Conflits et guerres actuelles

La guerre contre les pauvres de Buenos Aires par Raoul Zibechi


Dans la même rubrique:
< >


Samedi 13 Décembre 2008

La guerre contre les pauvres de Buenos Aires par Raoul Zibechi
traduit par danielle Bleitrach pour changement de société: http://socio13.wordpress.com/
La Jornada

Ce texte et celui qui va suivre pose la question des valeurs populaires comme base d’un autre monde,  celui de José Egido sur le Venezuela insiste, comme celui-ci, sur le fait que ces valeurs de solidarité ne se développent que lorsque il y a organisation de classe, de lutte, autrement c’est la conquête des bidonvilles, des quartiers où augmente chômage et difficultés par la délinquance, la police et la droite. Toutes ces questions nous sont -elles étrangères? Pas plus que les émeutes en grèce.  je  crois comme l’a dit André Gérin dans son intervention, que nous aurions intérêt à connaître la véritable diversité, non pas l’uniformité du Capital qui, comme en grèce, comme en france nous conduit vers un bipartisme sans espérance, mais celle des expériences qui partout dans le monde se multiplient, du riche débat qui a lieu partout…


Alors qu’ils forment à peine 10 pour cent de la population de la capitale argentine, les pauvres qui vivent dans les “bidonvilles (villas misères »” se sont convertis en opposition principale au gouvernement de droite de la ville avec à sa tête l’entrepreneur Mauricio Macri. Dans les élections de 2007, il a été élu par la majorité absolue de la ville conservatrice, qui a considéré comme négligeable le fait que  Macri ait été l’allié du néolibéral  Carlos  Menem et que bien des gens assurent que sa fortune n’a pas été édifiée sur des bases transparentes.

Pour ses électeurs  peut-être  les promesses électorales  qui ont pesé sont celles d’éradiquer une bonne partie des villas en déplaçant leur population dans les  zones périphériques ou éloignées du centre. Les 40 mille habitants de la Villa 31, Retiro, la plus  conflictuelle, savent que cette zone est très convoitée par les entreprises immobilières qui ont fait des travaux  de multimillionnaires  dans la zone portuaire contiguë à la villa. Pour les plus pauvres,ce serait la répétition de la triste histoire qu’ils ont vécu sous la dictature  militaire, quand l’intendant brigadier général Osvaldo Cacciatore avait lancé une politique d’éradication violente: les « topadoras » arrivaient de nuit, ils abattaient les maisons et  laissaient leurs habitants dans loin dans la périphérie, perdus dans des lieux qu’ils ne connaissaient pas.

La phrase terrible de Cacciatore (”Nous devons avoir une meilleure ville pour les meilleurs gens”) semble s’être converti en consigne de la nouvelle droite argentine. Mais aujourd’hui  les habitants des villes ne sont pas disposés à recommencer à être objet de persécution. N’importe quelle famille des villas connaît l’histoire: sur les 60 mille habitants que comptait la Villa 31 avant la dictature, en 1979 il ne restait plus que 46 familles. Avec le retour de la démocratie, en 1984, ils retournèrent dans leur quartier qui aujourd’hui a 40 mille habitants.
Macri premièrement prétend  freiner la croissance explosive: les 14 villas de Buenos Aires, nées dans les interstices de la cité riche, ont cru dans cette dernière année et demi de 30% jusqu’à abriter 235mille personnes.
Il va être plus difficile d’éradiquer la mémoire de luttes et la culture villerienne  les deux liées autour des figures des “prêtres(soins) villeros”, et celle très particulière du père Charles Mujica, militant péroniste qui fut le premier assassiné par la Triple A (Alliance Anticommuniste Argentine) le 11 mai 1974. La villa 31, où il prêchait et vivait fut construite par les ouvriers portuaires au chômage à partir de la crise de 1929. Ce sont 15 hectares communaux entre le port et une des grandes gares de chemin de fer  qui dessert le nord du pays. A la fin des années 50 il y avait déjà six « barrios » (quartiers)et une coordination qui regroupait les délégués et qui donnait forme à l’organisation sociale.
Les villas ont été le berceau d’une génération de militants populaires, c’est pour  cela que la dictature et les paramilitaires étaient enragés contre  ses habitants. Ils( n’ont pas pu les faire plier parce que dans chaque villa il existe un large réseau de base de cantines de clubs sportifs, de centres sociaux et culturels, et un tissu étendu de contrepouvoir  populaire une pomme par pomme (1). Aujourd’hui la plupart de ses habitants sont  paraguayens, boliviens et argentins émigrés des provinces du nord  les « cabecitas (petites têtes ) noires » que méprise tant l’oligarchie de Buenos Ayres.
Un  mépris qui réussit mal à cacher sa crainte profonde des pauvres organisés et conscients. Pour un peu de Macri, un fidèle représentant de la culture de la « haute », se serait déclaré admirateur de Cacciatore. Ils craignent, par exemple, d’une culture indomptable villera qu’elle ne se montre capable d’assurer  la vie de centaines de milliers sur la base de l’aide mutuelle et la réciprocité qui est le mortier d’une vie très riche collective que ceux de la haute s’entêtent à disqualifier comme illégale et imbriquée dans le narcotrafic.
Un bon témoignage de la puissance de cette culture est que toutes les églises, chapelles et paroisses qui existent dans les villas, soit des dizaines d’édifices ont été contruits en « minga », travail collectif, après d’exténuantes journées de travail comme ouvrier du bâztiment et emplois domestiques. Ces églises sont réellement des centres de vie, des espaces pour la prière mais aussi les repas collectifs, le travail scolaire ou la récupération des jeunes drogués, auxquels beaucoup de « villeros » collaborent sans recevoir aucune compensation matérielle. Toujours sous le regard serein des figures géantes des peintures murales représentant le père  Mujica  et les autres martyrs villeriens.
La force de ceux d’en bas  a été comprise par les prêtres villeros. Le 11 juin 2007, 15 prêtres de sept villes ont émis un document (les Réflexions sur l’urbanisation et le respect par la culture villera) qui est l’une des pièces politiques les plus profondes sur la vie de ceux d’en bas. Avec l’objectif de freiner l’offensive de Macri, ces prêtre s’entêtent à montrer les aspects  positifs de ces quartiers : ils soulignent les valeurs de fraternité qui existent dans les villas face à l’addiction de la culture dominante à l’argent; ou l’utilisation de l’espace public pour tisser des liens de proximité face à la mercantilisation de la terre urbaine.
Contre certaines tentation avangardistes, ils soutiennent que la villa « n’est pas seulement un lieu de solidarité, mais plutôt un milieu ambiant qui nous montre une vie plus humaine ». par rapport à la culture villarène , ils fournissent un apport qui illumine la réalité de beaucoup de périphéries urbaines du continent. « Nous valorisons la culture villera qui se donne dans la villa, qui surgit de la rencontre des valeurs les plus nobles et spécifiques à l’intérieur du pays avec la réalité urbain. La culture villera n’est pas autre chose que la riche culture populaire de nos peuples latino-américains. »
La puissance de cette culture a forcé le gouvernement de Macri à signer une trève pour éviter les coupures continuelles d’autoroutes qui se sont multipliées en novembre. Une trêve fragile parce que le pouvoir aspire à changer les villes en chair pour la  spéculation immobilière. Et parce que cette culture ne se laisse pas faire, elle fait un pacte avec eux, de droite ou de gauche, pour gagner le temps tandis qu’elle continue à garantir l’organisation de base. En cela, pour les pauvres de la périphérie urbaine de l’Amérique latine ils peuvent être un point de référence.
La potencia de esta cultura forzó al gobierno de Macri a pactar una tregua para evitar los continuos cortes de autopistas que se registraron en noviembre. Tregua frágil porque el poder aspira a convertir las villas en carne de especulación inmobiliaria. Y porque esa cultura no se deja, pacta con los de afuera, de derecha o de izquierda, para ganar tiempo mientras sigue afianzando la organización de base. En tanto, para los pobres de las periferias urbanas de América Latina pueden ser un punto de referencia.
http://www.jornada.unam.mx/2008/12/06/index.php?section=opinion&article=024a1pol
(1)si quelqu’un sait traduire l’expression  « contrapoder popular manzana por manzana » qu’il me le fasse savoir. Danielle Bleitrach



Samedi 13 Décembre 2008


Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires