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La guerre maintenant, la paix plus tard: les colombes d’Israël sur la voie de la guerre (première et seconde partie)


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Voici la première partie d’un article sur la position adoptée par le mouvement israélien La Paix Maintenant à l’égard des guerres d’agression au Liban et à Gaza menées par le gouvernement d’Ehud Olmert.


wsws.org
Lundi 21 Août 2006

La guerre maintenant, la paix plus tard: les colombes d’Israël sur la voie de la guerre (première et seconde partie)

La guerre maintenant, la paix plus tard: les colombes d’Israël sur la voie de la guerre(1)

Première partie
Par Jean Shaoul




L’un des aspects significatifs des guerres d’agression menées par Israël à Gaza et au Liban est l’unanimité qui existe entre les soi-disant « faucons » et les mouvements qui, dans le passé, étaient considérés comme étant des « colombes ».

La Paix Maintenant est resté silencieux devant l’attaque massive d’Israël contre le Hamas et les Palestiniens à Gaza et qui dure depuis juin. Dans le cas du Liban, à partir du moment où les hostilités à grande échelle ont commencé en juillet, suite à la capture de deux soldats israéliens, La Paix Maintenant a déclaré son soutien pour les Forces de défense d’Israël (IDF) et le gouvernement Olmert.

Le mouvement a mis en ligne sur son site internet un communiqué expliquant que ses membres étaient partis dans le Nord du pays au kibboutz Gonen pour proclamer qu’Israël avait le droit de répondre à la capture de soldats israéliens et que La Paix Maintenant supportait le droit d’Israël de défendre ses frontières.

La Paix Maintenant s’est fait l’écho de la propagande gouvernementale, à savoir qu’Israël doit faire face à des provocations du Hamas et du Hezbollah, acceptant la définition officielle israélienne et américaine qui dit que les deux organisations sont des groupes terroristes. Le mouvement qu’aucune revendication territoriale n’est en jeu et c’est la raison pour laquelle la réaction du gouvernement à de prétendues attaques externes et non provoquées contre la souveraineté de l’Etat d’Israël serait tout à fait justifiée.

En juin 1982, La Paix Maintenant s’était opposé à l’invasion israélienne du Liban en rassemblant des dizaines de milliers de personnes contre la guerre. Le mouvement avait organisé la plus grande manifestation jamais enregistrée à Israël, 400.000 personnes, contre le gouvernement de Menachem Begin et son ministre de la Défense, Ariel Sharon, pour son rôle de puissance occupante et sa complicité dans le massacre par ses alliés, la Phalange fasciste libanaise, de plus de 800 Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila, et avait réclamé une enquête. Plus d’un commentateur considéra Begin et Sharon comme des criminels de guerre et les Etats-Unis comme leurs complices.

A la fin des années 1980, La Paix Maintenant avait été la première force majeure à appeler à la création d’un Etat palestinien indépendant dans les territoires illégalement occupés par Israël depuis 1967, la soi-disant solution de deux Etats, et avait proposé des négociations de paix avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et Yasser Arafat. Le Parti travailliste israélien s’était rangé derrière sa bannière et avait signé les tristement célèbres accords d’Oslo de 1993 qui contenaient ses exigences.

La transformation de La Paix Maintenant en défenseur d’une agression brutale contre la population civile qui foule aux pieds tous les règlements guidant les relations internationales établis après la Deuxième guerre mondiale, est donc une source d’énorme confusion politique pour la population laborieuse d’Israël. Nombreux étaient ceux qui avaient compté sur La Paix Maintenant pour articuler leur opposition face aux agissements criminels et brutaux d’Israël envers les peuples palestinien et libanais.

Dans des conditions où le soi-disant mouvement de la paix endosse la guerre, il reste bien peu d’issues politiques à ceux qui sont horrifiés par le massacre et la destruction commis par les forces armées israéliennes.

Beilin et Oz

Yossi Beilin est le président du parti Meretz-Yakahd au parlement israélien et l’homme le plus fréquemment associé au mouvement de la paix. Il a mené les négociations secrètes avec l’OLP à Oslo. Il a été ministre de la Justice au moment où le gouvernement travailliste se retirait du Liban en mai 2000, négociateur en 2000 à Camp David qui fut un échec et à Taba en 2001 ainsi que signataire de l’accord de Genève en 2003.

Beilin se fait à présent l’écho de la justification de la guerre par le gouvernement Kadima-Parti travailliste : qu’elle a été déclenchée pour sauver les soldats israéliens capturés et pour défendre les citoyens israéliens. Il affirme que ceci est tout à fait conforme à ses raisons d’avoir lancé plus tôt un appel pour un retrait du Liban :

« Des gens comme moi ont dirigé le mouvement en faveur d’un retrait du Liban en 2000 et lorsqu’on nous a demandé ce qui arriverait s’ils continuaient à recourir à la violence contre nous et nous tirer dessus depuis le Liban, nous avons dit que si nous nous retirons du Liban, conformément à l’accord de l’ONU, alors nous aurons la main libre pour l’utiliser contre tous ceux qui agissent contre nous. C’est pourquoi nous nous trouvons dans une situation difficile. Nous ne pouvons pas critiquer tout ce que le gouvernement fait, compte tenu qu’il n’y avait pas eu de provocation israélienne. »

Beilin se présente en opposition loyale, qui soutient la guerre à présent, tout en gardant la tête froide, indispensable à la sauvegarde à long terme des intérêts nationaux israéliens. Dans un article du 9 août paru dans Haaretz et intitulé « L’épreuve de la gauche sioniste, » il déclare : « Nous croyons profondément dans le droit du peuple juif à un Etat démocratique et sûr qui dispose d’une majorité juive stable : l’Etat du peuple juif et de tous ces citoyens. Nous sommes convaincus que notre intérêt national réside dans des démarches vers la paix avec les Palestiniens, la Syrie et le Liban et qu’il n’y a pas d’alternative à un accord… Mais notre sentiment est que le fait que la paix aurait dû être obtenue depuis longtemps et qu’Israël a joué un rôle non négligeable en cela, ne justifie pas, à nos yeux, l’attitude de nos ennemis. »

« La réaction militaire à Gaza est justifiée à nos yeux et la réaction au Liban ne l’est pas moins, » a-t-il poursuivi. « Nous considérons notre rôle durant la guerre comme celui d’avertir Israël de ne pas se retrouver dans des situations involontaires qu’il n’anticipait pas au début de la guerre et de mettre en garde contre des agissements qui sont en contradiction avec les valeurs de la société israélienne, tout en exigeant de joindre la table des négociations le plus rapidement possible pour discuter d’un cessez-le-feu. »

Amos Oz, l’un des fondateurs en 1978 du mouvement La Paix Maintenant, va même plus loin. Les propos furieux qu’il a tenus dans son article du Los Angeles Times sont indiscernables de ceux des néoconservateurs à Washington.

Il qualifie l’« enlèvement » des soldats israéliens d’« attaque vicieuse non provoquée sur le territoire israélien. » Il écrit : « Cette fois-ci, Israël n’envahit pas le Liban. Il se défend contre le harcèlement quotidien et le bombardement de dizaines de nos villes et de nos villages en essayant d’écraser le Hezbollah où qu’il se cache. »

Il poursuit : « Le mouvement de la paix israélien devrait soutenir l’effort d’Israël d’assurer son autodéfense, pure et simple, aussi longtemps que cette opération visera principalement le Hezbollah en épargnant, autant que faire se peut, la vie de civils libanais (mais ce n’est pas une tâche aisée), car trop souvent les lanceurs de missiles utilisent les civils en guise de sacs de sable humains. » (soulignement ajouté)

Oz adopte la position du gouvernement Bush, à savoir qu’Israël lutte contre un réseau terroriste cautionné par l’Iran et la Syrie. « Les missiles du Hezbollah sont fournis par l’Iran et la Syrie, deux ennemis jurés de toute initiative de paix au Proche-Orient », déclare-t-il en ajoutant, « La vraie bataille menée ces jours-ci n’est pas entre Haïfa et Beyrouth, mais entre une coalition de nations cherchant la paix – Israël, le Liban, l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite, d’un côté - et l’Islam fanatique, attisé par l’Iran et la Syrie, de l’autre.

Oz connaît parfaitement les vrais motifs d’Israël qui se cachent derrière la destruction du Liban. En 1982, il écrivait que l’invasion d’Israël la même année n’avait pas eu pour but de « repousser une menace à notre existence même, mais de se débarrasser d’un agacement et principalement de modifier la carte régionale. »

Peretz: la « colombe » préposée à la guerre

Personne n’incarne la dégénérescence du mouvement de paix aussi clairement qu’Amir Peretz, l’ancien dirigeant syndical au discours de gauche et actuel dirigeant du Parti travailliste qui est à présent le ministre de la Défense. Comme le soulignait Haaretz dans un article intitulé « Première guerre organisée par La Paix Maintenant », Peretz est « l’architecte, l’ingénieur-chef et le porte-étendard de la guerre. »

Il avait été l’un des premiers membres du mouvement La Paix Maintenant et, dans les années 1980, avait été l’un des huit législateurs du Parti travailliste qui avec Beilin avait tenté d’initier des négociations de paix avec les Palestiniens.

Il y a moins d’un an, les membres du parti, écoeurés par la participation du Parti travailliste à la coalition entre le Likoud, le parti d’Ariel Sharon, et les travaillistes, élisaient Peretz comme nouveau président du Parti travailliste en remplacement du dirigeant sortant, Shimon Pérès, l’architecte des accords d’Oslo. Les dirigeants travaillistes avaient fourni la couverture politique à la répression brutale des Palestiniens par Sharon, à sa confiscation des terres en Cisjordanie, qui fut réalisée au nom de la « séparation unilatérale », et à ses mesures d’austérité contre la classe ouvrière israélienne.

Peretz avait remporté la victoire grâce à deux promesses : des négociations de paix avec les Palestiniens et des mesures pour contrer les inégalités croissantes en Israël. Son élection au poste de dirigeant du Parti travailliste avait incité Sharon à faire scission avec le Likoud avec le soutien de Pérès et de créer un nouveau parti, le Kadima, pour faire avancer son programme expansionniste de Sharon.

Mais, en mai dernier, suite aux élections générales de mars au cours desquelles Kadima était devenu le plus important parti mais en manquant d’une majorité à la Knesset, Peretz et les travaillistes étaient revenus à une coalition avec Kadima, qui est menée à présent par Ehud Olmert, Pérès en étant le numéro deux.

En acceptant de prendre le poste de ministre de la Défense, les premiers actes de Peretz ont été d’ordonner l’assassinat de cinq membres du Front populaire de libération de la Palestine et d’intensifier les attaques contre les Palestiniens à Gaza. Bénéficiant du soutien total de Washington, il a autorisé l’attaque air, mer et terre, planifiée de longue date, par l’armée contre le Liban en faisant appel aux réservistes et en mettant Israël sur le pied de guerre.

Nahum Barnea, un chroniqueur au Yediot Aharonot, a judicieusement résumé le rôle de Peretz. Le fait de disposer d’un gouvernement à base large, mené par le parti Kadima d’Olmert et comprenant le dirigeant du Parti travailliste, Amir Peretz, comme ministre de la Défense, « facilite bien la tâche de lancer une attaque militaire contre quelqu’un. »

L’acceptation du sionisme

La transformation de La Paix Maintenant en un défenseur ouvert de la guerre a reporté la tâche d’avancer une position anti-guerre sur des groupes tels Gush Shalon ainsi que sur le Parti communiste et les partis arabes. Alors que les manifestations et les veilles contre la guerre étaient d’abord faibles au Liban et dans les territoires occupés, elles attirent à présent des milliers de manifestants. Le 5 août, 10.000 personnes étaient descendues dans la rue à Tel Aviv et ce, en dépit de l’hystérie de guerre et des agressions physiques multipliées contre les manifestants.

Les manifestants scandaient, « Juifs et Arabes, refusez d’être des ennemis ! », « Nous ne mourrons pas et ne tuerons pas pour les Etats-Unis ! », « Les enfants veulent vivre à Beyrouth et à Haïfa ! », « Peretz, Peretz, la paix est plus important ! », « Un million de réfugiés, c’est un crime de guerre ! », « Olmert, Perezt et Ramon, hors du Liban ! »

Pour avancer cependant la lutte contre la guerre, il est nécessaire de comprendre pourquoi l’ancien mouvement de la paix a subi une dégénérescence aussi radicale. La transformation de La Paix Maintenant en apologiste et en partisan de la guerre ne peut être comprise qu’au vu de son rejet d’une analyse historique et de classe du conflit israélo-palestinien et de sa défense nationaliste du projet sioniste.

Son affirmation qu’il n’y a pas de questions territoriales en jeu dans la guerre contre le Liban est tout aussi absurde que sa déclaration qu’Israël ne fait que réagir aux provocations du Hezbollah. Même en laissant de côté la violence continue d’Israël à l’égard des Palestiniens et son occupation illégale de leurs territoires, il existe un grand nombre de preuves des provocations israéliennes répétées contre le Liban antérieures à son invasion le mois dernier. Par exemple, plusieurs rapports publiés par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Unifil) montrent que des avions militaires israéliens ont violé l’espace aérien libanais entre 2001 et 2003 à un rythme presque quotidien et de façon continue jusqu’en 2006, en passant souvent le mur du son au-dessus de régions peuplées.

Quant aux questions territoriales, l’intérêt des sionistes pour le Liban remonte à 1938 lorsque Ben Gourion, qui devait devenir le premier premier ministre d’Israël en 1948, avait envisagé un Etat d’Israël incluant le Liban sud jusqu’au fleuve Litani.

A suivre

La guerre maintenant, la paix plus tard : les colombes d’Israël sur la voie de la guerre (2)


Par Jean Shaoul


Ce qui suit est la conclusion d’un article en deux parties sur la position adoptée par le mouvement israélien La Paix Maintenant à l’égard des guerres d’agression au Liban et à Gaza menées par le gouvernement d’Ehoud Olmert. La première partie a été publiée le lundi 21 août.

Le soutien apporté par La Paix Maintenant et d’autres groupes pacifistes libéraux en faveur de l’expansionnisme sioniste découle inexorablement de leur acceptation de la légitimité d’un Etat capitaliste basé sur le retrait forcé des Palestiniens et la domination religieuse et ethnique des Juifs sur les non-Juifs.

Le mouvement de la paix s’est développé après la visite à Jérusalem en 1977, du président égyptien, Anwar Sadat. Il s’est opposé à l’expansion des colonies sionistes dans les territoires saisis durant la guerre de 1967 et a dénoncé l’invasion d’Israël au Liban en 1978 par le tout premier gouvernement Likoud de Menachem Beigin. Mais, la direction de La Paix Maintenant et la perspective que celui-ci a avancée n’a pas simplement articulé le désir du peuple israélien d’arriver à un accord au sujet du conflit de longue date avec les Palestiniens et les voisins arabes d’Israël.

Il a aussi exprimé une tendance politique existant au sein de l’élite sioniste dont le souci primordial était la sécurité et la survie à long terme de l’Etat d’Israël. La Paix Maintenant a argumenté qu’un Israël plus petit vivant en paix avec ses voisins était préférable à un Grand Israël qui serait en permanence en guerre. Toute autre politique créerait « des doutes quant à la justesse de notre cause, » avait-t-il affirmé.

C’est avant tout la survie à long terme d’Israël qui nécessitait que la classe ouvrière s’assimile en permanence à l’Etat bourgeois, une assimilation qui était menacée par une opposition montante à l’intérieur du pays contre l’assujettissement des Palestiniens et des Libanais. « La véritable force de l’armée israélienne vient de l’assimilation du soldat-citoyen avec la politique de l’Etat, » a affirmé La Paix Maintenant.

Les dirigeants du mouvement ont proposé une solution nationaliste au conflit : l’établissement d’un Etat palestinien aux côtés d’un Etat israélien. Principalement, des forces palestiniennes et non israéliennes garderaient les frontières pour le compte d’Israël.

En 1992, le Parti Meretz, en fait l’aile politique de La Paix Maintenant, avait proposé que les frontières palestiniennes soient décidées conformément aux besoins sécuritaires d’Israël, et non selon le tracé d’avant 1967 et qu’une Jérusalem non divisée serait la capitale d’Israël.

La logique de la solution de deux Etats était que chaque Etat serait ethniquement homogène : aussi peu de Palestiniens que possible resteraient en Israël et aussi peu d’Israéliens que possible seraient soumis au régime palestinien. Il y aurait un trafic frontalier de marchandises, principalement d’Israël vers la Palestine, mais pas de personnes. Les travailleurs palestiniens, que Merez considérait comme une menace à la fois pour la sécurité d’Israël et les salaires des travailleurs israéliens, seraient généralement empêchés de travailler en Israël et les frontières seraient étroitement surveillées pour empêcher tout « passage illégal de la frontière ». La plateforme programmatique du parti disait, « Une séparation nette entre les deux populations est désirable à la fois du point de vue de la sécurité que du point de vue d’une paix israélo-palestinienne permanente. »

En se concentrant sur le principe « terre en échange de la paix », le mouvement La Paix Maintenant a ignoré les conditions économiques et sociales auxquelles une grande partie de la population israélienne étaient confrontée, principalement les Juifs originaires du Proche-Orient et d’Afrique du Nord (Juifs sépharades) et les Israéliens arabes qui connaissent les pires conditions d’emploi et de logement.

En dépit du fait que les petites colonies avaient coûté des milliards de dollars de l’argent des contribuables, La Paix Maintenant n’a pas entrepris grand-chose pour essayer d’expliquer que la détérioration des conditions sociales des travailleurs israéliens était une conséquence directe de la politique de colonisation. Ce n’est pas là un hasard. Ses dirigeants étaient décidés à éviter toute action qui provoquerait des conflits de classe en Israël. Leur propagande visait à obtenir le soutien de couches de la classe dirigeante israélienne qui cherchaient à conclure une sorte d’arrangement avec les Palestiniens afin d’être mieux en mesure de poursuivre leur programme qui était de faire d’Israël la machine économique du Proche-Orient.

Par conséquent, le mouvement de la paix israélien était organiquement incapable de formuler une perspective articulant à la fois les aspirations démocratiques et sociales des citoyens juifs et arabes d’Israël et des Palestiniens vivants hors des frontières israéliennes.

Son engagement en faveur de la paix était subordonné à son inquiétude concernant la préservation d’Israël et ses besoins économiques. Dans une grande mesure, ses différends avec l’aile droite étaient d’ordre tactique et concernaient le meilleur moyen de sauvegarder l’intérêt national israélien.

A la fin, le programme de La Paix Maintenant est devenu la politique officielle de la bourgeoisie israélienne. Le gouvernement travailliste contribua à l’événement en signant en 1993 sur la pelouse de la Maison-Blanche les accords d’Oslo. Ensuite, le gouvernement Likoud, sous la direction de Benyamin Netanyahu, puis le gouvernement de courte durée d’Ariel Sharon, ainsi que la présente coalition menée par Kadima, ont tous endossé la notion d’une entité palestinienne et ce, en dépit du fait que les frontières de celle-ci soient déterminées unilatéralement par Israël.

Les négociations ultérieures d’Oslo furent sans cesse compromises par le besoin d’apaiser les sionistes de droite pour qui tout abandon de colonies correspondait à un anathème et dont les exigences devenaient de plus en plus impérieuses.

Au fur et à mesure que rétrécissaient les frontières de l’Etat offert aux Palestiniens, diminuait également le contrôle exercé par l’Autorité palestinienne sur ses propres ressources. Dans le même temps, la séparation entre Israël et l’Etat putatif entraînait pour les Palestiniens de plus en plus de rigueur économique, de privations sociales et d’oppression politique alors qu’une poignée de familles palestiniennes amassaient des fortunes prodigieuses.

Rien de tout ce qu’Israël pouvait ou voulait concéder n’offrait la moindre perspective de soulagement à la souffrance endurée par les Palestiniens. Ainsi, en septembre 2000, la provocation de la part de Sharon au mont du Temple/Haram Al-Sharif, mit le feu à un baril de poudre social que Yasser Arafat ne fut pas en mesure de contrôler.

Surpris par la logique amère de son propre programme, le mouvement La Paix Maintenant se désintégra. Ses résultats électoraux s’effondrèrent et on n’entendit plus guère parler de ses dirigeants. La plupart d’entre eux se firent l’écho de la droite, imputant l’échec des négociations à Arafat et devenant de ce fait indiscernables du Parti travailliste et de partis encore plus droitiers.

Amos Oz proclama que les Juifs et les Palestiniens « ne peuvent pas vivre ensemble comme une famille heureuse car ils ne le sont pas. La seule chose restant à faire est de tracer une ligne de partage à travers le pays en suivant grosso modo les réalités démographiques. » Ses propos préfigurèrent le tristement célèbre mur de sécurité de Sharon et sa politique de séparation unilatérale de Sharon.

Shimon Pérès et Yossi Beilin, les architectes d’Oslo, saluèrent et soutinrent la décision de Sharon d’un démantèlement unilatéral des colonies et de l’installation de l’armée à Gaza, permettant ainsi aux puissances impérialistes et à leurs médias serviles de faire de ce criminel de premier rang une célébrité en le qualifiant d’homme de la paix. Pas un des promoteurs de La Paix Maintenant n’a dénoncé cette caractérisation comme une duperie.

La faillite de La Paix Maintenant a ses racines dans l’acceptation de cette condition sine qua non du sionisme, à savoir que les Juifs et les Arabes ne peuvent pas vivre ensemble. Les sionistes ont établi un Etat fondé sur le nettoyage ethnique de près d’un million de Palestiniens et la discrimination systématique contre ceux qui restaient.

Des Arabes israéliens, qui comptent pour 20 pour cent de la population, endurent un chômage bien plus grand, risquent deux fois plus d’être pauvres, ont les emplois les moins bien payés et sont privés d’allocation logement, d’allocation de loyer ou d’emprunt immobilier. Les personnes non-juives sont en général exclues de l’acquisition de terrains de sorte qu’aucune ville arabe n’a été construite depuis l’établissement de l’Etat d’Israël en 1948. De la même façon, ils ont un accès plus restreint à l’éducation, à la santé et aux autres services sociaux que les Juifs israéliens.

La Paix Maintenant accepte l’organisation capitaliste de la société basée sur la domination d’une poignée de familles qui contrôlent le marché financier de Tel-Aviv, un système économique qui génère un fossé sans cesse grandissant entre riches et pauvres.

Cette acceptation du sionisme a fait que le mouvement de la paix a été de moins en moins capable de défier la perspective sioniste plus agressive qui s’est imposée sous la direction de Sharon. Les deux tendances sionistes se sont rendu compte qu’une perspective permettant que les Palestiniens deviennent la majorité dans un Etat où la citoyenneté est basée sur l’identité religieuse constituerait une « menace existentielle. » Et donc, le camp de la paix s’est rallié au gouvernement le plus droitier qu’Israël eût connu jusque-là.

Près de 60 ans après la création d’Israël, l’utopie sioniste réactionnaire d’un Etat national dans lequel les Juifs du monde pourraient trouver refuge a été réalisée sous la forme d’un Etat capitaliste créé en dépossédant un peuple et qui subsiste au moyen de guerres, de répression et de l’inégalité sociale. Toutes les ailes de la bourgeoisie sioniste se sont à présent réunies dans cette entreprise.

Le rôle d’Israël comme une entreprise sous-traitant de l’impérialisme américain signifie des dépenses militaires sans cesse croissantes et des attaques contre ses voisins, représentant ainsi le risque d’une instabilité politique de plus en plus grande.

Un programme socialiste et internationaliste

Pour les Israéliens qui cherchent à s’opposer à la guerre, aller de l’avant présuppose avant tout qu’ils reconnaissent qu’une telle lutte est incompatible avec un soutien du sionisme.

L’impasse dans laquelle le sionisme a mené les travailleurs juifs est une expression de l’échec de tous les mouvements qui se basent sur une perspective nationaliste pour le règlement de toutes les grandes questions auxquelles la classe ouvrière est confrontée. Ceci compte également pour les pays arabes où les cliques dirigeantes ont manipulé les sentiments nationalistes et la rancœur intense à l’égard d’Israël dans le but de détourner la classe ouvrière des luttes sociales.

L’expérience historique a montré à maintes reprises, dans les Balkans, en Irlande, en Afrique et au Proche-Orient même, que les antagonismes ethniques, nationaux et religieux ne peuvent pas être surmontés au moyen d’accords imposés dans un cadre capitaliste. De telles divisons ne peuvent être surmontées qu’en unissant tous les opprimés, Arabes et Juifs pareillement, sous la direction de la classe ouvrière dans une lutte contre la domination impérialiste et le système de profit.

Seule une lutte pour le socialisme, pour les Etats-Unis socialistes du Proche-Orient, peut ouvrir la voie à un véritable développement démocratique basé sur la suppression des frontières artificielles qui furent imposées dans la région après la Première Guerre mondiale et qui divisent les peuples et les économies de la région ainsi que sur la mobilisation rationnelle et humaine des vastes ressources naturelles et humaines de la région dans l’intérêt de la population tout entière.

Ce n’est que de cette façon que la région pourra se libérer des guerres et de l’oppression qui sont attisées par la course au profit des capitalistes étrangers et des classes dirigeantes autochtones. Ceci signifie avant tout l’établissement de l’indépendance politique des travailleurs juifs et arabes par rapport à tous les représentants des régimes bourgeois.

Fin






Mercredi 23 Août 2006

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

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