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La crise alimentaire en Afrique: l'extraversion des économies mise en cause



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Lundi 28 Avril 2008

Dans la pyramide des besoins schématisée par le psychologue Abraham Maslow , la satisfaction des besoins physiologiques, c’est-à-dire pour la survie de l’homme, il lui faut d’abord respirer, boire, faire ses besoins, manger, dormir, se réchauffer,... avant toute autre chose. C’est ainsi que tous les pays aujourd’hui dits développés ont d’abord développé le secteur agricole, nourrissant la population avant le développement industriel. Les pays du Sud, aujourd’hui encore n’arrivent pas à s’assurer une sécurité alimentaire convenable, c’est du moins le sentiment qu’ils ont donné suite à la flambée des prix de produits alimentaires depuis le début de cette année. Cette crise alimentaire a concerné au moins 37 pays tous du Sud. L’Afrique dont 60% de sa population est rurale n’est toujours pas parvenue à la sécurité alimentaire. Face à ce paradoxe africain en matière alimentaire, cette crise met enfin les projecteurs sur l’insécurité alimentaire des pays africains.

Quand l’actualité dépeint la situation d’insécurité alimentaire
Les medias occidentaux désignent les manifestations contre la vie chère dans les pays du Sud d’émeutes de la faim. Ce terme impropre à connotation péjorative est utilisé pour salir l’image de l’Afrique alors que des français, sous l’occupation, sont morts de faim ou de pathologies directement afférentes à la dénutrition. A contrario des medias occidentaux, nous utilisons dans ce papier le terme de manifestation contre la vie chère ou de conséquences de la flambée des prix des produits alimentaires. Les manifestations contre la vie chère ont éclaté du 20 au 28 février 2008 au Burkina Faso (et 8 et 9 avril, une grève générale), fin février au Cameroun, 30 mars au Sénégal, 31 mars et 1er avril en Côte d’ivoire, 3 avril en Haïti et les 6,7 et 8 avril en Egypte. Les causes sont connues : l’augmentation du prix de l’énergie (pétrole et gaz) qui se répercute sur toute la chaine de la production agricole, la flambée des prix des pesticides, des engrais, et le regain d’intérêt des biocarburants (utilisant des produits alimentaires). Selon les projections sérieuses, les prix augmenteront encore plus en raison de l’accroissement du niveau de vie en Chine et en Inde et du changement climatique. Les chinois consomment plus de protéines d’origine animale or pour produire un kilo de viande, il faut entre trois et sept kilo de céréales. Les prix des aliments de base ont augmenté de 80% en trois ans, le riz est plus cher qu’il ne l’a jamais été depuis vingt ans, le blé vaut le double de son prix moyen depuis vingt-cinq ans... Voici comment les experts décrivent la situation préoccupante au sujet des produits de base. La question de la sécurité alimentaire des pays africains se pose avec acuité. Le concept de sécurité alimentaire fait référence à la disponibilité ainsi qu'à l'accès à la nourriture en quantité et en qualité suffisante. C’est donc la possibilité pour un pays de subvenir aux besoins alimentaires de son peuple par sa seule production. Pourtant la nécessité d’une politique d’autosuffisance alimentaire a été abordée lors du 11e sommet françafricain de Bujumbura en 1984. L’essentiel des discussions portait sur l’endettement, la stabilisation des recettes, l’autosuffisance alimentaire. Le président Mitterrand l’évoquait en ces termes : « Il me paraît essentiel que les nécessités du développement rural soient désormais prises en compte dans toute leur complexité... Aider les communautés paysannes à se nourrir et à contribuer à la sécurité alimentaire de leur pays, telle est l’ambition de notre soutien à des stratégies alimentaires adaptées, dont l’élaboration et le suivi relèvent de la responsabilité souveraine de l’Etat bénéficiaire. Telle est aussi la nouvelle orientation donnée à l’aide alimentaire française. Indispensable pour faire face à la famine ou aux déficits alimentaires structurels, cette aide d’urgence n’est utile que si elle accompagne, au lieu de les contrarier, les efforts de chaque pays pour réaliser sa propre sécurité alimentaire ».S’alimenter par ses propres moyens, prendre son destin entre ses mains et répondre aux exigences de la vie rend fort et indépendant. Cela n’est pas seulement vrai pour les individus mais aussi pour chaque pays. Alors que les occidentaux pensent et réfléchissent sur les questions stratégiques qui s’imposent aujourd’hui, c’est-à-dire, l’après pétrole, la réorientation des politiques de défense, l’Afrique s’inquiète sur l’état du ventre de ses enfants. Pourquoi un continent dont le climat est propice à l’agriculture vivrière n’arrive pas à nourrir ses populations ? Un bref rappel des faits économiques suffit par pointer du doigt la piètre spécialisation de nos économies depuis la colonisation.

L’extraversion des économies africaines mise en cause

« La politique coloniale est fille de la politique industrielle », tel est le sentiment de Jules Ferry . C’était l’époque où les capitaux abondent et les infrastructures très développées mais l’industrialisation nécessite des matières premières à faible coût, une main d’œuvre abondante et des débouchés pour les marchandises. C’est ainsi que l’expansion coloniale va perdurer de 1879 à 1900. Cette logique va prendre forme au sein d’une économie de traite, qui sera réalisée par les compagnies d’import-export en relation avec les compagnies de fret et les banques. Le modèle de l’économie de traite est le suivant : les colonies sont des réservoirs de produits exotiques et des déversoirs de produits manufacturés. De fait, l’agriculture constitue la base de l’économie pour beaucoup d’Etats du continent. Au Mali comme à Madagascar, la population compte plus de 70 % de paysans, et en tout le secteur agricole fournit 57 % des emplois du continent. Pourtant, le secteur ne contribue que pour 17 % à son PIB. Dans de nombreux pays, il est notamment fragilisé par sa dépendance vis-à-vis des cultures de rente développées pendant la période coloniale et destinées à l’exportation. L’économie du Ghana, par exemple, est tributaire de l’évolution des cours mondiaux du cacao, celle du Mali des cours du coton, celle du Kenya des cours du thé. Certaines de ces cultures ont conduit à l’appauvrissement des sols, comme au Sénégal où la monoculture de l’arachide a abîmé durablement un écosystème déjà fragile, ou en Côte d’Ivoire où la culture du cacao s’est faite au détriment du couvert forestier. Les économies africaines sont restées sauf rares exceptions, dominées par l’économie de plantation ou l’économie minière. L’agriculture vivrière, elle est demeurée très traditionnelle et extensive. Pour nous flatter à fournir en matière première leurs industries, les occidentaux ont créé un Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour distribuer des aliments parfois avariés, nous empêchant toute réflexion sur l’autosuffisance alimentaire. Les importations et aides céréalières ont doublé entre 1974 (5 millions de tonnes) et 1980 (10 millions de tonnes). Le philosophe grec Xénophon disait que « l’agriculture est la mère de tous les arts : lorsqu’elle est bien conduite, tous les autres arts prospèrent ; mais lorsqu’elle est négligée, tous les autres arts déclinent, sur terre comme sur mer ». Or l’Afrique est le seul continent où la production agricole par habitant a baissé au cours des vingt-cinq dernières années. C’est aussi le continent où l’agriculture a énormément souffert de politiques erronées ou inadaptées, aussi bien durant la période coloniale que dans un passé plus récent. La priorité à l’industrialisation et à la monoculture de rente a déséquilibré et fragilisé l’agriculture. En acceptant l’aide alimentaire qui est en réalité l’excédent agricole que les Etats-Unis donnent au Programme Alimentaire Mondial (PAM), contribuant ainsi à la baisse des produits alimentaires en Afrique, les africains ont expressément opté pour le désinvestissement dans le secteur agricole. Aujourd’hui encore, ces pays occidentaux qui aiment jouer le rôle de sauveur promettent monts et merveilles. Le président Bush a annoncé le déblocage de 200 millions de dollars quand Nicolas Sarkozy promet de porter son enveloppe d’aide alimentaire à 60 millions d’euros pour 2008.



La responsabilité de la dette et des Programmes d’Ajustement Structurel

Dans les années 70, l’appel à un Nouvel Ordre économique international lancé par le Mouvement des pays non alignés a conduit la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (UNECA) à élaborer de nouveaux principes directeurs pour l'instauration du nouvel ordre international en Afrique, qui ont servi de base à la Stratégie de Monrovia (1979), au Plan d’action de Lagos (PAL) et à l'Acte final de Lagos en 1980. Le PAL préconisait un développement fondé sur cinq principes – autonomie, union économique en 2000 à travers l'intégration régionale, démocratisation du processus de développement et équité et justice dans la répartition des fruits du développement par l’éradication progressive de la pauvreté et du chômage. Les institutions financières internationales (IFI) et les pays qui les contrôlent se sont alarmés et ont chargé, en 1981, le Professeur E.T. Berg et son équipe d’étudier les problèmes de développement de l’Afrique. Le Rapport Berg annonçait les Programmes d’ajustement structurel (PAS). La crise de la dette des PED, qui éclate dans les années 80,donne au Fonds Monétaire internationale (FMI) et à la Banque Mondiale (BM), l’occasion d’activer la « nouvelle canonnière » de la conditionnalité et d’imposer, sous couvert d’ajustement structurel, l’ouverture des marchés et le désengagement de l’Etat. Les programmes d’ajustement structurel, prescrits à la fin des années quatre-vingt par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont obligé les Etats à se retirer du secteur agricole, mis fin aux systèmes de stabilisation des prix, entraîné la fermeture des offices publics de commercialisation, supprimé les subventions à l’achat d’intrants ainsi que les organismes de recherche et de vulgarisation. Au final, les paysans se sont retrouvés sans ressources, financières comme techniques. Ces orientations ont été renforcées, en 1994, par les accords de Marrakech signés, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, pour favoriser la libre circulation des produits agricoles. Le recours aux importations dans un contexte de bas prix internationaux et de surévaluation des monnaies a conduit à une contre-protection de l’agriculture. Dans ce labyrinthe, l’Afrique se retrouve dans un cercle vicieux : pour payer la dette, il faut des devises donc le développement de l’agriculture de rente, qui est la principale source de recettes parafiscales pour la majorité des Etats. Là encore resurgit la dette odieuse, impérialiste de nos pays qui nous limite à une spécialisation appauvrissante. Ces dispositions impérialistes viennent s’ajouter à de bidons accords signés entres les pays africains et les pays occidentaux. Il s’agit des accords de Yaoundé I de 1963, Yaoundé II de 1969;
de Lomé I (1975), 1979 (Lomé II, 57 pays), 1984 (Lomé III, 66 pays) et 1990 (Lomé IV), Cotonou (2000).


Le développement de l’agriculture pour éviter l’arme alimentaire occidentale


Encore une fois, cette crise alimentaire en Afrique montre bien l’amateurisme et l’incompétence de nos dirigeants. Des dirigeants qui pilotent à vue, qui n’ont aucune vision pour ce beau contient qu’est l’Afrique. Excellent dans l’émotion et dans les réactions épidermiques, tous les chefs d’Etats ont découvert subitement la nécessité de développer l’agriculture des produits de base. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a dévoilé, vendredi 18 avril 2008, un plan ambitieux d’expansion des terres cultivées pour que son pays parvienne à l’autosuffisance alimentaire d’ici la prochaine récolte. Les huit ministres des finances de l’Union économique et monétaire ouest-africaine ont décidé de réunir une somme de 100 milliards de Francs CFA afin de développer sa politique agricole et de résoudre ainsi l’équation entre offre et demande. Oh Dieu pourquoi nos dirigeants n’anticipent jamais si ce n’est se plaire confortablement dans un attentisme béat. Et dire qu’ils sont prompt ces présidents africains à ressasser l’évangile de l’indépendance pendant qu’ils n’arrivent pas à nourrir leurs peuples. L’indépendance trouve son origine dans l’appel de leaders africains patriotes comme Nkrumah, Lumumba, Cabral et Nyerere à sortir de l’économie politique coloniale et à construire des économies indépendantes, autosuffisantes et intégrées en interne. Les pays africains doivent sans délai donner la priorité à la production agricole à des fins alimentaires. Pour alléger les dépenses alimentaires (60% des revenus) de nos pays, il faudra lancer des programmes d’intensification de l’agriculture (mécanisation et amélioration des rendements). L’Afrique doit grandir et ne plus attendre comme un mendiant demandant l’aumône. Souvenons-nous de Bernard Kouchner débarquant sur les côtes de Somalie avec son sac de riz. Quand le président Sarkozy déclare que nous avons une part de responsabilité de nos malheurs, il n’a pas totalement tort. Pourquoi l’Afrique ne développe pas les cultures vivrières alors que son climat le permet ? bien-aimés frères, il est aussi utile que nous remettions en cause le mode de vie, le modèle culturel que les occidentaux nous ont imposé depuis la colonisation faisant de nous les consommateurs de produits étrangers, dont la résultante est le déficit structurel de nos balances commerciales. L’Afrique doit nourrir ses enfants sans les colis du PAM. D’ailleurs, nous soumettons à l’appréciation des gouvernants africains la création d’un Programme Alimentaire Africain (PAA) pour venir nous-mêmes en aide aux pays frappés par des catastrophes naturelles mettant à mal la satisfaction des besoins alimentaires des populations. Afrique lève la tête et marche dignement sinon ils te mettront au banc de l’humanité.

Que Dieu bénisse l’Afrique !
Prao Yao Séraphin
Président du MLAN
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Lundi 28 Avril 2008

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