Samedi 04 Juillet 2009
20:18
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La finance contre les peuples africains: L’Afrique trahie

Les dirigeants des pays d’Afrique, quand bien même ils ont été élus, sont avant tout les « poulains » des multinationales et de la finance mondialisée. Ces pays sont ainsi dirigés par ceux qui ont su s’allier telle grande puissance, tel réseau mafieux, telle grande entreprise stratégique. La Françafrique, analysée au scalpel par François-Xavier Verschave et l’association Survie |1|, a ses bons élèves qui multiplient les décennies au pouvoir et servent les intérêts de ceux qui leur ont permis d’être aussi haut placés : Blaise Compaoré au Burkina Faso (le tombeur de Thomas Sankara), Paul Biya au Cameroun, Denis Sassou Nguesso au Congo (le tombeur de Marien Ngouabi), Eyadema Gnassingbé au Togo |2| (le tombeur de Sylvanus Olympio), Omar Bongo au Gabon, Idriss Déby au Tchad ou encore Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie. Ce réseau d’intérêts peu avouables se renforce avec quelques nouveaux venus, par exemple François Bozizé en République centrafricaine, Joseph Kabila en RDC ou Mohammed VI au Maroc. D’autres dirigeants sont sous contrôle des États-Unis, comme Paul Kagamé au Rwanda, Yoweri Museveni en Ouganda, Olusegun Obasanjo au Nigeria ou encore Marc Ravalomanana à Madagascar. Parfois ils savent se parer d’habits démocratiques mais des élections régulières et le multipartisme peuvent tout à fait être de simples alibis. Ce sont toujours les intérêts financiers qui pilotent derrière Abdoulaye Wade au Sénégal, Amadou Toumani Touré au Mali, Mamadou Tandja au Niger, John Kufuor au Ghana ou Thabo Mbeki en Afrique du Sud. Certains d’entre eux, comme Mwai Kibaki au Kenya ou Levy Mwanawasa en Zambie, parviennent à susciter un temps l’espoir d’une démarche nouvelle. Seules quelques voix discordantes, sans être pour autant des modèles, loin de là, se font vraiment entendre, comme Robert Mugabe au Zimbabwe, mis au ban des nations pour avoir cautionné l’expropriation forcée des vastes propriétés agricoles des Blancs. D’une manière générale, nombreux sont ceux parmi les puissants qui déclarent aimer l’Afrique, la soutenir, l’aider, c’est très à la mode. Mais ne nous y fions pas, car au fond, les peuples africains ont été trahis : par les grandes puissances du Nord qui imposent toujours des mesures qui servent leurs intérêts géopolitiques et commerciaux ; par des classes dirigeantes africaines qui ont fait le choix de piétiner le développement humain des populations pour favoriser leur propre pouvoir et la volonté de leurs mentors. Financière, commerciale, environnementale, humaine, détaillons cette trahison aux multiples facettes.

par Damien Millet


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Lundi 16 Juin 2008

Un discours officiel mensonger
Le citoyen peu curieux, qui n’a accès qu’aux informations superficielles des médias contrôlés par de puissants groupes de presse, est persuadé que la santé économique des pays du Sud s’améliore. A en croire la Banque mondiale, la pauvreté décroît à toute allure. A en croire les gouvernements des pays industrialisés, la générosité inonde le monde et l’aide offerte aux pays pauvres est remarquable et salutaire. A en croire le FMI, la croissance mondiale est illimitée et les pays du Sud vont exporter de plus en plus de produits tropicaux à des prix de plus en plus intéressants. Mensonges ! Sous cette partie émergée et biaisée, l’iceberg de la dette et de la pauvreté demeure, massif. La trahison médiatique est bien résumée par un article de Michael Holman dans le très libéral Financial Times : « L’égoïsme et l’autosatisfaction des gouvernements occidentaux, des dispensateurs d’aide et des âmes charitables cachent à la fois la gravité de la crise et l’inefficacité des politiques mises en œuvre pour arrêter le déclin du continent. [...] Quel crédit accorder aux chiffres de la Banque mondiale concernant le Mali, le Malawi ou le Mozambique, qu’il s’agisse du nombre de postes de radio pour 1 000 habitants ou du taux d’alphabétisation ? Ils reposent souvent sur des extrapolations vieilles de plusieurs décennies ! [...] La situation de l’Afrique s’est, j’en suis convaincu, détériorée, mais les conditions dans lesquelles travaillent les journalistes, les diplomates et les bailleurs de fonds se sont sans nul doute améliorées. Les avions sont plus confortables, les ordinateurs et les téléphones satellitaires facilitent les communications, les véhicules à quatre roues motrices sont plus fiables et les hôtels plus attentifs à nos besoins. Mais ce confort accru, justement, est trompeur. Si vous observez l’Afrique à partir de ce cocon, vous pouvez très bien avoir l’impression que les choses vont mieux |3|. »

Les gouvernants de cette Afrique dominée et mutilée ne font ainsi qu’exécuter les ordres de la finance internationale. Ils sont implicitement chargés de faire marcher droit leur peuple pour l’insérer dans la mondialisation néolibérale qui règne sans partage sur le monde depuis la chute du mur de Berlin à l’aube des années 1990. Les présidents élus démocratiquement n’échappent pas à la règle. Au Mali, par exemple, où les élections d’Alpha Oumar Konaré en 1992 puis d’Amadou Toumani Touré en 2002 ont été données en modèle à tout le continent, le constat dressé par l’ancienne ministre de la Culture de Konaré, Aminata Traoré, est limpide : « Si le droit de regard et de contrôle que les membres des sociétés civiles africaines voudraient exercer sur leurs dirigeants leur est contesté d’abord par les deux puissantes institutions de Bretton Woods, le torpillage au niveau local est laissé au soin des gouvernants |4|. »

Torpillage récompensé
La corruption est la récompense de ce torpillage. Les puissants tolèrent les détournements à cette fin. Ils les encouragent même, puisque les multinationales installées au Nord ont longtemps pu bénéficier de déductions d’impôts pour les sommes distribuées en dessous de table à des responsables étrangers |5|. La Convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales n’existe que depuis novembre 1997, et n’est entrée en vigueur en France qu’en septembre 2000 |6|. Il fait guère de doute que le même mécanisme, devenu plus discret, existe toujours, continuant d’alimenter les campagnes électorales au Nord et les comptes secrets dans les paradis fiscaux.

Quel président d’un pays industrialisé ignorait que Mobutu était un dictateur corrompu ? Comment penser que le président de la Banque mondiale ou que le directeur général du FMI puisse ignorer que les peuples africains ne profitent en rien des richesses de leur pays ? Pourquoi les chefs d’État africains, dans leur grande majorité, perpétuent-ils le système actuel ? La corruption est-elle le facteur déterminant ? Pourquoi ne refusent-ils pas de rembourser la dette extérieure ? Comment un chef d’État digne de ce nom peut-il accepter de sacrifier à ce point le développement humain dans son pays si ce n’est justement parce qu’il y trouve son compte ?

A l’analyse, force est de constater que tout cela fait système. La dette, la pauvreté et la corruption sont imbriquées. La corruption n’est pas juste un délit commis par quelques brebis égarées dont il suffirait de se débarrasser. Elle est inhérente au système tel qu’il est devenu, qui conduit naturellement à l’accumulation de capitaux par les classes dirigeantes des pays du Sud, puis à leur évaporation en direction du Nord grâce à l’ingénierie des experts financiers et des banques privées. L’argent de la dette est un des principaux moteurs de cette pompe à finances si discrète, mais si efficace. Les dirigeants africains remboursent la dette parce qu’ils ont un intérêt personnel à ce que leur pays continue de rembourser. La corruption est l’huile qui permet au mécanisme de domination actuel de ne pas se gripper. La pauvreté en découle.

L’argument selon lequel l’annulation de la dette profiterait forcément aux dictateurs et aux corrompus en place ne sert qu’à protéger les corrompus : cette annulation couplée à des mesures drastiques de redistribution de la richesse permettrait de financer le développement sans recourir à l’endettement et, sous le strict contrôle des populations locales, de leurs organisations et de leurs parlements, permettrait enfin de lutter efficacement contre la corruption puisqu’elle en couperait le moteur principal. Et, en arrêtant l’hémorragie de capitaux, on lutterait beaucoup plus efficacement contre la pauvreté qu’en instituant des programmes d’aide qui sont juste palliatifs puisqu’ils ne remettent pas en cause les mécanismes qui génèrent la pauvreté.

Corruption, avantage comparatif nigérian…
Quelques chiffres et quelques exemples permettent de mieux appréhender le phénomène. Selon l’ONG Transparency International dans un rapport publié en juillet 2003, « pour le seul continent africain, l’étendue de la corruption se traduit par une ponction de 148 milliards de dollars par an sur l’ensemble de l’économie |7| ». C’est ainsi qu’un tiers du revenu moyen des Kenyans passe dans des dépenses liées à la corruption.

Le cas du Nigeria est emblématique. Premier producteur de pétrole africain, il a été dirigé entre 1993 et 1998 par un dictateur nommé Sani Abacha. Quand il était au pouvoir, Abacha exigeait notamment, lors de la passation des marchés publics, des commissions qui étaient versées sur les comptes d’hommes d’affaires complices à qui il demandait ensuite des versements ou des achats en sa faveur. La lumière se fait peu à peu. La société allemande Ferrostaal est suspectée d’avoir participé au système organisé par Abacha, tout comme la française Dumez, devenue filiale de la multinationale Vinci, qui aurait versé environ 8 millions de dollars. La multinationale états-unienne Halliburton, anciennement dirigée par Dick Cheney (vice-président de George W. Bush) et impliquée dans la reconstruction de l’Irak en 2004, est également soupçonnée de pots-de-vin au profit d’Abacha. Le montant des détournements d’Abacha pendant son passage au pouvoir est estimé à 5 milliards de dollars. Depuis son décès en 1998, des enquêtes ont été diligentées à la demande des autorités nigérianes. En septembre 2000, les autorités suisses ont miraculeusement retrouvé la trace d’environ 700 millions de dollars appartenant à Abacha, qu’elles ont accepté de rendre au Nigeria en plusieurs fois. En même temps, elles ont reconnu un « comportement défaillant » pour 12 banques dont le Crédit suisse et le Crédit Agricole Indosuez |8|. Les autorités britanniques, qui ont reconnu que leurs banques abritaient au moins 1,3 milliard de dollars, refusent pour l’instant de rendre l’argent à son véritable propriétaire : le peuple nigérian. Les sommes effectivement rendues pour le moment par le Royaume-Uni sont dérisoires.

Selon la Commission nigériane de lutte contre les crimes économiques et financiers, l’argent public détourné au Nigeria (y compris les rétro-commissions |9|) et placé à l’étranger est estimé à 170 milliards de dollars |10|. Mais il ne faut pas croire que ceci fut l’apanage du temps d’Abacha. Par exemple, la justice nigériane suspecte la multinationale française Sagem d’avoir versé près d’un million de dollars à sept hauts responsables nigérians en 2001 pour obtenir le marché des cartes d’identité infalsifiables, estimé à 214 millions de dollars.

Ailleurs les exemples ne sont pas vraiment différents… Dans le petit État du Swaziland, où la situation alimentaire est très précaire, le roi Mswati III a dépensé 1,2 million d’euros pour les cérémonies liées à son anniversaire ; il s’est offert la voiture la plus chère du monde, construite par DaimlerChrysler et vendue 500 000 dollars sans compter les accessoires, et a offert une BMW à dix de ses épouses. Cette seule dépense a représenté l’équivalent du salaire journalier de l’ensemble de la population active |11|. De Frederick Chiluba, ancien syndicaliste et ancien président zambien poursuivi par la justice de son pays pour des détournements, à Teodoro Nguema Obiang, fils du président de Guinée équatoriale et ministre d’État chargé des Infrastructures et des Forêts, qui s’est offert la première Rolls Royce du pays, les proches du pouvoir n’hésitent pas à profiter de leur situation pour s’accaparer les richesses de leur pays.

Hémorragie
On pourrait croire que la misère régnant en Afrique peut s’expliquer par le fait qu’elle ne produit pas suffisamment de richesses. Ce n’est absolument pas le cas. Ces richesses existent, mais elles ne restent pas sur le continent noir, elles le quittent sans lui profiter. On estime qu’en 1999, 70 % de la fortune privée nigériane était investie à l’étranger |12|. Selon l’UNECA, la fuite des capitaux est équivalente au PIB de l’Afrique subsaharienne et directement liée à la dette : « D’après des données récentes pour 30 pays, la fuite des capitaux au cours des 27 dernières années [1970-1996] a été d’environ 187 milliards de dollars. La fuite cumulée des capitaux, y compris les intérêts imputés, représentait à la fin de 1996 près de 274 milliards de dollars. L’Angola, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et la République démocratique du Congo ont enregistré les fuites de capitaux les plus élevées. [...] D’après les données disponibles, pour chaque dollar emprunté par l’Afrique, près de 80 cents rejoignent la même année les capitaux en fuite, ce qui donne à penser que la dette alimente la fuite des capitaux. De plus, cette fuite augmente chaque année d’environ trois cents pour chaque dollar qui vient s’ajouter au montant de la dette extérieure. On peut en conclure que les pays africains ne bénéficieront à long terme des stratégies d’allégement de la dette, que si celles-ci sont accompagnées de mesures visant à éviter un nouveau cycle d’emprunts à l’étranger et de fuite des capitaux |13|. » Le montant total des capitaux d’origine africaine placés à l’étranger est donc supérieur à la dette extérieure de l’Afrique, estimée par la Banque mondiale à 220 milliards de dollars en 2003 |14|. Cela signifie d’un point de vue global que l’Afrique est créancière vis-à-vis du reste du monde ! C’est un comble pour le continent le plus pauvre, mais finalement l’aboutissement de la logique du capitalisme auquel on a laissé la bride sur le cou…

La fortune privée africaine est colossale à l’échelle du continent. Selon le Rapport sur la richesse dans le monde 2004 |15| des sociétés financières Merrill Lynch et Cap Gemini, sur les 7,7 millions de millionnaires en dollars que comptait le monde en 2003, 100 000 sont de riches Africains et le montant total de leurs actifs financiers est estimé à 600 milliards de dollars. C’est le triple de la dette extérieure publique africaine. Un impôt exceptionnel sur cette fortune serait parfaitement complémentaire de l’annulation totale de la dette extérieure publique…

Le schéma est donc en réalité le suivant : par l’exploitation de leurs compatriotes et des ressources naturelles du continent, une faible minorité d’Africains s’enrichit et place son argent au Nord. Les économistes du monde entier ont alors beau jeu de déplorer l’épargne insuffisante sur le continent, ce qui empêche tout développement financé par l’Afrique elle-même. Le recours qu’ils proposent est alors l’endettement extérieur, qu’ils érigent en mécanisme central de financement pour l’Afrique. Bien sûr, le remboursement de cette dette extérieure devient ensuite une priorité pour les créanciers dont les intérêts sont défendus par le FMI et la Banque mondiale. Quand un pays est sous contrôle du FMI, les investisseurs internationaux (parmi lesquels les riches Africains) acceptent alors de lui prêter. Par leur travail de chaque jour, les populations permettent à l’État de rembourser, participant alors à l’enrichissement des créanciers et à l’accélération de la paupérisation sur place. Pour lutter contre la pauvreté, les experts autoproclamés, Banque mondiale et FMI en tête, font donc totalement fausse route, puisqu’ils cherchent à financer le développement en Afrique avec des capitaux étrangers, parmi lesquels ceux captés par les élites africaines et placés à l’étranger. La seule solution juste pour le développement de l’Afrique est une véritable redistribution des richesses produites sur le continent. L’hémorragie de capitaux actuelle constitue bien une trahison financière de l’Afrique par les riches Africains.

Une baisse irrégulière des cours
La trahison commerciale, quant à elle, s’illustre par des règles commerciales inégales et des cours des matières premières très bas. La tendance à la baisse a été accentuée par les programmes d’ajustement structurel, qui ont accru la vulnérabilité économique, notamment en démantelant les systèmes de protection de l’économie locale et de régulation des cours. Selon la Cnuced : « Le libre-jeu des forces du marché associé à la libéralisation et à la déréglementation des prix a été promu en tant que mécanisme garantissant la répartition la plus efficace des ressources et des gains socioéconomiques. Le concept de stabilisation internationale des prix des produits de base a ainsi été sévèrement battu en brèche |16|. »

C’est ainsi qu’entre 1997, année de la grave crise économique survenue en Asie du Sud-Est, et 2001, les cours ont chuté en moyenne « de 53 % en valeur réelle [...]. Cela signifie que les produits de base ont perdu plus de la moitié de leur pouvoir d’achat par rapport aux articles manufacturés |17| ». Les chiffres de la Cnuced permettent d’ailleurs d’affirmer que l’Afrique subsaharienne est particulièrement dépendante de ces produits de base, fournissant 4,5 % des exportations mondiales de biens primaires, mais seulement 0,6 % de celles de biens manufacturés. L’instabilité des économies s’en trouve multipliée car les cours sur le marché mondial peuvent varier brutalement : « Pour l’Afrique plus que pour aucune autre région en développement, le fait de dépendre très largement des produits de base pour ses recettes d’exportation signifie que le continent demeure vulnérable aux aléas du marché et aux conditions météorologiques. L’instabilité des prix, principalement due à des variations brutales de la production et de l’offre, la baisse séculaire des prix réels des produits de base et son corollaire, la dégradation des termes de l’échange, ont été lourds de conséquences en termes de manque à gagner, d’endettement, d’investissement, de pauvreté et de développement |18|. » Les risques sont encore plus grands avec la spéculation financière qui s’est récemment déchaînée sur les marchés des matières premières : en effet, « en deux ans le poids des fonds communs de placement américains qui investissent sur les index des matières premières a été multiplié par vingt |19| »…

Un arabica très noir
Prenons l’exemple du café, production très importante en Afrique de l’Est. L’analyse dressée par Radio France Internationale (RFI) est éclairante sur l’abandon des producteurs de café suite à la libéralisation économique exigée par les institutions internationales et les dirigeants des pays les plus industrialisés : « Les prix du café à leur plus haut niveau depuis trois ans au mois de juin dernier. C’est le constat du Directeur exécutif de l’Organisation internationale du café Nestor Osorio dans son rapport mensuel. Les producteurs pourraient crier victoire et sabrer le champagne si les prix ne venaient pas de si bas. Il y a trois ans, les cours mondiaux du café étaient en effet à leur plus bas niveau historique et semaient la désolation dans les plantations en Afrique comme en Asie ou en Amérique latine. Depuis, le redressement est certain. Mais il est insuffisant pour garantir à tous les planteurs un revenu décent. Les seuls à s’en tirer correctement sont les grands torréfacteurs dont la part du gâteau n’a cessé de grossir. Depuis 1989 et la fin des accords internationaux qui limitaient les quantités exportables et stabilisaient les cours, la part du prix du café qui revient aux planteurs n’a cessé de décroître au profit des mammouths de la torréfaction, les Nestlé, Kraft, Sara Lee. Depuis quinze ans, il y a donc un transfert de richesses des pays producteurs, des pays du tiers monde vers les pays industrialisés. Pourtant, les mesures proposées par la communauté internationale pour y remédier sont homéopathiques. On essaie ici ou là d’apprendre à des paysans analphabètes comment spéculer sur le marché mondial. Ailleurs, on les pousse à abandonner le café pour des cultures aux débouchés des plus incertains. Il est admis que rien ne peut être fait qui aurait un impact immédiat et permettrait un redressement des cours. C’est la résignation générale. Les politiques ont oublié le mot volonté |20|. »

What ? Ouate…
En plus du cours des matières premières dérisoirement bas, des règles injustes sont imposées par les grandes puissances commerciales. Certaines sont dues à l’action de l’OMC, créée en 1995, qui impose partout où elle le peut des politiques de dérégulation économique forcenée, privant les pays en développement des quelques outils de protection de leur économie (comme par exemple les caisses de stabilisation des prix de certaines matières premières) qu’ils étaient parvenus à mettre en place. Les autres découlent de décisions unilatérales prises par les pays riches, qui subventionnent massivement leur agriculture (environ 300 milliards de dollars par an) et qui interdisent aux pays pauvres de faire de même. Toutes ces règles iniques ont été d’ailleurs dénoncées avec force lors du sommet de Cancun (Mexique) en septembre 2003, provoquant son échec.

Regardons l’exemple du coton, qui, pour plus de 10 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, est la principale ressource de subsistance. Quatre pays africains dépendants de leur production de coton (Mali, Burkina Faso, Tchad, Bénin) ont décidé de prendre l’offensive dans ce secteur en dénonçant auprès de l’OMC les subventions des États-Unis et de l’Union européenne à leurs producteurs.

Le coton africain coûte moins cher à produire que le coton des États-Unis. A priori, on pourrait penser que le coton africain s’impose sur le marché mondial libéralisé et que le secteur du coton états-unien souffre… Mais près de quatre milliards de dollars de subventions annuelles de la part du gouvernement des États-Unis à ses producteurs (sans compter les subventions européennes aux planteurs espagnols et grecs, de l’ordre d’un milliard de dollars) ont maintenu les cours du coton artificiellement bas, et le coton africain, de haute qualité, doit être bradé... En 2002, le Brésil a porté plainte contre les États-Unis devant l’Organe de règlement des différends (ORD), sorte de tribunal de l’OMC. Le 18 juin 2004, l’ORD a jugé les subventions états-uniennes au coton illégales, et les États-Unis ont encore perdu en appel en mars 2005. Le risque est grand que la solution qui en sortira soit négociée entre le Brésil et les États-Unis, sans que les pays africains ne puissent peser dessus puisqu’ils ne sont que participants tiers dans le cadre de cette plainte.

Selon la Cnuced, « la perte de parts de marché pour le coton et le sucre est largement due au niveau élevé des subventions et du soutien interne accordés à des producteurs moins concurrentiels aux États-Unis et en Europe. Les États-Unis sont le premier exportateur mondial de coton du fait de l’ampleur considérable des subventions versées, qui s’élevaient à 3,9 milliards de dollars en 2001-2002, soit un montant qui était le double de celui atteint en 1992 et qui dépassait de 1 milliard de dollars la valeur de la production totale de coton des États-Unis pour la campagne considérée sur la base des prix mondiaux. Toutefois, selon les estimations du Comité consultatif international du coton (CCIC), le coût de production d’une livre de coton est de 0,21 dollar au Burkina Faso contre 0,73 dollar aux États-Unis. Il s’ensuit que les prix sur le marché auraient pu être supérieurs de 70 % environ en l’absence de soutien public de l’industrie du coton en 2001-2002. […] La Banque mondiale estime qu’en 2002 le prix du coton sur le marché mondial aurait été de plus de 25 % supérieur sans les aides directes versées par les États-Unis à leurs producteurs nationaux. En outre, de nombreuses estimations indiquent qu’en 2002 les subventions versées par les États-Unis et l’UE à leurs producteurs de coton ont causé un manque à gagner d’environ 300 millions de dollars pour l’Afrique dans son ensemble, soit davantage que l’allégement total de la dette (230 millions de dollars) de neuf pays exportateurs de coton très endettés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, approuvé cette même année par la Banque mondiale et le FMI |21|. » Le coton des 25 000 gros planteurs des États-Unis est donc subventionné à plus de 100 %, pendant que les pays africains producteurs d’or blanc s’enfoncent dans la misère…

Des marchés inaccessibles
Toujours dans son rapport 2003 sur Le développement économique en Afrique, la Cnuced évoque le problème de l’accès des produits africains aux marchés du Nord. Elle note que le système en place favorise l’exportation par le Sud de produits bruts, non transformés, le privant ainsi de la majeure partie de la valeur ajoutée. Là aussi, les règles élaborées profitent aux grandes entités commerciales du Nord : « L’accès aux marchés demeure problématique [...]. Pour ce qui est du cacao, les droits de douane frappant les produits bruts, intermédiaires et [finis] sont, respectivement, de 0,5 %, 9,7 % et 30,6 % dans l’UE, et de 0 %, 0,2 % et 15,3 % aux États-Unis. [...] Le prix payé par le consommateur final est « déconnecté » du prix perçu par le producteur du fait de l’ampleur des marges de profit des intermédiaires aux étapes supérieures de la chaîne de valeur. [...] Tandis que les producteurs africains voyaient leurs revenus diminuer, les entreprises et les négociants situés aux maillons supérieurs de la chaîne de valeur engrangeaient d’appréciables bénéfices. Selon l’Organisation internationale du café (COI), par exemple, au début des années 90, les recettes des pays producteurs de café étaient comprises entre 10 et 12 milliards de dollars, tandis que la valeur des ventes au détail était d’environ 30 milliards de dollars. Aujourd’hui, cette valeur est de 70 milliards de dollars, dont les producteurs ne perçoivent que 5,5 milliards. [...] Une analyse de la chaîne de valeur du marché du café révèle que, depuis 1985, les agents économiques situés dans les pays importateurs accaparent une proportion croissante des revenus totaux de la chaîne. La répartition asymétrique du pouvoir dans cette chaîne de valeur explique l’inégalité de la répartition de ces revenus |22|. »

Le caractère systémique du problème est alors identifié : « En ce qui concerne les pays africains, pour lesquels les exportations de produits de base représentent bien au-delà de 70 % de leurs recettes en devises, le problème est devenu essentiellement un problème de développement. [...] La persistance des problèmes posés par la dépendance à l’égard des produits de base au cours des trois dernières décennies montre que les marchés n’ont pas été capables de résoudre ces problèmes et qu’il ne faut pas compter qu’ils le puissent. On pourrait aussi avancer que l’appui limité de la communauté internationale aux systèmes traditionnels de soutien et de stabilisation des prix a été pour beaucoup dans cet échec. Il est donc grand temps que la communauté internationale s’attaque clairement au problème des produits de base dans tous ses aspects en explorant méthodiquement tous les moyens susceptibles d’être mis en œuvre pour le résoudre |23|. » Par exemple, en remettant en cause l’interdiction de toute forme de protectionnisme et en refusant la logique de dérégulation forcée de l’OMC…

Dans cette optique, il faut se méfier des demandes d’ouverture des marchés du Nord aux produits du Sud, qui finalement ne font qu’exiger encore plus de dérégulation pour l’économie mondiale. Le sommet de l’OMC à Cancun en septembre 2003 a échoué car des pays émergents (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud, etc.), regroupés au sein du fameux G20, ont exigé une ouverture commerciale pour leurs produits qu’ils n’ont pas obtenue. Mais cette revendication du G20 va dans le sens d’une plus grande libéralisation ! Au contraire, exiger la possibilité pour les pays du Sud de protéger leurs producteurs, notamment pour leur permettre d’approvisionner le marché national, ainsi que le marché régional dans le cadre d’accords économiques régionaux |24|, enclenche un processus inverse qui permet d’éviter l’impasse actuelle. Il est essentiel de faire valoir les complémentarités possibles entre les pays du continent d’une part, entre eux et les autres régions du monde d’autre part. Pourquoi ne pas imaginer des prix préférentiels pour des pays proches sur des produits particuliers, et des tarifs plus élevés envers les grandes puissances ?

OGM : Officiels garantis manipulables…
Un autre angle d’attaque des multinationales du Nord concerne les organismes génétiquement modifiés (OGM) |25|. Depuis plusieurs années, le secteur des biotechnologies tente de promouvoir ses produits sur le continent africain. On connaît l’enjeu colossal des OGM, qui permettent à la société détentrice du brevet de revendre chaque année aux paysans les semences de la plante ainsi que les pesticides et herbicides chimiques auxquels elle résiste. La plante devient alors une éponge à produits chimiques nocifs, et le paysan n’a pas le droit de replanter des graines issues de la récolte précédente, seule la société qui a fait breveter l’OGM en question peut les lui fournir. Les agriculteurs et les consommateurs ne sont pas favorables à ce procédé qui soumet les uns à la rapacité des multinationales et expose les autres à des risques sanitaires qui ont été très insuffisamment étudiés. Mais les profits espérés sont tels pour le secteur des biotechnologies, la multinationale états-unienne Monsanto en tête, qu’il cherche à les introduire dans toutes les régions possibles. Une fois plantés, les OGM peuvent se répandre à des dizaines de kilomètres alentour et contaminer des plantes saines, empêchant par exemple toute agriculture biologique dans les environs. Une vraie traînée de poudre… En 2004, le soja, le maïs, le coton sont les plantes les plus concernées par les manipulations génétiques, et des pays comme les États-Unis, le Canada, l’Argentine, la Chine (à un degré moindre le Brésil et l’Afrique du Sud) en sont devenus de grands producteurs. L’Union européenne a résisté, mais est sur le point de plier prochainement. L’offensive a eu lieu également en Afrique.

En 2002, suite à une période de famine en Afrique australe, les États-Unis ont proposé, via le Programme alimentaire mondial (PAM), une aide à six pays sous forme de maïs génétiquement modifié. Ils ont délibérément choisi un moment où ces pays étaient en position de faiblesse pour frapper fort. Le Swaziland, le Lesotho et le Malawi ont accepté ; le Mozambique et le Zimbabwe ont demandé de recevoir le maïs sous forme de farine pour qu’il soit impossible de le planter. Un seul pays a eu le courage de dire absolument non : la Zambie. Son président, Levy Mwanawasa, a choisi d’affirmer : « Nous préférons mourir de faim que de consommer quelque chose de toxique |26| ». Sa fermeté a payé puisqu’il a pu recevoir du maïs non-OGM ! Derrière l’argument sanitaire, il y avait aussi la volonté pour lui de rester présent sur le marché européen où un moratoire sur les OGM existait. Cette année-là également, le Bénin a décidé un moratoire de 5 ans sur les OGM. Pendant ce temps, Monsanto se permettait de financer des juristes africains pour qu’ils préparent des lois favorables aux OGM… Chacun fourbit ses armes pour le combat qui s’annonce.

En avril 2004, le Soudan, à son tour, a refusé l’aide alimentaire des États-Unis à cause de la présence d’OGM, et l’Angola a posé comme condition que les céréales soient moulues avant leur entrée, suscitant la colère des responsables du PAM. Le mois suivant, la Zambie réitérait son refus, arguant que les promoteurs des OGM devaient démontrer leur innocuité, ce qu’ils n’avaient pas fait. Mais le Nigeria a accepté de se lancer dans un projet biotechnologique, avec l’aide d’un prêt de 2,1 millions de dollars de la part des États-Unis |27|.

Les États-Unis ont alors repris leur offensive avec un nouvel allié sur le continent africain : le Burkina Faso |28|. Depuis 2003, Monsanto et la firme suisse Syngenta mènent des expériences de coton transgénique dans le pays dirigé par Blaise Compaoré. En juin 2004, les États-Unis ont organisé à Ouagadougou une « Conférence ministérielle inter-africaine sur l’exploitation de la science et de la technologie pour accroître la productivité agricole en Afrique », regroupant quinze pays d’Afrique de l’Ouest afin de les convaincre. Même s’ils se sont montrés prudents, les chefs d’États malien, ghanéen et nigérien se sont déclarés favorables aux OGM. Malgré des oppositions résolues au sein des mouvements sociaux, le ministre burkinabè de l’Agriculture, Salif Diallo, a même lancé : « Si nous devons manger les OGM et mourir dans 20 ans, on le fera |29| ». Le choix ainsi proposé entre famine et OGM est vicieux : il est tout à fait possible de lutter contre la faim en remédiant à l’inégalité de répartition de la production et en augmentant la productivité agricole en Afrique sans en passer par les biotechnologies. Le point fondamental est en fait celui de la souveraineté alimentaire. Au contraire, les OGM annoncent une nouvelle dépendance pour l’Afrique de l’Ouest, puisque les paysans ne peuvent pas utiliser librement les semences d’une récolte sur l’autre, et deviennent de ce fait totalement soumis à la firme qui les leur vend.

L’instrument pour obtenir cette dépendance supplémentaire est tout trouvé. Selon le sous-secrétaire d’État des États-Unis chargé de l’Agriculture à l’étranger, John Penn (qui était présent à Ouagadougou), « tout rejet de produits issus de la biotechnologie est une violation des règles de l’OMC |30| ». On voit d’autant mieux l’intérêt de mettre l’OMC hors d’état de nuire…

Migrer, pour échapper à la misère
Par ailleurs, l’horreur économique vécue par l’Afrique depuis les années 1980 a constitué pour les populations du Sud une profonde incitation à fuir : par nécessité, pour la survie même de familles entières. La preuve de la motivation économique de ces migrations est donnée par un chiffre de la Banque mondiale : celui des sommes envoyées chaque année par les migrants africains vers leur pays d’origine. En 2003, il s’élevait à 4,1 milliards de dollars, montant colossal pour tous ces travailleurs économisant patiemment chaque sou. Encore ce montant n’inclut-il que les transferts officiels via une entreprise de transfert de fonds, les transferts informels étant estimés supérieurs à ceux-ci. Selon la Banque mondiale en avril 2004, tous ces transferts des migrants sont devenus « une source majeure de financement externe du développement pour beaucoup de pays en développement |31| ». Contrairement à l’aide publique au développement (APD) qui inclut aussi bien les salaires des coopérants du Nord que les voyages et missions des experts, cette somme arrive intégralement sur place (si l’on soustrait tout de même les frais de transfert prélevés par des organismes comme Western Union, de l’ordre de 20 % du total pour de petites sommes et environ 8 % pour un montant de l’ordre de 400 euros).

Loin de favoriser la liberté de circulation et d’installation de ces migrants qui joue un rôle essentiel dans l’économie des pays du Sud, les pays du Nord, et en tout premier lieu ceux de l’Union européenne, ont mis en place des politiques d’immigration à la fois restrictives (contrôles aux frontières, répression) et utilitaristes. Il convenait en effet de choisir les « bons » étrangers : schématiquement, on favorise la venue au Nord des médecins, des ingénieurs et des informaticiens, on accepte même de financer une partie de leurs études supérieures si nécessaire (qu’on compte alors dans l’aide publique au développement, comme le font la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Canada), mais on refuse fermement ceux qui n’ont que leurs bras et leur détresse à faire valoir. C’est ainsi que sur les 600 médecins formés en Zambie depuis l’indépendance en 1964, 50 seulement ont continué à exercer dans le pays. Dans le même ordre d’idées, il y a davantage de médecins malawites qui exercent dans la ville anglaise de Manchester qu’au Malawi même |32|. Seuls les cerveaux du Sud ont le droit de fuir.

Un rapport de l’Unesco publié en 2004 fut consacré à la fuite des compétences en Afrique : « d’une part les pays en développement, avec des ressources de plus en plus réduites forment des cadres qui vont aller travailler dans les pays développés, d’autre part les diplômés nationaux restés sur place sont confrontés au chômage alors que des projets, financés par des partenaires au développement, recrutent, à grands frais, des expatriés pour ces projets ! A titre d’exemple on peut évoquer la situation décrite, par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Burkina Faso, où 800 experts internationaux travaillent alors qu’un nombre plus élevé de nationaux diplômés sont au chômage |33|. »

Depuis 1992, les accords de coopération intègrent des clauses de contrôle des migrations par le pays du Sud lui-même, comme sa participation à la gestion des flux migratoires, des contrôles renforcés aux frontières, ou le principe de réadmission sur son territoire des citoyens de ce pays qui seraient tout de même parvenus en Europe. Une des portes de sortie d’Afrique vers l’Europe est la Libye. Depuis le revirement pro-occidental du colonel Kadhafi, l’Italie a incité l’Europe à lever son embargo sur les armes à destination de la Libye, ce qu’elle a obtenu le 11 octobre 2004, afin de pouvoir coopérer militairement |34|. L’Italie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont ensuite émis le souhait de créer en Libye des camps qui serviraient sans doute à sélectionner les Africains candidats à l’exil et à en bloquer le plus grand nombre avant leur traversée de la Méditerranée. Pour sa part, en 2004 toujours, la Libye a accepté de contrôler sévèrement ses frontières et de procéder au retour des migrants d’Afrique subsaharienne dans leur pays d’origine. Des charters vers l’Afrique subsaharienne ont été affrétés, rapatriant environ 40 000 clandestins en quelques mois |35|. L’Europe fait donc faire maintenant le travail de gardiennage à des pays africains. L’aide et la dette autorisent toutes les dérives. La dette, par l’hémorragie de capitaux qu’elle induit, constitue l’obstacle principal à la satisfaction des besoins humains fondamentaux, et explique donc les flux migratoires de « réfugiés économiques » des pays en développement vers les pays les plus industrialisés.

Afin de remédier à ces profonds dysfonctionnements, les Nations unies ont rédigé une Convention sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille |36|. Entrée en vigueur le 1er juillet 2003, elle a fait l’objet, en avril 2005, de 28 ratifications. Mais parmi ces 28 pays engagés pour la protection des migrants, ne figure aucun pays parmi les plus industrialisés |37|.

Trahison financière des riches Africains qui détournent des sommes considérables et les placent loin du continent, trahison commerciale des grandes puissances qui manipulent les cours des matières premières et qui imposent via l’OMC une dérégulation forcenée, trahison environnementale pour un Sud transformé en poubelle et désormais au coeur de la bataille des OGM promus avec vigueur par les multinationales de l’agro-business, trahison humaine à travers le sort réservé à des migrants qui tentent juste d’échapper à la misère, la liste est bien longue. Cette trahison multiforme des peuples africains est absolument constitutive de la situation actuelle du continent noir. Il est essentiel de mettre hors d’état de nuire ceux qui en portent la responsabilité.

Notes de bas de page:

|1| Voir www.survie-france.org

|2| Lors de la mascarade électorale de juin 2003, Jacques Chirac avait d’ailleurs félicité Eyadema pour sa réélection avant même la proclamation officielle des résultats…

|3| Cité par Jeune Afrique/L’Intelligent, 1er février 2004.

|4| Traoré Aminata, Le Viol de l’imaginaire, Actes Sud/Fayard, 2002.

|5| Voir Abramovici Pierre, « Les jeux dispendieux de la corruption mondiale », Le Monde diplomatique, novembre 2000.

|6| Voir le site de l’OCDE : www.oecd.org

|7| Cité par Libération, 4 juillet 2003.

|8| Le Monde, 6 septembre 2000.

|9| Commissions qui reviennent dans le pays où la société qui verse cette commission a son siège.

|10| Libération, 3 août 2004.

|11| Jeune Afrique/L’Intelligent, 17 avril 2005.

|12| Jeune Afrique/L’Intelligent, 25 juillet 2004.

|13| UNECA, Rapport économique sur l’Afrique 2003. Voir aussi : Boyce James K., Ndikumana Léonce, Is Africa a Net Creditor ? : New Estimates of Capital Flight from Severely Indebted Sub-Saharan African Countries, 1970-1996, Working Papers from Political Economy Research Institute, University of Massachusetts, 2000, www.umass.edu

|14| Banque mondiale, Global Development Finance 2004.

|15| www.ml.com

|16| Cnuced, Le développement économique en Afrique. Résultats commerciaux et dépendance à l’égard des produits de base, 2003.

|17| Cnuced, op. cit.

|18| Cnuced, op. cit.

|19| Chiffre donné par la banque Barclays à Londres et cité par RFI, 12 janvier 2005.

|20| RFI, Chronique des matières premières, 19 juillet 2004.

|21| Cnuced, op. cit.

|22| Cnuced, op. cit.

|23| Cnuced, op. cit.

|24| Comme l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), etc.

|25| Voir www.infogm.org

|26| Libération, 22 août 2002.

|27| Voir www.ictsd.org

|28| Voir www.ictsd.org

|29| Dépêche AFP, « Conférence sur les OGM à Ouagadougou : le gouvernement américain "satisfait" », 24 juin 2004, voir www.agripress.be

|30| Dépêche AFP, ibid.

|31| Banque mondiale, Global Development Finance 2004.

|32| Le Gri-gri international, 9 décembre 2004.

|33| Unesco, La fuite des compétences en Afrique francophone. État des lieux, problèmes et approches de solutions, 2004.

|34| RFI, 12 octobre 2004, www.rfi.fr

|35| Jeune Afrique/L’Intelligent, 24 octobre 2004.

|36| Voir www.unhchr.ch

|37| Voir www.december18.net

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URL: http://www.cadtm.org

Source : L’Afrique sans dette, CADTM / Syllepse 2005

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