Conflits et guerres actuelles

La bataille de N’djaména : au Tchad, Sarkozy va-t-il vraiment enterrer la Françafrique ?


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Mercredi 7 Décembre 2016 - 15:38 OBAMA VEUT À TOUT PRIX LA GUERRE


L’attaque lancée par les forces dites rebelles contre la capitale tchadienne la semaine dernière a connu un temps d’arrêt lundi, sanctionné par un cessez-le-feu. Les rebelles connaîtront-ils le même échec qu’en avril 2006. Ce n’est pas si sûr. Tous les regards sont désormais tournés vers Paris : le président Sarkozy va-t-il donner l’ordre aux 1500 militaires français présents sur place de sortir de leur réserve apparente (ils se content d’évacuer les étrangers et d’apporter un appui logistique et aérien aux forces d’Idriss Déby) ?

La nouvelle bataille de N’djaména est stratégique : si Idriss Déby est renversé par des rebelles appuyés par le Soudan, on peut être certain que l’armée soudanaise attaquera ses propres rebelles au Darfour et la force européenne de stabilisation dans la région, l’ EUFOR, sera définitivement compromise. Le Général Bozizé, au pouvoir dans la Centrafrique voisine, et protégé d’Idriss Déby et de la France, verrait ses heures comptées.

AUTEUR: Auteurs divers, présenté par Fausto Giudice


Mercredi 6 Février 2008

La France a obtenu du Conseil de sécurité de l'ONU, lundi 4 février, un feu vert à une éventuelle intervention militaire au Tchad par l'adoption d'une déclaration condamnant les attaques des rebelles contre le régime du président Idriss Déby et demandant "aux États-membres d'apporter l'appui demandé par le gouvernement tchadien". Le texte, sans être la résolution que souhaitait à l'origine Paris, est considéré comme une base juridique suffisante pour une action militaire.

En attendant, le colonel Kadhafi, grand allié de la France et d’Idriss Déby, s’est empressé de livrer des armes à ce dernier.

Lire ci-dessous les informations permettant de comprendre ce qui se passe au Tchad, pièce stratégique dans l’échiquier de la Françafrique, dont Sarkozy dit vouloir enterrer. Pour le moment, il ne nous a pas convaincu..

Fausto Giudice, Tlaxcala

Tchad: "si la France doit faire son devoir, elle le fera", lance Sarkozy aux rebelles

 « Si la France doit faire son devoir, elle le fera. Que personne n'en doute", a averti mardi Nicolas Sarkozy à propos de la situation au Tchad, où des forces rebelles tentent de renverser le régime du président Idriss Déby.

"Maintenant qu'il y a la décision du Conseil de sécurité (des Nations unies), il faut laisser le Tchad tranquille" et "arrêter maintenant avec ces actions rebelles", a lancé le président français, en déplacement à La Rochelle.

"Si le Tchad était victime d'une agression, la France aurait -au conditionnel- les moyens de s'opposer à cette action" et "chacun doit bien y réfléchir", a insisté Nicolas Sarkozy, qui était interrogé sur une éventuelle intervention militaire française contre les rebelles tchadiens. "Chacun est averti et doit prendre ses responsabilités."

"L'armée française n'est pas là pour s'opposer par les armes à qui que ce soit, mais maintenant il y a une décision juridique du Conseil de sécurité, prise à l'unanimité", a-t-il rappelé, en référence à la déclaration présidentielle adoptée la veille au siège de l'ONU, qui condamne "fermement" les attaques et "toutes les tentatives de destabilisation par la force" du Tchad.

"C'est par les élections qu'on prend le pouvoir et pas autrement", a relevé M. Sarkozy.

La déclaration présidentielle du Conseil de sécurité "soutient sans ambiguïté le gouvernement légitime du Tchad. Elle condamne sans ambiguïté l'action des rebelles" et "elle donne un cadre juridique en cas d'éventuelle agression contre le régime du président Déby pour que chaque pays aide le gouvernement légitime", a encore souligné le président français.

Aux rebelles qui accusent la France d'avoir participé aux combats et tué des civils, Nicolas Sarkozy a répondu: "ce n'est absolument pas exact". "Il n'y a eu aucun tir de l'armée française, si ce n'est pour protéger nos compatriotes lorsque nous avons été amenés à les exfiltrer (...) C'est une décision que j'ai prise dans la nuit de vendredi à samedi. Ils (les soldats français) étaient donc en état de légitime défense", a souligné le chef de l'Etat.

Interrogé sur Europe-1, le général Mahamat Nouri, principal chef de la rébellion tchadienne, a pour sa part affirmé que l'aviation française a bombardé les positions rebelles. "Depuis avant-hier soir, c'est l'aviation française qui nous pilonnait. L'aviation nous a bombardés depuis hier matin (lundi) jusqu'à ce matin (mardi) une heure du matin."

"Je n'ai pas voulu qu'il y ait d'intervention directe (...) avant qu'il y ait un cadre juridique bien précis", a précisé Nicolas Sarkozy. "On n'est plus dans ce qu'on appelait la Françafrique (...) Il y a des règles internationales et je veux m'y conformer."

Alors que des médiateurs africains étaient attendus à N'Djamena mardi et que des dizaines de milliers d'habitants ont fui le pays, les rebelles poursuivaient leur offensive contre le régime du président tchadien. Les combats ont repris dans la capitale, des affrontements opposant troupes gouvernementales et forces rebelles pour la troisième journée consécutive.

Source : AP, 5 février 2008

 

Survie
http://www.survie-france.org
e -ma i l : c o n t a c t@survie-france.org
« Donner valeur de loi au devoir de sauver les vivants »
Communiqué, le 4 février 2008

 Tchad. Agir enfin pour la paix
« Rupture avec la Françafrique » : assez de paroles, des actes !

« Notre seule préoccupation, c’est l’évacuation des ressortissants français ». Ainsi s’exprimait samedi dernier le ministre de la Défense Hervé Morin au journal télévisé de France 2, interrogé sur l’entrée de troupes rebelles dans la capitale tchadienne. Pas un mot sur les Français d’origine tchadienne « oubliés » dans le plan d’évacuation, ni sur la disparition d’opposants historiques (il est confirmé que le Député Yorongar vient d’être enlevé à son domicile et plusieurs autres opposants auraient été arrêtés) ni sur les risques encourus par la population civile.

Cette déclaration ministérielle laisse présager un désintérêt manifeste de la France pour sécuriser (même partiellement) la capitale en profitant de ses 1100 soldats déjà présents dans le pays.

Quel rôle la France entend-elle jouer dans ce nouvel épisode d’une crise tchadienne qu’elle a vu venir depuis des années ?

Dans le même journal télévisé, Bernard Kouchner rappelait que la France soutenait logistiquement et en informations (conformément à l’accord de coopération militaire avec le Tchad) le Président Idriss Déby, « élu » donc représentant de la « légalité » dans le pays. Le Ministre français des Affaires étrangères sait pourtant bien qu’Idriss Déby Itno n’a jamais été élu de façon « légitime ». Arrivé au pouvoir par la force le 1er décembre 1990 après avoir renversé le dictateur Hissen Habré, dont il a été durant huit années le bras droit et Chef d’Etat Major, Déby a organisé plusieurs élections présidentielles qui se sont avérées à chaque fois être des mascarades électorales : en 1996, en 2001 (fermement dénoncées par le Parlement européen) et en 2006, après avoir révisé la constitution à l’issue d’un référendum ubuesque tenu pour la circonstance.

Les multiples exactions du Président Déby sur les populations du Sud, dans un premier temps sous le régime d’Hissen Habré (on estime à 40.000 le nombre de personnes torturées et/ou exécutées en huit années) puis de son propre chef, de 1990 à ce jour, ont vite transformé ce militaire formé à l’Ecole de guerre de Paris en Président clanique, pillant les maigres richesses du pays au profit de son clan Zaghawa/Bideyat et accélérant la paupérisation du pays malgré la nouvelle manne pétrolière censée bénéficier au budget de l’Etat.

En 2006, pourtant, l’occasion a été donnée à la France d’appuyer les Tchadiens dans leur dynamique de réconciliation. Les associations de la société civile ont demandé l’instauration d'un forum national pour la paix et la réconciliation avec l’instauration d’un dialogue inclusif. Au lieu de soutenir cette initiative, la France a opté pour un soutien indéfectible au Président Déby (y compris militairement), pour des intérêts à court terme.

Comme au Rwanda, en Centrafrique, au Togo, au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire, la France a contribué, en apportant un soutien sans faille à des régimes criminels, illégitimes, et corrompus, à la mise en place de bombes à retardement. Dans le cas du Tchad, il est encore temps de désamorcer cette bombe en permettant d’assurer rapidement les conditions de mise en place de ce forum national inclusif, avec un mandat international provisoire pour la sécurisation du processus. Les récentes déclarations du Secrétaire d’Etat à la Francophonie et à la Coopération souhaitant « rompre avec la Françafrique » vont dans ce sens. Jean-Marie Bockel a-t-il les moyens d'une telle ambition ? Mais surtout, l’Elysée en a t-il la volonté ? En attendant, les Tchadiens paient de leur sang une politique qui les a privés de leurs droits.

 Contact presse : Olivier THIMONIER olivier.thimonier@survie-france.org    Tél. : 01 44 61 03 25

 

DÉCLARATION D’ANTOINE BANGUI

Ce jour, 3 février 2008, l’heure est grave. Les forces de résistance nationale contrôlent l’ensemble du territoire tchadien à l’exception du Palais présidentiel. Tous les démocrates tchadiens craignent qu’une fois de plus la France s’implique en tant que puissance colonisatrice dans un combat qui n’est pas le sien, sous prétexte d’accords militaires détournés de leurs objectifs.

Nous avons entendu les déclarations de nombreux responsables politiques français, de l’Union Africaine et de la communauté internationale dénonçant la prise de pouvoir par les armes.

-          Rappelons que l’arrivée d’Idriss Déby en décembre 1990 avec armes et bagages n’a suscité aucun commentaire. Deux poids deux mesures selon les temps et les intérêts des uns et des autres.

-          Rappelons qu’il est faux d’affirmer qu’Idriss Déby a été élu légalement. Tous savent que les élections ont été truquées.

-          Rappelons que la Constitution tchadienne elle même a été trafiquée pour permettre à Idriss Déby de briguer un troisième mandat et pourquoi pas ? de fonder sa propre dynastie.

-          Rappelons que depuis l’ère du pétrole, le Tchad est classé comme l’Etat le plus corrompu de la planète alors que les populations croupissent dans la misère et meurent dans l’indifférence générale.

-          Rappelons que tout l’Est du Tchad est dans une situation humanitaire très préoccupante depuis 2006, pire que celle du Darfour. Qui s’en préoccupe ?

-          Rappelons que face à la montée de la violence, la société civile tchadienne avait pris l’initiative en 2005 d’un dialogue politique inclusif avant l’organisation des élections de 2006 ; cette initiative a été balayée pour mieux légitimer le régime d’Idriss Déby.

-          Rappelons enfin qu’en 2007, le Groupe de Libreville a initié un processus de paix  avec l’accord de toutes les parties concernées  tant civiles que politico-militaires, initiative parrainée par le président gabonais Omar Bongo Odimba et approuvée par Idriss Déby lui même dans le but de mettre en place un dialogue national inclusif. Cette initiative est restée sans suite jusqu’aujourd’hui.

L’entêtement d’Idriss Déby et sa protection par l’armée française est une prise en otage de l’ensemble de la population civile tchadienne.

Les démocrates tchadiens et tout le peuple tchadien demandent à la France de ne plus s’interposer dans ce conflit qui dure depuis 18 ans et à l’Union africaine et à la communauté internationale de nous appuyer pour l’organisation d’un forum visant à construire une paix durable à l’intérieur et avec ses voisins et instaurer une véritable démocratie.

Fait le 3 février 2008
Antoine Bangui
Source : remis par l’auteur

Antoine Bangui

Antoine Bangui-Rombaye a été membre du cabinet de François Tombalbaye, premier président du Tchad, et notamment son ministre de la coordination et du plan ainsi que des Affaires étrangères, de 1962 à 1972, date à laquelle il est tombé en disgrâce et a été emprisonné. Libéré à la chute de Tombalbaye en 1975, il a publié en 1980 Prisonnier de Tombalbaye, un témoignage, suivi de  Les Ombres de Koh (1983), un roman autobiographique. Candidat à l’élection présidentielle de 1996, il a pris la tête du Mouvement pour la reconstruction nationale du Tchad (MORENAT), un parti politique légal.
En mai 1999, il a publié Tchad: Élections sous contrôle (1996-1997) (ISBN 2-7384-7331-8), un état des lieux accablant sur l’état du Tchad sous Idriss Déby. Un mois plus tard, le régime Déby l’accusait de fomenter une rébellion dans le Logone Oriental. En décembre 1999, Bangui devenait le porte-parole de la Coordination des mouvements armés et politiques de l'opposition (CMAP), une coalition de 13 groupes d’opposition. Il a plus tard démissionné de ce poste pour protester contre les  tentatives de dialogue de certains membres du CMAP avec Déby, qui s’inscrivaient dans la stratégie de ce dernier visant à diviser les opposants en achetant certains d’entre eux.

Source : Fausto Giudice d’après Wikipedia en anglais

Qui sont les rebelles ?

Une alliance de circonstance entre les groupes rebelles tchadiens

Qui sont les rebelles qui menacent depuis une semaine de renverser le président tchadien Idriss Déby, après avoir traversé le pays d'est en ouest, vers la capitale N'Djamena, tentant ainsi de renouveler la performance d’Idriss Déby, lorsque celui-ci, après avoir rompu avec son chef Hissène Habré, avait pris la capitale en 1990, après avoir constitué ses troupes « rebelles » dans l’Est du pays et au Soudan ? Les insurgés sont regroupés dans une coalition de trois groupes tchadiens, menée par l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD). Créée fin 2006, l'UFDD est dirigée par le général Mahamat Nouri, ancien ministre de la défense de Déby de 2001 à 2003. Nouri était un proche de Hissène Habré.
Le Rassemblement des forces pour le changement (RFC), dirigé par Timan Erdimi, oncle du président Déby passé dans le camp de la rébellion avec son frère jumeau Tom, en octobre 2005, représente le deuxième pilier de la coalition rebelle. Avant de prendre le maquis, les frères jumeaux, étaient membres du cabinet présidentiel et à la tête de la production de pétrole (Tom) et de coton (Tim)  du pays. Tout comme Idriss Déby, les frères Erdimi appartiennent à la tribu zaghawa, minoritaire en terme démographique, mais très présente au sein de l'élite politique tchadienne.
Le dernier groupe rebelle est l'Union des forces pour la démocratie et le développement fondamental (UFDD-F), né d'une scission avec le groupe. L'UFDD-F, dirigée par Abdelwahid Aboud, est essentiellement composée de Tchadiens arabes.

UNE ALLIANCE DE CIRCONSTANCE POUR COMBATTRE LE GOUVERNEMENT DÉBY

Ces trois mouvements ont longtemps été en rivalité, en raison des luttes de pouvoir entre les différentes communautés régionales : Zaghawas, Arabes et Toubous. Les parrains soudanais, qui financent et arment ces groupes, avaient eux-mêmes tenté de remédier à ces divisions, poussant les groupes à s'unir, fin 2005, dans un Front uni pour le changement démocratique, mais les rivalités régionales avaient fait éclater l'union. La précédente offensive militaire menée par ces rebelles contre N’djaména en avril 2006 avait lamentablement échoué.

Les trois groupes ont ensuite signé un accord de paix avec les autorités tchadiennes, le 25 octobre 2007, à Syrte, en Libye. Mais un mois plus tard, l'accord a volé en éclats après que N'Djamena a accusé le Soudan d'armer les rebelles. Les trois mouvements se sont ensuite unis dans une alliance de circonstance pour combattre le gouvernement d'Idriss Déby, qu'ils accusent de corruption et de ne pas soutenir suffisamment les insurgés du Darfour.

Source : LEMONDE.FR, 04.02.08 , corrigé et complété par Fausto Giudice


Source : Basta ! Journal de marche zapatiste

Article original publié le

Sur l’auteur

Fausto Giudice est rédacteur de Basta! et membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4605&lg=fr



Mercredi 6 Février 2008

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