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La fin piteuse de la « gauche anticapitaliste » française


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Suite à la nomination de Ségolène Royal comme candidate du Parti socialiste à l’élection présidentielle qui aura lieu en avril cette année en France, le projet consistant à présenter un candidat « antilibéral » (« libéral » au sens de défenseur du libre marché) ou « anticapitaliste de gauche » s’est ignominieusement cassé la figure.


Peter Schwarz
Mercredi 10 Janvier 2007

La fin piteuse de la « gauche anticapitaliste » française
Par Peter Schwarz



Les soi-disant collectifs porteurs du projet ont été incapables de s’entendre sur une démarche commune aux élections présidentielles et parlementaires de 2007 lors d’une rencontre nationale qui s’est tenue les 9 et 10 décembre à l’Ile Saint-Denis, au nord de Paris, les différents groupes politiques composant ces « collectifs » étant irrévocablement divisés. Ces derniers avaient été constitués il y a deux ans par des représentants du PCF (Parti communiste français), de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), de divers syndicats, mouvements de protestation sociale, adversaires de la mondialisation et d’individus affiliés au PS (Parti socialiste) et aux Verts.

C’est avant tout la pseudo trotskyste LCR qui avait cherché à regrouper toutes les organisations de gauche qui avaient pris fait et cause pour un « non » au référendum de mai 2005 sur la Constitution européenne en un large mouvement ou parti politique.

Selon la LCR, le succès du non au référendum signifiait l’apparition d’une « nouvelle situation à gauche », pour reprendre les mots de cette organisation lors de son 16e congrès de janvier 2006. Le « non » constituait selon elle « un point d’appui pour préparer un mouvement d’ensemble contre la politique du gouvernement » et permettait « d’avancer vers la construction d’une nouvelle force anticapitaliste. » La LCR s’est alors engagée à rassembler tous les adversaires de gauche de la Constitution européenne au sein d’une nouvelle formation qui soit « apte à exprimer politiquement le véritable rapport de forces en faveur d’une gauche 100 % à gauche. »

Les espérances placées par LCR dans le PCF stalinien qui, toujours selon la résolution adoptée à son congrès se trouvait « à la croisée des chemins », étaient grandes ; le PCF, dit la LCR, était face à un choix « incontournable entre l’affirmation d’une gauche anticapitaliste dans la suite logique de la campagne du NON et la réconciliation des organisations du NON et du OUI de gauche dans une perspective gouvernementale ». Les « organisations de gauche du OUI » sont ici la majorité de droite du Parti socialiste qui a défendu avec véhémence l’adoption d’une constitution de l’Union européenne.

Le PCF avait accueilli favorablement l’offre de la LCR et pris part aux collectifs, y voyant une occasion de redorer son blason de gauche sérieusement terni par des décennies de collaboration étroite avec le Parti socialiste et de participation à maints gouvernements dirigés par celui-ci.

L’année passée montra toutefois nettement que le PCF n’avait aucunement l’intention de rompre ses relations avec le Parti socialiste. Ce qui n’est pas réellement une surprise pour qui connaît la politique française ; le PCF est un défenseur du capitalisme français et un soutien fiable de l’Etat bourgeois depuis que le PCF a promu les gouvernements de front populaire des années 1930 et qu’il a participé au premier gouvernement d’après-guerre présidé par De Gaulle. En 1968, il joua un rôle essentiel dans la répression de la grève générale. En 1971, il s’allia au Parti socialiste de François Mitterrand et entre 1981 et 2002 il eut des ministres dans de nombreux gouvernements.

Le PCF n’est pas seulement étroitement lié au Parti socialiste sur le plan politique, il dépend de lui pour ce qui est de son organisation. Les particularités du système électoral français sont telles que sans accords électoraux avec le Parti socialiste, le parti stalinien français n’a pratiquement aucune chance d’obtenir avec certitude des sièges à l’Assemblée nationale ou de conserver ses mandats régionaux ou locaux, sur lesquels s’appuie tout son appareil.

La LCR a promu en dépit de tout cela l’illusion que le PCF pouvait encore constituer une composante de poids dans une « nouvelle force anticapitaliste ». La LCR a déclaré dans les résolutions de son congrès de janvier 2006 qu’« au-delà des reculs des dernières années », le PCF avait « maintenu une assiette militante et une influence dans le “peuple communiste” qui lui a permis d’occuper une place centrale dans la campagne référendaire ».

A l’automne dernier, la LCR a finalement reconnu que le moment était venu de prendre ses distances vis-à-vis de son propre projet. On ne pouvait plus nier que le PCF recherchait une nouvelle alliance gouvernementale avec le Parti socialiste et cela malgré le fait que le PS avait fait de Ségolène Royal, une représentante de la droite du parti, sa candidate pour l’élection présidentielle. S. Royal est une carriériste sans scrupule dont la politique ne se différencie que peu de celle de son rival gaulliste, Nicolas Sarkozy. Elle admire le premier ministre britannique Tony Blair et elle a l’intention de faire concurrence à Sarkozy sur sa droite, faisant campagne sur des thèmes comme la sécurité et l’immigration.

La majorité de la LCR s’est retirée des collectifs sous la direction d’Alain Krivine et d’Olivier Besancenot. Une minorité dirigée par Christian Piquet représentant un tiers environ de la LCR, y est restée signalant ainsi qu’elle est prête à participer à une nouvelle version de la soi-disant « Gauche plurielle », la coalition de PS, PCF, Verts et Radicaux bourgeois qui avait servi de base au gouvernement dirigé par Lionel Jospin (PS).

Après le retrait de la LCR, le PCF a essayé de donner aux collectifs une nouvelle fonction et d’en faire des clubs électoraux pour sa propre secrétaire générale, Marie-Georges Buffet. Mais cette démarche s’est heurtée à la résistance des autres groupes politiques qui en faisaient partie. La rencontre nationale des 9 et 10 décembre à l’Ile Saint-Denis n’a pu parvenir à une majorité en faveur de Buffet qui se présentera à l’élection présidentielle en tant que candidate du seul PCF.

A la mi-décembre, la LCR a publié un bilan provisoire de ses efforts pour établir des « candidatures unitaires » aux élections de 2007. Il s’est vite avéré, écrit la LCR, que le PCF n’était pas prêt à exclure à l’avenir une alliance parlementaire ou gouvernementale avec le Parti socialiste et qu’il « voulait préserver toutes les possibilités d’accord avec le PS ». Comme « une candidature unitaire des forces du non de gauche » n’a de sens que si elle inclut le PCF, la LCR veut prendre part à l’élection avec son propre candidat, Olivier Besancenot.

Cet argument est malhonnête. Depuis le tout début, toute la campagne pour une candidature unitaire de la gauche « anticapitaliste » était une manœuvre cynique n’ayant qu’un seul objectif : faire en sorte que les travailleurs ne tirent pas les leçons du rôle pro-capitaliste du PS et du PC, et ne développent pas une alternative socialiste révolutionnaire indépendante de ces organisations lamentables et de leurs parasites parmi les opportunistes petits-bourgeois de « gauche ».

Cette tâche a été accomplie, du moins provisoirement, par la campagne pour une « gauche anticapitaliste ». Ségolène Royal va aborder l’élection présidentielle sans aucune contestation sérieuse venant de la gauche. Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet du Parti communiste et plusieurs autres candidats de « gauche » vont se présenter au premier tour de l’élection présidentielle le 22 avril, pour après, si Royal reste au second tour, apporter leur soutien à la candidate du Parti socialiste en tant que candidate du « moindre mal ».

L’opposition politique et sociale massive au statu quo parmi la population et qui s’est exprimée régulièrement ces derniers temps par des grèves et mouvements de protestation de plusieurs semaines, ne trouvera pas d’expression dans ces élections.

Besancenot insiste pour dire, chaque fois que l’occasion se présente, que pour lui il y a une différence certaine entre un gouvernement qui serait formé par Sarkozy et un gouvernement formé par Royal. Lors des précédentes élections présidentielles, il y a cinq ans, Besancenot et la LCR, aux côtés du PC, s’étaient ralliés au gaulliste Jacques Chirac au second tour pour s’opposer au candidat néofasciste Jean-Marie Le Pen.

Ce serait une erreur d’imaginer que derrière les manoeuvres cyniques de la LCR il y a naïveté ou confusion politiques. Depuis des décennies, la LCR et la tendance internationale à laquelle elle appartient, le pabliste Secrétariat unifié, sont passés maîtres dans l’art de contrecarrer les développements révolutionnaires en les dirigeant vers les diverses bureaucraties staliniennes et sociales-démocrates ainsi que vers les mouvements nationalistes bourgeois.

Pour ce faire, Michel Pablo, qui a donné son nom à cette tendance, Ernest Mandel, l’ancien dirigeant de longue date du Secrétariat unifié et son élève français, Alain Krivine, n’ont de cesse de glorifier les mouvements nationalistes, réformistes, staliniens et leurs dirigeants en disant qu’ils ont remplacé ou rendu inutile la nécessité de construire un parti de la classe ouvrière qui soit révolutionnaire et indépendant.

Le FLN algérien, le mouvement de Fidel Castro et les sandinistes du Nicaragua étaient tous des modèles pour le Secrétariat unifié, ainsi que Michael Gorbatchev et Boris Eltsine et plus récemment, le Président Hugo Chavez du Venezuela et son homologue bolivien, Evo Morales.

Les conséquences n’ont jamais varié : les dirigeants ou mouvements glorifiés par les pablistes ont fait un brusque virage à droite ou bien ont ouvert la porte aux forces de droite. Les aspirations révolutionnaires de la classe ouvrière qui ont aidé ces dirigeants et mouvements à venir au pouvoir ont ensuite été réprimées et trahies. Et il n’est pas rare que les travailleurs aient payé cher et de leur sang.

Plus récemment, des membres du Secrétariat unifié ont accepté des postes ministériels dans des gouvernements bourgeois. Au Brésil, les pablistes ont rejoint le Parti des travailleurs du président Lula da Silva et participé à son gouvernement. En Italie, ils jouent un rôle actif à la direction de Rifondazione Comunista, qui est une composante importante du gouvernement de coalition de Romano Prodi.

On ne devrait pas se laisser berner par la LCR lorsqu’elle déclare qu’elle n’entrera jamais dans un gouvernement de coalition avec le Parti socialiste. Toute la logique de sa politique tend vers une seule conclusion, à savoir qu’elle accepterait des postes ministériels si la crise sociale venait à s’intensifier et que la bourgeoisie française avait besoin de la soupape de sécurité d’un gouvernement de « gauche » pour garantir la continuation de sa domination.

(Article original anglais paru le 9 janvier 2006) wsws.org

Voir aussi:

France: Le parti socialiste choisit un candidat blairiste pour l’élection présidentielle
21 novembre 2006



Mercredi 10 Janvier 2007

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