Géopolitique et stratégie

La Stratégie de sécurité nationale d’Obama



Dmitri Kossyrev
Mardi 1 Juin 2010

La Stratégie de sécurité nationale d’Obama
La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis (document de cinquante deux pages) vient enfin d’être publiée dans son intégralité: jusque-là, nous n’en connaissions que quelques particularités, exposées voici une semaine par le président Barack Obama dans son discours prononcé à l’académie militaire de West Point. Pour le reste du monde, ce document peut s’avérer source aussi bien de joie que de déception.
A vrai dire, la déception est due au fait que ce document ne contient rien de sensationnel. De même que tous les documents précédents de ce genre, la Stratégie ne fait que définir la politique appliquée depuis longtemps par l’administration Obama. Bien entendu, on peut toujours trouver des curiosités dans les formules. L’essentiel n’est pas que la Stratégie de George W. Bush fût autre, certes, elle l’était, il réside plutôt dans les nuances et les détails particuliers du texte actuel. Les États-Unis étendent par exemple leur coopération avec « les principaux autres centres d’influence, y compris la Chine, l’Inde et la Russie, ainsi qu’avec des nations de plus en plus influentes comme le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Indonésie ». La mention du Brésil est-t-elle bien fondée? Celle du G20 en tant que forum principal de coopération économique internationale présente également un intérêt (encore un clou enfoncé dans le cercueil du G8).
Or, toutes les conceptions officielles, et pas seulement aux États-Unis) ont cet aspect, elles sont dépourvues de toute sensation. Aux États-Unis, la loi exige que ces documents soient présentés chaque année, mais, bien entendu, ce n’est pas le cas. George W. Bush avait publié ses Stratégies deux fois, en 2002 et 2006. Obama vient de le faire pour la première fois. Ce document est destiné au lecteur étranger, mais il vise aussi, dans une moindre mesure, à orienter le congrès et l’administration des Etats-Unis. D’ailleurs, si des éléments de cette dernière en viennent à écrire leurs propres textes sur le même sujet, ils devront se conformer à la Stratégie actuelle. Bref, c’est du papier, un point, c’est tout.
Ce qui vient d’être dit concerne la situation ordinaire, or la situation actuelle aux États-Unis est loin d’être ordinaire. Par conséquent, la Stratégie actuelle fait partie d’une bataille politique menée par l’administration Obama, en fait, pour sauver le pays de ce qu’il avait commencé à subir sous George W. Bush. Voilà pourquoi non seulement la publication de ce document de 52 pages, mais aussi les discours que prononcent à ce sujet Barack Obama, sa Secrétaire d’État et son conseiller pour la sécurité nationale, constituent un élément important de ce combat.
Barack Obama, à West Point, a prononcé les paroles les plus importantes, à savoir que la stratégie précédente n’a pas donné de résultats. Le fait est que ses opposants républicains, qui représentent pourtant une moitié de la nation, ne veulent toujours pas le reconnaître et reprochent à Obama de ne pas se conduire comme Bush. Les lignes suivantes extraites de la Stratégie actuelle sont probablement les plus novatrices: le succès de l’Amérique dépend de la coopération entre les deux partis, faute de quoi « les États-Unis sont placés dans une position stratégiquement vulnérable ». Lorsque l’adversaire était l’URSS, cette coopération existait, alors que dans la politique actuelle « le sentiment de l’objectif commun est parfois absent dans notre dialogue national en raison du comportement des deux partis ».
Il s’agit là d’une déclaration sensationnelle, très judicieuse et précise. Il suffit d’imaginer ce que serait devenue la Russie au début des années 2000 si sa politique étrangère n’avait pas bénéficié d’un soutien presque absolu.
Ce document présente aussi quelque chose de très important – au moins, du point de vue d’un observateur non américain. Ce sont les paroles d’Obama sur la nécessité des Etats-Unis « de rétablir sa puissance économique, morale et innovatrice » s’ils veulent « continuer à jouer son rôle dirigeant dans le monde », autrement dit, conduire le monde (« to lead the world »).
Est-il possible d’être plus clair quant à la situation dans laquelle s’est retrouvée la première puissance du monde? Barack Obama est un remarquable président, il est fort, parce qu’il donne cette position de plus en plus nettement aux Américains, surtout à ceux qui lui résistent. Il se peut que les Américains parviennent à atteindre leurs objectifs si Obama réussit à agir opportunément. Mais il se peut qu’il leur arrive ce qui est arrivé à l’URSS où Mikhaïl Gorbatchev s’est mis, lui aussi, à prononcer des paroles de plus en plus raisonnables et de plus en plus franches, sans avoir eu le temps de les matérialiser.
Quel sera le résultat ? En fin de compte, quel sera le sens de ce « leadership » ? Même en étant un homme courageux, Obama ne peut probablement pas dire pour l’instant tout haut qu’il ne faut pas conduire les autres et jouer un rôle dirigeant car cela n’apportera que des ennuis. Mais peut-être croit-il effectivement que l’Amérique doit « conduire les autres ».
Au début des années 1990 lorsque l’élite chinoise a commencé à comprendre que son pays pourrait jouer un rôle un peu plus important dans le monde, la première conclusion tirée se résumait à ceci: ne pas être comme l’Amérique. Il ne faut conduire personne nulle part. Le rôle de leader est suicidaire. On ne tolère pas les leaders. A présent, aussitôt que les Chinois essaient de modifier leur style de contacts, on leur adresse tout de suite ce reproche: vous commencez à vous comporter comme les Américains.
La même attitude est manifestée à l’égard de Barack Obama. Tous ses problèmes dans l’arène internationale découlent du fait que de nombreux pays (surtout l’Iran et la Corée du Nord) ont tout simplement peur de croire qu’il est sincère. Ou bien ils ont peur d’un nouveau Bush.
L’Amérique en tant qu’alternative à l’Europe n’avait pas l’intention de jouer le rôle de leader mondial. Au début, les Etats-Unis croyaient sincèrement qu’ils étaient un exemple moral pour tous, c’est là que repose leur leadership. Ce que préconisent actuellement les opposants républicains de Barack Obama constitue une idée relativement nouvelle issue de la Seconde Guerre mondiale: c’est l’idée d’un leadership déjà matériel, y compris militaire. Que voulez-vous ? Deux fois les États-Unis se sont vus contraints de participer aux guerres mondiales sans l’avoir désiré au début. On leur a demandé de porter secours. C’est ainsi que les Américains ont cru que « tout le monde avait besoin d’une Amérique forte ». Et qu’il en sera, d’ailleurs, toujours de même.
La « formule du leadership » d’Obama suscite d’autant plus de respect: il s’agit de puissance économique, morale, innovatrice et non militaire.
On peut traiter avec un tel président américain et il n’est nullement recommandé de devenir son adversaire car il fait peu d’erreurs, au moins en politique étrangère. Sa Stratégie de sécurité nationale en est un témoignage.
 
Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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Mardi 1 Juin 2010


Commentaires

1.Posté par Visiteur le 01/06/2010 17:41 | Alerter
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Tous ça est FAUX , la seule différence entre lui et ses successeurs est la couleur de peau, comme il a dit MALCOM X " il y a deux type de négro, négro du champs et négro de la maison" " the house négro and the field négro ", vous connaissez la suite , et il suivra les mêmes instructions fixés par les sionistes faisant partis du gouvernement américain, que grâce à eux il a été élu, de plus son élection n'est qu'une illusion, pour bien camoufler les dessous.
De plus, le prix Nobel qu'on lui attribue c'est grâce à ses stratégies " en faisant baisser le nombre de soldats en Afghanistan mais tout de même on y multiplie le nombre de drones, le nombre de drones en Afghanistan est 10 fois plus qu'il y avait avant en période de GW bush".

2.Posté par Palikare le 04/06/2010 08:14 | Alerter
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La stratégie d'Obama ressort à ce que les Américains appellent "smart power", mélange du hard power militaire (Obama a quand même envoyé 30.000 soldats de plus en Afghanistan pour le "surge", l'effort qui permettra de l'emporter sur les rebelles) plus le soft power de la séduction et de la recherche du multilatéralisme. Comme le fait remarquer le politologue Huyghe, reste l'essentiel : la volonté de répandre ses valeurs (marché, démocratie à l'occidentale, culture de masse, idéologie des des droits de l'homme) et la volonté sans complexe d'assurer la direction du monde. La différence avec Bush est plutôt dans la forme et le langage.

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