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La grippe aviaire


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La grippe aviaire est un phénomène qui tend à se banaliser et tout indique qu'il perdurera longtemps encore. En janvier et février des cas ont été répertoriés en Indonésie, en Angleterre, au Japon, en Hongrie et même en Russie où, cette année, c'est au Kouban que la saison s'est ouverte. Des hécatombes ont été observées dans les basses-cours de trois localités. La présence du virus H5N1 a été confirmée alors que la situation épizootique dans le territoire de Krasnodar semblait normale.


Evgueni Kouznetsov
Vendredi 16 Février 2007

Evgueni Kouznetsov, du Centre de santé des animaux sauvages, pour RIA Novosti







Certains faits tendent à confirmer que la grippe aviaire hiberne aisément, soit en milieu extérieur, dans l'eau par exemple, soit dans l'organisme des oiseaux qui restent pour passer l'hiver. Et du moment qu'un foyer existe, le virus peut transiter des oiseaux sauvages aux oiseaux domestiques. Il peut aussi être diffusé par des oiseaux vivant au contact de l'homme tels que les corneilles, les freux et les moineaux qui survolent les élevages.



Cependant on ignore toujours de manière précise le mécanisme de transmission du virus. Selon certains chercheurs, les oiseaux sauvages contamineraient leurs congénères domestiques sur les lieux de contact direct. Pour d'autres, le virus serait d'abord apparu chez les oiseaux de basse-cour. Bien des vétérinaires estimés pour leur sérieux sont d'avis que les élevages industriels du Sud-est asiatique sont les lieux de mutation du virus. Il y a là des millions de volatiles et, dans les élevages, la maladie est considérée comme un fait seulement à partir de la mort de 5 000 poulets en une nuit. Par conséquent, des élevages ou des basses-cours peuvent très bien se transformer en pépinières du virus.



On ne saurait oublier que les oiseaux sont des réservoirs naturels de la grippe aviaire. Le virus commence à se manifester quand les conditions sont particulièrement favorables. Ainsi, l'hiver dernier, alors que les bandes d'oiseaux sauvages avaient cessé de migrer, des cadavres de cygnes avaient été découverts dans les Pays baltes. Pour expliquer ce phénomène, il suffit de supposer que le virus à l'état d'hibernation se trouvait déjà dans l'organisme des oiseaux. En période hivernale, le "stress du froid" se conjugue avec des problèmes d'alimentation, l'organisme des oiseaux est affaibli, leur résistance immunitaire est amoindrie. C'est suffisant pour que le virus se "réveille". Mais il ne s'agit que d'hypothèses dont aucune, pour le moment, n'a pu être démontrée scientifiquement.



A mon avis, plusieurs formes de contamination sont possibles. C'est évident que le confinement doit être une règle pour tous les élevages avicoles. Pour le moment, les moineaux et les pigeons ont libre accès aux poulaillers et aux dépôts de grain. Seulement s'il est possible d'isoler les oiseaux dans les élevages, c'est plus compliqué pour les oiseaux de basse-cour. Personne ne maintiendra ses poules, oies et canards enfermés à longueur d'année, ces animaux ont aussi besoin d'évoluer en liberté. Aux éleveurs de se montrer vigilants. D'ailleurs, dans la plupart des cas, les dimensions des basses-cours permettent un contrôle efficace de leur population.



Pour l'instant, le seul moyen de combattre la grippe aviaire, c'est la vaccination massive des oiseaux domestiques et de la totalité des volailles dans les élevages industriels. L'année dernière un recensement agricole a été effectué en Russie et on sait désormais exactement où et combien il y a d'oiseaux. Maintenant il faut agir. Signalons l'importance qu'il y a à systématiser le processus de vaccination. Il faut l'actualiser en fonction de l'état de l'immunité. Celui-ci est difficilement prévisible en raison de son caractère individuel et il n'y a pas d'autre solution que de faire des prélèvements systématiques, d'évaluer l'immunité et d'opérer sur la base des données obtenues.



J'ai récemment assisté à une réunion consacrée à la grippe aviaire au ministère des Situations d'urgence. On nous a demandé quelles étaient les risques d'apparition en Russie. Toute réponse ne pourrait que relever de la "lecture du marc de café". Ce qu'il faut, c'est procéder à des contrôles réguliers, disposer d'un système d'observations effectuées en différents endroits, selon une méthodologie particulière. C'est le seul moyen de pouvoir établir des prévisions. Au moment présent, malheureusement, on ne dispose pas en Russie de données objectives permettant de faire des pronostics. Il n'existe que des études ponctuelles, des avis personnels d'experts.



Il faut aussi mettre en place un système fédéral de contrôle des maladies des animaux sauvages, ce que de nombreux pays occidentaux ont déjà fait. L'Azerbaïdjan s'en est doté d'un récemment. En Russie, nous pourrions le faire sans grandes difficultés à partir des structures existantes. C'est vrai que le cloisonnement sectoriel constitue un obstacle. Par exemple, le ministère de l'Agriculture dispose de fonds pour l'étude de la grippe aviaire mais il lui manque un réseau de structures pour effectuer les prélèvements sur les oiseaux sauvages. Dans le même temps, le ministère des Ressources naturelles possède un réseau de centres de recherche - les réserves - couvrant l'ensemble du pays. Mais la grippe aviaire ne relève pas du secteur Environnement qui, d'ailleurs, ne dispose pas de l'argent nécessaire pour étudier ce problème. Dans le cas présent il serait logique d'associer les potentialités des deux ministères, mais personne ne veut mettre la main à la poche.



Sans un contrôle global sérieux, la communauté mondiale devra longtemps encore se perdre en conjectures sur l'origine de la grippe aviaire et son mode de propagation. Les campagnes ponctuelles, l'abattage des oiseaux sauvages ne régleront pas le problème. Ce qu'il faut, c'est un système. Mais comme de toute évidence il n'intéresse encore personne...




Vendredi 16 Février 2007

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