Géopolitique et stratégie

La Syrie se rapproche du triangle Russie-Inde-Chine



Mercredi 18 Juin 2008

La Syrie se rapproche du triangle Russie-Inde-Chine
Le président syrien Bashar al-Assad est en visite en Inde à partir du 17 juin pour resserrer les liens entre les deux pays, a annoncé le journal officiel syrien Trishin du 13 juin. Cette décision souligne l’importance de plus en plus grande des relations Russie-Inde-Chine (RIC), qui se sont consolidées au cours du dernier mois.

La Syrie est actuellement au coeur de l’imbroglio du Moyen-Orient. L’Accord de Doha sur le Liban, signé le mois dernier, est perçu comme une victoire majeure pour la politique de Damas et marque l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les relations syro-libanaises. De plus, des discussions indirectes sont en cours entre la Syrie et Israël, par l’intermédiaire de la Turquie. Mais pour que cela fonctionne, la présence d’autres nations soutenant un État palestinien est essentielle.

Dans une interview au quotidien indien The Hindu, le président Assad a déclaré : « Maintenant nous parlons avec une Inde différente ! Nous parlons de l’essor de l’Inde. Avec les progrès de l’Inde et de la Chine, l’Asie et le monde sont différents. Nous avons, dirons-nous, plus d’espoir que par le passé... Reste à savoir quel rôle peut jouer l’Inde dans le monde, notamment par rapport à nos préoccupations comme la paix, le problème en Irak, la question palestinienne, etc. »

Sur le plan économique, la présence de la Chine et de l’Inde en Syrie s’est manifestée lorsque les compagnies pétrolières des deux pays se sont unies, en décembre 2005, pour proposer de racheter à Petro-Canada les 37% d’actions qu’il détient dans les champs pétroliers et gaziers d’al-Furat, en Syrie. Pour les responsables indiens, cette entreprise est de la plus haute importance stratégique.

Outre cette évolution récente, la Syrie bénéficie d’une longue relation sécuritaire avec la Russie. Bien avant les attaques israéliennes sur le Liban, des rapports confirmaient que la Russie avait commencé l’agrandissement du port maritime syrien de Tartus, utilisé par l’Union soviétique puis par la Russie comme point de ravitaillement depuis la Guerre froide, ainsi que l’élargissement d’un canal à Latakia, autre port syrien. Ces deux ports sont déterminants pour la Syrie et la Russie car ils se trouvent en face de la fin du terminal pétrolier Bakou-Tiflis-Ceyhan, donnant à la Russie et à ses partenaires la capacité de sécuriser le port et la route en cas de guerre.

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L’Inde fait un grand pas vers la Chine

Dans un discours à l’université de Pékin le 6 juin, le ministre indien des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee, a déclaré que son gouvernement était prêt à assurer la paix et la stabilité en Asie et au-delà, en s’alliant avec la Chine pour créer une nouvelle architecture sécuritaire. Cette structure prendrait en compte les conditions prévalant en Asie, dans un cadre « ouvert et inclusif », suffisamment flexible pour s’accommoder de la grande diversité asiatique, a-t-il ajouté.

La déclaration de M. Mukherjee est significative pour plusieurs raisons. Tout d’abord, avec l’expression « et au-delà », il inclut, consciemment, la Russie et les autres pays eurasiatiques. Ensuite, la discussion sur les sujets sécuritaires a toujours été conduite, en Inde et en Chine, de manière fort discrète, chacun pensant avoir des préoccupations propres en la matière.

En définissant cette nouvelle architecture comme « ouverte et inclusive », le ministre indien des Affaires extérieures a proposé que la sécurité soit discutée au sein de différents forums, comme l’ASEAN, la Conférence sur les mesures d’interaction et de confiance en Asie, ou encore l’Organisation de la coopération de Shanghai (SCO). « L’Inde et la Chine devraient tenter d’établir ensemble un nouveau cadre à partir de ces éléments de base » déclara-t-il. Ceci permettrait aux deux partenaires d’aborder des préoccupations communes, comme la sécurité des voies de communication maritimes, qui sont primordiales pour les échanges commerciaux et énergétiques dans la région, et pour l’avenir des nations.

M. Mukherjee, l’architecte de la nouvelle politique étrangère de l’Inde, a abordé la question des frontières de façon inattendue. Le 5 juin, quand il s’est envolé pour la Chine, les observateurs indiens étaient d’avis qu’il ferait pression sur Pékin pour accélérer la résolution de ce conflit vieux de cinquante ans. Mais il a préféré déclarer aux étudiants : « Nous devons être patients au sujet des frontières. La Chine et l’Inde devraient travailler ensemble sur les questions sécuritaires de la région. Nos deux pays ont une responsabilité commune et un intérêt commun à préserver nos frontières. Nous avons acquis l’expérience nécessaire pour maintenir la paix et la tranquillité à nos frontières. » Voilà justement la formulation invoquée depuis des années par les dirigeants chinois.

La Russie, l’Inde et la Chine, qui se savent être les premières cibles de l’offensive globale menée par la Grande-Bretagne, ont commencé à exprimer leur détermination à contrecarrer ces projets, comme au récent sommet des ministres des Affaires étrangères les 15 et 16 mai à Catherinenbourg, en Russie. Les entretiens de M. Mukherjee à Pékin s’inscrivent dans ce contexte.

On constate aussi un angle intéressant de leur diplomatie en Afrique et au Moyen-Orient. Alors que la Chine est impliquée depuis des années dans des projets de développement avec les pays africains, aujourd’hui, avec l’effondrement du système économique à domination occidentale, l’Inde et le Japon se sont engagés à leur apporter une aide accrue, en particulier pour assurer la production et la sécurité alimentaires.

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Mercredi 18 Juin 2008

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