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La nouvelle doctrine militaire dépassera les anciennes limites


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Interview de Pavel Zolotarev, vice-directeur de l'Institut des Etats-Unis et du Canada et professeur de l'Académie des sciences militaires


Jeudi 15 Octobre 2009

La nouvelle doctrine militaire dépassera les anciennes limites
- Le secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev a indiqué au quotidien Izvestia qu'une nouvelle doctrine militaire évoquerait des situations prévoyant des frappes nucléaires préventives visant à repousser des menaces extérieures contre la Russie. Quels sont les motifs de cette nouvelle conception?


- L'interprétation de ces paroles est à mon avis assez large. La nouvelle doctrine restera effectivement plus ou moins indéfinie pour ce qui est des conditions du recours à l'arme nucléaire.


C'est tout simplement inévitable. Plus floues sont les clauses de l'utilisation de cette arme, plus efficace est la dissuasion. Autrement dit, il ne s'agit désormais plus seulement d'une guerre de grande ampleur comme c'était le cas auparavant, à l'époque où la seule menace provenait des Etats-Unis et un conflit éventuel américano-soviétique ne pouvait qu'être très important.


Et l'utilisation de l'armement nucléaire se limitait alors à ces fins. Aujourd'hui, la Russie et les Etats-Unis ne sont plus des ennemis, et les armes nucléaires sont successivement reléguées au second plan dans le domaine de sécurité.


Moscou et Washington les considèrent plutôt comme un facteur accablant et recherchent des moyens de coopérer pour assurer la non-prolifération de l'armement nucléaire. La création d'un nouvel accord avec les Etats-Unis se fonde justement sur cette volonté et non sur l'envie de se regarder à travers le viseur et de compter les missiles.


C'est pourquoi il faut stipuler des conditions moins strictes du recours à cette arme. Les formules de la doctrine prévoiront donc une utilisation plus large. Je ne sais pas encore quelles seront exactement ces formules, mais l'approche générale sera celle de conserver le degré de l'imprécision de la nature et des conditions du recours.


- Est-ce qu'une telle formule de la nouvelle doctrine ne la rendra pas trop agressive envers d'autres pays?


- Tout cela dépendra dans une grande partie de la manière d'écrire ces formules. Le groupe de travail réunissant des experts du ministère des Affaires étrangères et d'autres spécialistes très compétents, je pense qu'il est tout à fait possible d'éviter les variantes incorrectes aptes à susciter l'inquiétude d'autres pays.


- Autrement dit, la Russie ne renoncera pas au caractère défensif de sa doctrine militaire?


- Bien sûr. L'éventail des objectifs dépasse tout simplement les anciennes limites. La version de la dissuasion qui a été en vigueur pendant toute la guerre froide n'est plus actuelle aujourd'hui. Mais si l'armement nucléaire existe toujours à travers le monde, il faut viser donc des objectifs plus globaux en matière de dissuasion nucléaire.


-Pourquoi n'est-il pas possible de se limiter à des armes conventionnelles au cours du règlement des conflits et des guerres locaux?


- Personne ne peut vous garantir que vous viendrez à bout de tous les menaces et objectifs lors d'un conflit local. Le territoire russe est immense et le pays modifie actuellement la structure de son armée, ce qui se traduit notamment par la baisse du nombre des troupes, ainsi que par la réduction de la capacité de mobilisation de l'économie et des réserves en hommes. Ainsi, la Russie s'assure contre une situation dans laquelle on n'arriverait pas à tout prévoir et pourrait donc faire face à un scénario imprévu transformant un conflit local en une guerre de grande ampleur, à laquelle la Russie ne serait pas prête. C'est pourquoi la Russie a besoin de l'armement nucléaire.


- Et le document ne contiendra certainement pas de liste des pays cibles d'une éventuelle frappe préventive, n'est-ce pas?


- C'est absolument exclu. Aucune doctrine russe ne cite d'ennemis concrets depuis 1993. Elle évoque des facteurs qui pourraient provoquer une menace militaire, mais l'objectif consiste à évaluer la situation à tout moment pour définir les sources d'un danger et les moyens de riposte.


Nous n'avons pas d'ennemi concret. Un plan rattaché à tel ou tel Etat est tout simplement impossible.


Jeudi 15 Octobre 2009


Commentaires

1.Posté par cielétoilé le 16/10/2009 12:41 | Alerter
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"Et le document ne contiendra certainement pas de liste des pays cibles d'une éventuelle frappe préventive, n'est-ce pas? " Comme la France, détentrice de l'arme nucléaire . Ils ne vous le diront pas . Ce que Sarkozy n'a pas compris , c'est qu'il ne faut pas jouer dans la cour des grands , au risque de se recevoir des mauvais coups de part et d'autre ! De Gaulle, lui, avait bien compris, qu'il ne fallait pas être le pion d'un autre dans le jeu de l'autre, surtout le pion "à sacrifier" !

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