot de mensonges de nos ennemis a porté des fruits formidables. [...] » [1]

Par ailleurs, il est vital pour les Français et les Anglais de réussir à convaincre l’opinion publique américaine d’entrer en guerre. Après 1917 c’est le gouvernement des États-Unis lui-même qui met en place une machine de propagande sans précédent pour obtenir l’adhésion de ses citoyens.
Convaincre les États-Unis

Les Anglais procèdent très habilement. Ils prennent le contrôle des câbles télégraphiques qui alimentent la presse américaine en informations. En juillet 1914, 30 % des nouvelles concernant l’Europe sont en provenance d’Allemagne ; en août 4 % seulement. Pour convaincre les journalistes américains, la Grande-Bretagne s’attache les services de sir Gilbert Parker, un romancier canadien, expert en lobbying. Le « rapport Bryce » est au cœur de la propagande anglaise. Ambassadeur de Grande-Bretagne aux États-Unis, Lord Bryce, a été chargé de présider une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les atrocités commises par les troupes allemandes lors de la conquête de la Belgique et du nord de la France. Vérifiées ­- autant que faire se peut ­- et authentifiés, les récits des témoins sont rassemblés au sein du Rapport Bryce qui est le support principal de la campagne destinée à montrer que l’Angleterre est du côté du droit et de la civilisation.

Lorsque le gouvernement américain se rend compte, en avril 1917, que l’opinion est loin d’être convaincue du bien-fondé d’une intervention en Europe, il élargit alors les attributions du Committee for Public Information (CPI) présidé par le journaliste Georges Creel. Ce dernier décide de présenter la guerre comme un combat du bien contre le mal et une action pour diffuser la démocratie dans le monde. Le comité diffuse plus de cinquante millions de tracts. Il fait éditer un livre, Conquest and Kultur, qui rassemble des extraits d’ouvrages allemands datant d’avant la guerre pour prouver que la culture allemande conduit immanquablement le pays à une attitude agressive envers ses voisins. Il utilise toute une gamme de moyens en tirant parti des enseignements de la publicité commerciale. L’affiche, par exemple, est réputée être l’un des supports dont les gens se souviennent le mieux. La Division of Pictorial Publicity du CPI fait préparer des affiches qui peuvent être financées par de généreux donateurs dont le nom apparaît alors. L’une des images qu’ils choisissent le plus souvent représente un espion aux aguets. L’emploi du terme « Hun » pour désigner les Allemands, proscrit dans les conférences, est autorisé dans les affiches. Le CPI organise aussi des tournées de conférences. Dans les « bonds rallies » du révèrent Hillis les récits d’atrocité font merveille pour stimuler les donateurs. À la fin du printemps 1917 des conférenciers apparaissent avant chaque séance de cinéma : ils disposent de quatre minutes pour convaincre l’auditoire de participer à l’effort de guerre. Malgré la réticence des autorités, ils savent que rien ne motive autant l’auditoire que les récits évoquant le viol des femmes en Belgique ou le torpillage du Lusitania.

Les correspondants de guerre pour les grands journaux s’alignent plus ou moins sur les désirs du gouvernement et retransmettent une vision romantique et glorieuse des tranchées. Le nombre des opposants est minime tant la pression collective est intense. L’American Protective League qui compte 350 000 membres s’investit elle-même du devoir de traquer les traîtres potentiels et les pouvoirs publics doivent limiter l’enthousiasme des militants. Les intellectuels qui refusent de s’associer à cette propagande sont mis en quarantaine. Certains perdent la possibilité de publier ou d’enseigner. À l’université, les inscriptions aux cours d’allemand chutent.
Critique de la propagande.

Au lendemain de l’armistice, les services chargés de la propagande sont dissous dans la plupart des pays engagés. Aux États-Unis, le C.P.I. est supprimé. Lorsque l’ivresse patriotique des années de guerre se dissipe, les journalistes entament une réflexion sur le rôle qu’ils ont joué. En Grande-Bretagne, Gibb l’un des plus célèbre correspondant de guerre, publie un livre en se demandant comment il a pu falsifier la vérité en montrant la guerre telle que la voulaient les autorités militaires, en taisant les horreurs des combats, la brutalité des officiers, le désespoir des tommies. Aux États-Unis, une réflexion critique s’élabore sur la notion de propagande. Les hommes de presse sont les premiers à s’interroger sur leur propre pratique. Walter Lippmann ancien collaborateur du Committe for Public Information chargé de la propagande gouvernementale pendant la guerre est le chef de file de la réflexion sur les processus de manipulation de l’opinion. Il explique dans un article de Atlantic Monthly en décembre 1919 que les démocraties doivent désormais apprendre à « mettre l’information - fondement de l’opinion publique à l’abri de la contamination de la propagande ». Cette dernière n’est pas limitée au temps de guerre : la façon dont les journaux ont rapporté la révolution russe, ou la manière dont ils ont traité de la grève de l’acier à Pittsburgh montre qu’ils ne sont pas affranchis de l’influence de leurs commanditaires [2]. Walter Lippmann continue son combat en publiant The Public Opinion (1922) puis The Phantom Public (1925). Dans ce premier ouvrage, il montre que le citoyen américain n’est plus celui de l’époque de Jefferson, capable de se faire une opinion en discutant avec ses voisins mais que, perdu dans l’anonymat de la grande ville, il dépend entièrement de la presse qui lui offre un « pseudo environnement ». Will Irvin, dans Propaganda and the News (1936) dresse un constat plus nuancé : il admet les excès de la propagande de guerre, dénonce le savoir-faire de l’administration Rooseveltienne au moment du New Deal, mais défend la presse : les propriétaires de journaux dit-il doivent conserver la confiance de leurs lecteurs et les journalistes sont obligés de demeurer crédibles ce qui limite les excès. En fait la critique de la presse est le fait des journalistes eux-mêmes. Georges Seldes par exemple explique dans You Cant’ Print that (1929) ou dans Freedom of the Press (1935) les pressions que le Département d’État exerce sur les journalistes en poste en à l’étranger et celles qui proviennent des grands industriels et des principaux annonceurs. Lords of the Press (Seldes, 1938) décrit sans fards les grands magnats de la presse américaine, notamment William Randolph Hearst (le modèle de Citizen Kane). Cette critique de la « propagande inavouée » venue des acteurs même de la grande presse existe aussi en Grande-Bretagne où Normann Angel publie en 1923 The Press and the Organization of the Society.

Le développement de la radio permet de poser le problème sous un angle différent. Les stations américaines sont purement commerciales. Elles vivent de la publicité ou plus exactement du parrainage de leurs émissions. Elles doivent être capables de dire à leurs annonceurs qui les écoute exactement. Les études d’audience se développent donc et précisent leurs méthodes. Les agences de publicité élaborent des campagnes adaptées à chaque type de public et cherchent à mesurer leur efficacité et les réactions des cibles visées. Plutôt que le terme propagande, ils utilisent le terme persuasion (Vance Packard publie La persuasion clandestine pour décrire les méthodes de la publicité). À la base des travaux réalisés se trouve la théorie du stimulus-réponse le réflexe conditionné développé par Pavlov. C’est la même idée qui inspire le grand ouvrage de Serge Tchakhotine consacré à la propagande en Europe : Le viol des foules par la propagande politique censuré à sa parution en France en 1939 et édité enfin en 1952. Publicitaires et industriels cherchent à mesurer l’efficacité de leur action. En 1932 Gallup inventeur de la méthode des sondages qui porte son nom, commence à effectuer des enquêtes politiques pour des journaux et crée L’American Institute of Public Opinion qui se donne pour tâche de mesurer les évolutions de l’opinion publique. Paul Lazarsfeld travaille pour l’Office of Radio Research établi grâce à la fondation Rockefeller. On y mesure les pratiques des auditeurs de radio, leurs goûts et leurs désirs. Gallup défend la légitimité des sondages. Ils donnent dit-il entre deux élections la parole à ceux qui n’ont pas l’occasion de s’exprimer dans les médias

La critique de la propagande devient par ailleurs un sujet d’études académiques. Peter Odegard publie en 1927 une thèse consacrée à la propagande pendant la guerre de 1914-1918 qui a pour titre The American Public Mind. L’un de ses collègues, Leonard Doob étudie dans Propaganda : Its Psychological Technique la façon dont on peut influencer les gens ordinaires. Fredric Lumley (The Propaganda Menace, 1933) contribue à faire évoluer le sens global du mot propagande dans la société américaine : ce ne sont plus seulement des techniques de manipulation de l’information utilisée en temps de guerre mais des systèmes d’influence diffus, au profit du gouvernement ou d’intérêts privés, qui s’insinuent dans des canaux ostensiblement neutres. Une fondation privée, le Good Will Fund, finance un institut de recherche qui se donne pour fonction de traquer la propagande et d’en étudier les effets antidémocratiques : l’Institute for Propaganda Analysis. Ce dernier rassemble pour l’essentiel des universitaires très marqués à gauche.
Mobiliser la propagande ?

Le déclenchement de la guerre en Europe et l’entrée en guerre des États-Unis (1942) plonge les spécialistes américains de la critique de la propagande dans un profond embarras. Le gouvernement en effet mobilise rapidement le savoir faire des publicitaires pour souder la nation et disqualifier l’ennemi. Dénoncer leurs techniques c’est donner l’impression que l’on œuvre contre le pays. L’Institute for Propaganda Analysis n’y résiste pas et se saborde le 1er décembre 1942. En juin a été fondé l’Office of War Information qui coordonne la propagande gouvernementale. Il fournit aux médias les informations sur la guerre. Il coordonne aussi les émissions financées par le gouvernement et par exemple, propose aux scénaristes des fascicules pour leur permettre d’élaborer des intrigues conformes à ce que désire le gouvernement. À la fin de 1942 passent sur les deux grands réseaux CBS et NBC des feuilletons coproduits par l’OWI pour apprendre aux gens ce qu’ils doivent faire. Des émetteurs de radio spéciaux sont mis en place à destination des forces armées. Voice of America commence à émettre dès février 1942. Thomas Mann et Bertolt Brecht participent aux émissions en allemand. Fiorello La Guardia maire de New-York s’adresse aux Italiens dans leur langue. Les spécialistes de la propagande s’associent à cet effort : Paul Lazarsfeld et son collègue Robert Merton, spécialiste de la formation des opinions politiques, publient en 1943 un article sur le film, la radio et la propagande. Le Conseil national de la recherche a organisé dès 1940 un grand colloque sur « les facteurs psychologiques du moral ». Le « Comité pour le Moral National » comprend dans son comité des anthropologues de renom tels Gregory Bateson ou Margaret Mead. Les psychologues pour leur part sont mis à contribution comme en 1914 pour appliquer des tests de personnalité aux recrues. La guerre va faire faire un bond considérable aux sciences sociales ainsi mobilisées. Tout le savoir faire des psychologues est requis pour savoir ce qui maintient la cohésion d’un équipage de bombardier ou comment interroger un supposé espion. Celui des sociologues sera mis à contribution sous peu pour permettre aux autorités d’occupation de comprendre comment fonctionnent les sociétés de la vieille Europe.

D’une certaine façon la boucle est bouclée. Journalistes et psychologues, avaient été requis pendant la première guerre mondiale pour mobiliser l’opinion publique. La défense de la démocratie, qui suppose le libre choix des citoyens, amène ensuite hommes de presse et universitaires à critiquer la propagande et à en démonter les mécanisme. La guerre à nouveau venue, leur savoir est à nouveau mobilisé pour défendre, cette fois, la démocratie telle qu’on l’entend en Amérique. Les professionnels de la propagande ne rejoignent pas seulement en effet les rangs de l’Office of War Information. Ils s’engagent aussi dans les rangs de l’Office of Strategic Service, future CIA.

Publié dans Panoramiques n°52, « L’information, c’est la guerre. Des missiles, des émissions, des électrons » sous la direction de François-Bernard Huyghe.
Notes

[1] Kintop. n°3, 1994, Stroemfeld Roter Stern, p. 93. Traduit par Catherine Bertho Lavenir, La démocratie et les médias au XXe siècle, A. Colin, avril 2000, 288 p.

[2] Michaël Sproule, Propaganda and Democracy. The American Experience of Media and Mass Persuasion, Cambridge University Press, 1997, 329 p.

2.Posté par Blackhole le 23/11/2008 10:08 | Alerter
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@redk

Ton article est 1000x meilleur que celui de d'alter où l'auteur semble découvrir que la propagande ou la désinformation est un fait récent.

On a beau investiguer dans tous les sens, on retombe toujours sur ces foutus illuminati et leur plan diabolique de NWO.


3.Posté par redk le 23/11/2008 12:20 | Alerter
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merci Blackhole, mais j'ai juste reproduit un texte qui existais déjà et j'y trouve mon compte en le fessent partager par les plus nombreux, l'auteur nous parle d'un fait précis il ne faut pas le blâmé pour ça.

4.Posté par Roland le 30/11/2008 13:37 | Alerter
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30 novembre: encore un exemple de la malhonnêteté, de la manipulation - digne de la presse soviétique d'antan - dans la présentation des fait, et même des chiffres, de la part de nos "médias" :
Prochainement élections legislatives en Roumanie. Yahoo en espagnol, et le francpphone du Canada, plus honnêtes semble-t-il signalent que le parti pro-Occident et pro Europe PNL de l'actuel premier ministre fait face a de nombreuses critiques, et qu'il a chuté fortement dans les sondages.
par contre le journaliste français ne mentionne pas du tout cela et présente même la cote du PNL dans ces termes:
Crédité jusqu'à 20% des intentions de vote, le PNL se pose en candidat incontournable dans la négociation de toute alliance.
ah quel métier intéressant journaliste ! aussi subtil que publicitaire ou agent de la DGSE ! ....

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