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La République et les enjeux cérébraux de l'histoire: Septième lettre ouverte au Président de la République - Comment vous raconter Guantanamo ? (suite)


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Vendredi 21 Novembre 2014 - 16:31 Le vichysme européen




1 - La France et la raison
2 - Votre théologie de l'épouvante
3 - Que signifie l'adjectif "critique " ?
4 - Une anthropologie de la prosternation
5 - L'immunité de l'Iran
6 - La balance et ses plateaux
7 - Platon et la bombe atomique de la pensée
8 - La ligne de flottaison de l'intelligence politique
9 - Les fuyards de la solitude
10 - Le crucifié universel
11 - Un changement de boussole de la pensée mondiale


Manuel de Diéguez
Samedi 8 Décembre 2012

La République et les enjeux cérébraux de l'histoire:  Septième lettre ouverte au Président de la République - Comment vous raconter Guantanamo ? (suite)

M. le Président ,

1 - La France et la raison

Devant la page blanche d'une septième et dernière lettre ouverte au chef de l'Etat socialiste et laïc que les Français ont porté pour cinq ans à leur tête, je songe aux relations que je voudrais vivantes que la France entretiendra avec la marche et le destin de la pensée mondiale. La nation de la raison prendra-t-elle le relais et la relève de l'ambition du siècle des Lumières? Un tournant décisif attend l'histoire de l'intelligence parce qu'il n'appartiendra qu'au peuple du Discours de la méthode de faire débarquer une discipline nouvelle, la spectrographie anthropologique et critique des mythes religieux dans la première civilisation dont l'audace aura tenté de donner sa portée à la pensée logique et de fonder les savoirs fiables sur la cohérence de l'argumentation qui les soutient. Car enfin, si nos neurones intellectifs sont en cours de formation continue, notre intelligence demeure grippée et nous devons tenter de décrypter l'animalité spécifique, c'est-à-dire cérébralisée de notre espèce.

Par bonheur, la postérité intellectuelle des encyclopédistes français domine désormais la politique des Etats et des nations sur les cinq continent; et, dans le même temps, la réflexion sur la bombe atomique s'est placée au cœur de la géopolitique de l'apocalypse. Les chancelleries appellent ce tournant anthropologique de la science de la guerre une "conversion de la pensée stratégique mondiale à la dialectique nucléaire". Quelles relations la stratégie de l'apocalypse religieuse entretient-elle avec le mythe de la Liberté?

Le degré de maturation de la connaissance anthropologique et philosophique des ressorts et des rouages psychiques de la foudre exterminatrice auquel vous conduirez la raison de la France au cours de votre quinquennat décidera de la place que vous occuperez dans l'histoire cérébrale de notre astéroïde; mais si, en ce début du troisième millénaire, vous ne répondiez pas à l'attente des boîtes osseuses sommitales du pays, aucune autre peuplade que la nôtre ne se substituera à la cogitation d'avant-garde de notre République, parce que seuls les descendants de Voltaire, de Renan, de Descartes, de Molière, de Diderot, de Montaigne sont appelés par leur culture démythificatrice à approfondir la spectrographie politique des théologies. Sinon la raison mondiale ne sera pas conduite à un démontage précis de l'inconscient religieux qui commande la foudre nucléaire dans les esprits.

2 - Votre théologie de l'épouvante

Comme vous le savez, M. le Président, le premier historien rationnel de la religion chrétienne fut un oratorien français, Richard Simon, né la même année que Louis XIV, en 1638, et qui mourut trois ans avant le roi, en 1712, millésime de la naissance de l'auteur du Contrat social et du Discours sur l'inégalité. En ce temps-là, la science historique ne s'étaient pas encore réduite un récit acéphale des floralies culturelles de tout l'univers, mais la tête chercheuse d'une pensée trans subjective et critique. L'histoire critique du vieux Testament de Richard Simon parut en 1678 et son Histoire critique du nouveau Testament en 1689, un siècle exactement avant la prise de la Bastille. Dans son Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de 1842, approuvé par l'archevêque de Paris et par l'université, puis censuré par le Vatican, Marie-Nicolas Bouillet en faisait un grand éloge. Aussi, dans les éditions suivantes, dûment "revues, corrigées et autorisées par l'Eglise" , pouvait-on lire que Richard Simon fut "exclu de son corps pour l'opiniâtreté avec laquelle il soutenait des opinions paradoxales et même des erreurs manifestes, qui suscitèrent les savantes critiques de Bossuet et des solitaires de Port-Royal, qui firent condamner son œuvre par le Saint-Siège".

3 - Que signifie l'adjectif "critique " ?

M. le Président, si je vous rappelle ces lointaines origines de l'anthropologie critique française, c'est pour le motif que toute histoire dite "critique", donc rationnelle, demeure nécessairement tributaire de la grille de lecture qui en commande l'interprétation. Il faut donc nous demander quelles sont les coordonnées qui fournissent les paramètres de sa logique interne à l'adjectif "critique". Quel est l'échiquier cérébral sur lequel la lecture rationnelle de l'histoire du christianisme se construit aujourd'hui? Sur celui qui expose les fondements politiques et psychobiologiques d'une religion saintement construite sur le supplice d'un innocent. Des récompenses immenses et des châtiments effroyables illustrent la souveraineté rédemptrice du sacrifice d'un prophète immolé sur un autel de la torture dûment dressé à la gloire et à la vengeance de la divinité.

Or, il se trouve que, depuis des millénaires, toute politique répond à ce modèle de sainteté des offrandes qu'attend un pays à sauver de ses ennemis. Aussi, toute société humaine glorifie-t-elle le mérite de tuer une victime et punit-elle ce crime du même pas, toute patrie distribue-t-elle des rubans et construit-elle des prisons. C'est pourquoi l'Eglise chrétienne dispense des prébendes immortelles, qu'on appelle les félicités posthumes et inflige aux récalcitrants une crémation sans fin sous la terre. Mais de quoi la bombe atomique est-elle censée menacer les Etats, sinon de leur pulvérisation dans les ténèbres de la mort ? Votre politologie de Président bien informé des coordonnées pénales et séraphiques d'une espèce scindée entre des récompenses mirifiques et des châtiments effroyables - donc vos compétences particulières d'anthropologue instruit du lien viscéral qui noue l'atome guerrier à la théologie de la vie éternelle - votre savante politologie, dis-je, a le devoir de s'interroger sur l'excommunication majeure dont l'arme nucléaire présente une variante hyper mécanisée. Cette foudre est-elle plus crédible que celle du pape Grégoire VII, qui expédia d'un seul coup, instantanément et pour l'éternité les armées d'Henry IV d'Allemagne rôtir dans les marmites du diable?

Vous voyez, M. le Président, qu'il n'est pas de croix de la vie politique des Etats qui soit plus lourde à porter que celle de fabriquer la balance de la pensée qui pèsera l'histoire "critique" de notre temps et qui sera qualifiée de "rationnelle". Car la "théologie" de l'épouvante atomique est appelée à comparer les paramètres de la terreur proprement religieuse, donc mythologique par définition avec les coordonnées de la terreur militaire livrée à un fantastique d'acier à son tour.

4 - Une anthropologie de la prosternation

Pour répondre à vos devoirs de théologien de la pulvérisation atomique de la France et du monde, vous devrez apprendre à comparer les sortilèges universels de l'épouvante des populations avec ceux du suicide matamoresque du genre humain. Sur l'un des plateaux de la balance de la folie de notre espèce, vous déposerez les tonnes de sang de la terreur nucléaire, sur l'autre, les tonnes d'hémoglobine de l'apocalypse théologique dont l'autel des trois monothéismes brandit le sceptre et la foudre pieusement associés.

Puis vous observerez au microscope les mécanismes psychobiologiques qui ont conduit, en 1962, le peuple américain de tradition calviniste à élire un Président catholique en la personne d'un Irlandais de souche, un certain John Fitzgerald Kennedy, qui fut assassiné en 1963. Certes, le prodige de la transsubstantiation magique censée fournir chaque jour aux fidèles du christianisme romain la chair crue et le sang frais d'un homme immolé révèle que le fantastique de la messe présente une clé anthropologique du manger et du boire salvifiques. Mais quelle est la serrure à ouvrir? Car la source première des progrès foudroyants de la théologie manducatoire aux Etats-Unis n'est autre que le retour à l'épouvante originelle, celle de la damnation cataclysmique des pécheurs dans les flammes éternelles d'une divinité en fureur. Or, cette assise apostolique de l'islam et du christianisme romain confondus rassemble encore de nos jours plus de quatre milliards d'êtres humains. De plus, la férocité d'un monstre cosmique dont la sauvagerie des ripailles de sa justice s'exprime dans les flammes d'une sainteté vengeresse ne fait nullement reculer d'horreur la masse de ses adorateurs - au contraire , la légitimation du cyclope des nues semble viscéralement liée à la cruauté d'une vocation salvifique baignant dans le sang.

Vous devrez donc, M. le théologien de la République de l'atome , vous demander si une espèce tremblante de tous ses membres devant un fac-similé explosif de l'enfer et vénératrice du plénipotentiaire qui en détient les clés, si une telle humanité, dis-je, se trouve maintenant placée devant une menace d'anéantissement plus crédible que celle de l'excommunication majeure rappelée ci-dessus. Un intellectuel musulman m'avouait récemment: "Puisque le Coran dit la vérité, je ne veux pas me trouver torturé et calciné pour l'éternité". L'omnipotence de la torture se veut auto-légitimante. On respecte un potentat de la mort à proportion de la puissance de ses rôtissoires - et la barbarie même de ses châtiments le blanchit aux yeux de ses croyants. Aussi les Français respectaient-il le Général de Gaulle parce qu'ils lui attribuaient spontanément la trempe de les vaporiser patriotiquement dans l'atmosphère. Mais si la grandeur d'un souverain temporel s'attache à sa capacité de rayer sa propre nation de la carte, comment le cran et la stature d'une divinité construite sur ce modèle ne serait-ils pas dignes à leur tour de provoquer non seulement la vénération délirante, mais l'adoration éperdue d'une population rendue dévotement suicidaire?

5 - L'immunité de l'Iran

M. le Président, voyez de quel peseur de la France et du monde vous exercez la responsabilité morale et politique. Si je puis alléger quelque peu le fardeau qui pèse sur vos épaules, je vous dirai, qu'il n'y a pas lieu de plier l'échine, comme je vous l'ai déjà rappelé dans ma sixième lettre; et vous ne sauriez ignorer qu'il n'existe plus aucun quartier général d'aucune armée au monde qui croie encore que la foudre nucléaire serait une arme militaire, donc une artillerie plus gigantale que celle de Marignan et, qu'à ce titre, ses boulets titanesques seraient effectivement utilisables sur un champ de bataille agrandi. Mais, dans le même temps, les papes de l'atome, auxquels on n'en fait plus accroire depuis un demi-siècle se sont mis de mèche avec les chefs d'Etat et les gouvernements de la mappemonde;

Le dissuadeur dissuadé, Esprit, novembre-décembre 1980
Critique de la dissuasion, Esprit, juin 1979
La crédibilité de la dissuasion nucléaire, Esprit, novembre 1977

et leur consortium parvient à faire croire à tous les peuples de la terre que l'arme atomique serait crédible sur le globe minuscule où nous trottinons aux côtés de la foudre que nous avons arrachée au soleil. Et pourquoi se garde-t-on de démythifier, ici l'arme de l'excommunication majeure par le feu des canonnières et là, celle des bouches à feu des trois monothéismes, sinon parce que le rang et le prestige des nations et de leur ciel reposent sur une obéissance généralisée à l'école d'une ignorance terrorisée au canon.

Monsieur le peseur officiel des intérêts à long terme du civilisateur du monde qui s'appelle encore la France, comment conduirez-vous la planète de la raison à une anthropologie politique qui s'inscrira dans la véritable postérité du siècle des Lumières? L'avenir mondial de la raison s'inscrira-t-il à nouveau dans l'analyse des mythes sacrés inaugurée par Richard Simon? La France retrouvera-t-elle son universalité intellectuelle, la France redeviendra-t-elle la messagère de l'avenir mondial de l'intelligence, la France reconquerra-t-elle le rang de guide cérébral de l'humanité?

Pour tenter de répondre à cette question, observons en premier lieu les raisons pour lesquelles ni les Etats-Unis, ni Israël ne songent un seul instant à renouveler en Iran l'exploit solitaire et tonitruant d'Hiroshima et de Nagasaki au Japon en Iran. Certes, me direz-vous, la plupart des animaux qui vivent en hordes et qui témoignent d' un embryon d'identité collective ne tuent pas la bête de leur propre espèce qui s'avoue vaincue et qui tend sa gorge à son vainqueur. Mais, en l'occurrence, le calcul politique et la science stratégique les plus rudimentaires se joignent à l'instinct de conservation des loups. Si des villes iraniennes se trouvaient atomisés en temps de paix, les séquelles de la civilisation lupine se réveilleraient si bien que non seulement la grandeur de la Perse en serait rendue plus éclatante, mais les restes de cette illustre nation se lanceraient plus que jamais dans la fabrication de la seule arme reconnue efficace du sauvetage de la planète. Car tous les pays du monde auraient soudainement compris que la voix de la "conscience universelle" valide toujours l'ordre politique le plus vigoureusement défendu. Une civilisation réveillée par l'humiliation et la honte étincellerait de toute sa mémoire glorieusement retrouvée.

6 - La balance et ses plateaux

M. le Président, si notre presse avait à juger et à condamner un Etat démocratique proclamé coupable d'avoir tenté d'éviter son anéantissement, l'hypothèse soumise à votre attention est celle du sort de l'idée de justice au sein de la civilisation des droits de l'homme. Savez-vous que le sceptre bienveillant de la monarchie française n'avait pas songé à pénaliser la critique publique des décisions des tribunaux et que ce licol pèse lourd sur notre civilisation de la Liberté? Un Jean de la Fontaine, un Racine, un Rabelais, un Molière de notre temps exerceraient-ils leur plume à secouer ce joug? On cherche un roi qui aurait les pieds sur terre et la tête sur les épaules. Comment l'appellerons-nous? Je vous propose de l'appeler sa majesté le bon sens et je vous suggère de déposer sur sa tête la couronne de la raison politique d'une France débâillonnée. Savez-vous que Descartes a fait du sens commun libéré de ses entraves la clé du génie philosophique et que tout son Discours de la méthode est une apologie de la réfutation des mythologies à l'école des évidences du monde. Certes tout cela s'est écroulé avec l'univers à trois dimensions de nos ancêtres. Mais la politique, elle, s'obstine à demeurer tridimensionnelle jusque dans le fantasmagorique.

Je vous convie donc à vous approcher de quelques pas encore du trône du bon sens. Car, l'empereur de la pensée qu'on appelle la logique vous enseigne que le pacte conclu entre l'excommunication majeure de l'Eglise et l'excommunication majeure de l'atome fonde un nouveau monothéisme de la foudre et que cette Sainte Alliance se trouve attestée par les saintes Ecritures. Du haut de leur pyramide, vingt siècles de théologie de l'apocalypse vous contemplent.

Or huit papes de l'atome prétendent encore en découdre avec l'Iran; mais on se rit jusque sur les bancs de l'école du monopole vacillant de ce cénacle de vieillards. Certes, M. Rocard a prétendu que la bombe atomique française nous coûte les yeux de la tête; et il a aussitôt provoqué une levée de boucliers de tous les patriotes indignés de ce qu'on prétendît priver la Gaule de l'arme suprême censée garantir non seulement la défense effective du pays dans la stratosphère, mais sa survie dans le royaume des morts.

Vous voyez, M. le Président , que si vous n'acquérez pas de connaissance anthropologique de l'animalité spécifique du pilotage de la raison dont use une espèce en évolution, donc fort éloignée de jeter l'ancre dans la rade qui l'attend au terme de sa navigation, vous n'aurez pas non plus de science de l'évolution de l'encéphale des évadés de la nuit animale. A quelle profondeur votre spéléologie du singe semi-pensant doit-elle descendre si vous ne réfutez pas la superficialité d'esprit de M. Rocard d'un côté et l'aveuglement de la classe dirigeante mondiale de l'autre? Ne vous faudra-t-il pas dresser le constat du bon sens qui vous apprendra que la boîte à outils du financier n'est pas celle de balance à peser l'atome guerrier et que celle des matamores de l'absurde trahit la raison et l'esprit de logique de la France.

7 - Platon et la bombe atomique de la pensée

Je m'explique : pourquoi M. Rocard ne fait-il valoir aucun argument, ni politique, ni militaire à l'appui de ses seuls soucis de banquier? Pourquoi les hurlements furieux d'une horde ignorante ont-ils suffi à lui faire perdre la face? Faut-il lui reprocher d'être demeuré sourd aux arguments stupides des stratèges et des politologues? Nullement, parce que la première difficulté qu'il lui aurait fallu tenter de résoudre était d'apprendre à quelle école il aurait dû s'initier à une évaluation compétente de la valeur de la raison politique contemporaine. Car si vous ne cernez pas la vraie question et ne précisez en rien la problématique qui se saisirait effectivement du problème, vous ne ferez jamais que des ronds dans l'eau.

Je vous rappelle, M. le Président, que la philosophie occidentale a commencé avec l'examen critique de l'encéphale des généraux d'Athènes. Leurs présupposés stratégiques leur interdisaient de s'interroger sur la nature de la guerre, parce qu'ils n'avaient pas accès aux profondeurs de l'inconscient militaire d'une bête en voie de cérébralisation, mais dont les neurones belliqueux demeuraient entièrement à décrypter. A un Athénien patriote qui lui demandait s'il devait entraîner son fils à l'art de l'escrime afin d'en faire un bon soldat, Socrate répondait dans le Lachès qu'il était indispensable de découvrir au préalable à quel tribunal il convenait de s'adresser et que pour cela, il fallait découvrir la spécificité du courage militaire. Fallait-il que la cervelle des généraux s'articulât avec celle des bêtes les plus féroces ou avec celle du législateur du "courage propre à l'intelligence et à elle seule"? Autrement dit, devant quelle instance judiciaire pèserez-vous la question à décoder - celle de la nature et du fondement de la "défense" dite "nucléaire" - si vous n'aviez pas appris au préalable en quoi l'homme serait devenu un "animal rationale", c'est-à-dire un bimane partiellement armé d'intelligence?

Certes, l'anthropologie dite scientifique de notre temps, c'est-à-dire la discipline chargée, en principe, d'observer, de décrire et d'expliquer un genre simiohumain dont la raison politique est tombée en panne, s'est bel et bien demandé, à partir du milieu du XIXe siècle, à quel moment les chimpanzés seraient devenus des hommes au plein sens du terme. Mais, à l'époque, les savants de la horde en ont jugé à partir de la jurisprudence rudimentaire en leur possession et dont ils ne maitrisaient en rien les paramètres nécessairement fallacieux, puisqu'ils étaient convaincus qu'il leur suffisait de consulter l'échiquier dont ils maniaient les pièces depuis des millénaires; et ils ont estimé, en toute naïveté, que le premier quadrumane toisonné auquel sa plate-forme mentale permettrait d' allumer un feu à sa guise et de se servir de la roue à bon escient aurait débarqué avec armes et bagages dans l'arène de la pensée. Mais le glissement du cru au cuit des neurones et des chromosomes d'une espèce animale est-il le signal de l'apparition irréfutable de l'intelligence en soi, celle dont les preuves tangibles renverraient à la faculté extraordinaire du simianthrope de conjuguer les verbes expliquer et comprendre?

Comme je vous le disais plus haut, M. le Président, ces deux verbes ne renvoient jamais qu'au code de référence convenu que nous appelons l'intelligible, de sorte que nous devons apprendre à peser la valeur démonstrative que nous pré-attribuons aux preuves dites "matérielles", donc stomacales que nous faisons digérer à ceux de nos signifiants que nous exposons sur l'autel de nos expériences. Mais nos démonstrations utilitaires ne sont pas pesables sur la balance de l'autonomie tout illusoire que nous accordons à notre cuisine de la preuve profitable. Apprenons donc à peser les relations que les raisonnements de Messire Gaster entretiennent avec le tissu cérébral qui les connecte entre eux aux yeux de leurs consommateurs affamé. Car si nous n'avons pas d'oreilles pour le réseau mental qui les fait parler haut et fort dans nos têtes, nous ne sommes pas encore devenus des animaux cloués sur la roue d'une pensée capable de radiographier les entrailles de l'intelligible. Comment la bête semi-pensante construit-elle ses oracles?

8 - La ligne de flottaison de l'intelligence politique

Telle est la raison pour laquelle, M. le Président, il sera bien inutile que vous vous interrogiez sur la valeur de l'escrime nucléaire aussi longtemps que vous ne disposerez pas de l'anthropologie critique dont le tamis passera au crible les raisonnements qu'élabore le cerveau militaire d'aujourd'hui. Quelle configuration cet organe présente-t-il à la politique dans la postérité de Darwin et de Freud? Pour le découvrir, vous logerez la question dans une problématique capable de préciser ce qu'il faudra appeler l'intelligence simiohumaine de la guerre.

Est-il rationnel, je vous le demande, de faire monter l'intelligence proprement humaine sur la scène du monde à l'occasion de la découverte fortuite du feu et de la roue ou faut-il apprendre à peser les motivations semi animales qu'allègue la boîte osseuse d'une espèce que son étrangeté cérébrale a conduite à colloquer des interlocuteurs fantastiques dans le vide et le silence de l'immensité? S'il est intelligent d'apprendre à déchiffrer les arguments du bimane qui se forge des idoles avant d'enregistrer l'existence physique des montagnes et des plaines, comment se fait-il que nous ignorions les arcanes de nos conversations imaginaires avec des acteurs fabuleux du cosmos et que nous nous prenions néanmoins pour des animaux pensants? Comment se fait-il que nous nous imaginions recevoir des directives précises et des ordres impérieux de l' assassin fantastique que nous avons logé dans le cosmos, alors que nous ignorons pourquoi nous nous sommes longtemps précipités la tête la première dans la géhenne de choisir sans relâche entre les récompenses délirantes de l'immortalité de notre ossature dans les nues et les tortures éternelles que nous nous infligeons dans l'abîme? Croyez-vous, M. le Président, que si notre "Connais-toi" placé sous la férule de l'atome nous laisse sans voix, nous pouvons nous vanter de comprendre une "défense nucléaire" qui met notre mort entre des mains d'imbéciles tout pantois?

Vous voyez, M. le Président, que la question anthropologique de décoder la problématique semi-animale de la théologie qui sous-tend et téléguide encore la pensée de nos théoriciens de la guerre nucléaire - celle que la politologie actuelle demeure inapte à seulement se poser - vous renvoie aux documents cérébraux et psychiques qu'on appelle des religions et qu'il en est nécessairement ainsi pour le motif simple, évident et de bon sens que, depuis 1945, notre réflexion militaire et politique tout entière nous renvoie au Lachès de Platon.

9 - Les fuyards de la solitude

Je vous ferai remarque à nouveau, M. le Président, que la mécanique simiohumaine dont témoignent les rouages et les ressorts de l'encéphale de notre siècle face à la pulvérisation thermonucléaire demeure construit sur le même modèle que celui du croyant menacé par la foudre d'une idole; et vous savez que l'encéphale de cette idole oscille jour et nuit entre l'épouvante salutaire qu'elle entend inspirer à ses créatures et la bienveillance pateline dont elle fait preuve par instants à l'égard de ses courtisans. Du reste, le mouvement pendulaire entre l'adoration que la divinité réclame sans relâche pour sa gloire et les tortures inlassables qu'elle inflige aux rebelles à sa judicature, cette oscillation, dis-je, se trouve racontée tout au long dans les écrits de la mystique universelle, qui distingue avec soin le fascinandum du tremendum, c'est-à-dire la fascination béatifiante qu'on appelle l'extase et la "crainte et tremblement" d'un Kierkegaard soucieux de rappeler la foi chrétienne au culte de son échiquier central, la terreur.

C'est pourquoi, M. le Président, il vous appartient de vous engouffrer dans la brèche ouverte par la question focale de l'irruption du polythéisme atomique dans la géopolitique et dans l'humanisme superficiels auxquels la Renaissance nous a conduits. Car, d'Epicure à Freud et à Nietzsche, jamais ni la pensée qualifiée de rationnelle, ni les conquêtes de la science censée expérimenter la loquacité du monde, donc la volubilité des signifiants réputés gravés dans la matière à notre intention ne sont parvenus à ébranler l'épouvante irréfléchie qui s'est emparée d'une espèce scindée de naissance entre la grandeur et la sauvagerie du "boucher obscur" qu'évoquait Pascal. Pourquoi les bimanes effarés que nous sommes demeurés reculent-ils, horrifiés et tremblants devant un tortionnaire posthume, sinon en raison de l'incapacité native de ces fuyards de leur solitude d'illuminer les ténèbres des feux de leur intelligence? Mais si ces animaux chargent une pauvre idole du faix de leur terreur, s'ils mettent sur les épaules de cet infirme du cosmos le fardeau du néant qui les traque et les accable, il appartient aux élites de la nuit d'armer leurs congénères faibles d'esprit de la folie inverse, celle qui les protègera de leur errance pantelante. Mais vous, M. le Président, de quelle France avez-vous la charge ? Profiterez-vous de la panique d'entrailles des estropiés du vide pour les discipliner et les moraliser?

10 - Le crucifié universel

Ce n'est pas de ma faute, M. le Président, si la politique de la France du XXIe siècle réclame des cerveaux hors du commun. A l'heure où les neurones et les chromosomes affolés des rescapés des ténèbres constatent l'effarement des peuples et des nations menacés de s'auto-pulvériser réciproquement - et cela sur le vieux modèle mis en scène par un créateur dément - une fenêtre s'ouvre toute grande à la science politique des chefs d'Etat sommitaux; car le retrait de l'échiquier de l'action sur lequel l'atome guerrier se prélassait bouleverse le champ de vision de l'intelligence de l'histoire. De même que Platon introduisait dans la pensée stratégique des Athéniens la question de savoir si le courage militaire doit se montrer intelligent ou s'il est préférable qu'il demeure stupide, parce que la férocité du soldat idiot rend sa vaillance plus efficace sur le champ de bataille, de même, vous devez vous demander, M. le Président, si la France d'aujourd'hui se montrera l'élève du général Lachès, le grognard et le baroudeur, ou le disciple de Nicias, l'escrimeur de la dialectique, qui refusait tout net d'appeler courageuses des bêtes féroces telles que le tigre et le lion. Certes la problématique de la sauvagerie de la raison est devenue plus difficile à clarifier qu'en 498 avant notre ère, parce qu'une potence nous a fait oublier que nous sommes demeurés des animaux sauvages et que la question de savoir quel est le courage propre à l'intelligence léonine ou tigresque n'a pas progressé d'un pas à l'école du Golgotha.

Comment parviendrez-vous, M. le Président, à faire boire aux Lachès de la France de l'atome la ciguë de leur sottise militaire ? Si vous n'observez pas vos généraux avec les yeux d'un lecteur politique de l'anthropologue grec, comment verrez-vous jamais M. Netanyahou se démener et gesticuler tout son content sur la scène du monde, comment le verrez-vous en crucifié universel, comment verrez-vous les engrenages cérébraux d'un homme politique parfaitement informé, lui, du blocage de l'évolution de l'encéphale collectif des musulmans et des chrétiens? A ce titre, avec quelle habileté ne met-il pas en scène une mascarade de l'apocalypse dont l'Iran est censé menacer la planète de l'équateur au pôle nord? Mais si le monde entier assiste motus et bouche cousue à un spectacle aussi saugrenu qu'ahurissant, la raison en est évidente: notre planisphère médusée demeure prisonnière des neurones théologiques dans lesquels le simianthrope s'est trouvé incarcéré au sortir du paléolithique.

11 - Un changement de boussole de la pensée mondiale

Vous voyez, M. le Président, que si vous ne portez pas un regard d'anthropologue-né sur la géopolitique de notre temps, vous manquerez de l'assise nécessaire à l'observation et à la description des jugements que la semi raison française cultive depuis près de soixante-dix ans sur la bombe atomique, donc sur la politique de la France et sur celle du XXIe siècle.

Mais, par bonheur, M. Netanyahou a également mis en scène l'encéphale d'une espèce dont ils connaît le mode d'emploi. Observez ce pédagogue piégé par l'apocalypse pour attrape-nigauds dont il se veut l'acteur et la vedette, observez ce clown du symbolique, observez cette effigie apprise de la persécution de son peuple, observez ce paradigme de la victime innocente et sacrée. Ce héros de l'apocalypse onirique a compris qu'il suffit d'expliquer aux enfants l'instant précis où il sera trop tard pour arrêter le Mal pour que l'.alliance de la pantomime politique avec la bande dessinée fasse image dans l'imagination para-religieuse de la terre entière. Mais si vous ignorez, M. le Président, que le cerveau de M. Netanyahou est d'un autre calibre que celui du reste du monde, si vous ignorez que ce Nicias de l'apocalypse est un fin bretteur, si vous ignorez qu'il dispose d'une longue avance sur les circonvolutions cérébrales des chrétiens et des musulmans, jamais vous ne découvrirez la plate-forme scientifique qu'exige la compréhension anthropologique de l'épouvantail nucléaire. M. Netanyahou sait parfaitement, lui, que le retard cérébral dont souffre la classe dirigeante mondiale lui fait encore présupposer que l'atome serait une arme non moins efficace sur les arpents d'un champ de bataille réel que l'excommunication majeure du XIe siècle que j'ai évoquée plus haut.

M. Netanyahou sait parfaitement, lui, que la politique réelle ressortit à la feinte théologique et que si l'Iran disposait de la bombe thermonucléaire, il acquerrait aussitôt le prestige qui s'attache encore au fantastique atomique. Non, M. le Président, la boîte osseuse du genre humain n'est pas encore d'égale grosseur sur toute la terre habitée - sur vingt-six enfants surdoués à New-York, vingt-trois sont juifs.

Mais, en ce début du IIIe millénaire, la France des anthropologues de l'apocalypse se trouve à nouveau aux commandes de l'encéphale en marche de l'humanité, parce que l'universalité de sa logique ne tient pas au nombre de ses divisions, de ses canons et de ses colons, mais à la vocation cérébrale qui inspire son génie depuis le XVIIIe siècle. Si vous démythifiez le sacré atomique, si vous psychanalysez les arcanes théologiques de la politique mondiale, si vous démontrez que le chemin de la paix du monde est parallèle à celui des progrès de l'intelligence humaine, vous mettrez le destin mental des rescapés de la nuit entre les mains de la nation de la raison et votre quinquennat ne sera pas un épisode de la Ve République, mais l'heure du changement de boussole de la pensée mondiale.



Samedi 8 Décembre 2012


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