Par Galina Zeveliova (Washington), pour RIA Novosti
Sur de nombreux problèmes globaux et de politique extérieure, les points de vue de John McCain sont proches des positions occupées par George W. Bush. Le sénateur de l'Arizona est lui aussi persuadé que l'Amérique n'est pas un pays comme les autres, et croit pieusement que les Etats-Unis ont été investis par Dieu d'une mission, à savoir propager les valeurs de liberté dans le monde entier. Dès la première année de sa présidence, John McCain a l'intention de réunir tous les pays démocratiques au sein d'une "Ligue des démocraties" en vue de lutter en commun pour la paix et la liberté. Selon lui, cette organisation devrait être une structure internationale plus efficace que l'ONU. Naturellement, la Russie et la Chine n'auront pas leur place au sein de la "Ligue des démocraties".
Dans sa rhétorique électorale, John McCain attire principalement l'attention sur la lutte acharnée contre le terrorisme, qui doit passer par le recours à tous les moyens possibles. La guerre en Irak qu'il a soutenue dès le début (il n'a, à ce jour, pas changé de point de vue) est la composante la plus importante de cette lutte. Le sénateur McCain juge capital de renforcer la supériorité stratégique des Etats-Unis au niveau global. Il avait voté contre le Traité d'interdiction totale des essais nucléaires et soutenu les propositions de l'administration Bush sur la mise au point de nouveaux types de charges nucléaires, en outre, il est un ardent partisan du déploiement de la défense antimissile nationale. L'éminent homme politique américain Pat Buchanan a fait remarquer que, par rapport à John McCain, même le vice-président actuel Dick Cheney avait l'air du Mahatma Gandhi.
L'attitude de John McCain à l'égard de la Russie découle bien évidemment de l'ensemble de sa vision de l'Amérique et du monde contemporain. Le candidat républicain écrit: "Il y a quinze ans, les citoyens de la Russie ont renversé la tyrannie du communisme et choisi, semblait-il, la voie de l'édification de la démocratie, du marché libre et du ralliement à l'Occident. Cependant, nous y voyons aujourd'hui moins de libertés politiques, l'usurpation du pouvoir par une clique d'agents secrets, de l'agressivité à l'égard de la Géorgie, et des tentatives pour manipuler la dépendance de l'Europe vis-à-vis du pétrole et du gaz.
L'Occident doit élaborer une nouvelle réponse au revanchisme de la Russie. Pour commencer, nous devons nous assurer que le G8 redevienne un club de démocraties de marché: il faut y inclure le Brésil et l'Inde, et en exclure la Russie". C'est à John McCain que l'on doit l'idée de boycotter le sommet du G8 en Russie en 2006. Il avait alors invité à opposer la solidarité des pays de l'OTAN, "de la Baltique à la mer Noire", à la Russie. Il émet des jugements peu flatteurs à l'adresse de Vladimir Poutine qu'il qualifie "d'autocrate dans le style du XIXe siècle se servant de la dépendance de l'Europe vis-à-vis du pétrole et du gaz russes en vue de l'obliger à se taire et de s'assurer sa docilité".
Cependant, il se peut que le prétendant républicain à la Maison Blanche ne soit pas aussi terrible pour la Russie que ses propos ne le laissent penser. Le rôle joué par le candidat à la présidentielle au cours de sa campagne électorale diffère substantiellement du rôle de président des Etats-Unis, dans lequel il faut régler de nombreux problèmes intérieurs, internationaux et globaux. Les réalités du monde contemporain, le fardeau de la responsabilité et les conseils des spécialistes sont susceptibles d'apporter des corrections aux positions de John McCain. Les réalités présentes sont telles que, sans deux pays, la Russie et la Chine, l'Amérique ne pourra régler aucun problème global. Il convient d'ajouter que les réalistes, qui possèdent en général une approche assez pragmatique, en particulier à l'égard de la Russie, prédominent parmi les conseillers de John McCain. Parmi eux, on trouve quatre anciens secrétaires d'Etat: Henry Kissinger, George Shultz, Lawrence Eagleburger et Colin Powell.
Il est impensable que la poursuite par John McCain de la politique appliquée par George W. Bush, reposant sur l'idéologie et l'utilisation de la force, puisse bénéficier d'un soutien unanime de la part des alliés des Etats-Unis. L'Europe est lasse de Bush, elle attend une révision de sa politique actuelle, et surtout pas sa poursuite. Les points de vue de John McCain effraient les Européens ainsi que d'autres pays à un moment où l'Amérique a besoin, plus que jamais, d'alliés et de partenaires. Si John McCain ne change pas sa vision du monde contemporain, on ne voit pas comment des contacts étroits pourront se développer entre les pays de l'UE et les Etats-Unis, contacts dont il souligne pourtant lui-même la nécessité. Les pays de l'Europe continentale, avant tout l'Allemagne, se prononcent catégoriquement contre l'isolement de la Russie.
Au cours de son voyage en Europe, John McCain pourrait entendre de nombreux propos en mesure de le contraindre à corriger la rigidité de ses approches, à moins qu'ils ne viennent consacrer sa déception vis-à-vis des alliés des Etats-Unis. Il pourrait, dans un premier temps, réaliser que la guerre froide a pris fin depuis longtemps.
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