Palestine occupée

La guerre s’approche et le pari électoral de Netanyahou coûtera cher à Israël


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Le 1er septembre, le groupe libanais Hezbollah a frappé une base militaire israélienne près de la ville frontalière d’Avivim. Il ripostait à une série de frappes israéliennes dans quatre pays arabes en deux jours.


Ramzy Baroud
Jeudi 12 Septembre 2019

Déconfiture israélienne dans l'attaque du Liban en 2006. Massacrer sans risque des civils à partir du ciel est une chose, mais s'affronter aux combattants aguerris de la résistance libanaise en est une autre ... - Photo : Archives
Déconfiture israélienne dans l'attaque du Liban en 2006. Massacrer sans risque des civils à partir du ciel est une chose, mais s'affronter aux combattants aguerris de la résistance libanaise en est une autre ... - Photo : Archives
La riposte libanaise, qui a fait jubiler tout le Liban, montre que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a peut-être surestimé le jeu qu’il avait en main. Mais, pour Netanyahou, c’était un pari nécessaire, car le dirigeant israélien a désespérément besoin de succès politiques pour espérer vaincre des adversaires de plus en plus déterminés, lors des élections générales du 17 septembre dans ce pays.

La question principale qu’il faut se poser pour analyser la décision de frapper la Syrie, le Liban, l’Irak et Gaza, est celle de savoir si cette décision est le fait du gouvernement israélien ou si elle est le fruit des calculs à court-terme de Netanyahou lui-même. A mon avis, c’est la seconde alternative qui est vraie.

Israël a déjà violé la souveraineté de toutes ces régions, en bombardant certaines d’entre elles des centaines de fois par le passé, mais les frapper toutes ensemble est sans précédent. Comme l’explication de ces agressions par Israël et ses alliés américains n’est en rien convaincante, il faut conclure que ses objectifs étaient uniquement politiques.

Un signe évident que les attaques étaient censées profiter à Netanyahou, et à Netanyahou seul, est le fait que le Premier ministre israélien a violé le vieux protocole israélien de ne pas commenter ce type de violence transfrontalière. Il est tout à fait inhabituel que de hauts responsables israéliens se vantent des activités de renseignement et des capacités militaires de leur pays. Israël, par exemple, a bombardé la Syrie des centaines de fois ces dernières années, mais il a rarement assumé la responsabilité de ces attaques.

Or, Netanyahou n’a pas cessé de commenter les frappes des 24 et 25 août. Quelques minutes seulement après les frappes israéliennes, Netanyahou a salué « l’effort opérationnel majeur » de l’armée, déclarant que « l’Iran n’a nulle part d’immunité ».

En ce qui concerne l’attaque de la région sud-est d’Aqraba en Syrie, Netanyahou est entré dans le détail, en s’étendant sur la nature de la cible et l’identité de l’ennemi.

Deux des combattants du Hezbollah tués en Syrie ont été identifiés par l’armée israélienne, qui a fait circuler des photos les montrant en train de soi-disant voyager sur la compagnie aérienne iranienne Mahan, qui serait, selon Israël et les États-Unis, un important transporteur d’armes et de matériel pour le Hezbollah et d’autres proxys iraniens en Syrie et au Liban, selon le Times of Israel.

Pourquoi Israël ferait-il une chose pareille sachant que cela aidera certainement les pays ciblés à découvrir certaines des sources de renseignements d’Israël ?

L’Economist a révélé que « certaines personnes … dans les instances politiques et sécuritaires israéliennes sont préoccupées » par les continuelles louanges de Netanyahou sur « la collecte de renseignements et les succès opérationnels d’Israël, et les détails exceptionnels qu’il donne ».

La raison de tout cela tient en un mot : les élections du 17 septembre.

Au cours des derniers mois, Netanyahou a finalement réussi à s’emparer du titre de Premier ministre qui a servi le plus longtemps le pays, malgré son lourd héritage d’abus de pouvoir, de calculs égoïste, et les grosses affaires de corruption qui le touchent directement ainsi que sa femme et ses plus proches collaborateurs.

Pourtant, il n’est pas certain que Netanyahou puisse s’accrocher au pouvoir beaucoup plus longtemps. Après les élections du 9 avril, le dirigeant israélien a tenté de former un gouvernement de politiciens de droite partageant les mêmes idées, mais il a échoué. C’est ce revers qui l’a forcé à dissoudre la Knesset israélienne le 29 mai et à organiser de nouvelles élections. Même si la politique israélienne est souvent agitée, la tenue de deux élections générales en si peu de temps est très rare et, elle révèle, entre autres, la diminution de l’emprise de Netanyahou sur le pouvoir.

De plus, pour la première fois depuis des années, Netanyahou et son parti, le Likoud, soient confrontés à une véritable concurrence. Ces rivaux, dirigés par Benjamin Gantz du parti centriste Bleu and Blanc (Kahol Lavan), sont déterminés à battre Netanyahou dans toutes les circonscriptions possibles, y compris les colonies illégales qui le soutiennent et ses partisans pro-guerre.

Les déclarations de Gantz ces derniers mois n’ont rien à voir avec le discours idéologique habituel du Centre dans les autres pays. L’ancien chef d’état-major général de l’armée israélienne est un fervent partisan des colonies juives illégales et un fervent partisan de la guerre contre Gaza. En juin dernier, Gantz est même allé jusqu’à accuser Netanyahou « d’affaiblir la politique de dissuasion d’Israël » à Gaza, ce qui « est interprété par l’Iran comme un signe de faiblesse ».

En fait, les termes « faible » ou « faiblesse » ont été attribués à plusieurs reprises à Netanyahou par ses rivaux politiques, y compris de hauts responsables de son propre camp de droite. L’homme qui a tout misé sur sa réputation de violence sans faille ou sans limite, au nom de la sécurité israélienne, lutte maintenant pour protéger son image.

L’auteur de ces lignes n’oublie en rien les objectifs régionaux et internationaux de Netanyahou, notamment sa volonté d’empêcher tout dialogue politique entre Téhéran et Washington, une idée qui a commencé à prendre forme au sommet du G7 à Biarritz, en France. Mais tous les scénarios régionaux futurs sont passés au second plan, car, à l’heure actuelle, le dirigeant israélien se concentre entièrement à sa propre survie.

Cependant, le label de « Monsieur Sécurité » que Netanyahou voulait obtenir en bombardant des cibles multiples dans quatre pays pourrait ne pas s’avérer aussi profitable que prévu. Les médias israéliens propagent un sentiment de panique parmi les Israéliens, en particulier ceux qui vivent dans le nord du pays et dans les colonies juives illégales du plateau du Golan occupé.

Ce n’est guère l’image forte et puissante que Netanyahou espérait retirer de son pari militaire. Aucun des milliers d’Israéliens, qui suivent actuellement une formation pour leur permettre de survivre aux représailles libanaises, n’est particulièrement rassuré sur la puissance de son pays.

Netanyahou n’est évidemment pas le premier dirigeant israélien à utiliser l’armée à des fins de politique intérieure. Le défunt dirigeant israélien, Shimon Peres, l’a fait en 1996, et il a échoué lamentablement, mais seulement après avoir tué plus de 100 Libanais et soldats de la paix des Nations Unies dans le village de Cana, dans le sud du Liban.

Les conséquences du pari de Netanyahou pourraient être plus désastreuses que de simplement perdre les élections. Une guerre pourrait éclater. Et si Israël devait faire face à une guerre sur plusieurs fronts, il ne pourrait pas la gagner, du moins, plus maintenant.



Mercredi 11 Septembre 2019


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