Analyse et décryptage

La Russie consolidera-t-elle ses positions au Turkménistan ?


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Le nouveau président de la Turkménie Gourbangouly Berdymoukhammedov, ancien premier vice-Premier ministre et ministre de la Santé, est un homme proche du "Père de tous les Turkmènes".


Piotr Gontcharov
Vendredi 16 Février 2007

Piotr Gontcharov, RIA Novosti






Le résultat du scrutin ne faisait aucun doute pour personne car il n'y avait, à dire vrai, aucune autre candidature réelle. Mais une question continue d'intriguer : vers qui va se tourner la Turkménie, vers l'Occident, l'Orient ou la Russie ? Et, même si les déclarations faites par le nouveau président, bien avant son élection, sur la poursuite et le maintien d'une politique extérieure de neutralité ont quelque peu refroidi les ardeurs, ce ne sont pas les hypothèses et les pronostics qui manquent.



Aux dires de nombreux experts, la Russie va avoir du mal à maintenir ses positions sous leur forme actuelle. Il lui serait plus simple de les renforcer sensiblement. C'est d'ailleurs à quoi l'incitent des circonstances objectives.



Le nouveau dirigeant de la Turkménie va devoir, bien entendu, largement revoir le régime politique franchement exotique de son pays, mais il va devoir également engager de sérieuses réformes sociales. Les dirigeants turkmènes en ont déjà évoqué certaines comme le retour à un cycle de dix ans (au lieu de neuf) pour l'enseignement primaire et secondaire, de cinq ans (au lieu de quatre) pour l'enseignement supérieur, le rétablissement des pensions de retraite et l'extension du réseau des hôpitaux ruraux.



Il est clair que la réalisation des réformes sociales et la refonte simultanée de la structure politique exigeront des moyens financiers supplémentaires, sans même parler d'un soutien international. Autant de choses qui font aujourd'hui défaut à Achkhabad.



Les exportations de produits énergétiques et de coton constituent actuellement les seules sources de revenus du Turkménistan. Sous la présidence de Niyazov, c'est la Russie qui, pour des raisons objectives, avait été choisie comme principal partenaire pour les exportations de gaz et un accord avait été signé, portant sur des livraisons pendants vingt ans.



Le fait que tous les flux de gaz turkmène ou presque empruntent le territoire de la Russie et ses gazoducs offre à Moscou un avantage certain pour la promotion de ses intérêts.



Mais il semblerait aussi que les Etats-Unis et l'Occident ainsi que la Chine puissent faire concurrence à la Russie, dans le domaine du gaz justement. Selon l'ancien ministre turkmène du Pétrole et du gaz Nazar Souyounov, quand on parle des grandes réserves de gaz du pays, on pense aux ressources potentielles. Mais, pour les transformer en ressources industrielles, il faut prospecter, rechercher, ce qui exige des investissements colossaux. Or le pays ne peut offrir de conditions attractives. Des réformes sont nécessaires, des spécialistes sont nécessaires et le Turkménistan n'en a plus depuis longtemps. On pourrait croire, ici, que d'autres "chasseurs de droits" sur le gaz turkmène aient les cartes en main. Mais les positions du russe Gazprom, qui a quasiment monopolisé le secteur gazier de la Turkménie, semblent préférables.



En ce qui concerne le soutien international, en d'autres termes les relations bilatérales russo-turkmènes, Moscou campe là aussi sur des positions plutôt solides.



La politique de neutralité suivie par Achkhabad n'a en rien nui aux intérêts de la Russie dans cette région. Il est même possible que cette neutralité ait arrangé Moscou et l'arrange même plus que, disons, la participation de ce pays à l'Organisation du Traité de Sécurité Collective ou à l'Organisation de Coopération de Shanghai. Tout au moins, la Russie n'aura pas à prendre en charge l'éventuel poids des problèmes qui pourraient surgir du fait des relations malaisées entre le Turkménistan et ses voisins.



Pour ce qui est des intérêts régionaux de la Russie, notamment de la définition du statut de la Caspienne et de la possibilité ou non d'une présence militaire de pays tiers dans ses eaux, le Turkménistan a adopté une position favorable à Moscou, contrairement au Kazakhstan qui est, comme la Russie, membre de l'Organisation du Traité de Sécurité Collective.



Achkhabad a soutenu également les intérêts de la Russie concernant la présence de bases militaires de pays tiers en Asie centrale. Après la fermeture de la base militaire américaine à Khankala (Ouzbékistan), les experts américains avaient tourné leurs regards vers l'aérodrome militaire de Mary-2, dans le sud du Turkménistan, à proximité immédiate de l'Afghanistan et de l'Iran. Mais Saparmourat Niyazov leur avait laissé entendre que cette question ne pouvait obtenir de réponse sans consultations avec Moscou, compte tenu des intérêts de la Russie en Asie centrale.



Toutefois, les seules préférences dont Moscou bénéficie aujourd'hui en Turkménie pourraient se révéler insuffisantes. De l'avis des experts, la réalité fait que, si la Russie ne prend pas des mesures actives pour promouvoir ses intérêts en Turkménie, ses concurrents – les Etats-Unis, l'Europe occidentale et la Chine – pourraient bien l'évincer largement de cette république d'Asie centrale.



Dans la situation présente, la Russie ne doit pas limiter sa coopération aux seules "ententes gazières", mais doit construire avec les nouveaux dirigeants une politique de relations à long terme.


Vendredi 16 Février 2007

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