I
- Une révolution du droit international public Réflexions sur
la destitution du Président de la République en vertu de l'art.
67 de la Constitution du 23 février 2007,
15
octobre 2007
II - La pesée du cerveau
du Président de la République conduit au coeur de
l'histoire du monde,
18 octobre 2007
III
- La Constitution de la Vème République et la vocation
morale de la France,
22 octobre 2007
1
- L'étau de la logique se resserre
2
- La barbarie est-elle la preuve d'une " inaptitude manifeste
" ?
3
- Les démocratie modernes et la légalisation de la torture
4
- La pesée anthropologique du cerveau du chef de l'Etat
5
- La démythification du thermonucléaire place Israël au
cœur de la politique mondiale
6
- Le réalisme politique à l'âge nucléaire
7
- La réduction du politique à l'économique
*
1
- L'étau de la logique se resserre
Voyez comment
l'arme de la dissuasion parathéologique sert de glaive aux pseudo-démocraties
messianisées; voyez comment cette cuirasse biblique nourrit à
nouveau le songe d'une " délivrance " du Mal et de l'avènement
d'un Eden durable de la Liberté; voyez comment les licteurs de
la foi de 1789 portent le sceptre du salut du monde dans les rues
de l'Europe américanisée ; voyez comment la révolution française
est tombée dans le mythe de la rédemption politique du genre humain.
C'est dire qu'un Président de la République dont "l'inaptitude
manifeste" trouvera ses racines dans l'obscurantisme intellectuel
d'aujourd'hui ne démontrera précisément en rien une incapacité
politique évidente aux yeux du peuple, mais une incompétence bien
cachée et dont la mise en pleine lumière exigera une connaissance
philosophique et anthropologique des vrais fondements de la vocation
de la démocratie française à promouvoir les conquêtes de la raison
lucide de demain. La mission de la France de la pensée est de
faire progresser l'humanité sur le chemin de la crue clarté du
"Connais-toi" du XXIe siècle.
Comment
se fait-il que cet itinéraire difficile ait pourtant rendez-vous
avec le simple bon sens politique ? C'est que, depuis 1945 , l'empire
américain a étendu le réseau de ses légions en Europe à la faveur
même de l'unification administrative systématique que le Vieux
Monde a entreprise à la hâte et dans l'illusion qu'une volonté
politique affichée naîtrait nécessairement de la toile d'araignée
des bureaux. Naturellement, c'est tout le contraire qui s'est
produit : à savoir, un naufrage continu de la souveraineté du
continent. Ce désastre se révèlerait irréversible si l'Europe
des grands Etats ne tentait de remonter patiemment la pente, quitte
à laisser provisoirement les petits pays dans les fers jusqu'au
jour où Paris, Berlin , Rome et Madrid seront en mesure de présenter
un front commun suffisamment attractif pour les entraîner dans
le sillage de leur propre résurrection.
C'est pourquoi
" l'inaptitude manifeste " de M. Nicolas Sarkozy - épaulée
par celle, non moindre, de M. Kouchner - redevient spectaculaire
même aux yeux du Français moyen à l'heure où cet attelage tente
de légitimer rétroactivement le scénario de 2003 , qui avait vu
l'empire américain violer le droit international qu'incarne l'Organisation
des nations unies (ONU) depuis 1945. Vous savez que l'empire américain
a inauguré le siècle par le déclenchement d'une guerre d'agression
qui n'a été "réfutée", hélas, que par son échec militaire, mais
nullement par une levée de boucliers des défenseurs de l'éthique
politique internationale dont les démocraties sont censées porter
le rameau d'olivier .
Mais l'Italie,
l'Espagne et une Allemagne relativement fidèle, pour l'instant,
à la politique d'indépendance nationale embryonnaire inaugurée
par M. Schröder, ont tiré les leçons du désastre des armes américaines
à Bagdad ; et elles ont reçu sèchement un Bernard Kouchner qui
leur proposait de reprendre purement et simplement contre l'Iran
la politique de violation tartuffique, donc angélique du droit
de la guerre, laquelle exige rien moins que l'expulsion préalable
et définitive de l'ONU de l'arène de l'histoire du monde . On
se souvient qu'en ce temps-là, M. Powell s'était donné le ridicule
d'agiter une fiole salvatrice devant l'Assemblée générale des
Nations Unies à titre de preuve tartuffique de ce que Saddam Hussein
était en mesure de pulvériser la planète en quelques instants
; et M. Tony Blair n'avait pas tardé à recourir au même stratagème
afin de convaincre la Chambre des Communes de s'associer à la
croisade des saints pétroliers du Nouveau Monde dans les plaines
de la Mésopotamie.
Aux yeux
des futurs interprètes de l'article 67 de la Constitution française
qu'il appartiendra à votre génération d'inspirer, la difficulté
de formuler les vrais fondements anthropologiques de la politologie
mondiale des Tartuffes de la démocratie - seule cette science
nouvelle leur permettra de peser la notion " d'inaptitude manifeste
" applicable au Président actuel de la République - cette
difficulté de méthode, dis-je, a d'ores et déjà subi un glissement
fâcheux de sens ou un changement d'orientation préoccupant ; car
il s'agit maintenant de savoir à quel moment une inaptitude politique
inscrite dans le séraphisme démocratique doit changer de vocabulaire
et se baptiser une forfaiture à la dégaine assurée et franche
du collier. Car ou bien M. Nicolas Sarkozy n'est nullement conscient
de ce qu'une France qui se rangerait aux côtés d'un empire ennemi
du droit international se mettrait en marge de la civilisation
mondiale et de ce qu'un chef d'Etat qui entraînerait sa nation
sur les chemins de la barbarie la plus affichée se révèlerait
de toute évidence inapte à représenter la droiture d'esprit que
la patrie des droits de l'homme revendique; ou bien M. Nicolas
Sarkozy est pleinement conscient de ce qu'il met en scène un ciel
des pétroliers et de ce que sa complicité avec un empire étranger
lui fait fouler aux pieds le droit international sur le théâtre
du monde et, dans ce cas, il s'agit de savoir si l'article 67
peut conduire la bénignité des juristes d'aujourd'hui à qualifier
" d'inaptitude naturelle ", donc candide, la trahison avérée
ou la forfaiture avouée de la Président de la République française.
Car l'Europe
de la grâce démocratique a signé un traité avec la Russie selon
lequel la délivrance de la Pologne, de la Roumanie, de la Tchécoslovaquie,
de la Hongrie, de la Croatie, de la Bulgarie du joug soviétique
ne conduirait pas à la substitution des comparses de l'OTAN aux
funérailles dévotes du pacte de Varsovie. Or, non seulement ce
traité a été pieusement violé à la faveur du silence faussement
innocent, donc complice de l'Europe, mais le mythe de la menace
thermonucléaire iranienne a conduit Washington à tenter d'installer
en Pologne et en République Tchèque un " bouclier " soit-disant
"défensif ", mais, en réalité, composé de lanceurs ouvertement
pointés contre la Russie . Le Général de Gaulle appelait l'OTAN
" tout le saint frusquin " ; mais si ce saint frusquin
étend ses tentacules, jusqu'où étendra-t-il son réseau ?
2
- La barbarie est-elle la preuve d'une " inaptitude manifeste
" ?
On voit
qu'une interprétation résolument logicienne, donc philosophique
et anthropologique du contenu caché aux regards de l'article 67
met le droit constitutionnel actuel dans une situation politique
et éthique aussi prometteuse que scabreuse. Car ou bien le hasard
de l'élection d'un Président de la République " manifestement
inapte " à exercer normalement ses responsabilités internationales
ressortira à un malheureux accident de parcours , donc à une simple
bévue du suffrage universel. Dans ce cas, la solennité excessive
de la procédure de destitution aggraverait la portée, dans l'opinion
mondiale, d'un coup du sort négligeable et réparable en un tournemain
; ou bien un parti de l'étranger au service des intérêts de la
Sainte Alliance des Etats-Unis et d'Israël au Moyen Orient tentera
à la fois d'aligner la France et l'Europe sur cet axe de la politique
internationale et de le rendre irréversible et, dans ce cas, qu'adviendrait-il
d'une France condamnée par sa Constitution à n'invalider qu'en
catimini et quasi honteusement une forfaiture internationale concertée?
Mais dans ce cas, comment brandir un diagnostic selon lequel le
vote populaire aurait été trompé par inadvertance et sans que
personne n'ait compris le danger ? Est-il crédible qu'aucun signe
précurseur n'ait alerté un seul observateur expérimenté , un seul
historien-philosophe, un seul anthropologue spécialisé dans la
pesée de la boîte osseuse du simianthrope ?
Vous faudra-t-il
donc assortir un article 67 au petit pied d'une disposition moins
timide et plus loyalement politique ? Dans ce cas, il s'agirait
d'inscrire dans une constitution honnête et franche des dispositions
répressives visant à châtier spectaculairement l'immoralité politique
à grande échelle qui écrit l'histoire du monde depuis les origines
. Mais aux Etats-Unis, la procédure de l' " empêchement
" d'un Président porte des lunettes municipales, comme l'affaire
du Watergate l'a fort bien démontré, tandis que l'immoralité la
plus criante que la politique étrangère des Etats-Unis met en
scène sur le théâtre des démocraties apostoliques n'est pas juridiquement
condamnable, puisque les intérêts matériels dits supérieurs des
Etats-Unis sont protégés contre la procédure de l' " empêchement
", donc autorisés à l'emporter sur ceux de la morale : on sait
que le Président des Etats-Unis dispose du droit de veto contre
les censeurs du Sénat ou de la chambre des resprésentants qui
tenteraient de condamner ou de sanctionner les pratiques les plus
barbares de ses mercenaires, ce qui permet à la démocratie de
légitimer des camps de concentration et des guerres d'agression
menées en violation du droit international. Le Monde du 9 octobre
2007 posait la question en ces termes: " M. Bush nie l'usage
de la torture dans les geôles de la CIA, malgré la multiplication
de pièces accablantes " . Une pratique qu'il faut démentir
n'est pas encore légalisée. Il s'agit donc de savoir si l'article
67 de la Constitution française pourrait déclarer " manifestement
inapte " un Président de la République qui entraînerait la
politique étrangère de la France à violer impunément la Convention
de Genève et à pratiquer légalement la torture pour la défense
des intérêts matériels de la nation.
3
- Les démocraties modernes et la légalisation de la torture
Il se trouve
que les principes qui ont guidé la jurisprudence du tribunal de
Nuremberg font partie intégrante de la législation des Etats-Unis.
Ils stipulent notamment que tout le personnel militaire a l'obligation
de désobéir à des ordres illégaux. La section 609 du " Army
Field Manual 27-10 ", ouvrage utilisé pour instruire l'armée
des lois de la guerre, par exemple, de l'existence de la Convention
de Genève, de même que l'article 92 de la loi Uniforme Code
of Military Justice, proclament inviolable ce principe fondateur
d'une éthique mondiale de la politique . Cela signifie qu'un traité
international ratifié par les États-Unis devient la loi suprême
du pays ; et puisque les États-Unis figurent parmi les membres
et les signataires de la charte des Nations Unies, dont l'article
II, de la section 4 stipule que, " tous les membres s'abstiendront
dans leurs relations internationales, de la menace ou de l'utilisation
de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance
politique de n'importe quel Etat " , il en résulte que l'Iran
n'ayant pas attaqué les États-Unis , que je sache, toute agression
d'un gouvernement américain contre l'Iran serait illégale en vertu
non seulement du droit international d'aujourd'hui, mais légalement
de la Constitution des États-Unis. En s'enrôlant dans l'armée,
le citoyen américain fait le serment de défendre les principes
qu'il a appliqués à l'Allemagne en 1945 . Mais il se trouve que,
dans l'état actuel de l'évolution psychogénétique de notre espèce
, le tartuffisme politique répond à la structure schizoïde du
cerveau simiohumain. C'est pourquoi de nombreuses personnalités
américaines ont rappelé cette législation en ces termes : " Nous
vous lançons cet appel , mais vous n'avez pas la tâche facile.
Si vous obéissez à un ordre illégal, par exemple de participer
à une attaque contre l'Iran, vous pourrez vous voir inculpés de
crime de guerre. " *
Jimmy Carter,
ex-Président des Etats-Unis et prix Nobel de la paix a osé écrire
: " Nous avons dit que la convention de Genève ne s'appliquait
pas à Abou Ghraib et à Guantanamo ; nous avons dit que nous pouvions
torturer des prisonniers et les priver d'une procédure de mise
en accusation. Pour la première fois dans son existence, notre
pays a abandonné les principes essentiels des droits de l'homme.
" **
4
- La pesée anthropologique du cerveau du chef de l'Etat
Dans ce
contexte, il importe que je vous rappelle de nouveau que, "l'inaptitude
manifeste" d'un Président de la République qu'évoque l'art
67 de la Constitution française vous renverra toujours et nécessairement
à peser le manque de profondeur de son jugement politique, parce
que sa courte vue - que la presse qualifie encore d' " incohérence
" - s'exprimera fatalement par un irréalisme foncier dans l'ordre
de la réflexion éthique. Il appartiendra donc à votre génération
de peser le degré de myopie des démocraties messianisées à l'école
même de l'idéalisation tartuffique de leur barbarie dans laquelle
un M. Nicolas Sarkozy armé de séraphisme entraînerait la France
si l'Amérique déclarait une guerre " démocratique " à l'Iran;
car il n'est pas facile de radiographier la sauvagerie aux ailes
d'ange des modernes. En l'espèce, l'innocentisme parareligieux
du chef de l'Etat lui ferait feindre d'ignorer qu'il sera bien
impossible d'interdire pour toujours à un Etat de soixante-dix
millions d'habitants de disposer de l'arme de la dissuasion théologique
, donc tartuffique par nature, qui lui permettra de défendre sa
dignité et son rang dans les imaginations, alors que, de leur
côté, le Pakistan et Israël brandissent ce leurre avec la bénédiction
de l'excommunication majeure dont dispose le Dieu octocéphale
actuel.
Mais tous
les simianthropes ne savent pas encore que leur gesticulation
pseudo apostolique est une arme aussi illusoire que celles de
l'Eglise romaine du Moyen-Age et qu'elle fournit seulement son
apocalypse matamoresque à la religion d'une Liberté démocratique
édénisée par sa foudre; tous les simianthropes ne sont pas encore
informés de ce que cette mythologie biblique se heurtera fatalement
au plat réalisme des ancêtres, dont le bon sens naturel ne se
serait jamais laissé berner par les banderoles du sacré verbifique
qu'agite la civilisation du sauvetage de l'humanité par l'intercession
du seul concept de salut ; tous les simianthropes n'ont pas encore
appris que l'auréole de la délivrance que l'Amérique prétend placer
en bouclier sur la tête d'une Europe piteusement placée sous le
joug de l'OTAN commence de dessiller les yeux et d'ouvrir les
oreilles d'un nombre croissant de leurs congénères.
Dans ces
conditions, est-ce volontairement ou par faiblesse cérébrale que
M. Nicolas Sarkozy oublie pieusement que le traité de non-prolifération
des armes nucléaires signé, mais non ratifié par l'Iran est assorti
de clauses tellement tartuffiques qu'elles mettent une camisole
de force tout imaginaire aux grandes puissances à leur tour, puisque
les huit nations nucléaires se sont dévotement engagées, elles
aussi, à détruire leur arsenal onirique ? Mais qui peut croire
que ces clauses auraient été signées les mains jointes et les
yeux levés vers le ciel des démocraties s'il s'agissait de l'arme
d'une apocalypse réelle ? Qui ne voit que ces saintes dispositions
ne sont si iréniques qu'en raison de la nature mythologique de
la trinité des idéalités qui la motorisent dans l'absolu ? Qui
ne voit que si ces divinités du langage se sont néanmoins révélées
" réalistes ", c'est seulement au second degré, parce que
quelques anthropologues avertis de ce que le cerveau du simianthrope
fonctionne sur les piles de son vocabulaire rédempteur ont su
rappeler que le nucléaire redonne son actualité à la dimension
théologique de la politique bimillénaire de la damnation éternelle?
Sinon, comment pérenniser de siècle en siècle la présence bien
réelle de quatre-vingt-dix-huit gigantesques garnisons américaines
sur le territoire de la seule Allemagne, alors que l'Europe de
la dissuasion vaticanesque n'est menacée par aucun ennemi en chair
et en os et que la foudre calquée sur celle de la divinité n'en
a pas moins grand besoin de se forger un adversaire onirique -
le Diable du Terrorisme, dont le réseau sera censé enserrer
les cinq continents ?
Les futurs
juristes de l'art. 67 de la Constitution française que vous devrez
éduquer s'entoureront d'une phalange d'anthropologues d'avant-garde
qui aideront votre génération à percer les secrets du machiavélisme
théologique du simianthrope pseudo auto-pulvérisateur. En vérité,
elle sera fort nouvelle, la science des cosmologies mythiques
que l'encéphale de nos ancêtres sécrétait dans le laboratoire
des meurtres sacrés qui jalonnaient leur Histoire. Lorsque, en
1966, le Général de Gaulle a brisé les chaînes de l'OTAN et désincarcéré
la France, il existait encore un ennemi bien réel - une armée
soviétique en mesure, croyait-on, de faire dévaler sur Berlin,
Paris, Rome et Madrid les tanks dont les canons avaient imposé
leur loi à Varsovie, à Budapest, à Prague, à Sofia et à Bucarest
à la suite de la victoire américaine en Europe. Il fallait que
le Général se dotât à son tour d'une arme à feu résolument mythologique,
donc fantastique par définition, donc tartuffique en diable, donc
inutilisable sur le champ de bataille des épileptiques de leur
propre folie , la bombe dite " tous azimuts ", dont le
" vrai corps " était aussi purement doctrinal et astral
que la chair et l'hémoglobine dites réelles du Christ que Rome
déclare mordicus physiquement présentes sur l'autel du sacrifice
substantifié des chrétiens. Mais à la suite de la chute du mur
de Berlin, l'empire américain n'avait plus besoin d'une apocalypse
biblique à brandir contre un ennemi subitement vaporisé. Comment
redonner à Lucifer ses marmites infernales, comment faire hurler
le simianthrope sous un ciel désormais inhabité ? Le génocidaire
du Déluge avait péri corps et biens dans les ruines du mur de
Berlin .
5
- La démythification du thermonucléaire place Israël au cœur de
la politique mondiale
Vous remarquerez
que, dans un premier temps, les théologiens de la démocratie américaine
ont imaginé de toute urgence une apocalypse de substitution, qu'ils
ont placée sous l'auréole de la " guerre des étoiles ",
faute de mieux, et qu'ils ont conviée, toutes affaires cessantes,
l'immensité à lui servir de logis cérébral. Mais cette mouture
platement mécanique du mythe biblique était trop hâtive et cousue
de fil blanc pour se rendre crédible aux Etats-majors des armées
de terre, de mer et de l'air. Aussi les haruspices de Washington
demeuraient-ils privés d'autel et de victime. Par bonheur, un
certain Ben Laden a couru au secours des devins tout pantois de
la démocratie et il les a grandement aidés à faire croire à tout
l'univers que les deux buildings du World Trade Center et un troisième,
ancré à quelques encablures du premier, se seraient tout subitement
effondrés. Quel était le magicien dont le coup de baguette avait
produit un si grand prodige ? Un avion piloté par un ciel en acier
trempé a redonné son offertoire à un empire en panne de sacrifices
et de sacrificateurs.
Il vous
appartiendra donc de contraindre la communauté politique internationale
à prendre acte de la solidité cérébrale inébranlable du sacré
simiohumain, puisque la démonstration dûment filmée et diffusée
en boucle sur les cinq continents d'un miracle truqué vous a révélé
que les immeubles avaient été soigneusement dynamités au préalable
par des prêtres de l'empire de la Liberté, ce qui n'a réfuté en
rien l'alliance indéfectible du Démon du terrorisme avec la menace
thermonucléaire hier afghane , puis irakienne et aujourd'hui iranienne,
de sorte que les colonnes du temple de l'OTAN ne se sont pas effondrées.
Vous êtes les privilégiés de la science de l'homme qu'explicitera
le Discours de la méthode de l'anthropologie de
demain. Songez que les futurs juristes de l'art. 67 de la Constitution
française devront nourrir leur politologie critique d'une radiographie
cérébrale des religions du simianthrope dont le Grand Pontife
trône sur les propitiatoires de la Démocratie mondiale.
Sachez,
de surcroît, que les juristes qui tenteront de préciser le véritable
contenu de la notion, si nouvelle en droit international, "
d'inaptitude manifeste " du Président de la République française
auront la consolation de voir leur mission se clarifier à la lumière
de la saine logique d'Aristote, tellement la question politique
qui fera difficulté demeurera seulement de préciser le contenu
désormais atomique du concept romain de réalisme que requiert
la politique sacrificielle des modernes ; car le pseudo réalisme
nucléaire se révèlera si viscéralement " théologique
" aux yeux de votre génération, que toute politologie future qui
prétendrait se passer d'une anthropologie des religions fondées
sur un meurtre de l'autel ne disposera pas de la connaissance
scientifique de l'esprit simiohumain dont un chef d'Etat d'aujourd'hui
devra disposer s'il entend descendre dans les profondeurs anthropologiques
de l'article 67 de la Constitution française.
6
- Le réalisme politique à l'âge nucléaire
Mais, encore
une fois, vous avez de la chance : le vieux réalisme romain aura
plus que jamais rendez-vous avec la notion "d'inaptitude politique
", le vieux réalisme romain sera encore capable de radiographier
l'échec planétaire des cerveaux du Moyen-Age d'aujourd'hui. Car
si le véritable réalisme politique de votre temps se fondera sur
l'évidence que la bombe thermonucléaire n'est décidément pas réaliste
pour un sou, en ce sens qu'elle n'a plus d'existence militaire
- autrement dit, en ce qu'elle se révèle inutilisable sur un champ
de bataille devenu pluri-atomique - tandis qu'elle se révèle hautement
stratégique dans la guerre cérébrale à laquelle le mythe de la
damnation ou du salut démocratiques servent d'enjeux, qu'adviendra-t-il
de la politique des sanctions économiques contre l'Iran censées
en mesure d'arrêter à jamais le cours de l'histoire sur cette
terre ? Ne serez-vous pas contraints de vous demander comment
la diplomatie parareligieuse américaine s'efforcera de trouver
un semblant de cohérence politique , c'est-à-dire quelle pseudo-logique
de substitution pilotera son champ de vision ?
Car Israël
a le plus grand intérêt à demeurer la nation politiquement et
militairement hégémonique au Moyen-Orient , de sorte que si la
Perse disposait à son tour du prestige de la possession de l'arme
mythologique - donc efficace sur le champ de bataille des représentations
imaginaires du monde - cette situation mettrait tous les Etats
profitablement, mais seulement provisoirement placés sous la tutelle
du messianisme américain devant la nécessité d'avouer qu'ils se
sont mis à leur tour et plus ou moins tartuffiquement au service
de l'axe sacré Washington-Tel-Aviv et que la foudre théologique
que leur souverain lancera sur l'Iran pour le salut de l'humanité
et en laquelle ils feindront de croire les yeux fermés ne sera
que l'alibi de leur vassalité, donc de leur fausse piété. Combien
de temps leur servitude idéalisée leur permettra-t-elle de se
cacher à eux-mêmes et au monde que leurs dévotions intéressées
font les yeux doux à Elvire dans la nouvelle maison d'Orgon, celle
que la politique internationale est devenue pour quelques années
encore ? Qui peut croire durable le règne de la sainteté démocratique
dont Molière a livré les secrets il y a près de quatre siècles
aux anthropologues de demain?
7
- La réduction du politique à l'économique
Mais si
de nombreux Etats tentaient de se dérober au spectacle de leur
servitude, ne faudrait-il pas qu'ils y trouvassent un intérêt
proportionné à la dissimulation rusée de leur asservissement religieux,
et même un type d'avantages de la piété largement répandus sur
une planète divisée depuis la nuit des temps entre des maîtres
et des serviteurs de leurs dévotions? Qu'est-ce donc qui a convaincu
M. Nicolas Sarkozy d'envoyer M. Kouchner en Irak , non point afin
de faire la nique au souverain du monde, non point afin de prendre
acte à la face de l'univers de ce que l'Histoire a tranché et
de ce que son tribunal a pris acte du désastre militaire qui a
humilié l'envahisseur dans le désert d'Arabie, non point afin
de hisser le drapeau tricolore à la barbe du souverain vaincu
à Bagdad - le mauvais goût n'est pas le fort de la civilisation
française - mais parce qu'un accord a été passé entre le groupe
pétrolier américain Chevron et le groupe franco-belge Total, qui
a récupéré le contrat passé avec Saddam Hussein pour l'exploitation
des champs pétrolifères de l'île de Majoun, située au nord de
la ville de Bars et tout au long de la frontière avec l'Iran.
Est-il donc réaliste , au sens de l'art. 67 de la Constitution
française, d'exploiter des champs pétrolifères dont la production
journalière pourrait atteindre un million de barils par jour à
un prix d'extraction et de traitement très bas ?
C'est ici
que les jurisconsultes que votre génération chargera de peser
la notion hautement politique, je le rappelle, "d'inaptitude
manifeste " du Président de la République devront s'armer
d'une politologie tellement nouvelle qu'il leur faudra non seulement
l'ancrer dans une philosophie entière de l'histoire de l'humanité,
mais l'armer d'une documentation et d'une argumentation d'une
rigueur sans égales; car si le monde entier est destiné à soutenir
de génération en génération l'hégémonie militaire d'Israël au
Moyen Orient , et cela pour le seul motif que la politique internationale
se réduirait à négocier la répartition des richesses du monde
entre les grandes puissances; et, par conséquent, pour le motif
que ce serait au nom de la logique interne à l'histoire économique
de la " liberté " que les Etats-Unis auraient fait la guerre
à l'Irak - c'est-à-dire à seule fin de s'emparer des gigantesques
ressources en or noir de son sous-sol - et pour le motif que Saddam
Hussein avait décidé de vendre son pétrole en euros, comme le
reconnaît M. Greenspan , ex-Président de la FED ; si, pour tous
ces motifs, l'entrée de plein droit de la France dans le groupe
mondial des pilleurs des richesses naturelles des pays arabes
sera la rançon légitime que Paris demandera à Washington pour
cesser de s'opposer au viol systématique du droit international
et des lois de la guerre, alors la question de la véritable nature
du réalisme politique se révèlera plus que jamais celle de savoir
quelle est l'acuité du regard que M. Nicolas Sarkozy porte sur
les prédateurs de l'histoire.
Car l'alliance
inconditionnelle de Washington avec Israël a mûri au fil des années.
Voici que le sionisme est devenu l'abcès de fixation de l'histoire
de la planète. La morale politique de la civilisation mondiale
s'y trouve à la croisée des chemins : ou bien le droit international
fera naufrage, parce que la guerre américaine contre l'Iran illustrera
le triomphe parallèle de l'Etat hébreu et d'une économie internationale
fondée sur les profits des grands prédateurs du pétrole, ou bien
la Russie et la Chine, soutenues par l'Amérique du Sud et l'Inde
conduiront les ambitions conjointes des Etats-Unis et d'Israël
à l'échec.
Les acteurs
de la pièce vont monter sur les planches. Personne ne les a mieux
décrits d'avance que l'ex-ministre de l'économie de M. Lionel
Jospin, Dominique Strauss-Kahn , qui a souligné avec force que
les Etats-Unis auraient dû s'attaquer à l'Iran au profit d'Israël
et qu'ils se sont trompés de cible . " On mesure que les Américains
se sont trompés de cible: la menace ne venait pas de l'Irak, mais
de son voisin perse" (…). À ce propos, c'est pour moi une grave
erreur d'avoir prétendu, comme l'ont fait Jacques Chirac et son
ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, que l'Iran
jouait " un rôle stabilisateur " dans la région. "
***
Alors, l'article
67 vous révèlera son dernier secret : si la France faisait jouer
au Vieux Continent le rôle d'un gigantesque polichinelle de la
démocratie américaine, votre pesée du cerveau du Président actuel
de la République française vous conduira au cœur de l'histoire.
Je vous laisse reprendre votre souffle jusqu'à lundi. .
*
La lettre a été publiée sous la forme d'une pétition
pour que d'autres puissent la signer à cette adresse : http://www.dontattackiran.org
.Traduction de Dany Quirion pour Alter Info
** Voir
http://www.cbsnews.com/stories/2007/10/11/politics/main3356286.shtml
"Our country, for the first time in my lifetime, has abandoned
the basic principle of human rights," Mr. Carter said on CNN.
"We've said that the Geneva Conventions do not apply to those
people in Abu Ghraib prison and Guantanamo, and we've said we
can torture prisoners and deprive them of an accusation of a crime."
***
In La Revue "Le Meilleur des Mondes
" à l'occasion de la dernière campagne présidentielle française
(Mai 2007) : interview croisée entre Nicolas Sarkozy, ministre
de l'intérieur à l'époque, et, Dominique Strauss Khan, candidat
à la candidature socialiste.