Le 8 février 2008, un éditorial de Liberté d'Expression
(http://www.libertedexpression.fr) , intitulé « Nos amis les Russes... fiables... jusqu'à quel point ? » soulignait et s'étonnait de l'alignement de la diplomatie russe sur celle des USA et d'Israël : l'Iran avait annoncé le prochain lancement expérimental de son premier satellite, avec un vecteur iranien ; les Russes ont déclaré s'en inquiéter.
Après avoir voté, sous la pression des USA, deux résolutions du Conseil de Sécurité pour interdire à l'Iran d'accéder à la technologie nucléaire civile, après avoir retardé de plusieurs années la livraison de la centrale de Boushehr, les Russes exprimaient leurs craintes face à une fusée qui ne doit pas être loin technologiquement de celle qui a lancé le premier Spoutnik… le 4 octobre 1957.
Par contre, ils n'avaient rien répondu à l'annonce du test réussi d'un missile israélien à charge non conventionnelle (chimique, biologique ou nucléaire).
D'ailleurs, ce sont les Russes (et les Indiens) qui ont mis sur orbite des satellites espions de l'État sioniste ; ils vendent à ce pays des armes sophistiquées... contre qui ? pour quel but ?
Réponse : contre les malheureux Palestiniens et leurs rares soutiens, pour perpétuer une politique de colonisation en plein XXIème siècle.
Ce n'est pas brillant pour les Russes... sauf à les considérer comme un nouvel impérialisme ou comme le nouveau toutou des USA.
Or, nous l'avions souligné dans l'éditorial cité, leur intérêt n'est pas là ; il ne consiste pas à s'aligner sur la politique états-unienne parce que, de leur propre volonté, les USA n'accorderont jamais le statut d'alter ego à aucun autre pays ni à l'Union Européenne, ni à la Russie, ni à la Chine, ni demain à l'Inde. Les USA refuseront même jusqu'au bout toute concertation stratégique et économique mondiale avec quiconque. Et quand il verront qu'un pays approchera du seuil où il deviendra incontournable, alors, ils utiliseront tous les moyens commerciaux, diplomatiques, financiers (dévaluation du dollar) et même militaires pour l'en empêcher. Ils ne se gêneront pas pour jouer un pays contre son voisin de taille analogue.
Cela est clair. Il faut être idiot pour ne pas l'avoir compris depuis la chute du mur de Berlin, depuis la disparition de l'URSS.
Il faut certainement le ré-écrire ici : oui, il est important d'attirer des capitaux étrangers ; oui, il est important d'avoir accès au marché américain et occidental ; oui, il est important de profiter des réseaux financiers mondiaux dominés par les USA ; oui, l'apport de devises du tourisme occidental n'est pas à négliger.
Mais tout cela, ce n'est qu'une carotte à laquelle l'âne n'aura accès que si, au préalable, il se soumet à son maître.
Et l'âne doit savoir qu'il n'aura jamais tout le panier de carottes : son maître en montrera beaucoup, mais il lui en donnera parcimonieusement et il maintiendra l'âne affamé. Parce qu'un âne rassasié devient un âne indépendant.
Ainsi, l'accès de la Russie à l'OMC fut d'abord conditionné par l'indépendance des pays du glacis du Pacte de Varsovie : « Promis, juré, nous ne les prendrons jamais dans l'OTAN ». Ils en font bel et bien partie.
Puis l'admission de la Russie dans l'OMC fut conditionnée par l'indépendance des Républiques soviétiques. L'Ukraine et la Géorgie font déjà partie de l'OMC et il est question maintenant qu'elles entrent à leur tour dans l'OTAN... qui place aux frontières russes des radars de veille en profondeur qui peuvent aussi servir de radars de guidage de tirs nucléaires.
De tels radars sont fragiles. Alors, ils sont protégés avec des batteries de missiles antimissiles.
Mais qui fera vraiment la différence entre des missiles antimissiles et des missiles de première frappe paralysante dirigés contre la Russie ?
La Russie a vendu une station électrique à énergie nucléaire à l'Iran... Cela a reculé d'autant l'achat du carburant nucléaire russe par les stations américaines ; cela fut présenté comme une mesure de rétorsion. Mais, il n'est pas dit que la Russie obtiendra le droit d'entrer un jour dans le marché américain des matières fissiles.
Bref, tout est fait pour maintenir la Russie dans son rôle de fournisseur de matières premières bon marché (pétrole, gaz, bois, minerais bruts).
Dans le même temps, les promesses ne manquent pas... à condition de soutenir la politique agressive des USA contre l'Iran, contre les peuples arabes, contre les Palestiniens, contre la Birmanie, contre le Soudan.
Pendant ce temps, sans complexe, l'impérialisme aide militairement le dictateur Idriss Déby au Tchad ...
Et qu'est ce que la Russie a obtenu concrètement depuis l'effondrement de l'URSS en échange de sa soumission « aux valeurs occidentales » ?
Rien.
C'est à peine si le niveau de vie de la population rattrape ce qu'il était du temps de l'URSS. À l'époque, on disait « Moscou éternue et le monde s'enrhume » et l'on trouvait cela normal. Mais, aujourd'hui, la reprise des patrouilles stratégiques de l'aviation et de la marine russes scandalise.
On apprend qu'en réponse à la disponibilité russe pour voter de nouvelles sanctions américaines au Conseil de Sécurité contre l'Iran, ce pays a menacé d'appuyer la création d'une magistrale gazière, Nabuco, concurrente du projet russe, SouthStream.
Une dépêche de Ria-Novosti de ce 12 février (13:41), « Il n'est pas exclu qu'il s'agisse d'un avertissement lancé à Moscou, qui s'est déclaré prêt à soutenir prochainement le projet de nouvelle résolution contre l'Iran au Conseil de sécurité de l'ONU ».
L'adhésion de l'Iran au gazoduc Nabuco serait donc la réponse du berger à la bergère.
Qui gagne à ce jeu ? Pas les Russes ; pas les Iraniens. Les USA.
C'est déplorable. C'est du gâchis.
La Russie ne devrait pas voter les sanctions US contre l'Iran. La Russie devrait se réjouir de l'arrivée d'un nouveau pays voisin dans le club spatial ; les pays musulmans ont eux aussi le droit d'accéder aux sciences et technologies de notre siècle.
La Russie devrait collaborer plus étroitement avec les pays qui ont une volonté de développement indépendant comme l'Iran, le Venezuela, le Brésil, l'Inde, l'Algérie, etc.
Le monde attend le retour de la Russie, d'une Russie prospère et puissante, d'une Russie apaisée, d'une Russie qui a le sens de ses intérêts bien compris, une Russie qui ne court plus après la chimère de bénéfices impérialistes.
Il ne s'agit pas d'être contre les USA, mais d'en être indépendant.
La Russie a déjà fait l'expérience de l'égoïsme nationaliste lorsque dans les années 50, Staline a refusé de doter la Chine révolutionnaire de Mao des meilleures technologies et armements de l'époque. C'était contraire à l'internationalisme.
Cinquante années plus tard, on constate que la Russie n'y a rien gagné alors que les deux pays et le monde entier auraient connu un développement de la civilisation humaine difficile à imaginer.
Par nature, l'impérialisme est opposé au développement harmonieux de tous les pays ; il est basé sur le développement inégal des peuples qui permet l'exploitation ; son outil politique est la domination par l'usage direct ou indirect de la force. Son quotidien ce sont les guerres régionales, les interventions militaires.
En réponse, des pays comme la Russie, comme la Chine, l'Inde, le Pakistan, l'Iran, etc. devraient travailler ensemble, sur une base claire et consensuelle. Ils sont par nature complémentaires.
S'ils développaient leur marché intérieur, cela formerait un ensemble de plusieurs milliards de consommateurs ! Et du coup, les flux financiers mondiaux ne seraient plus aux mains des dirigeants US.
A bien y regarder, on ne voit pas d'obstacle objectif à cela.
Il suffit, qu'un matin les dirigeants de ces pays regardent les choses autrement... et ce serait le début des temps obscurs de l'humanité, le début de la fin de la domination américaine, née de la destruction des peuples amérindiens et puisant sa puissance de l'exploitation et de l'arriération par la force de la majorité des peuples de la planète.
Voilà un idéal passionnant pour les jeunesses du monde entier : sauver l'humanité de ses vieux démons impérialistes et militaristes ; renforcer la démocratie au sein de l'ONU (notamment le Conseil de Sécurité) et dans les relations internationales.