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La Révolution d’octobre et les luttes de libération nationale. Le droit du peuple catalan à disposer de lui-même.


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Mardi 14 Novembre 2017 - 14:55 S’incliner ou décliner


Le principe du « droit des nations à disposer d’elles-mêmes » dissimule sa vraie nature chauvine et bourgeoise sous le masque de l’imaginaire lutte contre l’oppression nationale et contre la réelle exploitation de classe, confondant l’une et l’autre afin de placer l’une au service de l’autre.


Robert Bibeau
Samedi 4 Novembre 2017

La Révolution d’octobre et les luttes de libération nationale. Le droit du peuple catalan à disposer de lui-même.
Le droit des nations à disposer d’elles-mêmes.

Nous nous expliquons, Bruno Guigue écrit : « En 1916, Lénine publia ses fameuses Thèses sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, sans doute l’un de ses textes les plus féconds. La lutte pour l’émancipation nationale distrait le prolétariat de la révolution socialiste, lui disent ses camarades. Lénine leur répond que le socialisme signifie la lutte contre toute forme d’oppression, y compris l’oppression nationale. À rebours de l’orthodoxie socialiste, il prend au sérieux la question de l’autodétermination nationale, récusant un internationalisme abstrait » (1).

Samir Amin proclame quant à lui que : « Sans la Révolution d’octobre il n’y aurait pas eu de Révolution chinoise (1949), pas eu de Révolution vietnamienne (1975), pas eu de Révolution cubaine (1959), de Révolution algérienne (1963), bref, il n’y aurait pas eu cette capacité des peuples d’Asie et d’Afrique à reconquérir leur indépendance nationale, et enfin il n’y aurait pas eu la naissance de ces puissances « émergentes » comme la Chine. Autrement dit, la Révolution d’octobre a inauguré la transformation du monde moderne » (2).

Nous sommes d’accord avec ces auteurs à l’effet que la Révolution russe d’octobre 1917 fut, comme la Révolution française précédemment, la plus grande révolution sociale bourgeoise et antiféodale du XXe siècle. Elle marqua le début d’une suite imposante de révolutions nationales bourgeoises antiféodales que la go-gauche qualifia abusivement d’anticoloniales et d’antiimpérialistes. Ces multiples révolutions tiers-mondistes furent toutes, sans exception, des révolutions de soi-disant conquête de l'« indépendance – autodétermination nationale ». En d’autres termes, des luttes pour la construction de l’État national bourgeois sur les ruines des anciens rapports de production féodaux, aristocratiques et absolutistes impériaux. Ces anciens rapports de production féodaux étaient parfois portés par la noblesse locale, parfois par l’aristocratie impériale, parfois par d’anciens nobles territoriaux ou par des membres des castes dominantes (Inde-Népal) que les puissances coloniales avaient pris soin de maintenir en place afin de servir de marchepieds, de garde-chiourmes et d’entremetteurs entre elles et les populaces régionales asservies (les « peuples » comme les appelles la go-gauche occidentale). Aucune de ces luttes de soi-disant « autodétermination nationale » n’apporta « libération ou indépendance » et toutes amenèrent au pouvoir les bourgeoisies nationalistes qui prirent simplement le relai des anciens conscrits aristocratiques dont ils renégocièrent les ententes – les traités – et les accords commerciaux et financiers. Trois exemples parmi d’autres. Les pays africains « libérés, indépendants et autodéterminés » (sic) du joug colonial français se lièrent à leur puissance néocoloniale par l’entente sur le franc CFA de la Françafrique administrée par la Banque de France. Depuis 2016, le Vietnam socialiste est membre de l’Accord de partenariat Transpacifique (TPPA) imposé par l’impérialisme américain son ancien bourreau. Enfin, la Russie ex-soviétique absorba dans son Ère d’ingérence impérialiste les pays « indépendants et autodéterminés » de l’Europe orientale après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, la Russie impose son dictat aux ex-républiques soviétiques asiatiques « autodéterminées et libérées ».

Lénine ne s’est pas trompé il s’est adapté.

Lénine, avait compris, au cours de la Grande Guerre des tranchées patriotiques, ou Boshs, frogues et Beefs s’entretuaient à l’exemple de dizaines d’autres nations et peuples européens – dont notamment les ethnies de toutes les Russies – qu’il était impossible d’enjamber les luttes de pseudo indépendance nationale bourgeoises pour la constitution des frontières douanières, fiscales et juridiques en vue du renforcement des forces productives nationales pour la production de plus-value et pour le développement des marchés et des capitaux nationaux, ce que nous avons présenté dans notre dernier ouvrage sur la question nationale (3). Aussi, quand les bolcheviques s’emparèrent de la direction de la Révolution russe antiféodale visant à renverser l’aristocratie tsariste, ils ne pouvaient transformer cette insurrection populaire en révolution prolétaire (faute de prolétaires et faute d’un développement suffisant des forces sociales productives) et ils assurèrent donc la victoire de la révolution nationale bourgeoise contre l’oppression féodale (et impériale pour les peuples non russes) qu’ils eurent l’opportunisme d’appeler la Révolution socialiste non pas des prolétaires, mais des peuples de Russie. On comprendra bien plus tard que le mode de production socialiste n’existe pas, et que socialisme signifie ici capitalisme d’État populiste comme phase transitoire vers l’éventuel mode de production communiste prolétarien…qui n’est jamais apparu.

De la révolution nationaliste bolchevique au « Petit père des peuples ».

Depuis l’imposition, par la IIIe Internationale communiste de cette ligne politique opportuniste – réformiste – nationaliste, plaçant les mouvements ouvriers, socialistes et communistes, à la remorque des objectifs des bourgeoisies nationalistes, des dizaines de guerres interethniques ont été déclenchées dans les Russies tsaristes, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok (9 000 kilomètres et quelques centaines de peuples et de nations à soi-disant libérer politiquement sans les libérer économiquement), dont les bolcheviques ont longtemps pensé avoir forcé l’unité (du temps de Staline notamment), jusqu’à ce qu’un certain Boris Eltsine désacralise tout ceci et d’un trait de plume révèle que les racines chauvines, xénophobes, racistes, religieuses, ethniques des multiples paysanneries féodales, et ensuite soviétiques, n’avaient nullement disparu des Russies orthodoxes du capitalisme étatique populiste.

C’est que la souveraineté – l’autonomie – le droit de disposer de son sort national et la liberté politique ne précède pas le développement des forces productives et l’indépendance économique, mais lui succède. Elles en sont les résultats, et non les prémices. Seule la conquête de l’autodétermination économique peut engendrer la souveraineté politique, jamais l’inverse. Les rapports de production sont forgés pour servir les forces productives. L’empire soviétique dépendant des technologies capitalistes occidentales pour ses hausses de productivité, et lié au capital occidental pour son commerce international ne s’est jamais totalement autodéterminé, et il a succombé, pas du tout sous les coups de la ridicule « Guerre des étoiles », qui n’a jamais eu lieu, mais sous les coups du capital financier international. L’URSS du capitalisme d’État industriel n’a pas su muter vers le capital financier, si ce n’est en s’immolant pour renaître sous l’Ère Poutine, le milliardaire de l’ex-KGB.

Les communistes ont dilapidé leurs acquis de sympathie ouvrière.

À travers le tiers-monde, dans nombre de ces luttes de soi-disant « libération nationaliste pour acquérir le droit caméral de disposer d’eux-mêmes » ce sont des communistes, des socialistes, des Vietcong, des Khmers rouges, des castristes, des guévaristes, des sankaristes qui dirigèrent la lutte au nom de la paysannerie et de la bourgeoisie nationale sous prétexte, comme disait Lénine, que le « socialisme signifie la lutte contre toute forme d’oppression », pour le droit des bourgeoisies nationalistes d’opprimées leur prolétariat nationalisé. Aucune de ces multiples luttes antiféodales, et anticoloniales, pour constituer un État régalien capitaliste (libéral) ou socialiste (capitaliste d’État populiste) n’a jamais engendré une société prolétarienne édifiant le mode de production prolétarien communiste. La Corée du Nord elle-même récuse son appartenance communiste ou socialiste et préconise un galimatias nationaliste chauvin appelé « Juche ». La Chine des milliardaires psalmodie encore quelques rapsodies écrites par Mao et en rit. L’URSS fut l’expérience qui parvient à maintenir l’illusion le plus longtemps (75 ans de « socialisme réel » (sic) affirment les nouveaux opportunistes) jusqu’à ce qu’une estafette brise le miroir aux alouettes.

Qu’est-ce que le mouvement communiste international a obtenu d’avoir organisé et dirigé le sacrifice suprême de millions de paysans et de prolétaires dans des holocaustes nationaux pour construire les bases sociales du capitalisme d’État qui enrichiront plus tard leurs millionnaires vernaculaires chauvins ? Ils ont obtenu des sinécures dans l’oligarchie bourgeoise nationale et un profond mépris de la classe ouvrière internationale qui ne veut plus entendre prononcer les mots « communisme, socialisme, dictature du prolétariat, révolution, pas davantage que nationalisme et indépendance nationale ». Ces misérables ont pris sur leurs épaules les crimes de la bourgeoisie et les illusions de la petite-bourgeoisie. Aucune section « nationale » du prolétariat mondial ne s’est libérée économiquement, politiquement ou idéologiquement de la dictature bourgeoise en passant par la trappe nationaliste chauvine. Quel triste bilan après un siècle d’affrontement ! Heureusement, on apprend de ses erreurs et maintenant nous savons avec Rosa Luxembourg que le nationalisme est incompatible avec l’internationalisme prolétarien quoiqu’en dise Lénine.

La première révolution prolétarienne, qui est à venir, sera dirigée par le prolétariat. Sans étape nationale préalable, elle visera directement le renversement de l’État capitaliste bancal et l’élimination de la propriété sur les moyens de production, de communication et de commercialisation et elle sera internationaliste et pas nationaliste, assurance d’une véritable indépendance d’une classe autodéterminée. Qui a écrit que la classe ouvrière n’avait pas de patrie ? Même pas la classe ouvrière catalane et espagnole.


(À SUIVRE ) L’illustration catalane.

L’ARTICLE EST DISPONIBLE SUR LE WEBMAGAZINE http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-lutte-de-liberation-nationale-catalane-le-droit-du-peuple-catalan-a-disposer-de-lui-meme/
 


Samedi 4 Novembre 2017


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