Politique Nationale/Internationale

La faute c’est de se faire prendre



Alexei Makarov
Mercredi 23 Octobre 2013

La faute c’est de se faire prendre

 

Ce lundi le journal le Monde a révélé que les écoutes téléphoniques faites par l’agence de sécurité nationale américaine en France étaient faites de manière massive.

Dans un espace de 30 jours entre décembre 2012 et janvier 2013 la NSA a effectué 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques de Français. Les politiques français se sont tout de suite indignés, le président de la république François Hollande a parlé de « pratiques inacceptables ». Nicolas Arpagian directeur scientifique du cycle sécurité numérique de l’institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, considère qu’il n’y a rien d’anormal dans le comportement des Américains, que c’est une pratique courante et que la seule surprise est que cette pratique a été dévoilée au grand jour :

Il y a eu des nouvelles révélations sur les écoutes téléphoniques en France, est-ce que c’est quelque chose d'exceptionnel ?

C’est l’illustration de la concurrence qu’il y a entre des états qui peuvent être des alliés politiques, mais surtout des compétiteurs économiques et diplomatiques. Donc effectivement il n’y a rien de surprenant à ce qu’il y ait cet espionnage, cette interception des moyens de communication. Cette publication n’est par une révélation, il est logique que des états cherchent à savoir ce que préparent leurs alliés, même si ils sont diplomatiquement des partenaires, ce sont également avant tout des compétiteurs.

Mais pourquoi cette indignation alors ? C’est du théâtre à votre avis ?

Ce qui est toujours désagréable c’est d’avoir la preuve de cet espionnage. La caractéristique du métier du renseignement, ce n’est pas tellement d’espionner, mais c’est de se faire prendre. Avec les documents fournis par Monsieur Snowden on a la démonstration, la présentation du mode opératoire et également l’ampleur du dispositif. Par contre la France a choisi de convoquer l’ambassadeur américain à Paris, reçu par le directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères français, ce n’est pas une remontrance de très grande intensité. Il y a peu de raisons qu’il y ait beaucoup de communication sur le sujet, puisque les Américains ont considéré que c’était une démarche légitime de leur part dans le cadre de la sécurité nationale des Etats Unis.

François Hollande a parlé d’une sorte de règle qui pourrait contrôler toutes ces pratiques, est-ce que vous pensez que c’est possible ?

La difficulté pour la majorité des états européens, c’est que ce ne sont que des utilisateurs de cette technologie, les technologies diffusées par Google, Linked In, Microsoft ou IBM. Nous ne sommes que dans une situation d’utilisateur. Les entreprises américaines ont choisi d’appliquer la loi américaine et on est là sur des sujets qui touchent à la sécurité nationale, donc effectivement la donnée privée risque d’être mal menée face à cette justification affichée de sécurité nationale.

Quand vous parlez de sécurité nationale, où est la limite entre les besoins pour la sécurité et le reste ? 0n a vu que dans le programme PRISM ils surveillaient non seulement des gens potentiellement suspects, qui pouvaient faire des actes de terrorisme, mais ils surveillaient aussi des hommes politiques…

Et surtout ils surveillaient des correspondances d’entreprises. Et là on s’aperçoit que les gouvernements occidentaux dans ces dernières années ne sont jamais tombés ou ont été renversés pour des questions de politique internationale, ils ont toujours été mis en difficulté lors des élections à cause de la conjoncture économique et des résultats. Ca conforte l’idée que l’économie fait partie de la sécurité nationale et aux Etats Unis on considère que la défense des intérêts économiques fait pleinement partie des intérêts stratégiques et donc il est naturel aux Etats Unis de mettre à disposition des entreprises l’appareil de renseignement. Cet argument de la sécurité nationale parmi les composantes de celle-ci il y a également la sécurité économique. La seule chose c’est que ça oblige les états à admettre qu’ils sont bien concurrents économiques entre eux et que même si ce sont des partenaires diplomatiques, militaires, on voit bien que quand on parle d’économie, quand on parle d’emploie, la c’est chacun pour soi et la seule faute c’est de se faire prendre.



Mercredi 23 Octobre 2013


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