Géopolitique et stratégie

La présence militaire US en Afrique est partout sur le continent et s’étend encore


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Environ 200 000 soldats américains sont stationnés dans 177 pays à travers le monde. Ces forces sont basées dans plusieurs centaines d’installations militaires. L’Afrique ne fait pas exception. Le 2 août dernier, le major-général Roger L. Cloutier a pris le commandement de l’armée américaine en Afrique, promettant de « se mettre au travail séance tenante ».


Arkady Savitski
Samedi 20 Octobre 2018

Les États-Unis ne mènent pas de guerres en Afrique, mais y maintiennent une importante présence. Les Navy SEALs, les Bérets verts et d’autres unités d’opérations spéciales mènent actuellement près de 100 missions dans 20 pays africains, dans le cadre d’opérations secrètes limitées. Selon le magazine Vice, les troupes américaines mènent actuellement 3 500 exercices et engagements militaires à travers l’Afrique chaque année, soit une moyenne de 10 par jour — une augmentation étonnante de 1 900 % depuis les débuts du déploiement du commandement américain, il y a dix ans. De nombreuses activités qualifiées de « conseils et assistance » ne se différencient aucunement d’opérations militaires.

Il y a actuellement environ 7 500 militaires américains, dont 1 000 entreprises militaires privées, déployés en Afrique. À titre de comparaison, ce chiffre n’était que de 6 000 il y a tout juste un an. Les troupes sont dispersées sur tout le continent, dans 53 pays. Il y a 54 pays sur le continent. Plus de 4 000 militaires ont convergé sur l’Afrique de l’Est. Le nombre de soldats américains en Somalie a doublé l’année dernière.

Lors de la création de l’AFRICOM, il n’était pas prévu d’établir des bases ou d’envoyer des soldats sur le terrain. Aujourd’hui, un réseau de petites bases ou de stations de transit a vu le jour. Selon le journaliste d’investigation Nick Turse, « les bases militaires américaines (y compris les sites d’opérations avancées, les sites de sécurité coopérative et les sites de réponses d’urgence) en Afrique sont au moins une cinquantaine. Les troupes américaines basées dans des zones dangereuses en Algérie, au Burundi, au Tchad, au Congo, à Djibouti, en Égypte, en Érythrée, en Éthiopie, au Kenya, en Libye, en Ouganda, en Somalie, au Soudan, au Sud-Soudan, en Tunisie et au Tchad ont droit à des primes de risque.

Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) dirige des programmes de surveillance de drones, des raids transfrontaliers et des services de renseignement. L’ AFRICOM a affirmé prendre en charge des programmes de développement, de santé publique, de formation professionnelle et de sécurité, ainsi que d’autres tâches humanitaires. Des fonctionnaires des départements d’État, de la Sécurité intérieure, de l’Agriculture, de l’Énergie, du Commerce et de la Justice, entre autres, participent aux activités de l’AFRICOM. Dans de nombreuses ambassades en Afrique, les attachés militaires sont plus nombreux que les diplomates.

En octobre dernier, quatre soldats américains ont perdu la vie au Niger. La grande majorité des Américains ne savaient probablement pas que les États-Unis participaient à des missions de combat en Afrique avant l’incident. Puis, en juin, un militaire aurait été tué en Somalie. Le Département de la défense réfléchit à des plans de missions d’opérations spéciales de « taille ajustée » en Afrique, de manière à réaffecter des troupes dans d’autres régions, en accord avec les priorités en matière de sécurité définies par la Stratégie de défense nationale de 2018. Ce document donne la priorité à la concurrence avec les autres grandes puissances contre les groupes terroristes dans des endroits reculés de la planète. Environ 1 200 soldats des opérations spéciales en mission en Afrique s’apprêtent à s’en retirer. Mais ils n’en partent pas et ne réduisent pas considérablement les effectifs. Et ils se réservent le droit d’y retourner. Les infrastructures sont en cours de développement et pourront accueillir des renforts substantiels. Les bases resteront opérationnelles et leur nombre ne cessera d’augmenter.

NdT : La France aussi est installée un peu partout en Afrique. Image Business Insider http://www.businessinsider.fr/us/frances-military-is-all-over-africa-2015-1
NdT : La France aussi est installée un peu partout en Afrique. Image Business Insider http://www.businessinsider.fr/us/frances-military-is-all-over-africa-2015-1

Une grande base de drones à Agadez, la plus grande ville du centre du Niger, serait en construction. L’installation accueillera des drones MQ-9 Reaper armés, qui prendront leur envol en 2019. Le MQ-9 Reaper a une portée de 1850 kilomètres, ce qui lui permettra de fournir des frappes de soutien et des capacités de collecte de renseignements dans toute l’Afrique de l’Ouest et du Nord à partir de cette nouvelle base d’Agadez. Il peut transporter des bombes GBU-12 Paveway II. L’avion est équipé d’un radar GBU-38. La suite d’armement peut comprendre quatre missiles air-sol antichars et antipersonnel Hellfire. 800 soldats américains seraient sur le terrain au Niger, ainsi qu’une base de drones et la base d’Agadez en construction. The Hill l’a appelé « le plus grand projet de construction dirigé par l’armée de l’air américaine de tous les temps ».

Selon Business Insider, « la présence militaire américaine ici est la deuxième plus importante en Afrique après la seule base américaine permanente sur le continent, dans le petit pays de la Corne de l’Afrique, Djibouti ». Quatre mille militaires américains sont stationnés au Camp Lemonnier (la base américaine située près de Djibouti capitale) – une base stratégique critique pour l’armée américaine en raison de son port et de sa proximité avec le Moyen-Orient.

Officiellement, le camp est la seule base américaine sur le continent ou, comme l’appelle l’AFRICOM, « une base opérationnelle avancée », les autres sont des « sites de sécurité coopérative » ou des « sites de contingences ponctuelles ». Le Camp Lemonnier est la plaque tournante d’un réseau de bases américaines de drones en Afrique utilisées pour des attaques aériennes contre des insurgés au Yémen, au Nigeria et en Somalie, ainsi que pour exercer un contrôle sur le détroit de Bab-el-Mandeb. En 2014, les États-Unis ont signé un nouveau bail de 20 ans sur la base avec le gouvernement djiboutien et ont engagé plus de 1,4 milliard de dollars pour moderniser et agrandir l’installation dans les années à venir.

En mars, les États-Unis et le Ghana ont signé un accord militaire qui définit les conditions de la présence militaire américaine dans ce pays, y compris ses activités de construction. L’annonce a provoqué un tollé de protestations dans le pays.

Il convient de noter que les attaques de drones régulièrement lancées en Afrique le sont en violation de la loi américaine. L’autorisation d’emploi de la force militaire (Authorization for Use of Military Force, AUMF), adoptée après les attaques du 11 septembre 2001, stipule que le président des USA est autorisé à employer la force contre les planificateurs de ces attaques et ceux qui les abritent. Mais cette loi ne s’applique pas aux groupes rebelles opérant en Afrique.

Il est difficile de croire que la présence américaine se verra effectivement réduite, et il n’y a aucun moyen de le savoir, car trop d’aspects de cette présence sont secrets, et que seules quelques « fuites » émergent de temps en temps. Il convient de noter que les documents obtenus par TomDispatch en vertu de la Freedom of Information Act des États-Unis [loi FOIA, qui peut forcer le gouvernement à déclassifier des documents par décision de justice, NdT] contredisent les déclarations officielles de l’AFRICOM sur l’importance des bases militaires américaines dans le monde, avec 36 bases de l’AFRICOM dans 24 pays africains qui n’ont pas été publiées dans les rapports officiels.

L’emprise américaine sur l’Afrique est forte, presque omniprésente. Certains grands sites en construction permettront aux États-Unis d’accueillir de gros aéronefs et d’accueillir des forces importantes. Tout cela suggère une question encore sans réponse : « Où exactement les États-Unis ont-ils des troupes en Afrique, et pourquoi ? » Une chose est certaine : tout en menant une guerre de drones intensive, les États-Unis construisent une vaste infrastructure militaire capable de mener une guerre terrestre à grande échelle sur le continent.



Arkady Savitski est analyste militaire. Il est basé à Saint-Petersbourg en Russie.

Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre US Military Presence in Africa: All Over Continent and Still Expanding

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay


Samedi 20 Octobre 2018


Commentaires

1.Posté par LOGIQUE le 20/10/2018 19:40 (depuis mobile) | Alerter
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Alors il est temps de les dégager !!

2.Posté par Insolite le 21/10/2018 00:23 | Alerter
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Y a t il des migrants occidentaux en Afrique?.
Réponse: Des militaires.
Y a t il des migrants Africains en occident?
Réponse:Des esclaves domestiques.
Cherchez l erreur?

3.Posté par Saber le 21/10/2018 08:20 | Alerter
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Les militaires occidentaux en Afrique sont des chasseurs; il faut leur retirer leur permis de chasse.

4.Posté par oh-daz le 21/10/2018 22:21 | Alerter
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Avant leur transfert vers l'Afrique, ces mercenaires se font la main sur ""les jeunes des cités", sous couvert de
règlements de comptes entre trafiquants de schnouff...

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