Palestine occupée

La crainte de « la guerre d’usure »


Cette guerre a une sale gueule. » L’aveu est du soldat réserviste israélien Ori de Kiryat Chmona. Le reporter de l’agence française AFP a constaté que le soldat, avec d’autres militaires, se baignait dans un étang.


Farid@evhr.net
Mardi 25 Juillet 2006

Le titre du reportage se passe de commentaire : « Dernière baignade avant le ‘‘bourbier’’ libanais ». Au nombre de 6000, les réservistes viennent à la rescousse d’une armée qui hésite à pénétrer le sol libanais, l’occupation du village de Maroun El Ras en fait exception. Certains, dont des objecteurs de conscience, ont refusé de rejoindre les rangs de l’armée. Ils ont manifesté dans les rues de Tel-Aviv avec des mouvements pacifistes et de gauche contre la nouvelle guerre. La chaîne de télévision iranienne Al Alam a annoncé que des Israéliens sont nombreux à solliciter les services des ambassades occidentales pour obtenir des visas. En dépit du fait que Tel-Aviv soit loin de la zone de guerre, la peur est là, installée. D’où l’importance, d’une part, de l’action diplomatique, et d’autre part, d’intensifier la guerre psychologique. Tous les ambassadeurs d’Israël à l’étranger occupent les devants de la scène pour tenter de justifier l’attaque contre le Liban. C’est que l’action militaire sur le terrain n’arrive pas à éviter les fissures d’une certaine « unanimité » internationale. Simple à constater : après quatorze jours d’offensive militaire au Liban, dans laquelle même des bombes proscrites ont été utilisées, le Hezbollah n’est pas neutralisé et les deux soldats recherchés n’ont pas été retrouvés. Les villes du nord d’Israël, comme Safed et Haïfa, continuent de recevoir des roquettes du parti de Hassan Nasrallah. La censure militaire israélienne tente de minimiser les dégâts. Cela porte un nom : échec. D’où l’urgence pour les stratèges militaires de pénétrer le sol libanais. Mais il y a un casse-tête. « Israël doit défendre un tiers de son territoire et les tirs ennemis peuvent toucher un quart de la population. Le mode d’organisation des milices chiites, dont une majorité d’armes restent dans des camions sans cesse déplacés, oblige les forces israéliennes à frapper et à paralyser l’ensemble du territoire libanais pour entraver leur activité », explique Pascale Zonszain du site proche-orient.infos (favorable aux thèses de Tel-Aviv). Comment « combiner » tout cela ? L’aviation israélienne, qui avec les forces aériennes turques est la mieux dotée en chasseurs-bombardiers F16 dans la région avec plus de 220 appareils, pilonne d’une manière régulière la ville de Tyr, presque sans raison. La propagande fait dire aux médias que c’est « un bastion » du Hezbollah. Les chaînes de télévision françaises et européennes TF1, I Télé et Euronews ont même cru savoir que même Beyrouth était « un fief » du parti de Hassan Nasrallah. Pas moins ! Manière évidente de faire passer l’idée que si des civils, dont des enfants, sont tués, c’est presque de leur faute puisqu’ils se retrouvent dans un « mauvais » endroit.

Le Shabak en difficulté

Claude Moniquet, président de l’European Strategic Intelligence and Security Center (Bruxelles), pousse plus loin l’explicatif : « Le Hezbollah est une milice, une armée insurrectionnelle qui mène une guerre insurrectionnelle. Or dans ce type de conflit, le ‘‘civil’’ n’est parfois qu’un milicien qui vient de déposer sa kalachnikov ou qui la prendra dans quelques heures. » Et voilà qu’arrive le signe de la panique. Tsahal, après plus de 400 morts au Liban et plus de 40 tués en Israël, menace, selon les agences de presse, de détruire dix immeubles à Beyrouth pour chaque tir sur Haïfa. Le Hezbollah a annoncé, de son côté, détruire des chars et des hélicoptères israéliens. Le parti de Hassan Nasrallah a l’avantage du terrain. Il peut tirer bénéfice d’un recours à la guérilla face à laquelle l’infanterie israélienne risque de laisser des plumes. Le spectre du Vietnam est présent dans les esprits. Les deux services de renseignement Mossad et Shabak (ex-Shin Bet dont le slogan est « Le défenseur qui ne doit être vu ») semblent se rendre compte du retard accusé depuis le retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban en 2000 après 22 ans d’occupation. Plusieurs éléments des opérations clandestines ont été assassinés dans des missions d’information dans la région. « En matière de renseignements, 2000 a été pour nous l’année zéro », a déclaré un responsable de la sécurité à Reuters. Le Shabak a trouvé des difficultés à recruter des « informateurs » réguliers. « Les membres du Hezbollah sont ardemment fidèles et difficiles à retourner », reconnaît un responsable du Shabak. L’espionnage électronique n’a pas suffi à « explorer » les secrets du Hezbollah. Pis, l’armée israélienne est piégée par sa propre technologie. Explication : les roquettes du Hezbollah, qui tombent facilement sur Haïfa, Naharya ou Safed, ne sont pas détectées par le système antimissile parce qu’elles n’émettent pas de signaux électroniques. Face à cette situation, le performance des Patriot ne sert à rien. Israël, qui a de tout temps cherché à avoir une suprématie offensive sur ses voisins et qui est la huitième puissance spatiale, consacre 75% du budget militaire à l’armée de l’air, perçue comme l’élément central de la défense stratégique. Facile donc à constater que l’engagement sur le terrain des forces israéliennes sera longuement étudié, pour ne pas dire évité. Ce n’est pas par hasard que Ehud Olmert, Premier ministre, se déclare théoriquement disposé à accepter le principe d’une force internationale aux frontières avec le Liban. Le quotidien israélien Haaretz estime qu’il faut éviter d’entrer dans « une guerre d’usure ». Surtout que le front palestinien devient de plus en plus chaud. Haaretz suggère même à Ehud Olmert, qui contrairement à Ariel Sharon n’a aucune expérience militaire, de préparer une « stratégie de sortie ». « L’armée pense avoir une semaine devant elle », a déclaré hier un responsable des services de sécurité. Tout le problème est de savoir si « la semaine militaire » compte sept jours ou sept mois ! « Nous espérons que ça va se terminer rapidement, c’est ce que tout le monde espère », confie Chen, camarade du réserviste Ori, cité plus haut.

Faycal Metaoui
El Watan -Algerie---


Mardi 25 Juillet 2006

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