Politique Nationale/Internationale

La Russie amie des pays 'voyous'?


La notion "d'Etats voyous", devenue par la suite celle "d'axe du mal", notion encore plus sinistre, fut introduite dans le lexique international dans les années 90 par des hommes politiques américains. Elle n'eut jamais de signification juridique précise, mais tout le monde comprenait qu'il s'agissait des pays s'opposant d'une manière ou d'une autre aux tendances mondiales prédominantes, plus précisément, à la façon dont les Etats-Unis se représentaient les règles d'un comportement "civilisé".


Jeudi 31 Juillet 2008

La Russie amie des pays 'voyous'?
Par Fedor Loukianov, pour RIA Novosti


Ces expressions, pour le moins arrogantes, ne sont plus employées aujourd'hui. Mais Washington, ainsi qu'une partie de l'Establishment mondial, restent tout de même suspicieux envers certains Etats. La liste américaine comportait, à différentes époques, la Biélorussie, le Venezuela, le Zimbabwe, l'Irak, l'Iran, la Libye, le Myanmar, la Corée du Nord, la Serbie, la Syrie, le Soudan, etc. La coopération avec ces Etats n'est pas considérée comme étant digne d'une puissance "civilisée", et est certainement perçue comme une forme d'hostilité envers les Etats-Unis.

Or, la Russie donne l'impression d'établir spécifiquement des contacts avec les Etats et entités de la politique internationale (par exemple, le mouvement Hamas) appliquant une politique anti-américaine. Pour comprendre la véritable logique des actions russes, il ne faut pas généraliser les faits, au contraire, il faut analyser les motifs concrets de chaque cas pris individuellement.

On peut diviser ces motifs en trois catégories: juridiques fondamentaux, politiques et commerciaux.

Les motifs fondamentaux concernent les représentations principales de la façon dont doit fonctionner le système des relations internationales. Moscou défend la primauté de la souveraineté nationale. En ce qui concerne les actions des organes supranationaux, elles doivent être rigoureusement conformes aux procédures juridiques et résulter d'une décision collective, et nullement de l'avis "plus juste" de certains pays.

Cela explique la position occupée par la Russie, par exemple, sur le Zimbabwe, le Soudan, le Myanmar, ainsi que son attitude envers les enquêtes et les tribunaux internationaux: les enquêtes engagées sur les événements d'Andijan de 2005, l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri ou encore le mandat d'arrêt récemment délivré à l'encontre d'Omar el-Béchir, président du Soudan.

La Russie n'est pas contre la coopération internationale, entre autres, dans le domaine de la Justice, mais elle reste prudente à l'égard de ce qui peut être évalué comme une ingérence dans les affaires intérieures. En effet, l'expérience de ces deux dernières décennies montre que, sous prétexte de rétablir la justice ou de défendre les standards humanistes, on poursuit souvent des objectifs politiques allant jusqu'au changement de régime par la force.

Les motifs politiques ont trait au règlement efficace des problèmes internationaux. En ce qui concerne les programmes nucléaires iranien et nord-coréen, le règlement du conflit entre la Palestine (en particulier le Hamas) et Israël, ou entre Israël et la Syrie, ainsi qu'en ce qui concerne le Zimbabwe, Moscou estime que l'isolement des pays et des forces politiques "à problèmes" ne fait qu'acculer la crise dans une impasse, surtout si les approches idéologiques prédominent.

La Russie estime que l'invitation aux négociations, l'établissement de la confiance et une progression graduelle sont bien plus prometteuses que les tentatives de coercition non dissimulée ou d'intimidation. Cela ne signifie certainement pas que le recours aux pressions doit être exclu des instruments d'action politique, mais il doit n'être qu'un élément d'une large stratégie diversifiée, et non pas l'unique moyen employé.

L'expérience de travail avec la Corée du Nord confirme le bien-fondé de cette approche. Le processus de règlement du problème posé par le programme nucléaire iranien avance, bien qu'il soit très complexe. L'isolement du Hamas est, en fait, reconnu comme erroné (du moins, inutile), et ce, même aux Etats-Unis et en Israël. La transformation de la Libye de "paria" en membre respectable de la communauté mondiale a été également rendue possible grâce à une diplomatie énergique et diversifiée.

Enfin, le facteur commercial joue certainement un rôle substantiel. Le Venezuela en est un exemple parfait. Ce pays est un partenaire idéal pour le complexe militaro-industriel russe. Le Venezuela possède d'importantes ressources financières, il est intéressé - grâce aux ambitions de son leader - par l'achat d'armements modernes et ne fait l'objet d'aucune sanction ou restriction internationales. Par conséquent, il n'y a aucune raison de ne pas aller au-devant de ce pays, bien que l'idéologie extravagante d'Hugo Chavez qui proclame l'édification du socialisme et la création d'une alliance contre la domination américaine ne corresponde pas, loin s'en faut, au point de vue du Kremlin.

Bien entendu, il y a un risque que les armes vendues soient utilisées dans des conflits dans lesquels la Russie ne souhaite soutenir aucune des parties. Par exemple, selon certains soupçons, une partie des armes d'infanterie achetées par Caracas se retrouverait entre les mains des combattants de la guérilla des FARC en Colombie. Il en irait de même des armes achetées par la Syrie, cette fois avec le mouvement libanais Hezbollah. Mais cela concerne la conclusion des contrats et l'honnêteté des clients, ce sur quoi la Russie doit certainement insister avec beaucoup de rigueur.

Il serait étrange de contester la présence d'une dimension émotionnelle en politique. Par exemple, plus intensivement les Etats-Unis agissent dans les sphères traditionnelles des intérêts russes ou soutiennent les pays considérés par Moscou comme hostiles à la Russie, et plus la Russie est encline à engager des actions "symétriques". Ici, il est important de rester lucide et de ne pas dépasser la limite au-delà de laquelle pourraient surgir de graves problèmes en matière de politique étrangère. Jusqu'à présent, Moscou a réussi à le faire.

Fedor Loukianov est rédacteur en chef de la revue Rossiïa v globalnoï politike (La Russie dans la politique globale).

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Mercredi 30 Juillet 2008

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