Au sein de l'appareil diplomatique turc, il doit s'en trouver quelques responsables qui se réjouissent à l'idée d'un possible compromis israélo-syrien, ne serait ce que parce qu'une telle entente, si elle venait à avoir lieu, consacrerait l'émergence, dans les équations régionales, d'un incontournable facteur turc. Cependant, au train où vont les choses, ces réjouissances ont de fortes chances de n'être que de simples illusions : en effet, le troisième round du dialogue Tel-Aviv-Damas vient de débuter, à Ankara, dans un climat particulièrement morose, et pour cause : alors que la délégation syrienne s'apprêtait à gagner Ankara, pour la troisième fois, en l'espace de quelques semaines, les agences ont fait état de l'adoption à la Knesset d'un projet de loi qui soumet toute décision gouvernementale au sujet de la rétrocession des hauteurs du Golan à une consultation populaire, obstacle de taille, au regard du ressentiment que nourrit, en général, le citoyen sioniste, à l'égard de toute initiative, qui pourrait s'apparenter, de près ou de loin, à une concession pro-arabe. En réalité, ce que les analystes occidentaux qualifient, un peu naïvement, de "reprise de langue" israélo-syrienne, n'est qu'une série de contacts à bas niveau où des questions substantielles sont condamnées à être ignorées, en raison de la mauvaise foi d'Israël. Depuis le temps où ces contacts sont amorcés, jamais le Golan n'a figuré en propre au menu des discussions. On s'est contenté tout au plus d'évoquer des généralités d'ordre technique, qui, comme chacun le sait, ne suffisent même pas à ébaucher un début de solution. D'où l'exigence de garantie de succès de ces pourparlers que posent, désormais, les Syriens aux Américains, en qualité de maîtres et de mentors d'Israël. En effet, aucun Etat au monde ne peut prétendre connaître aussi bien que la Syrie le sens de ce slogan biblique auquel se réfère l'entité sioniste, en temps de guerre, comme en temps de paix : " Par la ruse , la guerre tu feras". Tout au long de la décennie 90, Tel-Aviv a réussi à mener les Syriens en bateau en échange d'une poignée de fausse promesses qu'Ariel Sharon a tôt fait de jeter aux orties, dès l'an 2000, date de son accession au pouvoir. Pour la Syrie de Bachar Assad, il n'est donc pas question de reconduire cette expérience d'échec, de se rendre utile à un Premier ministre sioniste en instance de départ, qui cherche, désespérément, à décrasser une image que même ses compatriotes ne supportent plus. Damas veut, certes, la paix, mais pas au prix de se laisser prendre au piège, un piège qui a tout l'air d'un guet-apens à double fermeture.