Conflits et guerres actuelles

La politique de la terre brûlée


D’autres preuves de la politique de la terre brûlée des Etats-Unis en Irak. Depuis l’année zéro jusqu’à la terre brûlée. Le plan concernant le Vietnam a certainement été dépoussiéré en vue de sa réutilisation dans la présente guerre de « libération ». Libérée de la vie, de l’électricité, de l’eau potable, de tout mouvement, de toute légalité, de l’éducation, la Mésopotamie est sur le point désormais de l’être également de son ancienne agriculture et de ses dattiers.


Mardi 2 Août 2005


Un protocole annexe de l’article 35, 1977 de la Convention de Genève stipule ceci : « (…)Il est illégal d’utiliser des méthodes ou moyens de guerre qui sont destinés, ou dont on peut s’attendre à ce qu’ils le soient, à provoquer des dégâts à long terme pour l’environnement (…) » « On prendra soin (…) de protéger l’environnement naturel contre de vestes et sévères dégâts à long terme (…) » et « les agressions contre l’environnement dues à des représailles sont interdites ».

Cette énumération a été rédigée en réponse aux armes et méthodes utilisées au Vietnam par les Etats-Unis. Le napalm, les « armes non conventionnelles », les bombes au phosphore, les armes à l’uranium appauvri, la destruction d’habitations, de vies et de moyens d’existence, les morts sans discernement, massives, sans décompte et sans raison de civils, tout cela, naturellement, enfreint les conventions de Genève et les nombreux autres traités et conventions internationaux. Mais les palmiers sont à l’Irak ce que les dattes sont aux palestiniens. Le prophète Mahomet – que la paix et les bénédictions célestes soient avec lui – avait surnommé le palmier le « monarque du désert ».

L’Irak n’était pas seulement le principal producteur de dattes au monde, le dattier est également empreint d’une sainteté toute particulière. On dépose des dattes écrasées sur la langue du bébé lors de la cérémonie où on lui donne son nom, on polit les noyaux de dattes pour en faire des bijoux, on en fait des perles de chapelets, on les écrase pour nourrir le bétail, avec les tiges, on confectionne des cages pour oiseaux compliquées et ornementales, de belles boîtes, des paniers, des nattes décoratives ou toutes simples, on utilise branches et tiges dans la construction, on s’en sert d’abris, etc., etc., bref, on ne jette rien. La célébration de la date de la récolte est un événement de liesse saisonnière, vu l’abondance et la richesse des fruits, que l’on classe selon leur couleur : brune, presque pourpre, à nuances dorées, dans de grands paniers – tissés avec les tiges.

Mais que connaissent les faiseurs de lois américains et leur armée des cultures et de la loi ? Qu’en ont-ils à cirer de la beauté, de l’histoire de l’humanité ? Et leurs copains de l’IDF (Israeli Defense Forces – l’armée israélienne) en uniformes américains – oui, oui ! – qu’en ont-ils à cirer ? Leur seul souhait ? Dominer la région qui s’étend « du Nil à l’Euphrate ».

Des commentateurs écrivent et font remarquer fréquemment que les actions des Etats-Unis et de la coalition des « contraints » a conduit une grande partie du monde islamique, au mieux, à les mépriser et, au pire, à générer la haine et un désir de vengeance. Erreur : le monde islamique n’est pas le seul concerné. De plus en plus, parmi les non-musulmans de tous les milieux, en Occident, en Australie, partout, cette colère se reflète.

Si le chiffre d’au moins 100.000 civils tués en janvier de cette année, cité dans The Lancet, s’avère correct, cela équivaudrait en gros à un 11 septembre irakien toutes les trois ou quatre semaines, durant une période de vingt et un mois. Une vengeance assouvie sur un pays qui n’avait rien à voir avec la destruction des tours jumelles, mais une vengeance métaphoriquement bâtie sur des mensonges tout aussi hauts que les deux tours.

Et il existe aussi une autre tendance tout aussi embarrassante. Comme à l’époque des horreurs des années d’embargo, les dirigeants et de nombreux commentateurs occidentaux ont tenté de décrire chaque Irakiens sous les traits de son gouvernement – alors que les Irakiens ont été nos alliés durant très longtemps, ne l’oublions pas –, aujourd’hui, cette tendance s’est retournée vers les Etats-Unis. Nombreux sont ceux qui ne dirigent plus leur colère et leurs insultes sur l’administration américaine; aujourd’hui, ils disent tout simplement : « les Américains ».

Je crois que c’est une vérité tragique : les effusions du monde à l’adresse de l’Amérique lors du 11 septembre 2001, dont le mémorial érigé pour ces morts tragiques et horribles aurait pu constituer une réelle possibilité de paix mondiale, une « vague, dans les affaires des hommes, qui, prise à son flux (…) », aurait abouti à la résolution de questions diplomatiques précédemment hostiles et complexes. Je me demande, avec une profonde tristesse, s’il devait y avoir un nouveau 11 septembre, combien de gens dans le monde s’en soucieraient encore.

Le chemin de la rédemption, pour nous tous, n’est plus la destruction, le massacre ou la route vers Damas, l’Iran ou la Corée du Nord. C’est le retour dans leurs foyers de toutes les forces d’occupation illégale, c’est la réparation et le plus grand mea culpa de l’histoire.

L’autre alternative, c’est dans les propos de Richard Nixon en 1970, qu’on peut la découvrir : « L’Amérique n’a jamais été vaincue au cours de la fière histoire, s’étendant sur cent nonante ans, de ce pays et nous ne serons pas vaincus au Vietnam. » Ajoutez trente-cinq ans et remplacez « Vietnam » par « Irak »…

Ici pour la mort des dattes. Le rapport par satellite des Nations unies sur l’environnement mondial en vue de la Journée mondiale de l’Environnement, estime que, dans le sud de l’Irak, quatre-vingts pour-cent des dattiers ont été détruits. Dans la région, la majorité de ces arbres étaient les grands palmiers « royaux », comme les avait qualifiés le Prophète.


Felicity Arbuthnot
source


Mardi 2 Août 2005


Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires