Diplomatie et relation internationale

La lettre ouverte à Monsieur l’Ambassadeur de France en Iran


Dans la même rubrique:
< >

Lundi 28 Novembre 2016 - 00:17 Analyse: L’impuissance de la Ligue Arabe



Amir Farzad Mahmoudi
Dimanche 10 Décembre 2006

Bernard POLETTI Ambassadeur de France en Iran
Bernard POLETTI Ambassadeur de France en Iran

L’unilatéralisme à l’européenne

Son excellence,

J’ai lu, la semaine dernière, votre entretien avec un quotidien du matin de Téhéran. Avant j’étais très optimiste au sujet de l’Europe, mais après avoir lu votre interview, j’ai eu des doutes : des points d’ombres ont commencé à planer dans ma vision des capitales du continent vert, notamment sur celles de la Troïka.

En réalité, avant votre entretien qui explique clairement les positions officielles de Paris envers le nucléaire iranien, je m’acharnai à convaincre mes camarades que l’Europe était vraiment soucieuse de ce dossier et que ce qu’ils se trompaient au sujet de l’Europe.

En effet, il n’y avait pas d’indice montrant que l’Europe s’opposait à l’accès de l’Iran au nucléaire à vocation civile dont la production d’électricité.

Dans votre entretien, vous n’avez pas pris en considération les réalités et ceci à tel point que vous n’avez donné aucune place à la logique européenne en ce qui concerne le dossier nucléaire iranien.

Un coup d’oeil jeté sur l’interaction entre l’Iran et l’Europe dans le dossier nucléaire iranien nous montre qu’au début, à la dernière visite des ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique à Téhéran, on pouvait constater une vision relativement positive en Iran aussi bien chez les hommes politiques que le peuple, de l’Europe et c’est sur cette base que l’Iran, qui avait confiance en Europe et en ses promesses, a signé l’accord de Saad Abad et suspendu l’enrichissement d’uranium.

Néanmoins, en ce qui concerne le dossier iranien, l’Europe a adopté une autre approche, ce qui a réduit au fur et à mesure la confiance des Iraniens aux Européens et finalement c’est l’ambassadeur de France qui a accompli cette mission, à Téhéran afin de lui tirer le coup de grâce.

En vérité, Monsieur l’ambassadeur, comment les négociations pourront-elles avoir lieu sans confiance réciproque ?

Dans votre entretien, vous avez pris un tel ton comme si vous étiez en face d’une nation sans culture ni logique !

A titre d’exemple, dans une partie de votre interview, vous avez pris un ton paternel, vous avez suggérer que la production du combustible en Iran n’était pas rentable pour le pays et qu’il serait préférable que l’Iran achète le combustible dont il a besoin de l’étranger ; ce qui est une grande offense au peuple iranien et à ses scientifiques.

Monsieur l’Ambassadeur, vous le savez très bien certainement que pour former un scientifique, les nations paient les frais tant que cela s’avère nécessaire et même pendant de longues années.

Vous le savez aussi qu’un projet industriel demande beaucoup de temps et un budget colossal. Dans ce contexte, je vous rappelle que des centaines et des milliers de savants, de spécialistes, d’ingénieurs et de techniciens iraniens travaillent dans le domaine nucléaire. De même, d’importants sites nucléaires aussi bien au niveau universitaire et de recherche qu’à l’échelle industrielle sont lancés en Iran ou traversent les dernières étapes de leur mise en marche. A votre avis, dans ces conditions, il serait dans l’intérêt de tout un peuple d’acheter chez les étrangers, ce qu’il a lui-même ?

Monsieur l’Ambassadeur,

La France a de nombreuses usines d’automobiles dont le Peugeot.

Pourquoi les industriels français insistent à avoir l’automobile made in France, alors qu’ils pourront avoir de meilleurs véhicules chez les Américains ou les Allemands ? Pourquoi le gouvernement français refuse cette option ? Etes-vous prêt à fermer vos usines d’automobile pour vous transformer en importateur d’automobile ?

Bien sûr que non, vous ne le ferez pas. Et vous ne pouvez pas alors conseiller au peuple iranien, ce que vous refuser de le faire.

Avec un peu de réflexion, on constate à travers votre interview que l’Europe n’est nullement inquiète que l’Iran accède à la bombe, car elle est au courant des inspections continues de l’AIEA des sites nucléaires iraniens, qui sont contrôlés 24 h sur 24 par les cameras de l’Agence, en outre les satellites analysent minutieusement et régulièrement les vapeurs et le gaz émis des sites nucléaires iraniens ; il n’y a donc aucune erreur ; je ne vous parle pas de la conviction des responsables iraniens qui bannissent l’arme nucléaire de doctrine militaire.

En vérité l’Europe et en général l’Occident sont inquiets du fait qu’à présent l’Iran qui est un membre important de « l’OPEP pétrolier », rejoigne « l’OPEP atomique » ; en ce comment ceci n’est pas une bonne chose pour des pays qui rêvent de monopoliser le marché.

M. l’ambassadeur :

Vous avez cherché à suggérer votre inquiétude et de celles de quelques pays particuliers comme celle de toute la Communauté mondiale dans des conditions où, par exemple les pays membres du groupe des Non-alignés à l’AIEA, sans parler de nombreux autres pays, ont à maintes reprises confirmé le caractère pacifique de nos activités nucléaires.

Vraiment, la France et quelques pays occidentaux se prennent pour toute la communauté internationale ? Et que fait-on de plus d’une centaine d’autres pays ?

Avec une telle perspective, vous attendez à ce que le monde ait confiance en Europe.

Monsieur l’Ambassadeur :

J’ignore où irait le chemin que vous avez choisi, mais je ne crois pas que vous ne parviendriez à votre objectif.

Je souhaite que la France, que vous qualifiez pays indépendant, change d’itinéraire.



Avec tous mes respects

Amir Farzad Mahmoudi, journaliste iranien


Dimanche 10 Décembre 2006


Commentaires

1.Posté par mahdi le 21/08/2007 16:04 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler


CherFarzad
C'etait l'une des meilleures critiques que j'ai lu concernant l'entretien de l'ambassadeur de France en Iran!
Bon courage

2.Posté par Bakoun le 22/08/2007 00:28 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Cher Farzad,

Votre lettre est parfaitement argumentée et raisonnée, mais connaissant les « dangers imminents » que représente cette autoproclamée communauté internationale ( une demi douzaine de pays sous le joug USA ) .
Vous avez vraiment interêt, à prendre les « dispositions qui s’imposent » comme vous l’aurait certainement conseillé un Grand français, le général De Gaulle, s’il avait été là.

Et ceci, si vous ne voulez pas finir comme le pauvre peuple irakien.
Lequel, ne disposait malheureusement pas de « moyens de dissuasion » adaptés à notre temps, connaît aujourd’hui un véritable génocide.

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires