Politique Nationale/Internationale

La politique étrangère russe au seuil d'un réajustement



Des corrections doivent être apportées à la politique étrangère de la Russie, a déclaré le président Poutine lors de la réunion des ambassadeurs au ministère russe des Affaires étrangères (MID). Ce genre de rencontres, auxquelles le président russe participe habituellement, se tiennent une fois tous les deux ans depuis 2002.


RIA Novosti
Jeudi 29 Juin 2006

La politique étrangère russe au seuil d'un réajustement

Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti


Ces corrections seront apportées vers la fin de l'année. Pour l'instant, Vladimir Poutine a chargé le MID de préparer un aperçu de la politique étrangère du pays et des propositions sur les changements à y apporter. En attendant, on ne peut que conjecturer sur ce qui sera changé, mais il ne faut probablement pas s'attendre à de grosses surprises.

A en juger par certaines phrases prononcées par le président, le ministre des Affaires étrangères et d'autres responsables, aussi bien à la réunion actuelle au MID qu'au cours des importants processus diplomatiques qui se sont succédés ces derniers temps, certaines modifications ont déjà été apportées. Rappelons le sommet de l'OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective) à Minsk ou celui de l'OCS à Shanghai, le message adressé par le président russe à l'Assemblée fédérale ou encore le prochain sommet du G8 à Saint-Pétersbourg qui sera présidé par Vladimir Poutine.

Les mots clés de tous ces discours sont assurance, inquiétude, expérience. Et plus précisément la foi grandissante de la Russie dans son bon droit et dans ses forces, son inquiétude accrue à propos de ce qui se produit dans le monde, et l'expérience accumulée lui permettant à elle comme à ses partenaires d'essayer de rendre le monde plus prévisible et sûr.

Cette fois, il convient d'attirer l'attention sur les propos suivants, tenus par le président du haut de la tribune du MID: "le potentiel des conflits s'accroît dans le monde, et les discussions sur un conflit inévitable entre les civilisations avec, en perspective, une longue confrontation à l'instar de la "guerre froide", ne font que s'envenimer".

"Je suis certain que nous assistons déjà à la modernisation de l'architecture de la sécurité globale", a déclaré Vladimir Poutine. Si les approches dépassées sont conservées, a-t-il fait remarquer, le monde sera de nouveau voué à une confrontation stérile. "Il faut surmonter ces tendances dangereuses, ce qui nécessite de nouvelles idées et de nouvelles approches", a-t-il aussi estimé. Enfin, sa phrase la plus marquante: "La Russie ne cherche pas la confrontation, quelle qu'elle soit, et nous ne participerons à aucune "sainte alliance"� Nous soutenons toutes les initiatives visant à développer le dialogue entre civilisations".

On peut supposer que c'est là une réaction à de nombreux événements qui se produisent dans le monde et auxquels participe la Russie d'une manière ou d'une autre. Il s'agit notamment de la guerre en Irak, des tentatives des Etats-Unis et des Européens de s'ingérer dans ce qui se produit dans l'espace de la CEI (Communauté des Etats Indépendants), des débats animés sur les livraisons d'hydrocarbures et des discussions de plus en plus âpres sur le droit de la Russie à présider le G8, qui plus est à organiser son sommet, qui aura lieu dans un peu plus de deux semaines. On a l'impression qu'une attaque massive est lancée contre la Russie.

Mais le contexte général, l'essence de ce processus, est le renforcement de l'influence exercée dans l'arène mondiale par de nouveaux pays comme la Chine, l'Inde et autres, dont la Russie. Certes, on ne saurait qualifier d'insignifiante l'influence d'un pays qui a partagé ces dernières années avec l'Arabie Saoudite le leadership mondial en matière de livraisons d'hydrocarbures - de pétrole et, surtout, de gaz - et qui aspire, fort d'un tel "tremplin" énergétique, à effectuer un bond vers une économie plus diversifiée et s'appuyant sur les hautes technologies. Il est également clair que, lorsque certains pays se renforcent, le rôle et la place d'autres pays dans le monde diminuent, ne serait-ce que relativement.

Cela étant, les politologues posent la question suivante: aux côtés de qui se trouve, en fin de compte, la Russie? Aux côtés de l'Occident ou de l'Orient, aux côtés des "vieilles" ou des "nouvelles" puissances? A qui profite sa politique économique? A qui appartient-elle du point de vue idéologique et politique?

Cependant, ces questions sont artificielles pour la Russie, car elles ne reflètent pas les réalités du nouveau siècle. La Russie n'a pas l'intention d'opposer certains partenaires à d'autres, tout simplement, elle veut s'assurer la possibilité d'un développement prévisible. Elle ne veut nullement que le monde soit de nouveau divisé en deux camps, les "vieux" souverains du monde luttant contre les "novices", et inversement. C'est là le sens des paroles de Vladimir Poutine à propos des "saintes alliances".

Ces alliances sont aussi dangereuses qu'inutiles. Les dirigeants russes voient le triste exemple des Etats-Unis qui, s'étant enlisés dans la guerre en Irak, dépensent quelque 9 milliards de dollars par mois, sont obligés de réduire les dépenses sociales et augmenter un déficit budgétaire déjà critique afin de procéder à la modernisation de leurs forces armées. Et aucune coalition ne pourra remédier à cette situation.

C'est pourquoi, par exemple, dans le cas de l'Iran, Moscou a jugé nécessaire d'assurer la participation des Européens, des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie - ainsi que de l'Iran - au règlement de la crise, au lieu d'isoler Téhéran. "Nous n'envisageons de rejoindre aucun ultimatum, qui ne fera que pousser la situation dans l'impasse en causant un préjudice au prestige du Conseil de sécurité de l'ONU", a déclaré le président russe au MID.

Que peut-on encore corriger?

Il faut revoir notre politique dans l'espace qu'on appelle toujours "postsoviétique" et qui n'a plus rien avec la période soviétique. Nous voyons, dans cet espace, le chaos et les crises là où les structures européennes, occidentales en général, s'efforcent d'affaiblir l'influence de la Russie, et un tableau tout à fait différent dans les territoires où ces tentatives échouent. Auparavant, on estimait que, de tous les pays de la CEI, l'Ukraine avait les meilleures perspectives, et que l'axe Moscou-Minsk serait celui de l'intégration. A présent, il s'avère que la Russie et le Kazakhstan constituent le centre de l'intégration dans cet espace et que l'Asie centrale est la région la plus intéressante pour l'avenir.

La politique économique de la Russie a également besoin de plus de clarté. Pour ainsi dire, elle a toutes les possibilités pour devenir plus économique. "Durant toute la période écoulée, aucun des partenaires n'a émis de doutes sur la justesse économique des actions de la Russie", a déclaré Vladimir Poutine au MID. Bien que de nombreux partenaires veuillent, semble-t-il, profiter des possibilités économiques de la Russie pour fonder des "saintes alliances", petites et grandes. Mais la Russie voudrait être liée d'amitié à l'Europe, à l'Amérique, à l'Asie et aux autres régions du monde en vertu de ses propres intérêts.

L'avis de l'auteur ne coïncide pas forcément avec celui de la rédaction.


Jeudi 29 Juin 2006

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