Géopolitique et stratégie

La montée dangereuse des tensions entre la Chine et les Etats-Unis



John Chan
Mercredi 10 Février 2010

L'annonce par les Etats-Unis d'une vente d'armes atteignant 6,4 milliards de dollars à Taïwan a provoqué une forte réaction adverse de la part de la Chine ainsi qu'une forte montée des tensions entre ces deux grandes puissances. La détermination, de part et d'autre, de prendre une position dure sans se soucier des conséquences fait naître le spectre d'une fracture ouverte dans les relations diplomatiques et politiques des deux pays
La décision d'annoncer cette vente alors qu'on savait parfaitement que la Chine allait réagir avec force était, de la part des Etats-Unis une démarche calculée, destinée à contrecarrer l'influence économique et politique grandissante de Pékin dans le monde. Un article du New York Times de lundi déclare que l'administration Obama avait commencé un « refoulement ». En annonçant cette vente d'armes, les Etats-Unis avaient « porté un coup direct au cour de la question diplomatique la plus sensible existant entre les deux pays depuis que l'Amérique a adhéré à la politique d'une seule Chine en 1972. »  
Le New York Times explique que la vente était « doublement exaspérante pour Pékin étant donné qu'elle arrivait si peu de temps après l'annonce par le président Bush en 2008 d'une vente similaire à Taïwan et juste au moment ou Pékin et Taïwan se trouvaient au milieu d'une sorte de détente dans leurs propres relations ». L'annonce fut faite le jour même où la secrétaire d'Etat américaine aux Affaires étrangères, Hillary Clinton, avait critiqué Pékin publiquement pour ne pas avoir accepté de nouvelles mesures punitives à l'égard de l'Iran et de son programme nucléaire. Washington a enfoncé le couteau dans la plaie en insistant pour que la rencontre entre Obama et le Dalaï-Lama ait lieu malgré les objections chinoises. 
Le refus de la Chine de se laisser intimider et forcer à durcir sa position vis-à-vis de l'Iran est l'une seulement de nombreuses causes de frustration pour Washington. Durant sa visite à Pékin l'an dernier, Obama avait poussé ses homologues Chinois à réévaluer le yuan vis-à-vis du dollar et à accepter des limitations définitives pour les émissions de CO2. Le président américain a non seulement échoué dans la question de la réévaluation monétaire, on lui a aussi fait la leçon sur les besoins d'une gestion économique saine. Le premier ministre chinois lui a également infligé un camouflet au sommet sur le climat de Copenhague, n'envoyant à des négociations cruciales de dernière minute que des responsables de second plan.
Washington a décidé un « refoulement » sur des questions particulièrement sensibles. Steve Clemons, directeur de la politique extérieure à la New America Foundation, a dit au New York Times « la Chine se sent très en confiance ces jours-ci, mais là où les Chinois pètent les plombs régulièrement c'est la question de la souveraineté. Tout ce qui a donc trait à Taïwan ou au Tibet les fera réagir. »
Pékin considère Taïwan comme une province renégate et a menacé de l'envahir si Taïpeh venait à déclarer une indépendance dans les formes. Washington a soutenu la dictature du Kouo-min-tang, établie sur l'île après la révolution chinoise, mais il y eut en 1972 un rapprochement avec la Chine. L'accord entre les deux pays fut toujours gros de contradictions, les États-Unis reconnaissant le contrôle de Pékin sur l'ensemble de la Chine y compris Taïwan, mais continuant de s'opposer à toute réunification par la force et à vendre des armes à Taïwan malgré les objections de la Chine.  
La Chine est particulièrement sensible à la question de Taïwan parce que tout pas vers une indépendance de la part de celle-ci encouragerait des mouvements séparatistes dans d'autres régions, entre autres au Tibet et au sein de la population Ouïgour, dans la province de Xinjiang. Lorsque les Etats-Unis avaient fait allusion à la vente d'armes en question le mois dernier, Pékin avait manifesté son déplaisir en procédant à des essais de son système de missiles anti-balistiques et en détruisant un missile qu'elle avait envoyé dans l'espace.
A la suite de l'annonce de la semaine dernière, le régime chinois a pris la mesure, sans précédent, de menacer de sanctions les entreprises américaines impliquées dans la vente d'armes - une démarche qui aurait des conséquences importantes pour des sociétés comme Boeing, United Technologies, Lockheed Martin et Raytheon. Boeing s'inquiète de ce qu'il pourrait perdre du terrain vis-à-vis de son rival, Airbus, sur un marché estimé à 3770 avions et qui atteindra une valeur de 400 milliards de dollars en 2028. La Chine a aussi annoncé un gel immédiat des échanges militaires avec les Etats-Unis et a convoqué l'ambassadeur américain à Pékin afin de protester dans les formes. 
Il existait déjà une augmentation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Pékin avait réagi avec colère à l'imposition de tarifs douaniers sur les produits sidérurgiques et les pneumatiques chinois, menaçant les Etats-Unis de représailles. Le président Obama poursuit cependant sur sa lancée, il a dit aux démocrates du Sénat la semaine dernière que son administration allait se montrer « beaucoup plus dure dans l'imposition des règles commerciales existantes, exerçant une pression constante sur la Chine et d'autres pays afin qu'ils ouvrent leurs marchés de façon réciproque. » Dans cette ambiance surchauffée, des sanctions chinoises à l'égard de Boeing pourraient déclencher une guerre commerciale ouverte. 
Cette escalade des tensions est l'expression de profonds changements géopolitiques. Les Etats-Unis font face, en tant que puissance en déclin mais encore dominante, à un défi économique et stratégique croissant de la part de la Chine et ce, dans chaque coin du globe alors que Pékin cherche à se garantir un accès aux ressources et aux marchés. Les Etats-Unis tentent, de façon agressive, de consolider leurs occupations néocoloniales en Afghanistan et en Iraq pour s'assurer une position hégémonique dans les régions riches en ressources énergétiques du Moyen-Orient et d'Asie centrale. La Chine essaie de consolider ses propres alliances afin de faire partir les Etats-Unis de ce qu'elle considère comme sa propre zone d'influence, l'Asie centrale, et de garantir des livraisons de pétrole et de gaz vitales pour elle.     
Après avoir pris ses fonctions l'an dernier au beau milieu de la crise financière mondiale, Obama a recherché l'assistance de la Chine. Faisant face à des déficits énormes, les responsables de l'administration Obama en ont appelé à Pékin pour qu'elle continue d'acheter les obligations américaines et ils ont inclus le gouvernement chinois dans les discussions sur la crise, à travers le groupe du G 20. Certains optimistes ont alors même spéculé sur la formation d'un G2 - Etats-Unis et Chine - qui résoudrait les problèmes économiques du monde dans un esprit de coopération.
L'approche de confrontation adoptée à présent par les Etats-Unis et la réponse déterminée de la Chine soulignent les contradictions économiques, politiques et sociales insolubles auxquelles fait face la classe capitaliste dans les deux pays. Face à un chômage à deux décimales et à la nécessité de faire des coupes immenses dans le budget, Obama joue la carte chinoise avec agressivité afin de donner un avantage à l'économie américaine aux dépens de l'économie chinoise et, sur le plan politique, pour détourner l'attention de sa propre responsabilité dans l'approfondissement de la crise économique en Amérique même.
Quant à la Chine, elle affronte, malgré un taux de croissance « de temps de prospérité », un chômage en augmentation et une agitation sociale croissante qui s'aggraveront encore si ses industries-clés d'exportation sont frappées par des mesures protectionnistes. Les immenses mesures de relance prises par le régime chinois ont conduit à une orgie de spéculation sur les actions et sur l'immobilier, faisant naître la peur d'un effondrement financier. Tout comme Obama, les dirigeants chinois jouent la carte du chauvinisme, déclarant qu'ils vont défendre les intérêts de la Chine, afin de cacher leur propre rôle dans la création d'une des sociétés les plus inégalitaires dans le monde.
Il existe un danger très réel que Taïwan, le Tibet ou tout autre problème ne devienne le point de cristallisation d'un effondrement rapide des relations entre les deux puissances et de l'éruption d'une guerre économique et pour finir d'un conflit militaire - comme ce fut le cas lors de la dernière grande crise du capitalisme mondial dans les années trente. 

http://www.wsws.org/ http://www.wsws.org/



Mercredi 10 Février 2010


Commentaires

1.Posté par JUSTE le 10/02/2010 14:32 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

enfin un adversaire a la taille des americano sioniste .et croyez moi il leurs donnera du fil a retordre .les chinois ont toujours attendu patiemment leur tour pour s imposer sur le plan géopolitique et économique .les européens devraient plus s occuper de la vraie menace qui les guette et qui n est entre autre comme la chine .

2.Posté par Altair le 10/02/2010 19:06 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Vivement le jour ou la Chine sera le N°1 et aura autant de poids que les USionistes sur la scène internationale. Les Etats arabes auront tout intérêt à s'allier à elle pour se débarrasser une bonne fois pour toute des USioniste qui gangrènent leur société via les élites(dictateurs & pseudo-monarques...) et les groupes terroristes qu'ils pilotent et financent directement pour assurer leurs intérêts dans ces pays. Le dialogues interculturel entre Arabo-Musulmans et Chinois sera beaucoup plus saint que celui avec l'Occident (principalement les pays anglo-saxons) pour 2 raisons:

1- Il n'y a pas de "traumatisme" des croisades chez les Chinois, phénomène qui a été exploité plus ou moins au courts de l'histoire pour designer les Arabo-Musulmans comme des ennemis géopolitique et culturels de l'Occident. Il n'y a qu'à regarder la rhétorique utilisée par les Etats-Unis pour envahir l'Iraq, l'Afghanistan et maintenant (peu de chances) l'Iran pour s'assurer que ce phénomène est toujours d'actualité.

2- La société Chinoise n'est pas gangrenée par les réseaux sionistes comme c'est (trop) le cas en Occident. Le discourt sera simplement et sainement bilatéral, il n'y aura pas de 3eme acteur de l'ombre pour semer la discorde et assurer ses propres intérêts au détriment des 2 acteurs principaux. Enfin, on imagine mal comment les sionistes pourront refourguer au Chinois leur mythe du peuple élu et leur shoah business pour justifier leur colonie illégale en Palestine. Les Chinois s'en foutent complètement, ne sont pas dupes (le cas de l'Occident leur a servi d'exemple) et ne verront que leurs intérêts stratégiques, le pétrole et le gaz....

3- La Chine respecte les Etat Nations et ne donne pas de leçon de morale aux pays qu'elle soutient.

3.Posté par AS le 10/02/2010 19:11 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

ils sont alles plus loin , les chinois : ça fait tres mal aux banksters et a l'economie de guerre us sioniste

China to Sell U.S. Securities

Something big is happening in China which could have a huge effect on the American economy.

On Tuesday, Reuters reported:

Senior Chinese military officers have proposed that their country ... possibly sell some U.S. bonds to punish Washington for its latest round of arms sales to Taiwan.

Now, Asia Times is reporting:

Dollar-denominated risk assets, including asset-backed securities and corporates, are no longer wanted at the State Administration of Foreign Exchange (SAFE), nor at China’s large commercial banks. The Chinese government has ordered its reserve managers to divest itself of riskier securities and hold only Treasuries and US agency debt with an implicit or explicit government guarantee. This already has been communicated to American securities dealers, according to market participants with direct knowledge of the events.

It is not clear whether China’s motive is simple risk aversion in the wake of a sharp widening of corporate and mortgage spreads during the past two weeks, or whether there also is a political dimension. With the expected termination of the Federal Reserve’s special facility to purchase mortgage-backed securities next month, some asset-backed spreads already have blown out, and the Chinese institutions may simply be trying to get out of the way of a widening. There is some speculation that China’s action has to do with the recent deterioration of US-Chinese relations over arm sales to Taiwan and other issues. That would be an unusual action for the Chinese to take–Beijing does not mix investment and strategic policy–and would be hard to substantiate in any event.

As Alphaville's Tracy Alloway writes:

In terms of overall holdings of US securities, Standard Chartered estimates the country had about $1.44 trillion at the end of August ($34bn more than official data):

Nevertheless, China still needs US debt to help offset its massive FX reserves — which it continues to build. We doubt it has yet found a better place than the US market to recycle its currency inflows. And until there’s concrete evidence of net-selling of Treasuries, threatening to sell US debt remains simple sabre-rattling over American finances.

It does, however, say something about the wider (delicate) Chinese-US relationship.

***
Update: The European FX analysts at BNP Paribas seem to have confirmed the SAFE report:

Dollar-denominated risk assets, including asset- backed securities and corporate, are no longer wanted at the State Administration of Foreign Exchange (SAFE), nor at China’s large commercial banks. The Chinese government has ordered its reserve managers to divest themselves of riskier securities and hold only Treasuries and US agency debt with an implicit or explicit government guarantee. This already has been communicated to American securities dealers, according to market participants with direct knowledge of the events. Meanwhile, the Chinese military has urged the government to sell US bonds, boosting defence spending on Taiwan arms deal. Hence, we watch US spreads intensively. A widening of spreads would not bold well for share markets while putting economic recovery at risk. It was US liquidity feeding financial markets until January this year. Hence a decline of risk appetite suggests repatriation flows moving back into the USD.

And see this.

4.Posté par ILLOULI TAHAR le 10/02/2010 21:38 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

cette fois-ci les américains sont allé loin , contrer une puissance de taille comme la chine
ils ont crée un dragon qui entrainera la chute de l'aigle américain , c'est certain et c'est l'avis des japonais qu'en cas de guerre cette dernière s'alignera à son frére de couleur de peau deux puissance économique mondiale .

5.Posté par Tristesse le 10/02/2010 23:15 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Alain Peyrrefite avait raison

"Quand La Chine S'eveillera le monde tremblera"

On a véritablement besoin de vraies valeurs :

Que de mensonges, que de tricheries, que de souffrances, que d'escroqueries, on a besoin d'un vrai monde, ça suffit .. ras le bol de tout ces gangsters,
ils en on jamais assez, en fait on ne sait pas ce qui les anime véritablement ... j'ai juste l'impression que c'est toujours aller plus loin dans l'horreur

6.Posté par Joël le 11/02/2010 10:46 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Qu'est ce qui dit AS???????????????????????????????????????????
Moi y a n'a pas comprendre la langue de l'empire......

7.Posté par Joël le 11/02/2010 10:54 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Par contre en ce qui concerne les rivalité de la Chine et des yankees sur le sujet brûlant de Taiwan, il suffit à la Chine de vendre aussi à l'Iran du matériel militaire de bonne qualité genre missiles anti aérien pour remettre l'oncle sam dans tous ses états au point de faire caca dans son pantalon! Pourquoi pas? Qu'est ce qui empêcherai de procéder de la sorte, après tout, y a pas à se gêner?! Qu'en pensent les internautes possédant une vision peut-être plus riche en informations à ce sujet?!

8.Posté par dik le 11/02/2010 11:30 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

L'ivresse du pouvoir détruira les US comme il l'a toujours fait auparavant depuis que les super-puissances existent, d'avant les Pharaons jusqu'à l'URSS. Le constat de Bush-La-Chaussure, confirmé par Obama, de l'existence d'un mépris des US de par le monde, n'a pas permis aux étasuniens de descendre de leur piédestal, tellement la hauteur qu'ils ont pris était vertigineuse.

La Chine est l'un des rares pays à avoir anticipé et laissé faire les US, le temps d'aiguiser ses couteaux, à son tour. Tout indique que la Chine ne baisserait pas la garde facilement. Et, qui peut prétendre tout connaître de la Chine actuelle, puisqu'elle est loin d'être aussi diserte que l'Occident?

Déjà le monde bipolaire n'était pas heureux, avec l'hégémonie américaine il est encore pire. Le moins mauvais serait à un monde multipolaire où aucune entité ou ethnie ne puisse être dominante. Un vœux pieux pour nos petits enfants!

9.Posté par duperrier le 11/02/2010 12:41 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

AH NON TRISTESSE C'est Napoléon qui a écrit cela (Quand la Chine s'éveillera le Monde tremblera) et Monsieur Alain Peyrefite l'a repris a son compte, il faut rendre à César ce qui est à César ,Napoléon a eu des prédictions extraordinaires
Les Américains sont dans le pétrin parce que les Chinois ne veulent pas faire condamner l'Iran ,donc s'ils attaquent l' Iran et que la Chine se mêle du conflit ,vous voyez les dégâts ,avec la Russie ,nous allons être des MINUS avec notre petit NAIN
Quand son Appartement en l'air sera prêt ,cela pourrait nous donner ,une date du grand BOUM

10.Posté par Marcus_G le 11/02/2010 13:10 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Il est justifié de dire que la Chine est une superpuissance économique.

Mais qu'en est-il de sa puissance militaire ?

Est-il justifié de prétendre que l'Empire du milieu est en voie de devenir une superpuissance à ce niveau aussi ?

11.Posté par pierre le 17/02/2010 00:33 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

pour comprendre un peu mieux sur le sujet militaire chinois je vous conseille de regarder sur le web www. chine-usa la guerre sans limite ( très intéressant).

Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires