1
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De l'encéphale scindé de la démocratie et de la rétractilité
cérébrale du simianthrope
2
- De la rétractilité psychique comparée des Eglises et des
Etats
3
- De l'évolution parallèle du Ministère de la Culture et
de l'Eglise
4
- " N'irritez pas les dévots " (Louis XIV à Molière )
5
- Un nouveau prodige eucharistique
6
- Les autels de la République
7
- La rétractilité restreinte et la rétractilité générale
8
- Le rêve est le quartier général de l'histoire
9
- La " Tsimia " de Chalcédoine
10
- Mister Jekyll et Mister Hyde
*
1-
De l'encéphale scindé de la démocratie
et de la rétractilité cérébrale du simianthrope
Nous avons appris qu'un ciel intellectualisé par un créateur
mythique du cosmos symbolise l'aporie mentale qui frappe une créature
que sa structure cérébrale condamne à faire participer la matière
à la parole, donc à substantifier le symbolique. Vous retrouverez
cette dichotomie originelle dans l'analyse des deux natures d'un
suffrage universel supposé infaillible dans le concept qui le
définit, mais ballotté comme une feuille au vent. Aussi la simianthropologie
puise-t-elle sa documentation principale dans l'histoire de deux
millénaires du mythe de l'incarnation d'un Orphée biphasé du cosmos
.
Il vous est devenu évident que si l'observation transcendantale
de la dichotomie mentale dont le simianthrope intellectualisé
se trouve frappé dispose d'ores et déjà du spectrographe relativement
perfectionné d'une simianthropologie générale, cette discipline
encore en chemin se révèlera bien plus riche d'enseignements si
elle enregistre de préférence des informations concernant le fonctionnement
bipolaire de l'encéphale que " Dieu " et sa créature se
partagent que si elle se contente de scanner les démocraties scissipares
- car celles-ci affichent moins clairement la bancalité de leur
double nature qu'une théologie fondée sur le mythe de la participation
totale du divin au charnel et vice-versa.
Vous
avez donc observé en premier lieu comment l'Eglise a théorisé
et cérébralisé son dogme central, celui de la consubstantialité
de la matière et de son signifiant en la personne réputée unifiée
d'un homme-dieu et comment ses dialecticiens sont parvenus à faire
emprunter à une " grâce divine " bipolarisée d'avance les
chemins d'une théologie dès lors fissurée ab origine
entre le réel et le signe . C'est que toute intelligibilité de
type simiohumain se trouve mythifiée d'avance par la signalétique
dichotomisée qui fonde la participation à la fois mythologique
et orchestrale du réel au symbolique. C'est dire que l'unification
bureaucratico-musicale de l'orthodoxie romaine lui était dictée
par une contrainte collective bifide à son tour : les votants
qui se montraient obstinément réfractaires aux énoncés de la parole
réputée unifiée d'une l'Eglise bicéphale - elle était soumise
à la voix toute terrestre des Commissions chargées de filtrer
et d'habiller des concepts - ces votants révoltés par le sacré
spéculaire sécrété par l'institution étaient nécessairement condamnés
à mort, à l'exemple de Nestorius, dont on sait qu'il est demeuré
rebelle jusqu'au trépas inclus au spectacle, horrifique à ses
yeux, que présentait à des païens moqueurs une Eglise que dirigerait
d'une main de fer un dieu calqué sur le modèle rudimentaire et
contrefait du simianthrope. Puisque Platon avait coupé cette espèce
en deux tronçons condamnés à tressauter côte à côte, il fallait
armer l'idole d'une personnalité transcendante au ridicule que
sa scission interne lui faisait afficher; mais le simianthrope
bipolaire ne saurait parvenir à s'empoigner lui-même à la fois
comme " esprit " et comme corps et se laisser convaincre
de son " salut " à l'étalage d'une grâce truquée, tantôt
celle du suffrage infirme et fabriqué par un peuple d'illettrés
, tantôt celle des évêques placés à titre statutaire sous les
ordres de leurs supérieurs hiérarchiques, donc portant collier.
Pour tenter d'observer les apories qui résultent du branchement
de l'encéphale biphasé du simianthrope sur des ciels incompatibles
entre eux et dichotomisés d'avance par des agents d'exécution
bancalisés sur la terre, il faut enregistrer les réactions affolées
des polypes incrustés aux parois de leur coquille et qui se collent
tantôt aux murs de leurs Eglises schizoïdes tantôt à ceux de leurs
Etats bipolaires. C'est qu'une seule et même espèce de moules
prolifère au sein de tous les " corps constitués ", comme
on dit si justement. Dans les ecclésiocraties, toutes vos tentatives
d'attirer l'attention des crustacés sur leur scission psychique
entre les deux lobes cérébraux dont ils se rendent les otages
provoque leur recroquevillement instantané dans les entrailles
de l'institution qui leur sert de carapace mentale. A l'instar
de l'escargot qui se précipite dans son domicile naturel sitôt
que son environnement menace ses fragiles antennes, le simianthrope
chalcédonien se rue dans le corps collectif qui lui sert de coquille
.
2
- De la rétractilité psychique comparée des Eglises et des Etats
La simianthropologie enquête sur les motivations qui conduisent
inconsciemment cette espèce à s'identifier à un mollusque protégé
par son cartilage . Quel est le système d'alerte du psychisme
et du corps qui légitime une collusion instinctive entre les deux
lobes du cerveau de l'espèce? Quand il se sent agressé, l'encéphale
rétractile du simianthrope schizoïde déclenche un système immunitaire
armé des antidotes qui lui permettent de consolider précipitamment
les accords vitaux qu'il a conclus en aveugle entre le réel et
le symbolique. Comme sa boîte osseuse se trouve nécessairement
domiciliée entre ces deux apories, elle s'arrime alternativement
à l'un et à l'autre logement. Mais pourquoi le double refuge du
simianthrope immergé dans son bain cérébral biphasé le fait-il
alors passer alternativement d'un pôle orchestral à l'autre ?
C'est qu'une asphyxie mortelle du chœur guette toute tentative
de chacun de ses pôles de conquérir l'autonomie dans l'abside
d'où s'élève son chant. L'encéphale simiohumain se cache dans
le symphonique collectif qui le préserve de la lumière du dehors.
Le réflexe d'auto-aveuglement défensif du crâne simiohumain démontre
que ce girophare peut se sentir en grand péril et qu'il renforce
alors sa sonorisation du spéculaire contre les mauvais défenseurs
de sa musique au point de retourner ses armes mélodiques contre
eux.
Quand le fortin mental de la " double nature " de la "
Liberté " démocratique ou religieuse ne disposera plus
d'aucun autel de pierre, quand elle se trouvera privée de la pompe
vestimentaire qui éblouissait les masses, quand elle aura rejeté
tout cérémonial cultuel ou institutionnel destiné à mettre en
évidence le statut surréel des serviteurs de cour de l'Eglise
ou du ciel conceptualisé de la République, vous verrez une nouvelle
aristocratie se brancher sur les rituels du sacré et perpétuer
le fascinatoire verbal au sein de l'ascèse démocratique.
Pour
bien vous en assurer, essayez donc de dire crûment à un serviteur
austère de l'Etat dont le dieu s'appelle la Liberté et dont le
concile a pris le nom de suffrage universel qu'il est le seul
maître des appellations artificielles dont il pare conjointement
une déesse vocale et le vote populaire réputé lui servir de haut
parleur ; dites-lui qu'il se voudra et se proclamera pourtant
le dignitaire de la France bicéphale, tentez de rappeler à ce
représentant et à ce médiateur assermenté des idéalités schizoïdes
censées diriger le monde démocratique que sa puissance est toute
sacerdotale et qu'elle donne effrontément ses ordres à des Commissions
bipolaires; dites-lui que ses évêques microscopiques entérineront
sans sourciller les décisions du grand Pontife qu'on appelle maintenant
l'Administration publique, enhardissez-vous jusqu'à démontrer
aux papes de la Liberté que la machine bureaucratique est construite
sur le modèle bifide de l'Eglise et qu'elle arme l'Etat d'un sceptre
calqué sur celui de l'idole participative que le simianthrope
est à lui-même depuis les origines; poussez votre audace de théologiens
maléfiques de la démocratie existentielle jusqu'à jouer le rôle
du Diable dans le bénitier des principes biphasés de 1789 et vous
observerez sur le vif la même rétractation viscérale de l'huître
saintement républicaine dans sa coquille que celle de l'huître
dévotement ecclésiale dans la sienne. Mais vous savez comment
le simianthrope sécrète du sens , donc des signifiants à élever
ses fourrages au symbolique, et vous savez également que le vrai
se teste à l'école de l' "intelligible" qui lui sert de
miroir. Vous vous demanderez donc maintenant de quelle essence
ou substance il faut "participer" pour déclarer que les
évadés de la zoologie seraient devenus des animaux spirituels
. Et pour cela, vous allez hanter les couloirs du Ministère de
la Culture à la recherche de la " vie spirituelle" de la
République et de la démocratie.
3
- De l'évolution parallèle du Ministère de la Culture et de l'Eglise
Vous
savez que ce Ministère symbolisait, à l'origine, l'intemporalité
d'une sorte d'Eglise de la Liberté . En ces temps reculés, la
vocation " spirituelle " de ce Vatican laïc illustrait
la " double nature " de la France pensante, celle qui,
en un demi siècle seulement, allait néanmoins cesser d'incarner
l'âme d'un Etat créateur et ouvert au génie de la nation de Racine
et de Voltaire. Au commencement, les écrivains jouissaient, du
moins tacitement, du statut d'acteurs sur la scène de l'écriture
et de l'intelligence; et l'Etat honorait ses saints de la plume
autant que lui-même ; car il se montrait fier d'incarner pour
la première fois dans son histoire le titre séraphique qu'il s'était
donné en 1789 de " protecteur des Lettres et des arts "
.
Pour cela, il fallait que la France de l'intelligence installât
l'encrier du " spirituel " dans un Eden ayant pignon sur
rue. Cette promotion de " l'esprit " a été assurée, souvenez-vous,
par l'élévation d'une bureaucratie endormie au rang d'un Ministère
des droits de la raison. Mais comment trouver dans les effectifs
de l'Administration des cohortes de prêtres du génie de l'humanité
et de la spiritualité des modernes? Hélas, les héros de l'écriture
se sont bientôt sentis délégitimés par les hiérarques de l'Etat-Eglise
; et ils se sont vus piteusement chassés du jardin d'innocence
par l'autorité des papimanes et papefigues de la République.
Du
coup, les évêques estampillés par leurs marques et leurs marchandises
se sont rués dans la brèche de la simonie. Ces catéchètes du marché
des imprimeurs se sont présentés en hauts dignitaires de leur
propre marchandise aux guichets de la rue de Valois ; et ils ont
réussi à cacher sous leur veste leur médaille d'employeurs des
gens de Lettres en livrée ; et l'Etat, devenu vassalisateur sous
leurs blasons de faux pontifes de la France n'a pas tardé à demander
à tout le corps épiscopal des éditeurs de déclarer au Trésor public
les maigres sommes qu'ils versaient au petit clergé des Mallarmé
et des Valéry. Quand les industriels écussonnés du " spirituel
" furent devenus, aux yeux de l'Etat mercantilisé, les seuls interlocuteurs
dignes de ses audiences, qu'est-il advenu des paroisses et des
diocèses de la culture républicaine ? L'Etat s'est aussitôt enhardi
à demander aux écrivains et aux poètes français de se présenter
en salariés de leur employeur et d'endosser avec empressement
leur défroque de valets à la merci du marché. A ce prix seulement,
a déclaré la République, les gens de lettres se trouveront affichés
à la criée , à ce prix seulement ils bénéficieront de l'honneur
de paraître sous le label de leur maître. Mais comment conquérir
le renom qui ne s'attache jamais qu'aux produits de consommation
les plus répandus de la piété démocratique? Et pourtant la pastorale
de l'Etat-marchand n'a trouvé sa pleine signification qu'à l'heure
où la France a découvert que les démocraties industrialisées sont
nécessairement fondées sur des dévotions mercantilisées et qu'il
lui fallait fabriquer les missels et les bréviaires d'une industrie
du "spirituel" afin d'inonder le marché mondial de la piété
démocratique.
Quand le Centre national d'un commerce du Livre soutenu par l'Etat-marchand
eut passé sous le sceptre d'un Ministère de la pastorale culturelle
des démocraties, de plus en plus de fonctionnaires issus des rangs
de l'Administration des finances et du budget ont été placés à
la tête du plan d'industrialisation et de marchandisation de l'édition
dite " libérale ". C'est pourquoi, il vous faudra faire
débarquer votre décryptage anthropologique de la christologie
dans la science politique mondiale, parce que vous êtes les initiés
appelés à décoder des documents psychobiologiques saisissants
concernant les relations secrètes que la " conscience spirituelle
" simiohumaine entretient avec l'évolution ecclésiale et bureaucratique
des démocraties modernes.
L'histoire
de l'inconscient politique des théologies redevient heuristique
quand le destin du " spirituel " change d'arène et se donne
à décrypter sur le nouveau champ de bataille où la République
reproduit sans l'avoir encore compris le modèle de la décadence
et de la mort du "spirituel" dans la bureaucratie ecclésiale.
Malraux le laïc savait-il que le Ministre de la Culture qu'il
a fondé et que tous les Etats du monde ont copié servirait de
champ d'expérience pathétique aux prophètes du spirituel laïc,
lui qui disait que le XXème siècle "serait spirituel ou ne
serait pas" ? Certes, ce poète des feux de l'intelligence
n'ignorait en rien que le "spirituel" quitterait fatalement
l'enceinte des Eglises et qu'il se colletterait avec le concept
de Liberté sur les cinq continents - mais sans doute ignorait-il
que la méthode historique puiserait dans le décryptage simianthropologique
des théologies l'instrument du débarquement de Clio dans la question
du destin mondial du spirituel post religieux. La République est
appelée à écouter les " voix du silence " où les éclairs
de la raison illuminent le "spirituel".
4
- " N'irritez pas les dévots " (Louis XIV à Molière )
Quand il eut été demandé aux poètes et aux écrivains français
de solliciter des éditeurs-imprimeurs qu'ils veuillent bien leur
délivrer des certificats de validité de leurs écrits ; quand il
leur a fallu se résigner à montrer patte blanche aux marchands
désormais installés au cœur du Ministère de la Culture, quand
ce renversement radical de la hiérarchie des valeurs au sein de
la civilisation "des deux natures" du simianthrope eut
exigé de la démocratie qu'elle précipitât sa course vers le temporel
, quand le parallélisme entre la mort spirituelle de l'Eglise
d'une part et le "trépas spirituel" du Centre national
du Livre de la rue de Verneuil d'autre part fut devenu éloquent
aux yeux d'une simianthropologie qui n'en était qu'aux premiers
pas de son décodage de l'encéphale des évadés assermentés de la
zoologie, la République qualifiée de "protectrice" des
Lettres et des arts depuis deux siècles a péri de n'avoir pas
accouché d'une philosophie de la création dans tous les ordres.
Cinq décennies seulement après Malraux, le Ministère de la rue
de Valois démontrait à la face du monde qu'il ignorait tout des
secrets du génie blasphématoire des incendiaires du " spirituel
" : à ses yeux, l'écrivain n'était qu'un étrange paresseux dont
le labeur était à la portée de tout Français désireux de tirer
quelque histoire bien troussée de sa manche. Hippolyte Taine disait
qu'il fallait dix ans pour seulement apprendre à écrire clairement.
A l'heure où il suffit de bondir sur quelque occasion favorable
de raconter ses amours pour s'attirer un public à l'écoute des
biographies de la médiocrité, demandez-vous si les grands écrivains
ne seraient pas les martyrs de la " double nature " d'une
espèce tragiquement déchirée et si la critique littéraire mondiale
ne trouverait pas son vrai souffle à découvrir un animal aporétique
de naissance
(Voir
mon Essai sur l'avenir poétique de Dieu, Bossuet, Pascal, Chateaubriand,
Claudel,
Plon 1965).
5
- Un nouveau prodige eucharistique
Quand
la République des nouveaux scolastiques eut ordonné aux gens de
plume d'apposer dorénavant leur signature à des Syllabus qui leur
enjoignaient, sous peine d'excommunication majeure, de déclarer
à ses guichets un prodige eucharistique nouveau et extraordinaire,
celui par la vertu duquel les aumônes qui leur étaient chichement
accordées - à la condition que leur œuvre fût mondialement connue
pour avoir été publiée antérieurement à l'industrialisation de
l'édition - de déclarer sur l'honneur, dis-je, que leur pitance
serait supprimée si elle ne se trouvait labellisée par le satisfecit
d'un Ministère de la censure commerciale qui leur délivrerait
un certificat attestant de la métamorphose du mécénat d'Etat en
un produit de la vente de leurs poèmes à la masse de la population,
je me suis demandé pourquoi mettre en scène une pieuse simulation,
celle d'une marchandisation prospère des vrais écrits, alors que
le "livre", comme on l'appelait encore, était devenu un
produit de consommation en vente dans les super marchés et jetable
après lecture ? Pourquoi le " spirituel " était-il poussé
dans ses derniers retranchements au point d'avoir imaginé le faux
semblant d'une prospérité commerciale et bourgeoise dont les Orphée
de la France se rempliraient les poches ? Cette thaumaturgie s'imposait-elle
à une République des Lettres alors que le mécénat de l'Eden demeurait
si maigre que le faux en écritures publiques demandé aux poètes
ne rendait pas leurs escarcelles plus imposables pour un sou ?
Et puis, sur quel offertoire des sacrifices opérer la transsubstantiation
de l'hémoglobine de l'hostie en espèces sonnantes et trébuchantes
dont sueraient tout subitement et dans le monde entier les autels
de la Liberté démocratique?
C'est au prix des plus grandes difficultés pratiques que je me
suis fait le Commissaire Maigret d'un prodige théologique dont
les propitiatoires de la spiritualité républicaine des faux dévots
sont devenus le théâtre , parce que les écrivains se sont toujours
révélés une espèce aussi humble et piteusement soumise à l'autorité
politique du moment que les fidèles pieusement agenouillés sur
leur prie-Dieu, de sorte que la dictature libérale n'a pas les
coudées moins franches à leur égard que toutes les tyrannies que
le monde a connues. Mes patientes recherches parmi les matamores
et les flambeurs de l'encrier ont néanmoins été couronnées d'un
grand succès ; car j'ai fini par dénicher un martyr rebelle jusqu'à
la moelle. J'exprime ici toute ma reconnaissance à ce tyrannicide
anonyme; car ce n'est qu'à son écoute que je suis parvenu à approfondir
un peu à votre intention mes connaissances antérieures balbutiantes
de l'inconscient sacrificiel de la sainteté politique des démocraties.
(Voir
mon Chateaubriand ou le poète face
à l'histoire, Plon 1963)
Voici,
à votre usage et aux fins d'encourager votre initiation à la vie
spirituelle de la République , quelles furent les conséquences
pratiques du refus de cet hérétique d'attester un faux miracle
sur l'autel de la sainteté fiscale. A la réception du Syllabus
qui lui donnait le choix entre l'apostasie littéraire et la mort,
il avait demandé au Gouvernement de convoquer d'urgence un Concile
des droits de la plume afin de décider de la légitimité de la
transsubstantiation bureaucratique de l'hostie du mécénat d'Etat
en chair et en sang de la France des marchands. Il avait toujours
pris soin , disait cet hérétique, de signaler au Trésor public
le montant exact des maigres bienfaits de la grâce dont il avait
bénéficié en raison de ses publications ; et le Ministère des
Finances avait toujours sainement refusé de contresigner le prodige
de la piété marchande que le Centre national du Livre prétendait
produire sur l'autel des principes de 1789 ; car les trésoriers
de la République eux-mêmes soutenaient qu'en droit français ce
type de miracle n'était pas fiscalisable pour le motif qu'il n'entrait
pas dans la définition juridique de la notion de revenu .
Aux
yeux des simianthropologues de la spiritualité démocratique, dont
la spéléologie de l'inconscient théologique conjoint de l'Eglise
et des Etats modernes était relativement avancée, il était déjà
devenu intéressant d'observer qu'un prêtre qui refuserait d'attester
du prodige de la métamorphose du pain et du vin de la messe en
la chair et le sang physiques de l'histoire verrait l'Eglise romaine
se précipiter sur le malheureux et certifier en toute hâte le
miracle de l'apparition réelle de l'hémoglobine du dieu sur l'offertoire.
Pourquoi la République des miracles fiscaux demeurait-elle piteusement
en retrait au chapitre de l'attestation publique de son eucharistie
à elle, pourquoi avait-elle grand besoin du sacerdoce des poètes
pour soutenir à sa place, le mystère de l'autel ? Pourquoi ne
déclarait-elle pas sur l'heure relaps et renégats les prêtres
de la République rebelles à faire entrer dans les caisses de l'Etat
la chair et le sang des sacrifices ?
Cette énigme allait se révéler heuristique pour les motifs suivants
: alors que la menace d'excommunication majeure présentée par
la rue de Valois à mon prêtre rebelle remontait au 23 juillet
2004 , le Ministère de la Culture a attendu plus de six mois l'hospitalisation
d'extrême urgence de son enveloppe charnelle amaigrie et survenue
seulement le 12 février 2005, pour que le fameux réflexe auto-défensif
que j'ai évoqué ci-dessus se déclenchât - c'est-à-dire pour que
le système immunitaire de la rétractilité protectrice vînt confirmer
le parallélisme entre l'instinct de conservation de la République
et celui de l'Eglise.
Comment cela ? La rue de Valois aurait-elle été convertie par
la longue résistance de la charpente du poète ? Mais alors, me
direz-vous, où se cache-t-il, votre fameux réflexe de sauvegarde
d'un prodige théologique ? Vos Tartuffe seraient-ils parvenus
à afficher leurs dévotions dans le désastre même qui les frappait
de se trouver démasqués ? Dans Molière, le mollusque n'a-t-il
pas réussi à changer sa défaite en un triomphe de plus de sa sainteté
? Souvenez-vous de la scène : son humble confession des péchés
mortels dont on accablait la piété du faux dévot aurait jeté à
nouveau Orgon à ses pieds si Molière n'avait fait débarquer in
extremis sur la scène le "Deus ex machina "de son
" prince ennemi de la fraude " ? Mais pour l'anthropologie
critique, cet artifice de théâtre a empêché Molière de poursuivre
plus avant sa spéléologie de l'espèce dont l'animalité propre
se manifeste précisément à " faire l'ange ". Il vous appartiendra
d'aller au terme de l'analyse simianthropologique du Tartuffe
de la démocratie et de la République.
Sachez
donc que le Ministère de la Culture a emprunté d'instinct le même
chemin du "salut" découvert par la sainteté si injustement
offensée du Tartuffe de Molière : il a proclamé sans faiblir que
le mythe de la transsubstantiation de ses hosties en espèces sonnantes
et trébuchantes sur l'autel du marché demeurait intouchable en
l'essence et la quintessence de son orthodoxie, mais qu'en l'espèce,
et à titre très exceptionnel, l'Etat-Eglise accordait à mon poète
la grâce particulière d'une dispense de contresigner le dogme,
et cela pour le seul motif que, de toutes façons, sa pauvreté
ne rapportait pas un sou à l'Eglise. Seule une hérésie qui ne
coûtait rien à l'Etat pouvait se trouver absoute. C'est ainsi
que j'ai été conduit à la découverte des arcanes sacrificiels
de la rétractilité dévote des Tartuffes de la démocratie et de
la liberté, ce qui permettra à votre anthropologie christologique
de faire un pas de géant dans la spectrographie de l' animalité
propre à une espèce dédoublée par les masques dont elle affuble
ses meurtres sacrés .
6
- Les autels de la République
Si
Molière ne s'était pas arrêté à mi-chemin de sa plongée dans les
ultimes secrets de l'alliance de l'autel avec le meurtre angélique
des dévots, l'étude de la sainteté autodéfensive qui caractérise
les "corps constitués" du simianthrope, tant dans ses Etats
armés d'une administration rétractile que dans ses dévotions proprement
ecclésiales aurait conduit, quatre siècles plus tard l'Europe
de la pensée à élaborer une politologie articulée avec un scannage
de la "double nature" du singe caparaçonné par ses dévotions
; et nous saurions mieux pourquoi Socrate, s'est donne à tuer
afin de délivrer ses congénères des masques tartufiques qui les
privent de tout regard sur leur encéphale. Car s'il s'était seulement
agi, pour le clergé de la République, d'humilier un poète en le
réduisant par la famine au rang des marchands du temple, l'Etat
des faux dévots n'avait besoin de personne pour le renvoyer d'une
pichenette dans ses laboratoires du sacrifice: il lui suffisait,
pour cela, de signaler pieusement aux percepteurs que l'hostie
à cuisiner au four du mécénat républicain se fonderait désormais
sur le dogme de la transsubstantiation des œuvres de l'esprit
en une marchandise sur l'autel du trésor public et que la vocation,
mercantile par définition, d'un produit de consommation courante
tel que le livre révèlerait au public combien les Mallarmé et
les Valéry n'étaient, en réalité, que des prêtres habiles à dissimuler
leur fructueuse simonie dans leur manche.
Mais pourquoi l'Etat laïc et les Courteline de sa théologie de
la Liberté exigent-ils dans le même temps et avec tant de ténacité
que les prêtres de l'intelligence signent de leur main un faux
en écritures fiscales ? Si les œuvres de l'esprit sont fabriquées
à la chaîne, pourquoi ne pas demander à la déesse Liberté de se
porter garante de la piété tartufique des marchands du temple?
Vous devez donc vous demander ce que signifie le meurtre cultuel
aux yeux d'une simianthropologie que sa vocation scientifique
appelle à percer les secrets sacrificiels de l'histoire et de
la politique. Pourquoi le poète est-il appelé par l'Etat tartuffique
à se prosterner aussi pieusement devant la nouvelle hiérarchie
ecclésiale - qu'on appelle maintenant l'Administration publique
- que le personnel des dévots de l'autre Eglise convie à s'immoler
au nom de Dieu sur l'autel de l'Histoire? Pourquoi le statut terrestre
du poète contraint-il les serviteurs du verbe de la " Liberté
" de tenir boutique de leur foi sacrificielle et de vendre les
colifichets de leur obéissance auto-immolatoire comme, de son
côté, l'Eglise vend ses cierges et ses statues de la Vierge à
un public de rachetés par le meurtre de la Croix? Pourquoi faut-il
que la démocratie se trouve scindée à son tour entre ses changeurs
et ses saints sacrifiés ? Serait-il aussi dangereux pour la République
d'en appeler aux évangiles de 1789 qu'aux hérétiques de l'Eglise
d'invoquer leur oblation aux Saintes Ecritures sous les pluies
d'eau bénite des Tartuffes de la foi?
Car si le pain et le vin de la Liberté étaient appelés à se changer
en chair et en sang des idéalités jusque dans les démocraties
sacerdotalisées à l'école de la laïcité , la schizoïdie mentale
dont le cerveau du clergé de la République serait frappé se révèlerait
aussi congénitale à la démocratie qu'à l'Eglise, parce que, depuis
l'an 450 de notre ère, le cerveau simiohumain participe des meurtres
sacrés dont l'Histoire s'ensemence. C'est pourquoi mon rescapé
d'un assassinat inconsciemment cultuel sous des dehors tartufiquement
républicains a pu assister au spectacle de toute la sainte hiérarchie
de l'Etat laïc, et jusqu'au Premier Ministre du Gouvernement de
l'époque, faire cause commune avec la piété catéchétique d'un
Centre national du Livre tapi sous l'alibi démocratique de ses
commissions aussi fictives que celles de l'Eglise et bien décidé
à défendre l'encéphale du simianthrope dichotomisé ab origine
entre ses deux natures. Simplement, le littéralisme bureaucratique
a remplacé le littéralisme vaticanesque dans le combat éternel
des institutions contre l'hérésie qui les défie dans leur fondement
: celle d'un individualisme impénitent face aux corps cérébraux
qui servent de carapace spéculaire au simianthrope .
Un
seul philosophe vous conduira aux fondements de l'individualisme,
Henri Bergson, qui pensait que l'histoire cérébrale du simianthrope
oscille entre ses hordes " ouvertes " et ses hordes " closes
" et que " l'évolution créatrice " renvoie la science de
l'évolution à l'interprétation psychobiologique du souffle et
de la rétractilité alternées de l'esprit des sociétés.
Cette vue de précurseur de la connaissance des systoles et des
diastoles de l'animal spéculaire se trouvera fécondée par toute
la simianthropologie " chalcédonienne " de l'avenir, puisque,
comme il est démontré par quinze siècles de la théologie des "deux
natures " attribuées à la divinité, le réflexe du mollusque
onirique est redevenu spectaculaire au sein des Etats laïcs comme
au sein d'un Ministère de la Culture dévoré à son tour par la
bureaucratie d'une ecclésiocratie d'Etat.
7 - La rétractilité restreinte et la rétractilité
générale
De
même qu'il existe une relativité restreinte et une relativité
générale dans l'univers qu'Einstein a porté à quatre dimensions,
il existe une rétractilité pieuse restreinte et une sainte rétractilité
générale du simianthrope. La rétractilité restreinte exprime le
système immunitaire craintif propre aux institutions et à leurs
carapaces doctrinales, la rétractilité générale renvoie à l'épouvante
qu'inspire le cosmos : le physicien définira l'univers comme une
étendue d'environ quinze milliards d'années-lumière. Pourquoi
les terrorisés de l'espace se réfugient-ils dans une étendue plus
microscopique qu'un grain de sable par leur réduction effrayée
de l'univers à sa seule masse matérielle ? C'est que l'infini
qui enveloppe les géomètres du vide condamne d'avance tous leurs
calculs à l'impuissance . La rétractilité psychique observable
au cœur d'une physique simiohumaine terrorisée par l'immensité
exprime la double nature d'une espèce qui se donne un pôle saisissable,
tandis que celui du néant échappe désespérément à sa prise . Les
théologies sont les scanners de l'effroi, parce qu'elles illustrent
la double corporéité, la physique et la mentale du simianthrope
au cerveau biphasé. C'est pourquoi vous enseignerez à la science
historique à se brancher sur les documents simiohumains qu'on
appelle des théologies.
Mais,
vous dira-t-on, la déesse Liberté ne reçoit plus de cadavres sur
l'autel d'un salut démocratique devenu invisible . Ne vous laissez
pas égarer par ces dires : les offrandes sanglantes que le Ministère
de la Culture immole à l'Etat, son idole, ne sont autres que les
idéalités de 1789. Le sang des assassinats sacrés est devenu symbolique
depuis belle lurette. C'est pourquoi le libéralisme sacrificiel
s'interroge aussi peu que l'Eglise d'en face sur la véritable
nature de la chair de la victime mise à mort sur l'autel romain
après un long supplice que l'idole sacralisera d'être devenu payant,
donc " rédempteur ". C'est que la métamorphose du pain
d'Orphée en pain saignant des marchands récompensés au sein du
Ministère de la culture copie la transsubstantiation que pratique
en secret une Eglise attentive à dissimuler sous l'hostie de la
messe le meurtre angélique qui vous acquerra la même immortalité
que les cultes les plus primitifs. Car dans les trois monothéismes,
le meurtre est proclamé séraphiquement "sauveur". C'est
cela que "prince ennemi de la fraude" du Tartuffe
a empêché le génie de Molière de disséquer au scalpel sur l'autel
où la trucidation sacrée de la victime dite "satisfactoire"
change le Golgotha en l'offertoire universel d'une humanité saignée
au plus secret de ses confessionnaux.
Les trois séraphins que vous appelez la Liberté, l'Egalité et
la Fraternité sont-ils appelés à incarner la nouvelle Trinité,
celle d'une foi républicaine aussi angélique dans son ordre que
celle de l'éternité posthume dont rêvent les croyants de l'autre
église ? Comment se fait-il, vous dites-vous, maintenant que la
"vérité religieuse" qui sous-tend les démocraties schizoïdes
se soit mise à l'écoute des grands rédempteurs ? Comment se fait-il
que le Marx des Goulags triomphait du Mal d'emboîter le pas à
Moïse ? Comment se fait-il que l'empire américain pourchasse le
Démon du Terrorisme par le fer et le feu d'une bannière à la fois
étoilée et fulminante sur les cinq continents ? Le nouveau Seigneur
du sang de l'histoire qui appelle sa créature à s'immoler sans
relâche à sa propre gloire s'appellerait-il désormais la démocratie
? La Liberté, l'Egalité et la Fraternité seraient-ils les nouveaux
tranchoirs du verbe du salut ?
Dans ce cas, le sacerdoce des poètes qu'une République ensanglantée
s'ingénie à réduire au rang de guichetiers piteux de l'industrie
du Livre se laisserait aussi difficilement concilier avec le culte
d'une République qui se voudrait réellement "protectrice des
Lettres et des arts" que le service du " Dieu " d'Isaïe ou
de Saint Jean se laisse difficilement confondre avec les sacrifices
simiohumains de type antéabrahamique que le christianisme a secrètement
retrouvés à l'école d'un assassinat réputé rédempteur - celui
que glorifie le meurtre saintement rétribué du Golgotha . Mais
si vous avez découvert que toute idole - Dieu ou la Liberté -
s'achète ses rédemptions sur les autels où ses meurtres sacrés
se nourrissent de la piété du simianthrope, quelle sera la tâche
spirituelle de votre génération ? Comment vous donnerez-vous à
tuer à l'écoute d'une simianthropologie socratique ? Demanderez-vous
aux Athéniens pourquoi ils paient le tribut de la mort à leur
démocratie?
Vous
voyez que la politologie du XXIè siècle sera abyssale ou ne sera
pas car elle demeurera creuse et vaine tant que votre anthropologie
critique n'aura pas formé une génération de visionnaires du simianthrope
qui auront longtemps peiné à réapprendre les théologies dites
"propitiatoires" ou "satisfactoires" des ancêtres
et qui auront consacré leur vie à enseigner patiemment à leurs
successeurs l'immense documentation sur la psychophysiologie des
évadés de la zoologie qu'éclaire désormais la lumière de la raison
post-darwinienne du XXIè siècle. Si vous ne plongez dans les profondeurs
jusqu'au vertige, jamais vous ne verrez comment le statut onirique
des démocraties simiohumaines leur attache dans le dos les fausses
ailes du sacré républicain , jamais vous ne verrez que l'autel
de la Liberté sue le meurtre et le sang d'un culte rétribué par
une idole ; jamais vous ne saurez que c'est aux lois implacables
de l'histoire que l'appareil des cultes a toujours secrètement
payé sa dette ; jamais vous ne saurez que c'est au ciel de ses
idéalités que la démocratie donne désormais à boire le sang des
sacrifices ; jamais vous ne saurez sur quels étals du sacré le
simianthrope moderne acquitte ses tributs de chair et d'hémoglobine
- le sacré que figurent désormais les saints principes de 1789
.
8-
Le rêve est le quartier général de l'histoire
Je vous conseille d'étudier en premier lieu les fonctions respectives
et complémentaires qu'exercent les deux lobes de l'encéphale du
simianthrope oblatif ; puis vous observerez la fonction immunitaire
que remplissent respectivement les deux "corps du roi",
l'immortel et le terrestre . Enfin vous vous demanderez de quel
souverain du sang chacun d'eux se veut le serviteur et pour quelles
raisons psychobiologiques ils se rendent dépendants de deux autorités
radicalement opposées et impossibles à conjoindre , l'institutionnelle
et l'orphique .
Pour
tenter de répondre à cette ultime interrogation, vous observerez
que la signification et la portée psychobiologiques de la double
nature du simianthrope - celle que le Concile de Chalcédoine a
tenté de théoriser sur le mode théologique et les démocraties
sur le mode idéocratique - cette signification , dis-je, prend
aujourd'hui toute sa portée historique et politique du fait que
la démocratie et l'Eglise se trouvent plongées dans un seul et
même embarras doctrinal ; car toutes deux se demandent comment
armer les Etats de leur statut terrestre et de leur statut transcendantal
confondus - ce qui seul, pensent-elles, leur permettrait de courir
d'un pas assuré vers le " salut " de la planète. Mais puisqu'un
démiurge mythique dont les directives étaient réputées s'être
incarnée avait été baptisé " le verbe ", qu'en est-il du
lobe cérébral dont le rêve se nidifie dans l'épopée, verbale à
son tour, de la Liberté démocratique? Pourquoi le mythe de la
rédemption et du sauvetage par delà la mort se cherche-t-il nécessairement
la coquille de son Eden dans une parole onirique ? Parce que le
rêve d'une délivrance est le quartier général des politiques du
"salut". C'est seulement à l'école de cette aporétique
existentielle que vous ferez débarquer l'histoire des religions
dans la radiographie simianthropologique du mythe de la vérité.
Mais alors, ce sera des origines à nos jours que vous conduirez
le "Connais-toi" sur les chemins d'une science de la double nature
du singe spéculaire que la "raison" habille depuis
des millénaires de la fourrure de ses songes ; car les religions
ne changent jamais que la coupe, les coutures, les couleurs, les
bâtis, les étoffes dont elles revêtent l'identité focale de l'espèce
.
9
- La " Tsimia " de Chalcédoine
Vous
trouverez chez les premiers simianthropologues - il ne leur manquait
que le vocabulaire et la problématique de leur discipline - des
récits qui schématisaient les origines de la bipolarité du seul
vivant que son encéphale envoie habiter ses vocables. En voici
un paradigme, celui de la construction de la Tsimia chez les Baruya
.
"
Or, pour les Baruya , la Tsimia représente leur " corps
" et témoigne qu'ils ne font qu'un seul " corps " dont le squelette
est constitué par les poteaux qui soutiennent l'édifice et dont
la " peau " est faite des bottes d'herbe que des centaines de
femmes et de jeunes filles de la tribu assemblent et apportent
en masse et qui vont servir à couvrir le toit que les Baruya appellent
la " peau " de la Tsimia . L'immense poteau central qui
supporte le toit est appelé Tsimié, il représente l'ancêtre
du clan Baruya , celui qui avait reçu du Soleil les objets sacrés
nécessaires à l'initiation des futurs guerriers et des futurs
shamanes et qui aurait attribué aux autres clans une place et
des fonctions distinctes dans le déroulement des rites d'initiation.
Or,
j'observai sur le terrain que tous les poteaux qui allaient constituer
les parois de la Tsimia avaient été coupés dans la forêt
et transportés chacun par le père d'un des futurs nouveaux initiés.
Arrivés sur le site où allait s'édifier la Tsimia, tous ces hommes
s'alignaient à distance les uns des autres, formant un cercle
qui allait devenir le pourtour de la Tsimia . Et d'un coup - à
un signal du maître des initiations appartenant au clan des Baruya
qui avait à son côté le grand shamane, Inamwé, du clan des Andavakia,
responsables, eux, de l'initiation des shamanes - tous les pères
levaient en même temps leur poteau et le plantaient devant eux
d'un même geste en poussant le cri de guerre des Baruya, cri que
poussaient en même temps qu'eux tous les hommes présents autour
de l'emplacement de la future Tsimia. " (Maurice
Godelier , Au fondement des sociétés humaines, Ce que
nous apprend l'anthropologie , Albin Michel , Bibliothèque
Idées, pp. 197-198)
Quelles
sont les métamorphoses de la Tsimia des Baruyas dans la
religion des Romains, puis chez les juifs, les chrétiens, les
musulmans et les démocraties contemporaines ? Vous les décrypterez
à l'école de toute l'histoire simianthropologique des théologies.
Mais ensuite, votre vocation de spéléologues de l'alliance du
meurtre avec la voix simiohumaine vous conduira à la postérité
mondiale des deux encéphales découverts au Concile de Chalcédoine
, l' un réputé inspiré par le ciel d'une démocratie armée jusqu'aux
dents et placée sous le sceptre d'un Souverain Pontife vocalisé
à Washington , l'autre chargé de symboliser une France des " armes
et des lois " qui ne rêve plus que de partager le joug des
vassaux d'un empire étranger. Ne vous laissez pas arrêter sur
ce chemin par la piété des faux dévots qui vous diront que la
comparaison entre ces deux allégeances les caricatures. Est-il
un art du dessin qui aille davantage et d'un seul trait plus au
fond de la politique et de l'histoire des " deux natures
" que la caricature ? Répondez-leur que l'OTAN est la Tsimia
de l'idéocratie moderne, que l'OTAN est le bras armé de la rédemption
démocratique , que l'OTAN fournit son temple et ses autels à une
Europe immaculée de la Liberté - et la France s'apprête à baiser
la pantoufle du saint sacrifice que préfigure la Tsimia originelle.
Mais Isaïe vous appelle à outrager les offertoires du dieu inaugural
des immolations ; parce que votre Tsimia à vous sera d'une
autre nature.
Pour
la première fois, vous pourrez tenter de répondre à la question
de savoir à quelle station de son itinéraire l'intelligence du
simianthrope se trouve arrêtée , donc en quoi le cerveau du singe
parlant est un organe inachevé. Car l'observation au téléobjectif
de la masse encéphalique de cette espèce vous la montre emprisonnée
dans le mythe de la participation de sa parole à l'idole construite
à son image - celle qui, elle aussi, avait fait donner de la voix
au cosmos.