Palestine occupée

La dernière étape tragi-comique d'Oslo


Quiconque a suivi les pourparlers d'Annapolis ne sera pas surpris par le contenu du nouveau projet d'Olmert. Il cherche à graver dans le marbre la stratégie à deux fronts qu'Israël poursuit depuis Oslo : diviser et remettre à plus tard les questions sur le statut final jusqu'à ce que le temps et les faits accomplis les rendent superflues, et prétexter la sécurité pour refuser de tenir ses engagements.


Par Mustafa Barghouthi
Mustafa Barghouthi est Secrétaire général de l'Initiative Nationale Palestinienne.


Mardi 2 Septembre 2008

La dernière étape tragi-comique d'Oslo
Toute mention à la sécurité se réfère exclusivement à la sécurité d'Israël, l'idée étant de formaliser le principe particulier voulant que ceux qui sont sous occupation soient responsables de la sécurité de leurs occupants.

La proposition d'Olmert est un accord étagère. Il pourrait prendre effet immédiatement sans rien coûter à Israël, même pas l'arrêt de l'expansion de la colonisation. L'Autorité Palestinienne, pendant ce temps, devrait prouver deux choses : qu'elle est un policier compétent agissant par procuration pour l'occupation et qu'elle peut reprendre le contrôle de Gaza. Si elle ne peut pas le prouver, l'accord étagère restera sur l'étagère et Israël aura tué deux oiseaux avec une seule pierre. Il aura différé, une fois encore, les questions centrales, gagné du temps pour construire davantage de colonies, et il pourra porter le blâme sur les Palestiniens pour ne pas avoir encenser l'accord et réaliser la paix que le gouvernement israélien prétend désirer.

Selon un hadith prophétique, "le croyant ne se fait pas piquer deux fois par un même terrier". Après 15 ans d'expérience de l'Accord d'Oslo, les Palestiniens ont à peine besoin qu'on leur dise ce qu'il adviendra avec son équivalent d'Annapolis.

Peut-être l'aspect le plus dangereux du projet Olmert est-il qu'il cherche à faire dépendre la réalisation partielle des droits nationaux palestiniens des performances sécuritaires de l'Autorité Palestinienne. Ce qui est condamné d'avance puisqu'il dresse l'AP contre son propre peuple et sa cause nationale et fait la preuve qu'Israël est le véritable dirigeant. Pourtant, le premier objectif d'Israël serait atteint, qui est d'approfondir et de consolider les divisions palestiniennes internes.

Le projet mentionne que l'AP a accepté de différer la question du statut de Jérusalem. Vraiment ? Jusqu'à quand ? Etant donné l'intensification de la construction de colonies et la judaïsation continue de Jérusalem, différer ne peut vouloir dire qu'une chose – abandonner toute revendication palestinienne sur la ville. Pourtant, aucun palestinien ou arabe honorable ne peut accepter un accord qui ne garantit pas une Jérusalem arabe comme capitale de l'Etat palestinien.

Nous devons nous souvenir que toute tentative d'ajourner la question de Jérusalem est une tentative de séparer cette question de l'ensemble des droits palestiniens, pour préparer son élimination.

Le projet Olmert déploie le gros de son énergie à légitimer l'annexion des principales colonies de Cisjordanie. Ces colonies ne font que 7% de la Cisjordanie, clame Olmert. Ce chiffre est très trompeur, car il entérine le mur d'apartheid, condamné par la Cour Internationale de Justice, comme frontière officielle d'Israël. Il entérine aussi l'annexion de 80% des ressources aquifères de Cisjordanie. Et quoi en échange ? Un morceau de désert aride près de la Bande de Gaza, et cela seulement si la situation politique à Gaza change avec l'assurance du contrôle de l'AP sur la Bande.

L'accord à cet échange de terre ne ratifierait pas seulement l'annexion de la terre de l'autre côté du mur, et du mur lui-même. Il ratifierait également le système d'apartheid israélien tout entier. Car les colons resteront dans leurs colonies – toutes leurs colonies – jusqu'à ce que l'AP fasse la preuve de sa bonne volonté en se débarrassant de quiconque Israël n'aime pas. Dans l'intervalle, l'expansion de Maale Adumum, Arie, Gush Etzion et de toutes les colonies autour de Jérusalem va redoubler de vitesse pour faire de la place aux colons qui accepteront d'y déménager.

Comment explique-t-on le silence des avocats du processus d'Annapolis sur le fait que la construction des colonies a augmenté de 20 fois depuis Annapolis, et leur insistance que les négociations continuent en dépit de cette expansion fiévreuse ?

Ce qu'Olmert a gardé dans son chapeau jusqu'à maintenant, c'est qu'Israël continuera à contrôler les frontières, la Vallée du Jourdain et ce qui reste des ressources d'eau souterraines sous le prétexte d'arrangements sécuritaires. Tout ceci, c'est très clair, ajoute considérablement au 7% de la terre. Il n'est fait aucune mention dans ce 7% de la Vallée du Jourdain, de la Mer Morte, des villages de Latroun (une zone détruite par l'armée israélienne après 1967 située entre Jérusalem et Ramallah).

Ce que les Israéliens préparent, avec le soutien des USA, c'est de faire accepter aux Nations Unis tout accord auquel ils parviendront comme une bénédiction, annulant ainsi toutes les résolutions et lois internationales précédentes en faveur des droits nationaux palestiniens.

Le prix qu'Israël extorque, avec le retrait de Jérusalem de l'équation des droits palestiniens, c'est de mettre un terme aux revendications des réfugiés palestiniens une bonne fois pour toutes. Au fond, le plan qu'Olmert a mis sur la table des négociations n'est rien d'autre que le projet d'en finir avec les principes nationaux palestiniens et de miner définitivement les droits légitimes du peuple palestinien.

Le projet marque la fin de la tragi-comédie d'Oslo et le triomphe de tout ceux qui croient que réalisme signifie reddition. C'est une tentative de contournement des quatre questions clés du statut final – Jérusalem et les réfugiés, les colonies et l'annexion de grands pans de la Cisjordanie – en les éliminant, et en reportant tout le reste jusqu'à ce que les faits accomplis rendent toute revendication palestinienne également superflue.

En bref, c'est une tentative de changer toute idée d'Etat indépendant en cantons isolés administrés par une autorité non souveraine, captive d'un régime d'apartheid. Il est temps que les Palestiniens arrêtent leur recul et leur désintégration. Il est temps pour eux de faire plus que d'émettre des réserves ponctuelles sur telle ou telle idée d'Olmert. Ils doivent rejeter toute solution partielle ou intérimaire et dénoncer la politique israélienne qui consiste à imposer des faits accomplis sous l'apparence de négociations qui n'ont jamais eu pour but de réussir.

La réelle réponse à Olmert et à l'establishment raciste au pouvoir en Israël est de restaurer l'unité nationale, créer une direction nationale unifiée et forger une stratégie collective pour conduire la lutte contre l'occupation, pas de s'en accommoder. Une telle stratégie doit combiner les formes de la résistance non violente à l'occupation et à l'apartheid des associations de la base avec des politiques sociales et économiques qui soutiennent le peuple et répondent à ses préoccupations. Elle doit également construire un puissant mouvement de solidarité internationale avec la cause palestinienne et revitaliser le lien national commun entre les Palestiniens à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine.


Source : Maan News
Traduction : MR pour ISM


Mercredi 3 Septembre 2008

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