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La liberté d’expression du dessinateur de presse


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Massoud Shojai Tabatabai est directeur du magazine en ligne Irancartoon et président de la Maison Iranienne de la Caricature à Téhéran.

Entretien avec Massoud Shojai Tabatabai

Propos recueillis, traduits et illustrés par Benjamin Heine


Jeudi 18 Janvier 2007

La liberté d’expression du dessinateur de presse
Comment êtes-vous devenu dessinateur professionnel?
Il y a 24 ans, alors que j’avais 18 ans, la guerre éclata entre l’Iran et l’Irak. A cette période j’ai commencé à travailler en tant cartooniste en dessinant sur les murs et en publiant mes premiers  travaux. Depuis ce moment là, j’ai peint 22 grands murs (3 à 4 mètres).


 


Pour quels journaux, magazines ou sites web travaillez-vous?
Je suis le responsable de la Maison Iranienne de la Caricature et rédacteur en chef du mensuel Kayhan Caricature (tous les deux spécialisés dans le cartoon artistique). A côté de cela, je suis directeur du magazine en ligne Iran Cartoon.


 


Qu'est-ce qui, dans le discours politique, vous frappe et vous inspire ?
Je suis inspiré par les événements qui dérangent et qui accablent les gens et surtout par les nouvelles bizarres et impertinentes.


 


Pensez-vous qu’il devrait exister des limites à la liberté d’expression ? Si oui, quelles sont les frontières à ne pas dépasser ?
Selon moi, tout ce qui concerne la religion et la divinité doit être respectés. Iran Cartoon a commencé à être actif dès 2000 et depuis cette date, aucun des cartoons que nous avons publiés n’a insulté un prophète ou une figure religieuse.


 


Selon vous, y-a-t-il une seule liberté d'expression, ou en existe-t-il plusieurs ? (En fonction des différentes cultures d’un pays à l’autre)
Dans notre culture, tout ce qui concerne le sexe est toujours omis, j’en conclus que notre culture est différente de celle des autres.


Que pensez-vous du concours de dessin sur l’holocauste organisé par le quotidien iranien Hamshari en réponse aux caricatures du prophète Mohamed  publiées dans divers quotidiens européens ?
Quand les caricatures du prophète Mohamed (que la paix soit sur Lui) ont été publiées dans plusieurs journaux européens, les Occidentaux ont insisté sur le fait qu’il n’y aurait aucune restriction à la liberté d’expression et à la libre diffusion des portraits. Mais lorsque nous avons organisé un concours de dessins sur l’Holocauste, la liberté d’expression à l’occidentale n’avait plus la même définition : aucun des cartoons se rapportant à l’Holocauste ne pouvait être exposé. A travers ce concours, nous voulions seulement savoir pourquoi les Palestiniens doivent payer le prix de l’Holocauste sur les Juifs par le régime d’Hitler. Nous voulons aussi comprendre pourquoi la Palestine est occupée et nous sommes très concernés par les terribles holocaustes perpétrés tous les jours par Israël et les USA en Palestine, en Irak et en Afghanistan.


 


Certains de vos dessins ont-ils été censurés? Si oui, pourquoi et dans quelles circonstances?
Je n’ai jamais subi de censure dans mes cartoons, car je travaille principalement dans le domaine de la BD humoristique.


 



Massoud Shojai Tabatabai


 


Pratiquez-vous l'autocensure? Quels sont les sujets les plus difficiles à représenter ?
Oui, car je crois en une religion et j’ai des principes moraux. A travers mes dessins, je n’ai jamais insulté aucun prophète ni religion divine. Je n’ai jamais non plus fait de dessins érotiques ou sexuels. Bien sûr, cela ne peut pas vraiment être appelé de l’autocensure, mais plutôt le respect de croyances personnelles.


 


Pensez-vous que le dessin est une force politique qui peut faire changer le comportement des gens ?
Oui, bien sûr, le dessin politique est une force qui peut changer l’esprit des gens.


 


Pensez-vous que le cartooniste est un artiste ou plutôt un journaliste, ou même les deux ?
Je pense qu’il est les deux. En Iran, nous n’avons pas beaucoup de journaux et les cartoonistes iraniens participent aux festivals de cartoons internationaux avec le statut d’artistes.


 


 


Selon vous, son rôle est-il de faire rire ou de faire penser ?
En ce qui me concerne, j’essaie de faire penser. Mais le rire est également nécessaire.


 


Quel est pour vous la situation ou le personnage le plus difficile à dessiner?
La chose la plus difficile à dessiner, c’est la liberté d’expression elle-même, parce que c’est un concept perçu différemment dans toutes les parties du monde. Par exemple, si vous dessinez quoi que ce soit à propos de l’Holocauste en France, vous risquez la prison et devez payer une lourde amende. Pourquoi ?



Benjamin Heine est un cartooniste belge, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner source et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1932&lg=fr



Jeudi 18 Janvier 2007

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