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La Russie, l'UE et le nucléaire iranien


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Le vote au Conseil de sécurité de l'ONU sur le projet de résolution sur l'Iran est fixé pour Noël, le 24 décembre. Pourtant, les représentants permanents des six pays médiateurs (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) qui débattent du projet ne se sont pas encore entendus sur les sanctions concrètes à décréter contre l'Iran. Les propositions de la "troïka européenne" qui mène des négociations avec l'Iran au nom de l'Union européenne diffèrent toujours beaucoup de la position russe. Moscou estime que les sanctions contre Téhéran doivent être concrètes, ciblées et applicables seulement aux activités qui préoccupent l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA): l'enrichissement d'uranium, le retraitement chimique du combustible, les projets impliquant l'utilisation de l'eau lourde, ainsi que la production de vecteurs d'armes nucléaires.


Piotr Gontcharov
Mercredi 20 Décembre 2006

La Russie, l'UE et le nucléaire iranien


Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti



Le président Vladimir Poutine a une nouvelle fois rappelé dernièrement, dans une interview accordée par écrit au patron de presse mexicain Mario Vasquez Rana, la position de la Russie concernant le dossier nucléaire iranien. Le président a dit que s'agissant de la normalisation de la situation autour du programme nucléaire de l'Iran, la politique de la Russie visait à ce que l'Iran éclaircisse les questions en suspens dans le cadre d'un dialogue avec l'AIEA et qu'ainsi soit rétablie la confiance sur le caractère pacifique de ses efforts dans le domaine nucléaire.

La logique de la position de la Russie est claire. Le projet européen est plus large, il propose d'interdire les échanges commerciaux avec l'Iran dans tous les domaines liés à ses programmes nucléaire et balistique, de suspendre la délivrance des visas à certains fonctionnaires iraniens et de geler les avoirs financiers de ceux-ci à l'étranger. Cette dernière condition concerne aussi certaines entreprises iraniennes.

Moscou ne sera sans doute pas d'accord avec ces sanctions. Tout d'abord parce qu'à la faveur du caractère vague de cette formule, les sanctions pourraient être très facilement appliquées, au besoin, à d'autres sphères d'activité, et concerner notamment le projet russe de centrale nucléaire de Bouchehr.

Et pourtant le consensus entre les six est indispensable. Non seulement pour pouvoir établir un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'Iran. La réputation du Conseil de sécurité est remise en cause.

Les réunions des six médiateurs ressemblent de plus en plus à une farce. Plus de trois mois se sont écoulés depuis le 31 août, délai accordé, sous peine de sanctions, par le Conseil de sécurité à Téhéran pour arrêter ses travaux sur la première cascade de 164 centrifugeuses d'enrichissement. Pendant cette période, l'Iran a mis en route (avec deux mois de retard, il est vrai) sa deuxième cascade de 164 centrifugeuses.

Bientôt l'Iran célébrera la fête de Naurouze, premier jour du printemps. Téhéran a déjà informé la communauté mondiale qu'à cette date-là, le 21 mars, il aurait achevé son programme de recherches nucléaires. Il s'agit de monter une cascade de 3.000 centrifugeuses.

Cette batterie de 3.000 engins permettra à l'Iran, affirment les dirigeants iraniens, d'enrichir de l'uranium en régime industriel. De l'avis de certains experts, dont des spécialistes russes, ces équipements rendront possible de créer cinq à sept charges nucléaires en l'espace d'un an.

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad parle déjà de la première production d'uranium enrichi qui sera obtenue après le lancement de 60.000 centrifugeuses.

Le site nucléaire de Natanz où s'opère l'enrichissement d'uranium a été conçu pour 54.000 centrifugeuses. Mais de l'avis des mêmes experts, avec ce potentiel l'Iran n'aura pas besoin de plus de deux semaines pour créer la bombe atomique. Le problème est donc de savoir combien de temps il faudra à l'Iran pour faire fonctionner le centre de Natanz à plein régime. Les experts s'accordent sur cinq à sept ans.

D'ailleurs, de nombreux spécialistes russes estiment que l'Iran bluffe lorsqu'il parle de 3.000 centrifugeuses opérationnelles au mois de mars prochain. Il est possible de lancer 3.000 appareils, s'ils ont déjà été achetés, ce qui est peu probable. Téhéran surestime manifestement ses potentialités techniques.

L'expert russe Alexeï Arbatov ne doute pas que l'Iran finira par maîtriser les techniques d'enrichissement d'uranium. Ce processus est déjà devenu irréversible. Dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux discuter avec Téhéran de l'étendue et du niveau technologique des travaux d'enrichissement et, tant qu'on a encore du temps, lui proposer de s'arrêter à un millier de centrifugeuses? Un tel compromis permettrait à l'Iran de continuer ses activités de recherches nucléaires et dissiperait les inquiétudes sur le caractère de son programme atomique.

Mais ce ne sont là que des conjectures. En attendant, face aux sanctions possibles et aux discussions qui se poursuivent, l'Iran montre sa détermination à maîtriser l'énergie nucléaire à tout prix. "La nation iranienne a pris sa grande décision et avance avec dignité dans la voie qu'elle a choisie", a déclaré Ahmadinejad à propos du programme nucléaire iranien.

De surcroît, à ses dires, la nation iranienne "non seulement construira l'Iran et le portera à la cime du succès, mais aussi ouvrira la voie de la liberté à d'autres peuples".

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Mardi 19 Décembre 2006

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