Géopolitique et stratégie

La loi de finances 2010 s’inscrit dans le cadre du souci de la paix sociale à court terme et non d’une vision stratégique du développement de l’Algérie de demain



associationadem@yahoo.fr
Jeudi 22 Octobre 2009

Une loi de finances n’est qu’un document comptable statique. Pourtant en Algérie faute de prospectives et avec l’effritement du système d’information, alors que les plus  grands planificateurs sont les firmes  transnationales, ne signifiant pas le retour au système bureaucratique des  années passées, c’est le seul document qui nous  renseigne sur la politique socio- économique de l’Etat. La question qui se pose : la  loi de finances 20110 adoptée en conseil  des Ministres le 19 octobre 2009  s’insère t-elle   dans le cadre   d’une vision stratégique conciliant efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale renvoyant au lancinant problème du pouvoir d’achat des Algériens ,  objet de cette modeste contribution ?

 

1.- Le cadre économique  de la loi de finances 2010

 

Les exportations ont   atteint 31,90 milliards de dollars (mds) durant les neuf premiers mois de l'année 2009, contre 62,37 mds de dollars durant la même période de l'année écoulée, en soulignant la baisse  du prix du gaz sur les  marchés spots  de plus de 40% ces derniers mois,encore que l’Algérie est liée à des contrats à moyen terme )  selon  le Centre national de l’informatique et des statistiques donc devant être clôturées à 39/40 milliards de dollars et   les importations  ont atteint une valeur globale de 29,79 milliards de dollars contre 29,464 milliards de dollars enregistrés durant la même période de 2008, soit une augmentation de 1,12%, malgré les dernières mesures gouvernementales devant être clôturées à 37 milliards de dollars minimum . Prenant un cours moyen du baril  de 37 dollars,  la loi de finances 2010  a été établi pour 2010  un  budget de fonctionnement  de 2.838 milliards de dinars, soit une hausse de 6,6%, dont  1.600 milliards de dinars pour le fonctionnement des services de l'Etat  et un  budget d'équipement et d'investissement de 3.332 milliards de dinars d'autorisation de programme (en hausse de plus de 7 %), avec des crédits de paiements d'un montant de 3.023 milliards de dinars. Globalement et sous réserve que les  prévisions soient tenues , ce qui n’est pas évident avec la tendance analysée précédemment pour les importations,mais en s ‘en tenant à un cours de 70 dollars à prix constants car tout dérapage du dollar(le dollar étant passé le  -26 octobre 2000 : 1 EUR = 0,8252 USD , le 24 juillet 2008 à  1 EUR = 1,6038 USD, le -26 septembre 2008  à 1 EUR = 1,4063 USD  et récemment le 16  octobre 2009 : 1 EURO = 1,4950)  entraîne une envolée des importations ( 60% zone euro)  sans compter  son impact négatif sur le pouvoir d’achat  des  réserves de change de l’Algérie  libellées en dollars , actuellement étant admis , que le cours de 78 dollars pour le pétrole  mi  octobre 2009 ne représente pas les fondamentaux (phénomènes spéculatifs antérieurs) on devrait avoir une balance commerciale légèrement positive. Mais le risque  est ce  que l’on gagne en appréciation du pétrole, l’Algérie peut  le perdre  en grande partie du fait de la dépréciation du dollar surtout si l’on  maintient la  même zone d’importation . Mais cela n’est pas le plus  important car l’analyse  objective du financement de l’économie algérienne passe non pas par l’analyse de la balance commerciale mais par l’analyse de la balance des paiements. Or nous assistons au  gonflement du poste des services au niveau de la  balance des paiements   pour 11 milliards de dollars en 2008 selon la déclaration officielle du Ministre des Finances , avec une tendance similaire pour 2009/2010  puisque le gouverneur de la  banque d’Algérie dans son rapport d’octobre 2009 devant l’APN  annonce  plus de 5 milliards de dollars  durant le premier semestre 2009, le montant  ayant été de  4,7 milliards de dollars  en 2006   et  7 milliard de dollars en 2007,  l'Algérie étant  le seul pays du pourtours méditerranéen a avoir une balance déficitaire en matière des services concernant notamment les  télécommunications,la finance, le  transport, le consulting et études ainsi qu'à l'informatique,la plupart des grands projets , étant confiés à des bureaux d'études étrangers pour la conception et le suivi se faisant  au détriment des compétences nationales assistant donc à ce paradoxe exode de cerveaux  algériens et importation des compétences étrangères(dévalorisation du savoir au profit des emplois rentes).  Du point de vue budgétaire la loi de finances 2010 prévoit  des recettes de  3081 milliards dinars  et des   dépenses  de  5860 milliards de dinars contre 5191 milliards en 2009 donc un important déficit budgétaire qui sera comblé par  le fonds de régulation établi par le gouverneur de la d’Algérie pour fin juin 2009 à 4280 milliards de dinars. Là aussi il nuancer l’analyse car la cotation du 17 octobre 2009  est pour le dollar  achat  71,04, vente 75,39  et pour l’euro achat 105,88  et vente 112,35 ayant assisté depuis une année à un dérapage de plus de 25% pour l’euro et 15% pour le dollar, la raison invoquée étant de limiter les importations. Or du point de vue des recettes, la partie hydrocarbures libellée en dollars  reconvertie en dinars est artificiellement gonflée tant pour les recettes fiscales bien qu’ils   devraient passer  de 77% en 2008 à moins de 66% en 2009/2010 que pour le fonds de régulation en dinars. Pour la partie importation  le calcul des taxes douanières se faisant sur la partie dinars, nous aurons également un gonflement des taxes douanières  qui se répercutent sur le prix final tant des matières premières et équipements que des biens de consommation expliquant que la baisse des prix au niveau mondial  ne profite pas ni aux producteurs, ni aux consommateurs algériens. Globalement ces dévaluations  tant par  rapport au dollar qu’à l’euro voilent l’importance du déficit budgétaire. Comme l’importance des réserves de change  et ces dévaluations n’ont pas permis, comme  cela se passe dans tous les pays développés et émergents   une dynamisation des exportations hors hydrocarbures. Pour preuve, on importe presque tout et les exportations hors hydrocarbures ont été moins de 3%  montrant que le blocage est d’ordre systémique,  donc les rigidités structurelles et la difficulté est  l'émergence de l'entreprise (et des compétences qui la fondent) seule créatrice permanente des richesses du fait des contraintes d'environnement (système financier, foncier, non adaptation de la formation, bureaucratie, corruption socialisée), en fait une gouvernance mitigée du fait qu'existe un lien dialectique entre la gouvernance globale et la gouvernance de l'entreprise.

 

Ce qui m’amène à analyser les prévisions du  taux de croissance de l’économie qui détermine à la fois la  création d’emplois et l’amélioration future du pouvoir d’achat des Algériens. Nous   avons deux versions contradictoires, d’une part,  la déclaration du ministre des Finances, M. Karim Djoudi, en marge des travaux du comité du développement de la Banque mondiale et du FMI. Je cite l’APS « l’économie algérienne devrait réaliser une croissance positive de 3,9 % en 2009, qui sera tirée notamment par la croissance hors hydrocarbures à plus de 6% » et la loi de finances adoptée le 17 octobre 2009, je cite toujours l’APS : « Le projet de loi portant loi de finances 2010 prévoit un  taux de croissance prévisionnel du produit intérieur brut estimé à 4%  et 5,5% hors hydrocarbures » en rappelant  que la  loi de finances 2009 avait prévu une croissance économique de 4,1% globalement et de 6,6% hors hydrocarbures et que le dernier rapport du FMI inquiétant pour l’Algérie  prévoit 2,1% de taux de croissance en 2009  (moyenne 206/2008 inférieur à 3%) et 3,7%  en 2010. Alors se pose  cette question fondamentale sur l’efficacité de la dépense publique : comment après avoir injecté 200 milliards de dollars entre 2004/2009  soit 45%  du programme des USA, 30% du programme chinois (il faut ramener ces dépenses par  rapport à la population, celle  chinoise étant de  1,5 milliard d’âmes ) est –on, arrivé à ce résultat dérisoire alors que ces dépenses devraient avoir pour impact un taux de croissance  global supérieur à 7% minimum  pour assurer une réelle  cohésion sociale reposant sur la  création de richesses  et non la distribution de la rente pour une paix sociale éphémère. Car, étant donc dans l’impossibilité  de créer  trois millions d’emplois entre 2009/2013 si l’on maintient ce taux, du fait que la  croissance de la   population active est de plus  de 3,4% qui s’ajoutent au taux de chômage actuel. En précisant  qu’il ne faille  pas induire en erreur l’opinion publique, la technique bien connue des économistes, le tableau des échange interindustriel, montrant clairement que sur les 5/6% de croissance ors hydrocarbures, 80% sont irriguées  par le canal de la rente des  hydrocarbures  (dont le BTPH) restant moins de 20% ayant des capacités d’entreprises véritables  participant  à la croissance  du PIB.  La raison essentielle me semble t-il réside en la mauvaise exécution des programmes d’investissement entre 2004/2009 , aboutissant  à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets : notamment  l’existence d’un décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ; l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ; des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés  et des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets ?

 

2.- Loi de finances  et pouvoir d’achat des Algériens

La loi de finances 2010  prévoit 1000 milliards de dinars pour la politique sociale de l’Etat  environ  12,55% du Produit national brut (PNB) aux transferts sociaux contre 10% entre 2007/2008, dont une  enveloppe de 230 milliards de dinars  pour la revalorisation du SNMG ( rappelant que les  dernières augmentations de la fonction publique ont été de 170 milliards de dinars ), qui peut entraîner  cumulée avec l’envolée des  dépenses improductives un retour à l’inflation en cas de non reprise de la sphère réelle,  ce  qui m’amène à aborder un volet important celui  de la pauvreté suite aux déclarations récentes  du Ministre de la solidarité le 18 octobre 2009 qui est d’ailleurs contredit par le récent rapport du PNUD du 05 octobre 2009 où l’Algérie vient d’être rétrogradé de la 100ème à la 104 ème place sur 182 pays  entre 2008/2009 concernant l’indice du développement humain . En effet, pour    le Ministre de la solidarité je le cite  «l'Etat a consacré 1.079 milliards de dinars pour financer les transferts sociaux en 2009», un budget couvrant les cantines et le transport scolaires, le logement social et la santé publique, mais aussi d'autres prestations sociales l’Algérie comptant  officiellement 1.750.000 de pauvres à « qui l’Etat a consacré 7 milliards de dinars  et que le  taux du chômage est passé de 30,8% en 1999 à 11,7% en 2007 grâce aux différents dispositifs d'insertion sociale » Ce même responsable  après avoir affirmé qu’il n’y a pas de pauvres en Algérie mais  des nécessiteux et  celui du Ministre des Affaires religieuses «  il n’y a pas de pauvres en Algérie, pour preuve, il n’y a pas eu  de morts biologiques », la question qui se pose est la suivante : sur quel base  a-t-on calculé  l’indicateur du calcul du taux de chômage devant tenir compte de la dynamique féminine (entre 400.000/450.000 de demandes par an qui s ‘ajoute au stock de chômage actuel)   où selon l’officiel, il serait passé de 29% en 2000 à 23,7% en 2003, de 17,7% en 2004 , de 15,3% en 2005 et avec des données contradictoires pour 2007/2008  de trois  sources officielles, l’ONS le Ministre de la solidarité et le Ministre du travail respectivement plus de  12%, 11,7%   10%,  alors que selon certains organismes internationaux il serait de plus de 20/25% sans la sphère informelle.  Est ce les emplois rentes fictifs contribuent à la création de valeur d’une part, d’autre part, et est ce que les emplois précaires dominants ( 3 à 6 mois pour un jeune parfois universitaire à 6000 dinars par mois ) sont ils un signe d’amélioration de la situation sociale ?   Elément  déterminant du pouvoir d’achat ,le taux d’inflation là aussi avec des informations contradictoires , la loi de finances  2010 prévoyant   un taux d’inflation  de 3,5% pour 2010  alors que ce taux a été supérieur , selon l’organisme  officiel l’ONS,  4,5% en 2005 et la tendance   des 9 premiers mois de 2009  un taux supérieur à 5% alors que certains instituts  internationaux  donnent 12% ( enquête au niveau de la région Mena). Car,  le besoin étant historiquement daté, cela renvoyant  à l'urgence de revoir le panier de consommation qui préside à l'élaboration de l'indice de l'inflation totalement dépassé, déterminant pour savoir si oui ou non l'on assiste à un amenuisement du pouvoir d'achat. Ce d'autant plus que le revenu global de la comptabilité nationale et le PIB global a une signification limitée et l'important est d'analyser la destination par couches sociales selon l'importance des strates de revenus  fonction de l'évolution de la population algérienne assistant à une concentration excessive du revenu national (en fait la captation  de la  rente des hydrocarbures objet de toutes les convoitises), au profit d’une minorité de couches spéculatives. Car la disposition, la réduction de la pression fiscale sur les revenus faibles, a une portée limitée ne concernant qu'une tranche limitée des salariés mais avec le risque d'un nivellement par le bas et privilégier les couches rentières au détriment des couches utiles. Je rappelle que  le SMIG  en Algérie est à environ 120 euros, le salaire d'un professeur d'université en fin de carrière est d'environ 500 euros et 780 euros avec la nouvelle grille des salaires (passant du 1/4 de ses collègues maghrébins- idem pour  le corps médical et enseignant primaire/secondaire) , donc une concrétisation de la dévalorisation du savoir, qui est pourtant le fondement du développement du XXIème siècle. Et selon les enquêtes du CNEAP, de septembre 2007  les ménages consacrent environ 60% de leur budget aux dépenses alimentaires, avec seulement 10% pour la viande, traduisant une sous-nutrition, en fait depuis  le retour de l’inflation entre 2007/2009, le taux approche  les 80% avec une sous nutrition expliquant l’envolée des postes consommation de médicament  et céréales.

Le professeur Ahmed BOUYACOUB  a bien montré, dans une contribution récente parue dans El Watan (septembre 2009) que le niveau de consommation moyen des Algériens a stagné entre 1985 et 2005 contrairement  à nos voisins maghrébins.  Cette détérioration du pouvoir d’achat  accélèrera certainement  l’endettement des ménages à l’avenir  surtout par le poids du crédit à l’immobilier contenu  dans la loi de fiances 2010. Car,  le gouvernement a pr évu  de baisser le taux d’intérêt des crédits hypothécaires, actuellement en vigueur et qui varie de 5.5 à 8.5%, le trésor public devant prendre à sa charge la différence des coûts résultant de cette baisse.  Cela est clairement démontré lors  du récent forum tenu à El Moudjahid (septembre 2009) en présence de banques publiques  que    ce sont les crédits à l’immobilier et très accessoirement les  crédits à la consommation  représentant selon le rapport de l’ABEF 2008 100 milliards de dinars   moins de 900 millions euros  avec 3% d’insolvables ,  où  avec 36 millions d’habitants fin 2008 et un rythme de 250.000 nouveaux ménages  par an, la demande en logement est forte mais insolvable , à l’instar  de la crise des prêts hypothécaires    déclenchée en août 2009 au niveau mondial   (bas taux d’intérêt puis hausse des taux ) qui risque d’accroire l’insolvabilité  des ménages algériens  Et donc comment avec un taux d’intérêt  variant entre 1/3% pour l’immobilier prévu par la loi de finances 2010, selon les tranches de revenus   et un  taux d’inflation supérieur à 5% combler la différence pour éviter la faillite des banques ? Cette mesure ajoutée à l’assainissement des entreprises publiques  en 2009, ayant coûté au trésor public plus de 40 milliards de dollars entre 1991/2008 et plus de 5 milliards de dollars prévus entre 2009/2010,  ne  risque t-on pas d’aller vers de nouvelles capitalisations des banques ?

 

3- pour une nouvelle politique salariale  et de régulation  sociale

 

La politique salariale actuelle en Algérie   favorise, contrairement aux discours populistes déconnectés  des réalités,    les rentes et non les créateurs de valeur  directement  (ingénieurs, techniciens)  ou indirectement (enseignement, santé). Pour preuve le poste  sortie devises services analysé précédemment   et celui de la protection sociale coûteux  avec des performances réelles mitigées malgré des transferts sociaux colossaux mais mal gérés et mal ciblés qui ne s’adressent pas aux plus démunis.  D’ailleurs,   il n’existe pas une véritable politique salariale et de protection sociale insérée  dans le cadre d’une véritable vision du développement, due à la fois au manque de visibilité dans la politique socio-économique globale  et  à  l’atomisation des décisions entre plusieurs départements ministériels qu’il conviendrait de regrouper à la fois  pour l’efficience de la dépense publique  et pour plus de cohérence.  D’une manière générale l'ensemble des risques qui menacent le citoyen des sociétés contemporaines a connu des évolutions significatives et avec le développement de nouveaux besoins de protection naissent  qui remettent en question les formes héritées et obligent à repenser les institutions et les techniques qui  mettent en œuvre les politiques de protection sociale. Cela pose d’ailleurs la problématique de la crise de l’Etat providence dans la plupart des pays  et des objectifs poursuivis  dans les redistributions opérées entre les individus et  entre les générations. Ces dernières années, ce débat s'est focalisé sur l'opposition égalité- équité. Le monde depuis  la moitié du XXème siècle  a vécu sur un modèle égalitaire simple, l'Etat propriétaire gestionnaire pour l’Algérie de 1963 à 2009 régentant l'ensemble de l'activité économique et sociale réduction des inégalités, développement des prestations sociales pour tous, bien que certains contestent que ce modèle ait été équitable. Mais d'une manière générale, ce compromis est remis en cause avec  l'évolution d’une société plus ouverte, plus individualiste exigeant des traitements plus personnalisés, avec comme toile de fond une croissance plus sélective. De ce fait cela remet en cause le traitement statistique global qui correspond de moins en moins à la réalité plus complexe. La société de marché incitant naturellement à plus d'efforts et de dynamisme et la solidarité dans la compétition implique de cesser d'exclure sous peine de devenir une société de décadence. Ainsi les problèmes doivent être absorbés différemment et cela passe par une réflexion collective sur la justice  au sens sociétal. Car le lien est fort entre justice et équité afin de dépasser la conception commune aujourd'hui qui prédomine d'injustice, encore qu'il n'existe pas de justice et d'équité absolue. L'universalité de la justice n'existant pas, elle dépend du moment daté et du mouvement historique. Une société dynamique en forte croissance offre des espoirs individuels plus grands en tolérant certaines inégalités qu'une société dont l'économie  en stagnation où l'avenir est incertain comme en Algérie. Paradoxalement, en dynamique, certaines inégalités à court terme profitent aux plus défavorisés à moyen terme si l'on respecte les  droits fondamentaux,  bien qu'il faille éviter une domination excessive de l'argent sur la vie sociale. Dans un tel contexte il faut identifier lés inégalités qui doivent être combattues (inefficaces et injustes) et trouver le niveau acceptable d'inégalités nécessaires pour assurer le dynamisme de l'économie. Il ne sera plus question de la simple égalité d'accès à des prestations banalisées mais l'équité par la discrimination positive privilégiant le renforcement des relations professionnelles, la relance des négociations collectives branches par branches grâce à de nouvelles méthodes de travail fondées sur l'innovation continue. Il s'agira de favoriser de nouvelles structures sociales dynamiques pour impulser le changement et impulser celles traditionnelles par définition plus conservatrices. En dehors des   entités religieuses d’assistance  et ce pour toutes les  religions,  et de certaines associations bénévoles, fondamentalement nous avons quatre institutions qui jouent  un rôle décisif dans la couverture des risques de l'existence, et ceci d'une manière à la fois concurrente, complémentaire et solidaire : la famille, l'entreprise, les marchés et l'Etat.

 

 - Premièrement la  famille peut être considérée, d'un point de vue économique, comme une  « petite société d'assurance », où l'on mutualise les risques, surtout en Algérie où on assiste tant pour des raisons  historiques qu’économiques à une individualisation de plus en plus poussée,la crise du logement  paradoxalement permettant d’éviter l’explosion sociale avec la  détérioration du pouvoir d’achat de la majorité ( même marmite, partage des charges ect).  Car, les  mutations sociales  de la famille ont généré des risques nouveaux, la dislocation familiale étant  à l'origine de risques qui sont pris en charge ensuite par l'Etat, et on peut poser une corrélation stricte entre la nécessité de  Etat- providence et la désagrégation de la cellule familiale lorsque les revenus ne parviennent pas à couvrir les besoins, ceci étant fonction de l’aisance financière de l’Etat, ce qui est le cas pour l’Algérie avec la rente pétrolière et l’importance des réserves de change, la loi de finances 2010 concrétisant cet aspect.. Deuxièmement l’entreprise  est appelée à l’avenir à jouer comme facteur  de gestion des risques de l’existence (œuvres sociales).  Encore  que la stratégie future des entreprises au XXIème siècle  contrairement au XXème siècle où la réinternalisation est prépondérante s’orientera de plus en plus vers  l’ externalité, notamment  à travers  la création de fonds de pension ou d'une assurance maladie qui, parce que gérée dans un univers plus concurrentiel, redeviendrait une fonction d'entreprise. Pour l’Algérie, paradoxalement, les entreprises informelles marchandes industrielles ou de services, produit de la bureaucratie,qu’il s’agit d’intégrer intelligemment loin des mesures administratives autoritaires, car recelant des entrepreneurs dynamiques acquis aux réformes,  drainant 40% de la masse monétaire en circulation et employant plus du ¼ de la population active,  contribuent quant à elle à travers  des réseaux  diffus de corruption qui s’est socialisée,   à assurer la cohésion sociale.

 

 -Le troisième acteur historique de la protection sociale, ce sont les marchés. Et  contrairement aux apparences , le grand historien de l’économie   Fernand Braudel dans sa description du capitalisme par exemple, a bien montré le rôle décisif des marchés dans la couverture des risques. Des risques industriels et financiers  mais aussi sociaux. L’épargne, l'assurance et la prévoyance ont été posées dès le début du XIXe siècle comme le principal moyen de se protéger contre les risques de l'existence avec la création en France des Caisses d'épargne (1818)  ainsi que l’encouragement de l'assurance. Enfin,  entre ces trois ensembles d'institutions famille, entreprise, marchés,  intervient  le  rôle,   en plusieurs étapes qui a largement évolué, de l’Etat en tant qu’institution. L’Etat est d'abord intervenu en matière de protection sociale comme employeur, pour aménager le statut des fonctionnaires. Les pouvoirs publics ont cherché à organiser  et normaliser les formes privées de la protection sociale, et avec l'institution de la Sécurité sociale,  l'Etat fait de la protection sociale une de ses fonctions fondamentales. L’histoire des crises économiques  dont la plus récente est celle d’octobre 2008,  montre clairement que   l’Etat essaie de suppléer, mais  d’une manière ciblée,  à la déficience du secteur privé, encore comme le montre la faillite des régimes socio- démocrates depuis le début des années 2000, ce n’est pas le retour à l’Etat providence.

 

4- Conclusion : Quelles perspectives  faute  de  vision stratégique ?   

 

Il semble bien qu’à travers la loi de finances 2010 que le souci majeur est de préserver la paix sociale à court terme sans cerner clairement les liens entre les perspectives futures de l’économie algérienne et les mécanismes  de redistribution devant assurer la cohésion sociale, donnant l’impression d ‘une redistribution passive de la rente des hydrocarbures sans vision stratégique, bien qu’existe certaines dispositions encourageant l’entreprise. Ce qui signifie si cette tendance perdure le sacrifice des générations futures en fonction des scénarios d’épuisement des hydrocarbures  selon deus scénarios l’un pessimiste 16 ans et l’autre optimiste 25 ans c’est à dire demain, l’Algérie étant indépendante depuis 47 ans,  alors que l’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot au sein du bassin euro- méditerranéen et arbo-africain. En cette ère de mondialisation tenant compte du défi écologique qui prélude à des changements stratégiques importants 2015/2020,  ce monde impitoyable toute Nation qui n’avance pas recule et les pays émergents l’ont bien compris. Or le taux d’emploi dépend du taux de croissance et des structures de productivité étant une loi économique applicable à tout pays et l’on ne voit pas clairement entrevoir une politique du passage d’une économie  de rente à une économie productive reposant sur l’entreprise à moyen terme. C’est que  le frein à la création d ‘entreprises concerne surtout les  contraintes d’environnement qui ne sont pas levées (bureaucratie, système financier sclérosé, le foncier,   système socio-éducatif non adapté ec t). Dans ce cadre,  de la  faiblesse de la vision stratégique globale,  le  système algérien tant salarial  que celui de la protection sociale est diffus, bien que les intentions contenues  dans la loi de fiances 2010 sont louables. Dans la situation actuelle,  plus  personne ne sait qui paye et qui reçoit. On ne connaît   ni  le circuit des redistributions entre classes d'âge,  entre générations  et encore moins bien les redistributions entre niveaux de revenus ou de patrimoine.  Or,  le principe tant de l’efficacité économique et donc motiver au travail, que de justice sociale (les économistes parleront d’équité) pour éviter le divorce Etat/citoyens  exige que l’on résolve  correctement  ces problèmes fondamentaux devant reposer sur des mécanismes transparents. Cela renvoie à l’instauration d’un Etat de droit tenant compte des nouvelles  mutations tant internes  que mondiales  pour une société plus citoyenne, passant par une plus grande visibilité et cohérence dans la démarche de l’approfondissement nécessaire de la réforme globale, en fait à une gouvernance rénovée.

 

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur d ‘ Université Expert International-

Voir l’interview du docteur Abderrahmane MEBTOUL   sur le net de la télévision internationale  Al Djazeera,  «  suite à la présentation devant l’APN de la situation financière  de l’Algérie, 13 questions au gouverneur de la banque d’Algérie  15 octobre 2009  »



 



Mercredi 21 Octobre 2009


Commentaires

1.Posté par David C. le 23/10/2009 01:25 | Alerter
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Un débat très tendu à propos du Budget 2010 de la France est attendu dans l'hémicycle de l'assemblée National. Nous pouvons déjà noter un fait rarissime, la défiance des parlementaires par rapport au gouvernement même au sein des élus de la majorité!
Nous devons profiter de l'opportunité, Le citoyen doit encourager son député à rediriger les débats sur des questions légitimes : l'effondrement du système financier, l'illégitimité de la dette publique, les politiques d'austérité, etc...
Nous devons nous inspirer de la commission d'enquête parlementaire sur l'origine de la crise de 1929, dirigé par Ferdinand Pécora pour comprendre l'emprise mafieuse des intérêts financiers sur la République, afin d'ouvrir la voie au véritable changement de système.
Nous devons exiger la fin de la folie des faux débats!
Afin de faire face à la colère qui vient! Afin de faire face à la logique destructrice du système ! Afin de faire face au mépris de la classe dirigeante, en montant sur la scène de l’histoire! Afin de rompre avec la règle du jeu!
Je vous invite à lire et à partager le dernier tract de Solidarité et progrès :
http://www.solidariteetprogres.org/article5871.html
Il est temps que toutes les révoltes particulières donnent naissance à un projet commun révolutionnaire!
David C.
david.cabas.over-blog.fr

2.Posté par Raphaël Zacharie de IZARRA le 05/11/2009 09:03 | Alerter
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ELOGE DU VOILE ISLAMIQUE

Symbole de soumission féminine à une cause archaïque pour les uns, ornement vestimentaire pour les -rares- oiseaux d'envergure dont je fais partie, le voile islamique (que personnellement j'associe au voile marial d'un point de vue esthétique) empêche ses détracteurs de dormir pour la simple raison que, par-delà les prétextes politiques et culturels invoqués, le voile signe l'honnêteté de la femme bien éduquée qui le porte.

La vertu d'une femme de nos jours est considérée comme une régression, une sorte d'attachement pathologique à des valeurs périmées, tant notre "progrès moral" a été bêtement associé à la liberté de faire tout et n'importe quoi.

Nos femmes dévoyées par les chantres de la débauche devraient être jalouses de la dignité de leurs soeurs musulmanes.

Et de leur force de caractère.

Le voile (librement choisi, cela va sans dire) est le dernier rempart de la culture musulmane contre les agressions morales du monde. Les femmes voilées non seulement sont dignes, mais aussi courageuses. J'admire, autant sur le plan esthétique que moral, les femmes qui décemment se couvrent afin de ne point offenser le Ciel en excitant les mâles de la Terre -faibles par nature- avec leurs appas.

Ce voile de pudeur sur leur corps, leur visage, est une seconde peau, chaste, qui honore leur âme.

Le voile non seulement garantit leur vertu mais encore les pare comme des princesses. Artifice sobre des femmes bien élevée, le voile islamique agit comme l'écorce saine du pin : il repousse la mollesse, le vice, la puanteur et leurs adeptes, mais attire les hommes de bien. Les premiers trouvent le voile rude, âpre, austère, voire grotesque. Pour les seconds, il est la plus noble des bures...


L'homme sans goût préfère la fanfreluche à la parure monacale et c'est pourquoi il raille le voile islamique, tandis que l'ami des Arts affectionne l'expression noble des mœurs féminines.

Le voile islamique est un signe de grande classe féminine.

Raphaël Zacharie de IZARRA
raphael.de-izarra@wanadoo.fr

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