Opinion

La fin de l’autoritarisme dans le monde arabe


Dans la même rubrique:
< >

La fin de l’autoritarisme dans le monde arabe


Abdelatif KERZABI
Samedi 26 Mars 2011

La fin de l’autoritarisme dans le monde arabe

La fin de l’autoritarisme dans le monde arabe
L’autoritarisme (G. Hermet, 1985)   est  un  rapport  gouvernants-gouvernés
reposant  de manière suffisamment permanente sur la force plutôt que sur la
persuasion. L’autoritarisme se manifeste par : l’absence de respect des
droits de l'homme, l’embrigadement de la société par la réglementation de
tous les aspects de la vie sociale, la persécution de l’opposition, la
restriction des libertés d'association, d'expression et d'opinion, le
recrutement de l’élite politique  relève  de  la cooptation enfin, les
élections ne sont qu’une apparence démocratique et  visent  à  légitimer
le  système  politique  aux yeux  du monde. Voilà ce qui s’apparente aux
régimes politiques dans le monde arabe.  Toutefois, le monde arabe n’est pas
une exception dans l’histoire. Du moyen âge jusqu’au nazisme en Allemagne
et le stalinisme de l’URSSS, plusieurs peuples ont connu cette« dynamique »
autodestructive (A. Arendt, 1951) reposant sur une dissolution des structures
sociales. L’individu s’efface pour laisser la place au sentiment
d'appartenance à une masse sans valeur aux yeux du pouvoir. C’est contre ces
régimes que la rue arabe explose.  
Ces mouvements protestataires se distinguent par leur spontanéité et leur
différence par rapport au mouvement ouvrier, estudiantin ou tout autre
mouvement organisé. Il s’agit de questionner cette partie du monde qui tente
de basculer vers la démocratie sous l’effet des contestations sociales.  
Nature des régimes autoritaristes  
Ils se font appelés Zaims (leaders charismatiques) après les indépendances
des pays arabes, et centralisent tout le pouvoir politique. C’est l’euphorie
des peuples arabes qui viennent de se libérer du colonialisme. L’Etat
indépendant devient le lieu géométrique de toutes les espérances sociales et
le catalyseur principal l’accomplissement de la société, conformément à la
mission historique dont il était porteur et comptable au regard des populations
dominées, exploitées et déconsidérées (J.C . Santucci, 1993). Ces pays se
lancent dans de projets ambitieux de modernisation. Le monde est encore divisé
par les deux camps qui s’opposent : le libéralisme et le socialisme. Les
monarchies arabes adoptent le premier alors que les républiques arabes
inventent les socialismes spécifiques. Mais, monarchies et républiques
élisent l’autoritarisme comme conduite des affaires de l’Etat. Armés de
leur légitimité historique, les Etat arabes ont imposé leur domination sur la
société par la concentration des pouvoirs. Les pouvoirs en place n’admettent
pas les voix discordantes. Ils se considèrent investis d’un message divin que
les autres n’ont pas le droit de discuter. Ici et là, l’opposition est
considérée comme une agression au Watan (la nation). Les opposants sont des
Khaouana (traitres à la nation). Ce comportement belliqueux n’est pas propre
au sommet de l’Etat, il est immergé dans toutes les sphères de
l’administration publique. Voilà un petit agent de l’Etat qui vous donne
l’impression que l’administration qui l’emploie est sa propriété
personnelle. Cette conduite devient une forme de métastases qui envahie toutes
les institutions publiques.  
Dans les années quatre-vingt, alors que la démocratie se met en place en
Europe de l’Est, les pays arabes font fois d’une certaine réticence dans un
monde où la liberté des peuples apparait comme une norme universelle. La chute
de l’autoritarisme stalinien consacre un nouvel ordre mondial unipolaire où
les Etats Unis tiennent une place d’avant-garde. Le courant libéral a
éliminé l’obstacle communiste et son bouclier, l’URSS. La liberté passe
dorénavant par le libéralisme. La Banque mondiale et le FMI sont mobilisés
pour imposer la déréglementation et les privatisations. La démocratie
libérale et le libre marché constituent désormais l’horizon indépassable
pour toutes les sociétés nous dit le philosophe américain F. Fukuyama.
Les constitutions sont révisées pour ouvrir le champ politique à la
société mais surtout pour pérenniser les pouvoirs en place. Quelques
gouvernements arabes ont connu une sorte de libéralisation politique. C’est
le cas de l'Algérie, l'Égypte, le Yémen, la Jordanie, le Koweït, le Maroc
et l'autorité palestinienne. Sauf qu’il est difficile de qualifier ces
changements survenus dans ces pays arabes comme un processus démocratique
authentique. Aucun pays arabe n'aura cédé au modèle parlementaire et
démocratique. Dans tout processus démocratique, il y a des perdants et des
gagnants. Il est tout à fait normal que toute réforme qu’elle soit politique
ou économique agite des rapports de force à l’intérieur de l’élite
politique et entre cette élite et le reste de la société. Dans le cas des
régimes autoritaires, les perdants à la démocratie bloquent le
démantèlement des régimes autoritaires et n’acceptent l’idée de partager
le pouvoir que si elle craint les couts de la révolution et l’expropriation
(F. Facchini, 2008). Conscients de cet enjeu, les régimes autoritaires
multiplient les réseaux clientélistes.  
Les pays arabes ont réussi à mettre en place des institutions «
démocratiques » tout en les vidant de leur substance. Invoquant l’ordre
sécuritaire et l’ordre public, le législateur arabe privilégie le contrôle
sur toute la société. Ainsi, les médias se transforment en porte-parole du
régime, les libertés violées, le parlement ligoté…etc.  

Autoritarisme et rente

Depuis la chute de l’empire ottoman, l’économie de rente dans les pays
arabes est restée prépondérante même si elle a changé de forme. La maitrise
de cette rente par les élites politiques arabes n’a jamais été un processus
sans violence. Les coups d’Etat successifs depuis les années 50 sont une
manifestation pour la capture des sources de rente par les différentes élites
qui convoitent le pouvoir. L’explosion des prix du pétrole en 1973 bien
qu’elle a engendré des ressources financières importantes pour les pays
pétroliers, a été l’occasion pour des milliers de travailleurs arabes
d’aller chercher fortune dans les pays du Golfe. C’est l’Eldorado, la
ruée vers l’or noir des arabes. Des villes modernes voient le jour, hôtels
de luxe et buildings remplacent la Kheima (tente) du nomade. Sur les 12 pays
exportateurs de pétrole de la région, l'Algérie vient en quatrième position
en termes de PIB nominal, devancée par l'Arabie saoudite (434,4 milliards de
dollars), l'Iran (337,9 milliards de dollars) et les Emirats arabes unis (239,6
milliards de dollars). Aussi, d’autres sources de rente vont être dégagées.
Il s’agit des transferts de revenus estimés entre 17 et 20 milliards de
Dollars en provenance de la main d’œuvre expatriée dans les pays du Golfe
mais aussi du secteur touristique. En Egypte, le tourisme représente 11% du PIB
et 17% des emplois totaux. En 2010, ce pays a accueillit près de 14,7 millions
de visiteurs et généré des recettes évaluées entre 12,6 et 13 milliards de
dollars. En moins d’un demi-siècle la rente des économies arabes a permis
aux Etats de répondre aux fortes demandes sociales dont il était l'objet.
Cette richesse provenant de la rente est perçue comme un don du ciel qui
devrait libérer la société des peines du labeur productif. Le travail
créateur de richesse est dévalorisé. Nul besoin de peiner pour s’enrichir,
il suffit de se frayer une place dans le palais du prince. L’économie se
transforme en négoce. Le business n’est ni l’usine ni le travail productif,
c’est l’importation. A défaut d’industriels, l’économie produit des
marchands. Une nouvelle élite émerge, elle est marchande. Elle ressuscite
l’empire arabo-musulman. Les caravanes en provenance de Chine sont remplacées
par des containers.  
Certain pays se lance dans un processus de modernisation de leurs économies,
c’est le cas de l’Egypte, l’Algérie, la Jordanie, la Tunisie, le Maroc et
la Syrie. Cependant, le verdict de l'histoire est atterrant : la persistance
des régimes autoritaires sur les décombres fumants des «expériences de
développement» (M. Hachemaoui, 2008). Aussi, les rentes engrangées ont rompu
la relation fondamentale entre les citoyens comme source des revenus de
l'État, et le pouvoir bénéficiant du financement citoyen (impôts) pour
fonctionner. Si l'État ne dépend pas des impôts, les citoyens dans ce genre
de régime, ne peuvent pas les invoquer pour demander des comptes aux dirigeants
(H. Karoui, 2010).  
On ne peut pas dire que le monde arabe a réussi son développement. Le
résultat est : la paupérisation des couches sociales les plus vulnérables,
une mauvaise redistribution des richesses, de taux de mortalité infantile moins
abaissés que dans des pays qui partaient en 1945 d’une situation pire que
celle du Moyen-Orient (G. F. Dumont, 2007). Les bidonvilles assiègent les
grandes agglomérations, on rapporte qu’en Egypte les plus démunis habitent
les cimetières. Les petits métiers (vente de cigarettes, lunettes,
sandwiches…) s’installent dans les rues. La jeunesse sans perspective de
“progrès”, d’ascension sociale ou culturelle, entre dans des processus
d’involution voire de désagrégation (T. Fabre, 2008) porteuse de violence.
La déception est aussi économique. Selon le PNUD, environ 40% de la population
des pays arabes, soit 140 millions de personnes, vit en dessous du seuil de
pauvreté. Le chômage des jeunes, qui représentent plus de 50% de la
population sans emploi dans la plupart des pays arabes. La pauvreté fait
contraste avec la fortune. 

Internet et mobilisation sociale

Devant une population jeune, socialement défavorisée et politiquement
marginalisée, nous retenons de ces événements que cette jeunesse est
extérieure aux structures collectives d’engagement et de participation
(Syndicats, partis politiques et associations). Cependant, il est naïf de
croire que la société est étrangère à la chose publique, la «
démobilisation » politique observée depuis les décennies écoulées est la
manifestation d’un rejet de ces régimes. Autrement, comment expliquer les
faibles taux de participation à chaque élection ? Comment expliquer le
phénomène de la Harga (émigration clandestine) et de l’immolation ? C’est
cette opposition pacifique des peuples arabes qui a fait dire à certains
intellectuels occidentaux que les pays arabes étaient une exception à la
démocratie. Ces intellectuels oublient que l’occident a hérité des
principes de liberté, de la civilisation arabe et non gréco-romaine. Il n y a
pas de peuple qui se plait à vivre enchainé.
Nous pensons que le calme qui a régné dans la rue arabe est du en grande
partie à la fermeture des espaces publics qui n’a pas permis le passage de
l’indignation individuelle poussée jusqu’au suicide, à l’indignation
collective. Ce sont les télévisions satellitaires et l’internet qui vont
faire ce que l’imprimerie (encore une découverte arabe) a fait pour la
révolution française.   
Internet avec ses réseaux sociaux ainsi que les chaines satellitaires
(Al-Jazira, Al-Arabia, BBC, France24…) ont bouleversé le paysage médiatique
dans le monde arabe. L’enfermement médiatique et culturel des pays arabe ne
résiste pas à ce déferlement des medias portés par les nouvelles
technologies.  L’utilisation de ces technologies ne sert pas uniquement aux
jeux et aux téléchargements. Désormais, on informe et on s’informe, on sait
ce qui se passe ailleurs, on lit les ouvrages interdits, on discute….Bref, le
peuple arabe s’émancipe et saute les verrous de la censure. Voilà une
technologie dont l’usage a permis de mobiliser les jeunes là où les partis
politiques ont échoué. Face aux intellectuels nationalisés qui courtisent le
prince, des jeunes internautes animent le débat public. A défaut d’espaces
publiques la génération « Face book et Sms » a créée un espace virtuel où
chacun profiterait de sa liberté. Désormais, l’usage de la technologie crée
une brèche entre ces retardataires de l’histoire et les aspirations de la
jeunesse. Les récents soulèvements populaires dans le monde arabe contre les
régimes autoritaires sont en grande partie dus à l’action de ces nouveaux
médias. La société actuelle est par excellence la société de la technique,
les valeurs du fait accompli et de l’omerta ont tendance à reculer devant les
valeurs de « droit » et de « devoir ». Les régimes totalitaires doivent
comprendre que la technique a condamné les pensées archaïques à
disparaître. 

Conclure avec position de l’Occident

L’alibi culturel qui fait que les peuples arabes sont réfractaires à la
démocratie et aux valeurs universelles est contredit par la rue arabe. Ce ne
sont pas les attitudes culturelles du monde arabe qui repoussent la liberté,
mais au contraire, c’est l’absence de liberté qui les a entrainé dans
leurs attitudes culturelles.  Pis encore, c’est le manque de liberté qui les
a conduit à se refugier dans l’islam pour l’utiliser à des fins
libératrices. L’islamisme politique a trouvé dans le Coran les arguments
pour exiger la justice social et combattre l’autoritarisme. La radicalisation
de cet islamisme dans sa forme violente au nom de la « guerre sainte » a
donné aux pouvoirs totalitaires une raison de plus pour maintenir sous
contrôle les sociétés arabes. Au lieu de considérer que l’islamisme
radical se légitime de l’absence de libertés, le totalitarisme arabe appuyé
par les puissances occidentales renforce le despotisme et la répression.
Enfin, nous remarquons avec regret la position des pays occidentaux qui
considèrent que les régimes arabes autoritaires sont des remparts contre
l’islamisme. Leur posture complice avec ces régimes ne s’explique pas
uniquement par la peur de l’islamisme et le terrorisme. Ce soutien met en jeu
des intérêts économiques importants nommés « pragmatisme politique » ou «
Realpolitique » en langage diplomatique. La démocratie n’est tolérée que
dans la mesure où elle obéit aux objectifs stratégiques et économiques.
L’intérêt économique est au dessus de la liberté. L’occident considéré
comme garant de la conscience morale du monde doit assumer ses responsabilités
en termes de respect des principes qu’il prêche pour les autres. Le temps du
messianisme est révolu.  





Références  
G. Corm (2010), « Sortir les pays arabes de l’économie de rente ? »
Résumé de la conférence de prononcée au Cercle des économistes arabes à
Paris le 26 mars   
G-F. Dumont, (2007), « Le changement de paradigme dans le Moyen orient »,
Géostratégiques n° 15, janvier
T. Fabre (2008), « Pour une Communauté méditerranéenne. Entre le temps de
la colère, des illusions et de l’espoir », La pensée de midi, N° 26
F. Facchini (2008), « Pourquoi les pays musulmans ne respectent pas
généralement les libertés politiques ? » Séminaire d’économie Publique,
CES, équipe MATISSE, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, mardi 15 avril
2008, 18h – 19h30, MSE, version provisoire.  
M. Grawitz et J. Lica (1985), « traité de science politique », T2, PUF  
M. Hachemaou (2008), « Aux fondements culturels de l’autoritarisme dans le
monde arabe »,  El Watan du 17 janvier  
H. Karoui (2010), «Essai sur la corruption et l’absence de liberté dans le
monde arabe comme causes d’émigration et de fuite des élites », Etudes du
Moyen-Orient, Volume 1 No 3
J-C. Santucci (1993), « Etat, légitimité et identité au Maghreb : Les
dilemmes de la modernité », Confluences, N° 6 Printemps 1993


Samedi 26 Mars 2011


Commentaires

1.Posté par le_tout_puissant le 27/03/2011 10:13 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

La démocratie est le règne absolu de l'argent. Ce qui différencie une démocratie d'un régime dit "autoritaire" est qu'en démocratie l'oligarchie abreuve la populace de divertissements et de pornographie. En démocratie on a aussi le droit au blasphème, la liberté de dire tout et n'importe quoi ce qui donne l'illusion de cette liberté tant chérie. Or cette liberté d'opinion et d'expression est illusoire. En effet toute information ou opinion pouvant être dérangeante au système est noyée dans un flot de non-information au point d'en être dilué et devenir inaudible. Une voix clamant la vérité ne sera jamais entendu dans le vacarme assourdissant de la foule. Mais si cela ne devait pas suffir l'information et l'informateur seront discrédités par les médias mainstream contrôlés par l'oligarchie. En démocratie il existe également des lois dont la vocation est d'interdire tout débat en ce qui concerne sujets.
La démocratie tue non pas par le fusil mais de manière indirecte en affamant les gens, en les endettant, en les empoisonnant...

La démocratie c'est le "panem et circens" de la Rome antique.

" C'est une politique sûre et ancienne
dans les républiques
que d'y laisser le peuple s'endormir
dans les fêtes et dans les spectacles,
dans le luxe et dans le faste,
dans les plaisirs, dans la vanité
et la mollesse ;
le laisser se remplir du vide
et savourer la bagatelle :
quelles grandes démarches
ne fait-on pas au despotique
par cette indulgence ! "

Jean de La Bruyère, Les Caractères.


" Cette ruse des tyrans d'abêtir leurs sujets
n'a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus
envers les Lydiens, après qu'il se fut emparé
de leur capitale
et qu'il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche.
On lui apporta la nouvelle
que les habitants de Sardes s'étaient révoltés.
Il les eut bientôt réduits à l'obéissance.
Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville
ni être obligé d'y tenir une armée pour la maîtriser,
il s'avisa d'un expédient admirable
pour s'en assurer la possession.
Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics,
et publia une ordonnance qui obligeait les citoyens
à s'y rendre.
Il se trouva si bien de cette garnison que,
par la suite,
il n'eut plus à tirer l'épée contre les Lydiens.
Ces misérables s'amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que,
de leur nom même,
les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient
ce que nous appelons passe-temps, qu'ils nommaient Ludi,
par corruption de Lydi."

Étienne de LA BOÉTIE,
Discours de la Servitude volontaire.

2.Posté par kouider le 28/06/2011 20:51 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

bravo si Abfellatif, une belle dissertation, tres argumentée ...j'aurais certainement l'occasion de revenir sur cette thématique .je tenais simplement à te feliciter.

Nouveau commentaire :

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires