Géopolitique et stratégie

La Syrie et la Russie choisissent la stabilité au Proche-Orient


Les résultats du récent référendum sur la réélection du président syrien Bachar al-Assad pour un nouveau mandat de sept ans étaient faciles à prévoir. Les Syriens ont évidemment dit "oui" à M. Assad. Force est de reconnaître que cette prévisibilité, tout comme la forme même de reconduite du président pour un nouveau mandat et le référendum lui-même qui ne propose pas d'alternative suscitent bien des doutes au regard de la démocratie occidentale. Quoi qu'il en soit, on doit rendre justice aux autorités syriennes qui n'ont pas proposé de jeux politiques à la population du pays, mais ont fait preuve d'honnêteté. Il n'en reste pas moins qu'elles ont choisi pour cela un moyen plutôt original, en ne portant au référendum qu'une seule candidature. Garantir la stabilité du pays est devenu l'objectif essentiel pour les autorités syriennes et ce, d'autant plus que le processus d'organisation de partis politiques amorcé par le président Assad n'est pas encore achevé. Aussi aucun des partis politiques en Syrie, à l'exception du parti au pouvoir, n'est-il tout simplement à même de proposer un candidat alternatif crédible.


Vladimir Akhmedov
Jeudi 31 Mai 2007

La Syrie et la Russie choisissent la stabilité au Proche-Orient
Par Vladimir Akhmedov, de l'Institut d'études orientales de l'Académie des Sciences de Russie, pour RIA Novosti



La "stabilité" est aujourd'hui un mot clé pour le Proche-Orient. Sur toile de fond d'innombrables conflits, dans des conditions où des Etats clés de la région, tels que l'Egypte, l'Arabie saoudite et la Libye, se trouvent, dirait-on, au seuil d'une relève du pouvoir, la stabilité de la situation politique intérieure en Syrie apparaît souvent comme très importante. Or, il ne s'agit pas seulement des Syriens eux-mêmes et de leurs voisins régionaux pour qui la stabilité constitue la base de la poursuite des processus de modernisation économique et de libéralisation politique. La stabilité au Proche-Orient en général et en Syrie en particulier répond aussi pleinement aux intérêts de la Russie.

En effet, la Russie n'a aucun intérêt à ce que cette région plonge dans le chaos, car Moscou se rend très bien compte qu'une telle évolution de la situation ne manquerait pas de se répercuter sur ses propres intérêts économiques et politiques au Proche-Orient, mais ne tarderait pas non plus à avoir des retentissements en Asie Centrale et Transcaucasie qui constituent une sphère prioritaire pour les activités politiques extérieures russes. De ce point de vue, les résultats du référendum syrien peuvent bien servir les intérêts politiques de la Russie sur la scène internationale, que ce soit en Syrie ou dans l'ensemble de la région.

La coopération russo-syrienne relancée lors de la première visite à Moscou de Bachar al-Assad en janvier 2005 doit évidemment se développer sans marquer un seul temps d'arrêt. Et le maintien de la stabilité en Syrie ne fera que favoriser le renforcement des rapports bilatéraux tous azimuts.

Tout d'abord, Damas est intéressé au soutien politique et militaire de Moscou.

En parlant politique, on pourrait évoquer à titre d'exemple la discussion au sein du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies sur le projet de résolution sur la mise en place d'un tribunal international devant juger les assassins de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri. Tout porte à croire que l'adoption du projet de résolution selon un scénario élaboré par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne et faisant notamment appel à l'article 7 de la Charte de l'ONU pour créer un tribunal international de l'ONU du type de celui qui avait été mis en place autrefois pour la Yougoslavie et le Rwanda pourrait provoquer une guerre civile au Liban et l'enlisement dans cette guerre de la Syrie, d'Israël et d'autres pays de la région. Un tel scénario est extrêmement indésirable, et la Russie pourrait évidemment atténuer le texte de la résolution en question afin d'éviter l'instrumentalisation du tribunal pour faire pression sur les pays de la région.

Pour ce qui est de l'aspect militaire de la coopération russo-syrienne, la Syrie est sans conteste intéressée à exporter des armements défensifs russes.

Mais on ne doit pas se concentrer uniquement sur des questions politiques et militaires. Les contacts bilatéraux doivent être multiformes, et la coopération économique et commerciale y tient une place de choix. Bien que ces deux dernières années, cette coopération ait connu un développement suffisamment dynamique, elle n'a pas encore permis aux hommes d'affaires russes et syriens de s'implanter comme il se doit sur les marchés des deux pays.

La Russie et la Syrie ont des projets conjoints très prometteurs dans le domaine du tourisme et le secteur énergétique, y compris dans le nucléaire civil. N'oublions pas non plus les projets de coopération russo-syrienne dans l'élargissement du port de Lattaquié et le perfectionnement du réseau de chemins de fer en Syrie. Le développement des rapports de Damas avec les régions de la Russie, et avant tout avec les régions russes du sud, est aussi très important.

L'adoption attendue en Syrie de lois devant octroyer à des compagnies locales un régime plus avantageux pour pouvoir employer des spécialistes étrangers offrirait des possibilités supplémentaires pour l'élargissement des contacts russo-syriens. Nul n'ignore effectivement que la Russie ne manque pas de spécialistes de différentes industries qui maîtrisent l'arabe et possèdent une riche expérience de travail dans des pays arabes.

Dans ce contexte, le développement des rapports bilatéraux dans les domaines de l'information, de la culture et de la science est en train de revêtir une importance toute particulière. L'organisation des échanges scientifiques à une échelle plus large pourrait incontestablement servir de base pour de gros projets conjoints de nature économique et humanitaire.

Tout cela entend des activités plus intenses des associations d'amitié des deux pays. Des premiers pas se font d'ores et déjà en ce sens, mais essentiellement du côté syrien. Il ne nous reste qu'à espérer qu'au cours du second mandat présidentiel de Bachar al-Assad, la situation en Syrie ne fera pas que rester stable, mais connaîtra un développement dynamique dans la bonne direction, ce qui permettra aux relations russo-syriennes de progresser de plus en plus et sans aucun obstacle.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 31 Mai 2007

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