Propagande médiatique, politique, idéologique

La charge de la brigade médiatique



John Pilger
Samedi 10 Juillet 2010

La charge de la brigade médiatique


John Pilger, 8 juillet 2010


      Dans sa dernière colonne pour New Statesman, John Pilger décrit comment l’omniprésence de la culture du système médiatique en Zunie ouvre la voie à un état de guerre endémique. Et malgré toutes les colonnes de journaux et les heures d’émission qui en sont pleines, le lavage de cerveau ne prend pas. Il suggère qu’il s’agit de « la plus grande vertu de la Zunie. »



      La présentatrice de la télévision a fait une interview partagée sur l’écran avec un journaliste qui s'était porté volontaire pour être témoin à l'exécution d'un homme condamné à mort depuis 25 ans dans l'Utah. « Il avait le choix, » a dit le journaliste, « l'injection létale ou le peloton d'exécution. « Oh là là, » s’est emballée la présentatrice. Top d’un déferlement de publicités pour la restauration rapide, un blanchissant de dents, l’agrafage de l'estomac*, la nouvelle Cadillac. Suite à cela, la guerre en Afghanistan a été présentée par un correspondant en sueur dans un gilet pare-balles. « Holà, il fait chaud, a-t-il henni sur sa moitié d'écran. « Faites attention à vous, a répliqué la présentatrice. « Coming up » était une émission de téléréalité dans laquelle la caméra observait un homme en train de purger sa peine d’emprisonnement dans un réduit de prison.
[* Ndt : C’est dommage qu’on n’ait pas encore ça chez nous, à moins que j’ai mal vu. Imaginez un peu le truc : vous regardez négligemment le JT tout en grignotant les queues de radis laissées par la gente politique, et voilà qu'un charcutier en blouse verte vous propose de vous ligaturer le gésier pour vous empêcher de vous empiffrer.]


      Le lendemain matin, je suis arrivée au Pentagone pour une entrevue avec l'un des hauts fonctionnaires du président Obama, un décideur en matière de guerre. Il y a eu une longue ballade le long de corridors brillant ornés de tableaux de généraux et d’amiraux festonnés de rubans. La pièce réservée aux entretiens avait été agencée à cet effet. Elle était bleue et d’un froid glacial, dépourvue de fenêtre et de caractère, à l’exception d’un drapeau et de deux chaises, des accessoires destinés à créer l'illusion d'un lieu de pouvoir. La dernière fois que je suis allé dans une salle comme celle du Pentagone, un colonel nommé Hum a interrompu mon entrevue avec un autre décisionnaire de guerre, au moment où j'ai demandé pourquoi tant de civils innocents sont tués en Irak et en Afghanistan. Ils étaient des milliers à l’époque, ils sont plus d'un million à présent. « Arrêtez la bande ! » avait-il beuglé.


      Il n'y avait pas de colonel Hum cette fois-ci, juste l’attestation polie des militaires rejetant qu’il s’agirait d’un « fait banal » pour la soldatesque de recevoir l'ordre de « zigouiller chaque saloperie de mère. » À l'Associated Press le Pentagone a dit dépenser 4,7 milliards de dollars en relations publiques pour gagner le cœur et l’esprit, non pas des récalcitrants des tribus afghanes, mais des Zuniens. C'est ce qui est connu sous le nom de « domination de l'information, » et les gens des relations publiques sont des « guerriers de l'information. »


      Le pouvoir impérial zunien monte grâce à une culture médiatique dans laquelle le mot impérial est tabou. L’aborder serait sacrilège. Les campagnes coloniales sont vraiment des « guerres contre le discernement » (wars of perception) écrit l’actuel commandant, le général David Petraeus, dont les termes et stipulations sont popularisés par les médias. La « narration » est la parole accréditée car elle est post-moderne et dénuée de contexte et de réalité. Le témoignage narratif sur l'Irak dit que la guerre est gagnée, et celui sur l'Afghanistan raconte que c'est une « guerre juste. » Que ce ne soit pas vrai non plus n'est pas la question. Ils mettent en avant une « grande allégorie » de menace constante et la nécessité de la guerre perpétuelle. Selon Thomas Friedman, un célèbre chroniqueur du New York Times, « Nous vivons dans un monde de menaces imbriquées tombant en cascade, qui ont le potentiel de bouleverser notre pays à tout moment. »


      Friedman encourage l’attaque de l’Iran dont l'indépendance est intolérable. Voilà la vanité psychopathe d'une grande puissance que Martin Luther King décrivait comme « le plus grand pourvoyeur de violence du monde. » Il a ensuite été abattu.


      La psychopathie est applaudie à travers la culture corporative populaire montrant la mort d'un homme préférant le peloton d'exécution à l’injection létale à la télévision, le film oscarisé The Hurt Locker et le nouveau documentaire primé sur la guerre, Restrepo. Les directeurs des deux films refusent d’admettre la violence et donnent de la dignité à l'invasion « apolitique. » Et pourtant, derrière la façade caricaturiste, l'objectif est grave. La Zunie est engagée militairement dans 75 pays. Elle a quelque 900 bases militaires à travers le monde, de nombreuses entrées sur les sources de combustibles fossiles.


      Mais il y a un problème. La plupart des Zuniens sont opposés à ces guerres et à dépenser des milliards de dollars pour elles. Le fait que leur lavage de cerveau foire si souvent constitue la plus grande vertu de la Zunie. C'est souvent dû aux non-conformistes courageux, en particulier ceux qui sortent de la centrifugeuse du pouvoir. En 1971, l'analyste militaire Daniel Ellsberg a divulgué des documents connus sous le nom de Documents du Pentagone, qui exposaient le mensonge de quasiment tout ce racontaient deux présidents sur le Viêt-nam. Beaucoup de ces initiés ne sont même pas des renégats. Une partie de mon carnet d'adresses est remplie de noms d'anciens officiers de la CIA qui ont osé parler. Ils n'ont aucun équivalent en Grande-Bretagne.


      En 1993, au moment de l'invasion meurtrière du Timor oriental par l'Indonésie, l’agent des opérations de la CIA à Jakarta, Philip C. Liechty, m'a raconté que le président Gerald Ford et Henry Kissinger, ministre des Affaires étrangères à l’époque, avaient donné le feu vert au dictateur Suharto et fourni secrètement les armes et la logistique dont il avait besoin. Quand les premiers rapports de massacres sont arrivés sur le bureau de Liechty, il a commencé à changer. « Ça n’allait pas, » a-t-il dit. « Je me sentais mal. »


      Melvin Goodman est aujourd’hui un savant de l’université Johns Hopkins à Washington. Il a été pendant plus de 40 ans dans la CIA et s’est élevé au rang d’analyste principal du monde soviétique. Lorsque nous nous sommes rencontrés l'autre jour, il a décrit la conduite de la guerre froide comme une série d'exagérations grossières de l’« agressivité » des Soviétiques ignorant délibérément leur intelligence à s’acharner à éviter à tout prix la guerre nucléaire. Cette vision est corroborée des deux côtés de l’Atlantique par les fichiers officiels levés du sceau du secret. « Ce qui importe pour les durs de Washington, » disait-il, « c’est la manière dont pourrait être exploitée la perception d’une menace. » En tant que directeur adjoint de la CIA dans les années 80, l’actuel ministre de la défense, Robert Gates, n'a cessé de faire du battage médiatique sur la « menace soviétique » et, selon Goodman, il est en train de faire la même chose aujourd'hui pour « l'Afghanistan, la Corée du Nord et l'Iran. »


      Peu de choses ont changé. En 1939, en Zunie, W. H. Auden écrivait :


Tandis que s’évanouissent les espoirs brillants

D'une piètre décennie malhonnête,

Obsédant notre vie privée,

Des vagues de colère et de peur

Se répandent dans les régions brillantes

Et noircies de la Terre [...]

Ils fixent sur le miroir

Le visage de l'impérialisme

Et le préjudice planétaire



Original : www.johnpilger.com/page.asp?partid=580
Traduction copyleft de Pétrus Lombard




Samedi 10 Juillet 2010


Commentaires

1.Posté par Aigle le 10/07/2010 19:33 | Alerter
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Que les ZINTELLECTUELS BOUGNOULES CHAMPIONS DU PSITTACISME prompts a chanter les refrains de Zigotos faussaires en philosophie , journalisme , psychologie , sociologie .........mais........ maitres "Blancs " , lisent cet article avec attention ........Ils se sentiront encore plus "petits" qu'ils ne le sont ..........

2.Posté par Joszik le 11/07/2010 12:37 | Alerter
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Je t'approuve Aigle.

3.Posté par Intellecterroriste le 12/07/2010 08:25 | Alerter
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Le problème c'est bien qu'ils se savent petits! Sinon pourquoi aboyer et mordre comme ils le font!?

Pour plagier un grand écrivain...

"Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux!"

Amicalement

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