Politique Nationale/Internationale

La discrète criminalité du 'centre'


Pendant que les sociaux-démocrates et les sociaux-chrétiens se transforment en gauchistes et en fascistes honteux, les libéraux et les conservateurs découvrent le « centre », toute nouvelle fascination idéologique de l’Internationale démocrate chrétienne (IDC), qui aujourd’hui se dit être « du centre ».


Mercredi 6 Avril 2005


Le « centrisme » n’est pas si nouveau. Il fut inventé à la fin de la Seconde Guerre mondiale par le politicien italien Alcide de Gasperi. « Ni réaction, ni révolution » était son slogan. Un peu comme le « carré blanc sur fond blanc » du peintre suprématiste russe Malevich [1], mais en noir.

L’analogie semble inconfortable mais elle a une force graphique. Car si l’oeuvre de Malevich exprime la "suprématie" de la sensibilité pure dans les arts figuratifs (suprématisme), l’angélisation idéologique de la Démocratie chrétienne (DC) incarne justement l’opposé, en accordant au "centre" de tels attributs que la politique est variable à l’usage des arts décoratifs (pragmatisme).

Politiciens prudents, les Démocrates chrétiens ne sont pas des curés, bien qu’ils fréquentent ce qu’il y a de pire dans l’Ordre. Ils se disent républicains mais le mot « peuple » leur fait peur. Par contre, ils sont studieux : les origines de leur doctrine datent de l’encyclique Rerum novarum (Léon XIII, 1891) et des lectures arbitraires du « point oméga » de Pierre Teilhard de Chardin, du « personnalisme » d’Emmanuel Mounier et du « thomisme libéral » de Jacques Maritain.

Au milieu des années 40, l’IDC prit forme avec De Gasperi, l’Allemand Konrad Adenauer et le Luxembourgeois Robert Schuman. Sa filiale latino-américaine naquit en 1960. Depuis, l’IDC s’est mue dans les ténèbres des « hautes sphères » du pouvoir. Rappelons par exemple le triangle formé par la mafia italienne, le Vatican et le sept fois premier ministre, le DC Giulio Andreotti, qui fit la sourde oreille à la clameur de son rival de parti Aldo Moro, enlevé et assassiné par une faction des Brigades rouges en 1978.

En mai 1980, la Fondation Konrad Adenauer (KAS) convoqua à Washington une « Conférence sur l’état des partis démocrates chrétiens et centristes en Amérique latine ». Quelques mois plus tard, Luis Herrera Campins, le président démocrate chrétien du Venezuela, gracia les terroristes qui avaient dynamité l’avion cubain qui s’écrasa au large de la Barbade avec ses 73 passagers (1976).

Los partis démocrates chrétiens ont été fonctionnels pour Washington et la déstabilisation politique dans les pays latino-américains. Dans « Mémoire d’un soldat », le général chilien Carlos Prats (assassiné par Pinochet à Buenos Aires) dénonça la complicité de l’ex-président DC Eduardo Frei Montalva dans le coup d’état fasciste de 1973. Le sénateur pinochetiste Andrés Chadwick expliqua que Patricio Aylwin (autre ex-président DC) « essaie d’effacer avec une main ce qu’il a écrit avec l’autre quand Allende gouvernait le pays...il ne peut prétendre occulter son rôle » (El Mercurio, 25-08-03).

En Equateur, le président DC Osvaldo Hurtado (« serpent sans soutane », selon l’adage populaire) mit des bâtons dans les roues aux enquêtes menées pour éclaircir la mort du président Jaime Roldós qui lui fut profitable. Opposant à la politique de Washington en Amérique centrale, Roldós disparut dans un mystérieux accident d’avion (1981).

En juillet 1984, les Verts allemands dénoncèrent le gouvernement DC de Helmut Kohl qui présentait comme « homme du centre » le DC José Napoleón Duarte, président du Salvador, l’absolvant ainsi des 20.000 morts qu’il y eut pendant son gouvernement (1980-82).

En septembre dernier, le gouvernement mafieux de la République tchèque hébergea à Prague une conférence organisée par la KAS, la Fundación Nacional Cubano-Americana (Fondation Nationale Cubano-Américaine, FNCA) et l’Organisation DC d’Amérique latine (ODCA) dirigée par le chilien Gutenberg Martínez. Devant des ex-gouvernants comme le Costaricain Luis Alberto Monge, Patricio Aylwin, le Tchèque Vaclav Havel et d’autres marionnettes de la CIA, l’ODCA exposa la nécessité de créer « une alternative de gouvernement démocratique à Cuba ».

La marionnette cubaine de l’IDC s’appelle Osvaldo Payá. En avril 2002, quand un coup d’état dissout les institutions démocratiques de la République bolivarienne du Venezuela, enleva et mit en danger la vie du président Hugo Chávez, Payá envoya un communiqué « à l’héroïque peuple » du pays sud-américain où il déclara : « Nous, Cubains, qui avançons déjà difficilement par les voies pacifiques et civiques pour réussir les changements nous amenant à la démocratie, nous célébrons la liberté que les Vénézuéliens ont su trouver d’eux-mêmes. Dieu bénisse le peuple vénézuélien ». En moins de 48 heures, le peuple béni mit fin au coup d’état de la droite.

Pendant l’invasion militaire des Etats-Unis au Panama (1989), le DC Ricardo Arias Calderón (« la religieuse folle » selon l’adage populaire) accepta la vice-présidence avec Guillermo Endara, blanchisseur d’argent de la drogue nommé président par les troupes d’occupation. Le 25 janvier dernier, le président Martín de Panama (l’appeler « Torrijos » fait mal au cœur [2]) remit à Arias Calderón la plus grande décoration du pays « pour son exemple, son sacrifice et sa générosité ».

L’IDC est présidée par José María Aznar, ex-chef de l’Etat espagnol et célèbre « centriste » du terrorisme impérial.

NOTES:

[1] Voir : http://mapage.noos.fr/malevich/supr...

[2] Lire : José Steinsleger, Panama : De Torrijos à Torrijos, RISAL, 11 mai 2004. http://risal.collectifs.net/article...

Source : La Jornada (www.jornada.unam.mx), 2 mars 2005.

Traduction : Christophe Lemaire, pour RISAL (http://risal.collectifs.net).


Mercredi 6 Avril 2005


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