RELIGIONS ET CROYANCES

La diplomatie américaine et la religion

A propos de Dieu, l'Amérique et le monde de Mme Madeleine Albright, ex-ministre des affaires étrangères des Etats-Unis


Dans la même rubrique:
< >


Manuel de Diéguez
Lundi 17 Novembre 2008

La diplomatie américaine et la religion
Au Professeur Emmanuel LOUISE-ALEXANDRINE
qui a bien voulu me signaler cet ouvrage

Dans mon texte précédent - Les rêves et les chaînes, M. Obama ou la fin de l'illusion - j'ai souligné que l'échec inéluctable du sommet des vingt du 15 novembre à Washington - il a déjà renoncé à l'ambition de détrôner le dollar - ne sera pas définitif en ce sens qu'il fera changer de direction à l'histoire parallèle de la pensée et de la politique ; il est évident, disais-je, que le destin de la politique de la planète passera par l'ascension de la Chine, du Japon, de l'Inde, de la Russie, de l'Indonésie, du Mexique, de l'Argentine, du Brésil, du monde arabe, de la Corée et de l'Afrique du Sud et que la perpétuation du pelotonnement des Etats européens dans le giron de l'OTAN renverrait à l'agonie du Vieux Monde dans le provincialisme des décadences.

Puisque l'entente franco-russe permet d'espérer que ce désastre sera évité, quel sera l'avenir mondial du "Connais-toi" ? La vraie philosophie conduira sur les cinq continents à des radiographies anthropologiques des mythes religieux - et d'abord de l'inconscient politique qui sous-tend les doctrines des trois dieux dits uniques. Du coup, on tentera d'observer les problématiques de l'extérieur et il surgira sûrement un philosophe pour appeler cette nouvelle discipline la "problématologie". Mais la découverte de la problématique qui permettra de radiographier les problématiques d'autrefois sera une autre affaire - celle de la simianthropologie. Qu'adviendra-t-il ce qu'il était convenu d'appeler la "conscience humaine"? Quel humanisme naîtra-t-il du traumatisme consécutif à la découverte de leur solitude irrémédiable dans le cosmos que les évadés de la zoologie seront condamnés à gérer? Pour le comprendre, il faudra découvrir les relations que les dieux et leurs autels, y compris d'Allah, de Jahvé et du culte d'un instrument de torture, entretenaient avec un meurtre sacrificiel calqué sur ceux de l'histoire et surtout entrer dans la postérité . anthropologique de Pascal qui disait: "Qui veut faire l'ange fait la bête".

Les siècles chrétiens fondaient la politique sur les relations des Etats avec le ciel d'un " fils de Dieu ". La géopolitique de demain devra nécessairement placer le moteur immémorial de l'histoire qu'est le fantastique théologique mais dans la postérité à féconder de Darwin et de Freud. Il n'y aura pas d'autre chemin ouvert à la philosophie qu'un nouveau siècle des Lumières - sinon la civilisation mondiale cessera de faire progresser le savoir et la pensée.

A la lumière de Dieu , l'Amérique et le monde (éditions Salvator 2008), de Mme Madeleine Albright, ancienne ministre des affaires étrangères des Etats-Unis, j'ai tenté d'expliquer les dessous théologiques de l'expansion de l'empire américain. On remarquera que ce titre exprime une hiérarchie. Le "Très Haut" dépasse l'Amérique d'une courte tête, mais "le monde" se place au dernier rang, parce qu'il fait l'objet d'une gestion commune de Dieu et de sa fille.

Cet inconscient théologique de la politique est-il analysable? Qu'est-ce que le "coup de l'ange" qui arme une démocratie messianisée à l'école de ses idéalités sacralisées?

1 - L'Amérique et Machiavel
2 - Les embarras anthropologiques du verbe expliquer
3- Comment comprendre l'histoire sans rendre compte des mythes religieux ?
4 - Le sacré et la démocratie
5 - Mme Albright et la politique du surnaturel des Etats laïcs
6 - Radiographie politique de Dieu
7 - L'inconscient du culte du sang dans l'Histoire
8 - M. Medvedev face au " coup de l'ange "
9 - La dissection des dieux
10 - L'avenir " théologique " de la science historique

*

1- L'Amérique et Machiavel

Mme Albright, devenue professeur d'université, définit la diplomatie américaine en des termes fort clairs : "Au début de chaque cours, j'explique à mes étudiants que le but de la politique étrangère est de persuader les autres pays d'accepter à ce que nous voulons . Et à cette fin, le président et son ou sa secrétaire d'Etat disposent de moyens allant du recours pur et simple à nos forces armées, au travail patient du tissage diplomatique, sans oublier l'efficacité des arguments de la logique." (p. 22) On remarquera que cette définition va plus loin que celle de Machiavel, qui distinguait le champ de manoeuvre de l'habileté diplomatique du champ de bataille .

Mais pourquoi une méthode plus radicale que celle du Prince a-t-elle échoué ? Deux pages plus loin, on peut lire : "Je crois que le gouvernement des Etats-Unis s'est complètement trompé dans sa réponse au terrorisme international, qu'il a porté atteinte à la réputation de l'Amérique et remplacé par une simple propagande une stratégie diplomatique de promotion de la liberté." (p. 24)

L'explication en est simple : si vous ne faites pas de distinction entre la guerre diplomatique et la guerre tout court, vous vous frappez du même handicap que Ribbentrop, qui recourait à des représentations d'apparat de l'efficacité des troupes d'assaut du IIIè Reich afin de séduire les diplomates étrangers qu'il entendait convaincre "d'accepter ce qu'il voulait". Mme Albright finit par admettre que le spectacle de ces exercices n'est pas efficace: "En diplomatie, 'Connaître son client' veut dire qu'il faut apprendre à connaître les pays étrangers et leurs cultures . Et, de nos jours, les passions religieuses enflamment la planète. Il est donc impératif de connaître les croyances religieuses et les intentions de ceux qui les pratiquent." (p.22)

Les lecteurs de ce site s'amuseront sans doute de la rencontre tardive de l'Amérique rationnelle avec la théopolitique dont je tente d'expliciter les fondements depuis huit ans; et ils se demanderont de quels moyens non seulement la raison américaine, mais la raison mondiale disposent actuellement pour répondre sérieusement, donc à la lumière d'une pensée rigoureusement scientifique, à la question impérative de "connaître les croyances religieuses". Cette interrogation nous ramène à un thème connu de mes lecteurs : que signifient les verbes connaître, expliquer, comprendre?

2 - Les embarras anthropologiques du verbe expliquer

Rebroussons chemin de quelques pas. Depuis que l'humanité a inventé la cité, ses savoirs se sont progressivement compartimentés, et cela parallèlement à la spécialisation de plus en plus poussée des activités de notre espèce. Du coup, les connaissances se sont partagées entre les sciences dites exactes et les arts. Mais les Grecs rangeaient encore la musique, la stratégie et l'économie parmi les savoirs qu'ils qualifiaient de scientifiques, tels la géométrie, les mathématiques, l'astronomie, parce que les rhapsodes proclamaient depuis des siècles que le fondateur de toutes les sciences n'était autre que l'auteur de l'Iliade et de l'Odyssée. La distinction entre les arts et les sciences est néanmoins demeurée confuse jusqu'à nos jours : la République enseigne les "sciences politiques", les "sciences économiques" et les croyances elles-mêmes, qui se veulent pourtant "révélées" par nature, enseignent à leur tour les "sciences religieuses". Pourquoi aucune frontière précise n'a-t-elle été tracée entre l'art de chanter ou de peindre, par exemple, et les connaissances techniques qui seules peuvent changer "l'art de gouverner" en une "science" ?

C'est que la notion de science demeure brumeuse à son tour au sein d'une raison qui croit rendre parlante par elle-même l'"objectivité" de son savoir. Si la connaissance scientifique est explicative, que signifie le verbe expliquer? Prenez la botanique ou la chimie : ces discipline ne mériteront pas réellement le titre de sciences qu'il est convenu de leur accorder, parce que, d'un côté, elles se contentent de constater et de décrire des faits exacts, de l'autre, elles se satisfont de faciliter l'accès à leur matériau à seulement le disposer dans un certain ordre. Mais même si la classification des matières à étudier nourrit parfois l'ambition de dépasser une documentation laissée à elle-même, donc aveugle, sourde et muette par définition, l'ordonnancement d'un savoir dûment étiqueté, numéroté et mémorisé ne le rend pas explicatif. La classification des plantes résume et simplifie la masse des végétaux aux yeux du botaniste, mais cette commodité intellectuelle n'explique en rien leur nature. La classification de Mendeleiev nous fournit une nomenclature systématique des diverses formes de la matière et l'expérimentation des chimistes nous conduit au spectacle des alliances que les substances concluent entre elles, ainsi qu'à la connaissance de quelques règles qui président à leurs mariages ou à leurs divorces ; mais aucune science dite descriptive n'a vocation d'expliquer l'objet sur lequel elle porte et dont elle enregistre seulement les divers aspects et les métamorphoses.

Qu'en sera-t-il de la physique, des mathématiques et de la géométrie ? Elles se sont fondées pendant des siècles sur un code du savoir explicatif qui passait pour inscrit dans la nature des choses. On appelait ce Sésame la logique. Mais, depuis 1904, la relativité générale a brisé l'alliance précaire que l'Occident avait signée entre Aristote et Euclide et pulvérisé les critères qu'on avait crus immuables et immémoriaux pour distinguer à coup sûr le rationnel de l'irrationnel. Du coup, le savoir scientifique qualifié d'explicatif a fait l'objet d'un coup de force interne dont l'arbitraire n'est plus à démontrer: les ouvriers du pragmatisme ont décrété que la vérification dite expérimentale d'une hypothèse, même contraire aux principes de la logique classique, enfanterait "l'intelligible" au sein de la théorie scientifique et en validerait les décrets artisanaux, parce que tout résultat exploitable légitimerait en retour la tiare de la raison et engendrerait nécessairement la compréhensibilité du résultat constaté. Par l'effet d'un miracle construit sur le même modèle que le précédent, l'expérience persévérait à vérifier après coup la validité de la problématique placée dans les coulisses, comme le soleil démontrait sa divinité par sa course dans le ciel chez les Anciens, à cette différence près que seule la raison dite "pratique" s'empare désormais en amont du sceptre de l'intelligible.

3 - Comment comprendre l'histoire sans rendre compte des mythes religieux?

Revenons à la "science diplomatique". Les disciplines les plus démonstratives de cette aporie sont l'Histoire et la politique, dont la diplomatie est le bras droit, puisque deux personnages se disputent la bannière de la connaissance intelligible dans son enceinte, la Description et l'Explication. On sait que le théâtre de la mémoire pensive demeure divisé entre les chroniqueurs et les historiens proprement dits, mais sans que les psychologues et les anthropologues sachent clairement ce qui distingue les récits des simples mémorialistes de la science explicative de Thucydide et de Tacite. Cette difficulté se trouve encore aggravée par l'épaississement des ténèbres dans lesquelles le terme même d'explication demeure plongé. On s'accorde à refuser à Xénophon le rang d'un spéléologue de l'histoire de la Grèce et l'on remarque que, dans ses Mémorables, l' élégant portrait de Socrate qu'il nous a laissé répond à la même superficialité d'esprit que celle du narrateur de l'Anabase.

Mais en quoi Tite-Live ou Tacite sont-ils explicatifs? Le premier s'élève au rang non seulement d'un peintre de la grandeur de Rome, mais d'un interprète du génie politique du peuple de la Louve, notamment dans son analyse du traitement américain avant la lettre que cette nation réservait aux peuples qu'elle avait vaincus ; car elle changeait ses ennemis humiliés par leur défaite momentanée en alliés et en amis tout heureux, semblait-il, d'afficher à jamais le blason de leur vainqueur sur leur poitrine. Mais expliquer, c'est donner à comprendre dans la durée; et la connaissance pérenne du genre humain dont témoignent les narrateurs s'arrête devant le sacré. Du coup, leur méthode illustre une brèche impossible à combler : d'un côté ils condamnent la "superstition", de l'autre, ils ne savent comment séparer les "vrais dieux" de ceux qui ne méritent pas ce titre du seul fait que les superstitions dûment légalisées et authentifiées par la loi se changeraient en vérités de se trouver imposées à la collectivité et entérinées par l'esprit public.

Il en est ainsi de Tacite : son code de l'intelligible est celui que le régime républicain projette sur l'Histoire, mais il reconnaît que l'empire n'était plus gouvernable à l'école des esprits microscopiques qui, à la suite de l'assassinat du vainqueur des Gaules, entendaient ramener Rome dans le lit et le nid de la médiocrité sénatoriale. Quant à Thucydide, son génie l'a scindé entre le théoricien de la guerre du Péloponnèse et le premier topographe d'une connaissance dite historique qui allait rendre désespérément flottantes les frontières entre la science et les vastes étendues du vécu banalisé: deux millénaires et demi plus tard, Jérôme Carcopino inaugurait, avec La vie quotidienne à Rome sous Auguste, l'extension infinie de la curiosité pseudo historique vers les agences de renseignements les plus stériles concernant des platitudes de la mémoire à faire bâiller Clio. Un Henri Amouroux achèvera cette évolution vers la facilité par des informations sur la composition du petit déjeuner des Français de son temps.

4 - Le sacré et la démocratie

Le trottinement de la méthode historique depuis la Genèse pose donc la question focale du passage du flambeau du verbe comprendre d'un millénaire à l'autre: comment contraindre cette discipline vagabonde à tracer une frontière heuristique entre le simple récit et la science historique proprement dite ? Puisque toute explication autre que théologique demeurera nécessairement humaine et seulement humaine, l'intelligible répondra à des motivations et à des finalités observables ou difficiles à détecter depuis que l'argumentation banalement rationnelle s'est révélée bien souvent un masque de l'inconscient quotidien. A quels critères une explication sera-t-elle qualifiable de scientifique, sinon à la lumière d'un certain degré de profondeur spectrographique de la connaissance?

Mais dans quel abîme intérieur l'humanité est-elle en mesure de descendre afin de tenter de décrypter les vrais secrets de son histoire ? Comment sa plongée dans les arcanes de son encéphale lui permettra-t-elle de se raconter son destin d'une manière suffisamment rationnelle pour rendre intelligible la naissance, l'ascension et la chute des peuples et des nations ? Et surtout, si l'humanité ignore pourquoi son cerveau sécrète des personnages imaginaires, pourquoi il les installe dans le vide de l'immensité, pourquoi il s'en fait des guides et des protecteurs, pourquoi il se transporte avec ardeur dans des mondes fantastiques, pourquoi il se réfléchit passionnément dans les miroirs du langage qu'il se construit , comment Adam prétendrait-il jamais élever l'histoire au rang d'une science explicative du destin de l'humanité? Mais comment se résigner à conclure que les résurrecteurs les plus ardents de la mémoire ne seront jamais que des narrateurs aveugles, puisque toute profondeur véritable échappera à leurs prédéfinitions naïves du verbe expliquer?

Or, la question du degré de connaissance de notre espèce dont dispose l'historien pour accéder à un récit réellement explicatif, donc intelligible des événements - au sens que la science donne à cet adjectif - cette question a soudainement débarqué sur la planète tout entière d'une manière d'autant plus traumatisante qu'un retard de vingt-cinq siècles lui donne désormais une violence tempétueuse.

C'est dire que la tentative de Mme Madeleine Albright de lever ce lièvre dans un ouvrage doublement préfacé par Hubert Védrine, ancien Ministre des affaires étrangères du Gouvernement Jospin et par l'ancien Président des Etats-Unis , William J Clinton, pose à une science historique devenue ambitieuse de peser un problème depuis longtemps familier aux lecteurs de ce site. On peut y lire : "Depuis les attaques du 11 septembre 2001, j'ai pris conscience que je m'étais sans doute figée dans une époque révolue. Comme beaucoup d'autres diplomates de carrière, j'ai dû modifier mes vues sur le monde et découvrir une réalité qui paraissait nouvelle, mais qui sollicitait notre attention depuis un certain temps. Depuis 1990, nous avons assisté à l'avènement de la mondialisation et nous avons fait des pas de géant dans le domaine technologique. La révolution de l'informatique a transformé nos vies, tant au quotidien qu'au niveau professionnel et nous a imposé un vocabulaire spécialisé. Mais, au cours de cette même décennie, un autre courant s'est imposé avec force : les mouvements religieux sont désormais omniprésents et se montrent prospères." (p.20)

La science diplomatique américaine est-elle du moins en mesure de tenter de profiter de circonstances qu'elle déclare favorables pour apprendre à mieux connaître la nature des relations entre les Etats souverains ? Washington va-t-il se contenter de tenir compte de la manière la plus pragmatique possible des "croyances religieuses et des intentions de ceux qui les pratiquent" ou bien sa "diplomatie du sacré" va-t-elle se fonder sur un "Connais-toi" moins primaire? Autrement dit, quel sera le contenu de la "stratégie" de Mme Albright à l'égard des dieux si elle ignore tout de ces personnages?

5 - Mme Albright et la politique du surnaturel des Etats laïcs

On cherchera vainement dans l'ouvrage de Mme Albright une once de réflexion philosophique et anthropologique d'avant-garde qui approfondirait la connaissance de l'espèce simiohumaine, alors que l'état actuel de notre évolution cérébrale exige le débarquement accéléré d'une "science diplomatique" soucieuse de la légitimité et du sérieux de sa stratégie sur une planète que le sacré fait à nouveau bouillonner. Il s'agit simplement, pour l'ancienne secrétaire d'Etat, de gérer le plus efficacement possible le surgissement d'un élément nouveau et important sur l'échiquier de la politique étrangère classique - celle de la stratégie diplomatique qu'il appartiendra aux Etats laïcs d'adopter, alors qu'ils sont demeurés profondément croyants et qu'ils sont désorientés au plus profond de leur foi: "Mes étudiants ont tendance à mettre la religion à l'épreuve de la morale et leurs réponses sont formulées par le biais de l'éthique. Ils veulent savoir pourquoi le monde ne fait quasiment rien pour soulager la pauvreté et la maladie, pourquoi on reste impuissant devant les génocides ou encore, comment venir en aide aux pays sous-développés dans le contexte de la mondialisation. Les attaques du 11 septembre ont suscité chez beaucoup de jeunes Américains un sursaut de patriotisme . Un grand nombre a intégré l'armée ou la CIA ( !) . Mais, pour la plupart, cet élan s'est révélé un feu de paille. La guerre en Irak a brouillé les cartes au point que cette jeunesse a commencé de mettre en cause le bien-fondé de notre politique étrangère et de se demander si le but de l'Amérique est moins d'exercer sa suprématie (leadership) sur le monde que de le dominer. Mes étudiants forment un groupe éclectique et se partagent entre des opinions variées. Comme on peut s'y attendre, ils sont très divisés sur les questions du Moyen Orient : ce qui est juste pour les uns est un anathème aux yeux des autres." (p.22-23)

On remarquera que Mme Albright distingue avec candeur l'esprit de domination de l'exercice, réputé innocent par nature, de la suprématie que signifie, en fait, le terme jamais traduit de "leadership" - mais nous avons remarqué que la conquête de la suprématie est le but naturel de la politique étrangère définie comme la volonté "de persuader les autres pays d'accepter ce que nous voulons" y compris par "l'utilisation pure et simple de nos forces armées".

L'apport de Mme Albright à la simianthropologie politique est donc considérable; car elle croit s'imposer un devoir d'honnêteté d'interroger les théologiens sur ce qu'est une religion, ce qui revient à demander au devin Euthyphron ce qu'il en est de Zeus: "Les théologiens universitaires que j'ai consultés clament avec passion l'urgence qu'il y a, pour les chefs politiques, de s'instruire des diverses religions et d'aborder leurs croyances comme des moyens de réconciliation et non comme des sources de conflits." (p. 23)

On ne pouvait mieux soulever - mais indirectement et sans le savoir - le problème de fond que pose à la science historique le regard irrationnel par nature du théologien sur sa théologie. Comment un catéchisme serait-il en mesure "d'informer" l'élite scientifique mondiale d'un sujet qu'elle ignore tout autant que les théologiens eux-mêmes, à savoir les secrets psychophysiologiques de l'espèce spéculaire ? Mme Madeleine Albright invoque naïvement les questions sans portée scientifique que lui posent ses étudiants et qui répondent à une civilisation où la laïcité a séparé l'Etat de la religion, mais nullement pour avoir découvert en laboratoire les secrets des mythes sacrés : simplement, les devins et les augures étaient devenus encombrants et exaspéraient les hommes politiques à se mettre sans cesse dans leurs pieds. Qu'est-ce que le politique réduit à lui-même ? "Les pays ont des gouvernements et les gouvernements agissent pour assurer la protection des intérêts de leurs nations. La diplomatie est appelée à réconcilier des points de vue différents, au moins afin d'éviter que des guerres n'éclatent et que le monde n'explose. On compare volontiers la politique étrangère au jeu des échecs, ce jeu cérébral entre des partenaires qui s'entendent sur certaines règles. Cette compétition est fondée sur une logique et les joueurs parlent comme des juristes, non comme des prédicateurs ". (p.18)

Quelles sont les subtilités de la théologie que Clio devra apprendre à décrypter si elle entend approfondir quelque peu sa compréhension rudimentaire de l'histoire diplomatique laicisée, donc rendre intelligible non seulement le passé et le présent de l'animal onirique, mais une parcelle de l'avenir des rêves? Assurément, une connaissance qui se voudra réellement explicative des songes théologiques se greffera nécessairement sur une connaissance entièrement nouvelle de l'espèce follement réfléchie - et depuis des millénaires - dans les miroirs sacrés qui la dédoublent. Que signifie cette reduplication invétérée de sa propre image dûment magnifiée et transportée à titre collectif dans le merveilleux? Le verbe expliquer ne saurait se trouver appliqué à la mémorisation rationnelle du passé du simianthrope à partir d'une croyance irrationnelle par nature et par définition - à savoir que le Dieu qui s'est scindé en trois branches dans la postérité d'Abraham existerait moins exclusivement dans la seule imagination de ses adorateurs qu'Osiris ou Mithra. L'athéisme n'est pas une simple hypothèse de travail de la science historique et diplomatique proprement dite, mais la condition même de l'émergence de son véritable champ de recherches et de la validité de ses interprétations en profondeur du politique. Mais alors, une raison politique qui abandonne le songe à son sort sans l'avoir expliqué n'est pas une raison scientifique.

6 - Radiographie politique de Dieu

Cette évidence était, en fait, bien connue des historiens dichotomisés sur le modèle ancien. C'est ainsi que Tite-Live et Tacite croient à l'existence des dieux romains, mais ils n'en tiennent aucun compte effectif dans leurs écrits. En revanche, si Jahvé, Allah ou le Dieu des chrétiens "existaient", au sens que leurs théologiens donnent à ce verbe, il serait bien impossible, je le redis, à la raison scientifique moderne de ne pas en tenir le plus grand compte, tellement la découverte du "vrai Dieu" à la suite de tant de siècles de tâtonnements stériles et d'égarements inexpliquables parmi les idoles de tous les autres peuples de la terre constituerait un événement tellement révolutionnaire que toute l'histoire humaine en serait à jamais bouleversée dans ses fondements : "Si je ne croyais pas que les dieux se préoccupent des affaires des hommes, je ne m'occuperais pas d'eux", dit un penseur grec.

Or les monothéismes ont un tout autre sens : si l'on annonce à l'humanité qu'elle aurait découvert le créateur du cosmos, lequel ne se contenterait pas de gérer l'histoire du monde, mais conduirait ses fidèles à partager son éternité après leur mort, comment cette espèce ne descendrait-elle pas en masse dans les rues pour danser de joie et chanter à tue-tête? Mais si elle apprenait ensuite que son créateur ne la quitte pas des yeux, qu'il tient jour et nuit un livre de comptes ineffaçable, qu'il n'accueille dans sa demeure que ses fidèles les plus recommandables et qu'il livre les suspects à des tortures éternelles dans son camp de concentration souterrain, cette espèce ne ferait-elle pas preuve de plus d'intelligence encore à se précipiter dans les monastères et à y passer ses jours et ses nuits en prières et en supplications à la fois fort intéressées et de simple bon sens? Faut-il supposer que, pour l'instant, le degré de déraison du simianthrope est tel qu'il ne voit pas encore clairement son intérêt posthume le plus criant? N'est-il pas ridicule de s'attacher à se raconter seulement à soi-même son bref passage sans témoin sur la terre, alors que ce monde ne serait jamais rien de plus qu'une attente coincée entre des félicités sans fin et un royaume des tortures? Une immortalité malencontreuse ou bienheureuse ne rendrait-elle pas dérisoire le jeu des osselets qu'on appellerait l'Histoire?

Faudra-t-il donc se résigner à redonner la parole à saint Augustin, à Tertullien ou à Bossuet? Il est clair que les Etats laïcs du Vieux Monde que l'Amérique protestante aurait partiellement reconvertis à la croyance en la possibilité de l'existence d'un Zeus des modernes seraient condamnés à s'expliquer méthodiquement à eux-mêmes les interventions d'un créateur tour à tour redoutable et bienveillant à leur égard. Ou bien les démocraties se fondent résolument et exclusivement sur les décisions d'un suffrage universel devenu autonome, ou bien, ils devront encourir le ridicule d'accorder une place dûment calculée et légitimée à un ciel dichotomique. Mais il est impossible de jamais réconcilier les Républiques bicéphales avec telle ou telle foi religieuse biphasée à son tour, parce qu'il faudrait s'expliquer sur le pont qu'elles jetteront systématiquement et de manière raisonnée entre deux types de légitimation du politique inconciliables ab origine.

Dans sa préface, M. Hubert Védrine souligne expressément cette scission irrémédiable. "En fait, écrit-il, les Américains sont républicains… et croyants. Tout cela est très étranger, pour ne pas dire opposé aux conceptions françaises." (p. II) En fait, les démocraties croyantes sont le plus souvent des monarchies constitutionnelles, parce que les rois sont branchés sur le ciel et que le "sang bleu" est réputé participer de celui de l'homme-dieu.

7 - L'inconscient du culte du sang dans l'Histoire

Mais si la Constitution américaine est bifide en ce qu'elle repose à la fois sur le principe européen de la séparation radicale de l'Etat et de la religion et sur la proclamation expresse de l'existence de Dieu, il faudra expliciter la politique schizoïde des modernes le Discours de la méthode à la main, alors que Washington ne dispose, pour l'instant, d'aucune méthode historique en mesure de rendre compte des interventions supposées aussi nécessaires que certaines du Très Haut dans la politique d'expansion diplomatique et militaire de l'empire. Que faire avec une religion qui ne se fonde plus sur un marché minutieusement contrôlé des relations que les cités sont censées entretenir avec leurs dieux? Autrefois, les sacrifices étaient commodément tarifés- et pourtant, les historiens anciens se dérobaient déjà, tantôt discrètement, tantôt ouvertement à la tâche évidente qui les attendait de rendre leurs méthodes cohérentes. Il en est de même au sein de la science historique des modernes : même Joseph de Maistre ou Bossuet passent outre neuf fois sur dix.

Mais voyez comme le piège se referme. La raison historique n'est-elle pas poignardée dans le dos du simple fait qu'il ne lui suffit pas d'éliminer le sacré pour rendre compte de l'histoire d'une espèce croyante de la tête aux pieds? Or, il se trouve qu'au cœur du marché chrétien de la foi, le mythe n'est plus destiné à assurer le retour rubis sur l'ongle dans les caisses des donateurs du prix officiel du dieu tué qu'ils déposent sur leurs autels, mais à convaincre les croyants de s'incarner d'une manière embryonnaire et larvée dans la victime assassinée, ce qui mène tout droit à un culte nouveau du sang, celui de l'angélisme démocratique, donc au tartuffisme du meurtre dont les empires de la "Liberté" se nourrissent. Le mythe de l'incarnation d'une divinité dont on boira l'hémoglobine et mangera la chair conduit nécessairement à l'apothéose des idéalités de 1789, en lesquelles le sujet se mirera en Narcisse du ciel vers lequel il aura hissé son image vaporisée par le sacre de la "Liberté".

Qu'en est-il de la métamorphose américaine, donc protestante, de l'assassinet de l'autel? Seule une connaissance anthropologique du christianisme et de ses métamorphoses dans les esprits angélisés par la démocratie est en mesure de s'articuler avec précision sur la politique des Etats qui se seront greffé des ailes de séraphins dans le dos. Observons au microscope électronique comment la foi américaine fournira à une Clio spéculaire les moyens de rendre intelligibles aux yeux de la raison de l'historien les relations diplomatiques entre l'OTAN, dont Washington est le patron et l'installation d'un bouclier baptisé "anti missile" en Pologne et en Tchéquie : quand la Russie a répondu à l'expansion pseudo irénique de l'empire du salut américain à la Mer Noire par le biais de la soumission de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN, l'installation de fusées Iskander à Kaliningrad a aussitôt conduit le Pentagone à geler l'expansion immaculée de l'empire parfait en Pologne et en Tchéquie.

8 - M. Medvedev face au " coup de l'ange "

C'est ainsi que la théopolitique nous reconduit à la pesée de l'inconscient religieux qui commande la diplomatie des masques sacrés de la démocratie. Il y faut une psychanalyse de la condition dite humaine, donc une anthropologie abyssale, parce que l'Histoire ne devient compréhensible, donc expliquante, que de se vérifier à l'école du non dit des autels. J'ai déjà rappelé qu'une histoire livrée pieds et poings liés à une religion de la Liberté est condamnée à rendre les événements intelligibles à une tout autre profondeur de la spectrographie des immolations pieuses qu'autrefois - sinon le terme même de science appliqué à la connaissance du temps méticuleusement mémorisé des peuples et des nations deviendra non seulement inadéquat, mais se videra de tout contenu cérébral appréciable. Comment le simianthrope négocie-t-il les relations de sa tête avec son sang et de sa parole avec son corps ? Afin de tenter de comprendre à quel point une connaissance anthropologique de l'imagination religieuse du singe vocalisé est devenue indispensable à l'intelligence de l'histoire diplomatique qu'appelle le XXIe siècle, observons les formes actuelles de la cécité théologique des protagonistes de l'histoire des empires.

M. Medvedev évoque en ces termes le renoncement rieur de Moscou au jeu des anges dupeurs dans lequel la Russie s'était pourtant laissé piéger : "Aucune personne sensée ne croit aux contes pour enfants sur une prétendue menace balistique iranienne, personne ne croit qu'au bord de la Baltique, à des milliers de kilomètres de Téhéran, il serait nécessaire d'installer des système d'interception de cette fameuse frappe balistique, nul ne croit qu'Oussama Ben Laden puisse se saisir d'un missile et menacer l'Occident en le tenant sous le bras."

Mais si M. Medvedev était un ironiste socratique initié aux secrets théologiques, donc anthropologiques de la politique des anges, il jouerait à son tour au jeu des séraphins. En quels termes afficherait-il alors le masque sacré de la Démocratie militaire, comment l'entendrait-on faire valoir sa collaboration aussi empressée que dévote à la stratégie de la dissuasion pieuse américaine, comment renforcerait-il la crédibilité du bouclier anti-missiles saintement installé en Pologne et en Tchéquie ?

- "Voyez, dirait-il, à quel point nous sommes à vos côtés, voyez à quel point nous partageons votre croisade pour la défense de la Vérité et de la Justice dans le seul monde de la foi véritable, celui qui assure désormais l'avènement du royaume de la Liberté sur la terre. Car les missiles du Démon contre lesquels vous entendez à bon droit protéger la nation américaine passeraient d'abord dans le champ de tir de nos Iskander; et si, par malheur, nous devions échouer à combattre les armes du Mal sur notre propre territoire, leur trajectoire satanique se trouverait ensuite interrompue par les missiles de votre bouclier évangélique à vous."

9 - La dissection des dieux

Si Mme Madeleine Albright avait abordé son sujet non point à partir d'une stratégie destinée à renforcer la suprématie mondiale américaine - ce qui l'a conduite à ne traiter que du meilleur usage diplomatique possible des croyances religieuses de l'islam - mais à partir d'une connaissance des fondements anthropologiques et politiques des meurtres sacrés, elle aurait doté son pays d'une véritable psychanalyse des idoles, parce que le monothéisme chrétien a éclairé avec deux millénaires d'avance les arcanes viscéralement sacrificiels de la politique internationale. Quel est le regard nouveau que le mythe de l'incarnation d'un dieu porte sur une espèce vouée à s'idolâtrer elle-même sous la figure d'ange qu'elle se donne à s'immoler sur la terre ? Car l'animal auto sacralisateur demeure craintif en diable; il ne progresse que prudemment, à petits pas et à peu de frais. Sitôt que les anges d'en face placent, eux aussi, leurs glaives et leurs crocs en première ligne, on s'aperçoit que les séraphins des deux bords ne sont pas réellement les dupes des masques sanglants qu'ils cachent sous leurs ailes. Pendant deux millénaires, le christianisme avait progressé sous la cuirasse et la bannière des Etats théophages que leur dieu comestible mettait au service des anges dûment incarnés qu'ils étaient devenus à eux-mêmes. Puis une Démocratie purifiée par son propre concept a pris la relève de la théologie de la manducation évangélique ; et ses sacrificateurs ont changé les victoires du glaive en pain de la Liberté. C'est pourquoi Mme Albright achève en toute innocence son ouvrage par un chapitre intitulé Invoquons les anges.

Mais sans un regard de simianthropologue sur l'espèce, qui depuis deux millénaires, se consacre à renforcer son propre sacre, sans un regard d'anthropologue sur une espèce qui n'élève une idole dans les nues que pour mieux déguiser sa puissance animale sur la terre, sans un regard d'anthropologue sur le sacré démocratisé, il n'y aura pas de science des deux autels de l'Histoire, celui de la Liberté politique et celui du ciel des anges; car tous deux illustrent non seulement, parallèlement, mais sur le même modèle le processus d'auto-sanctification inlassable d'un vivant biphasé de naissance et voué à se donner sa sainteté sur la terre afin de détourner son regard de la bête qui l'habite. Mais pourquoi cette espèce sanglante cache-t-elle son animalité meurtrière sous les masques d'un sacré immaculé, pourquoi se fabrique-t-elle les miroirs truqués qu'elle appelle des théologies, pourquoi tente-t-elle de se réenfanter à l'école de sa pseudo-purification angélique? Si la science historique approfondissait sa connaissance des autels simiohumains, elle féconderait non seulement des sciences humaines demeurées manchottes, mais elle porterait le regard sur le narcissisme proprement religieux des évadés de la zoologie devenus théophages. Alors elle jetterait un pont vers l'anthropologie des idoles ; et une voie appienne s'ouvrirait enfin à une science historique et diplomatique qui ne s'est pas réellement approfondie depuis Thucydide. Comment un autre chemin s'ouvrirait-il alors en direction des verbes expliquer et comprendre qui sont demeurés des nains depuis que la raison simiohumaine a délaissé son scalpel - celui qui avait commencé la dissection des dieux.

10 - L'avenir " théologique " de la science historique

La question de l'ultime fondement des religions sacrificielles se trouve dans le plus ancien code juridique du monde, le code d'Hammourabi, qui proclamait, il y a quatre mille ans, que la justice est faite pour protéger les faibles contre les puissants. Mme Madeleine Albright le rappelle d'une manière instructive, parce qu'elle en tire une double conclusion, l'une théologique, l'autre politique, à savoir que, certes, la vocation de l'Amérique lui "vient du Très-Haut", mais que néanmoins, son rôle est seulement de "mener, non de dominer" (p.318).

Quelle est la différence entre le guide et le maître ? Suffit-il de rappeler le code d'Hammourabi et de le greffer sur l'indouisme, qui exige que "personne ne fasse à autrui ce qui lui répugne à lui-même", sur la Thora, qui enseigne : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", sur Zoroastre, qui a observé que "ce que je considère bon pour moi-même, je dois également le considérer bon pour tous", sur Confucius qui dit : "Ce que vous ne voulez pas que l'on vous fasse, ne le faites pas aux autres", sur le Bouddha qui "a appris à traiter les autres comme soi-même", sur les stoïciens, qui professent que "tous les hommes sont égaux devant la haute instance de la Liberté", sur l'Evangile qui demande "d'agir à l'égard de son prochain comme il désire qu'on agisse à son égard", sur le Coran qui demande aux vrais musulmans "d'aimer leurs frères comme eux-mêmes" ? Cette pieuse récapitulation ne propose-t-elle pas à la diplomatie mondiale l'examen anthropologique d'une nouveau "péché capital" qui dirait : "Ne fais pas à autrui le coup de l'ange, puisque tu ne voudrais pas qu'on te le fasse".

Mais si la politique démocratique se faisait théologienne au point de découvrir que tout l'enseignement rappelé ci-dessus se fonde, en réalité, sur le rejet "du coup de l'ange" , peut-être la "science diplomatique" s'enrichirait-elle d'une connaissance nouvelle des verbes expliquer et comprendre. Car enfin, on n'a jamais vu le "péché" d'infliger à autrui un traitement qu'on ne voudrait pas subir se fonder sur la conscience et la volonté de se montrer méchant. L'injustice ne repose-t-elle pas toujours sur la prétention d'incarner la Justice et cette prétention-là n'est-elle pas la figure angélique du mal, celle qui faisait dire à Pascal que c'est précisément à "faire l'ange" que l'homme "fait la bête" ?

Peut-être la fécondité théologique de Mme Albright sera-t-elle de nous donner à interpréter un certain anthropologue du XVIIè siècle du nom de Blaise Pascal, qui appelle sa postérité politique à radiographier le "coup de l'ange" auquel le mythe de "l'incarnation de l'esprit" a conduit la diplomatie mondiale et dont la théologie messianique des démocraties illustre l'accomplissement. Mais alors, expliquer et comprendre l'histoire, c'est conduire ces verbes encore infirmes à demander aux psychanalystes et aux anthropologues de prendre la relève des pères de l'Eglise et de s'interroger en politologues sur l'alliance de Narcisse avec l'idole qu'il est à lui-même au plus profond des miroirs théologiques dans lesquels notre espèce se regarde et s'adore.

Le 17 novembre 2008

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/laicite/albright.htm http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/laicite/albright.htm



Lundi 17 Novembre 2008


Commentaires

1.Posté par souad le 17/11/2008 15:38 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Plainte contre Dieu


- Patron, on a reçu une plainte de ceux d'en bas.

Dieu était agacé. Il avait autre chose à foutre que de s'occuper de ceux-là.

- Qu'est-ce qu'ils veulent encore ? Ils n'ont pas encore compris que leurs malheurs ne viennent que d'eux-mêmes et que moi je n'y étais pour rien ?

- Là, c'est différent. C'est une plainte collective. Ils se sont tous mis d'accord.

- Ah, enfin ! ....

- Oui, mais ils se sont mis d'accord ... contre vous.

- Comment ça, contre moi !?!

- Tenez, par exemple, j'ai là une liste de Palestiniens et d'Israéliens. Ils ont tous signé le même document. Ils reconnaissent que Yahwey et Allah sont une seule et même entité.

Dieu se rengorgea.

- C'est le commencement de la sagesse.Tout ça, c'est moi....

- Attendez, Seigneur, c'est plus compliqué. Ils ont remonté les tenants et les aboutissants, les effets et les causes et ils se sont tous mis d'accord. Ils pensent qu ' en fin du compte le responsable, c'est vous.

- Mais, sans un dieu, rien ne marche. Regardez le marxisme....

- Ils le savent et ils s'en foutent. Ils ne veulent simplement plus jouer à ce jeu. Le phénomène est planétaire. On trouve la même chose à la frontière Indo-Pakistanaise.

- Ils ont enfin décidé un cesser-le-feu après le démarrage intempestif de cette foutu fusée nucléaire, en provenance de ce sous-marin que leur avaient vendu cette femme, Alliot-Marie, cette ... ministre de la défense nationale française. J'ai toujours pensé que ces Pakistanais seraient incapables de le faire fonctionner correctement, qu'une catastrophe finirait par se produire.

- Non, patron. Ils se passe une chose très bizarre.

- Ils ne croient plus en leur dieux ? Ils veulent remettre cela avec leur matérialisme ?

- Non, c'est pire que ça. Ils ne croient plus à rien. Il croient que vous n'êtes pas vraiment bon, que vous vous souciez d'eux comme d'une guigne. Ils en ont marre, c'est tout.

- Alors ?

- Alors on assiste à des suicides massifs. Ils ne se font même plus la guerre, ils se font sauter dans leur coin.

- Mais ça va être un bordel pas possible ! Qu'est-ce qu'on va faire de tous ces gens ? Ils croient au Père Noël, ou quoi ?

- Je vous l'ai dit, c'est pire que cela. Ils ne croient plus à rien du tout. Dans le secteur indouïste il y a des refus de réincarnations en masse. Ils demandent la formule "all reset".

- L'annihiliation complète ?

- L'annihilation complète. Le musulmans, quant à eux, refusent leur paradis. Ils disent que c'est du chiqué, un truc hollywoodien, carton pâte et compagnie. Côté chrétien, c'est pas mieux. Les anges essayent d'arranger les choses, en vain. Les chrétiens disent qu'entre un ange et un psychanalyste il n'y a finalement pas grande différence. Les animistes demandent à être changés en pierre et qu'on leur foute désormais la paix. Même les nihilistes ont des doutes. Il disent "le nihilisme, à quoi bon ? ...". Les hommes ont cessé de croire en eux-mêmes. Même les indiens ne veulent plus procréer.

- Et que fait Hubert Reeves ?

- Lui aussi a des doutes. Il ne croit plus à l'univers.

- Alors c'est la fin du monde.

- Tous pensent que si rien n'est réel et que l'univers n'est qu'une douloureuse fumisterie, autant en finir tout de suite. Ils disent que vous avez voulu vous distraire en les regardant se débattre mais que maintenant ils en ont marre de faire les frais "de vos distractions pour entité désoeuvrée".

- Mais... je ne peux rien faire !

- Ca, ils ont compris aussi. Ils ont mis le temps, mais ils ont pigé.

- Rien n'a de sens. Les choses deviennent, un point c'est tout.

- Et vous, vous vous rincez l'oeil en bouffant votre pop corn devant votre écran. Ils disent que vous ne souffrez pas, vous.

- C'est vrai que je ne souffre pas. Notez que je ne rigole pas non plus, chacun sa spécialité. Moi... je crée, après, ils se débrouillent, c'est leur problème.

- Ils disent que vous pouvez quand même faire quelque chose.

- Quelque chose, mais quoi ?

- Un bon Déluge ou un truc dans ce genre, mais sans l'Arche. Comme ça ils vous laisseront vous démerder avec votre planète et si vous vous emmerdez, ils disent que ça sera désormais votre problème




Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires