Proche et Moyen-Orient

La Palestine est-elle une province d'une monstruosité appelée Israël ?


Pour ce qui concerne Uri Avnery, les Palestiniens ne sont rien d'autre que les habitants d'une province qui appartient à l'Etat qui a envahi et occupé la Palestine, il soutient donc leur droit à l'indépendance, comme pourraient le demander les Kosovars, les Abkhazes, les Basques ou les Ecossais, respectivement.

Par Jorge Aldao


Vendredi 19 Septembre 2008

La Palestine est-elle une province d'une monstruosité appelée Israël ?
Dans un récent article intitulé "Moralité hottentote", Uri Avnery pose quelques affirmations vraiment étonnantes.

La plus surprenante d'entre elles est celle-ci : "Selon moi, il y a un principe simple, et il s'applique à tout le monde : toute province qui veut se séparer d'un pays a le droit de le faire. De ce point de vue il n'y a pour moi aucune différence entre les Kosovars, les Abkhazes, les Basques, les Écossais et les Palestiniens. Une seule règle pour tous."

Pour ce qui concerne Uri Avnery, les Palestiniens ne sont rien d'autre que les habitants d'une province qui appartient à l'Etat qui a envahi et occupé la Palestine, il soutient donc leur droit à l'indépendance, comme pourraient le demander respectivement les Kosovars, les Abkhazes, les Basques ou les Ecossais.

M. Avnery ignore la vérité historique. Parce que, si nous acceptons sa théorie – dans tous les cas, aussi contestable soit-elle – ce que nous pourrions accepter est que les Juifs qui se sont installés en Palestine avant 1947 pourraient avoir le droit de devenir indépendant, conservant une très petite partie de cette région.

Mais en aucun cas sa théorie peut-elle justifier l'abandon de plus de la moitié de la Palestine aux sionistes, la dernière invasion par les Juifs de la Diaspora et le pillage extensif et systématique des terres palestiniennes mené par les sionistes au travers de leurs politiques du Grand Israël.

Si nous acceptons la théorie d'Uri Avnery et si nous l'appliquons au royaume d'Espagne, les Basques – s'ils pouvaient s'assurer du soutien total d'une des grandes puissances – auraient le droit de prendre le contrôle de la totalité de l'Espagne, expulsant par la violence, le terrorisme et le nettoyage ethnique le reste des habitants de ces terres. Ensuite, ils pourraient appeler tous les autres Basques vivant dans le monde à revenir, dans ce cas, pas au Pays Basque, mais partout sur la Péninsule Ibérique, selon leur choix.

Selon la théorie d'Avnery, ces descendants des Basques nouvellement revenus auraient aussi le droit d'établir des colonies partout sur le territoire espagnol, soumettant par l'extrême violence les Castillans, les Galiciens, les Andalous, les Valenciens, les Catalans, les Asturiens ou tout autres colons natifs des régions autonomes d'Espagne qui seraient opposés à une dépossession similaire.

Une autre phrase lamentable dans l'article d'Avnery, qui là aussi dissimule la vérité historique, est lorsqu'il écrit : "La Yougoslavie s'est désintégrée, et chacune de ses parties appartiendra finalement à l'Union européenne."

Quiconque n'est pas au courant de ce qui s'est passé dans les Balkans depuis longtemps pourrait simplement penser que la désintégration de la Yougoslavie fut un phénomène naturel, comme un tremblement de terre ou un tsunami, dans lequel la main de l'homme – en réalité la main des puissances impérialistes – n'a rien eu à voir.

La réalité est très différente.

L'ex-Yougoslavie faisait partie des Balkans – une zone géographique qui fut de tous temps une région stratégique pour les empires centraux, et sa désintégration cyclique a eu lieu pour satisfaire les intérêts de l'empire dominant de l'époque. D'où la création du terme de "balkanisation". (1)

Il faut garder ceci à l'esprit lorsque nous pensons à l'Amérique Latine, en particulier lorsque nous nous souvenons que Philip Goldberg, l'ambassadeur US en Bolivie, eut un rôle actif et fondamental dans l'indépendance du Kosovo. (2)

Selon les informations disponibles, l'Ambassadeur Goldberg est aujourd'hui le moteur derrière le mouvement séparatiste qui essaie de briser la Bolivie, de manière à ce que les régions les plus riches – en gaz et en pétrole – restent sous le contrôle des oligarchies de la demi-lune bolivienne (les départements de Santa Cruz, Tarija, Beni et Pando), garantissant que le peuple de Bolivie perde ses richesses naturelles au bénéfice des compagnies pétrolières transnationales.

Cette tentative de balkaniser l'Amérique Latine, qui touche les pays qui ne sont pas asservis à l'Empire yankee qui essaie de voler leurs richesses et ressources naturelles, inclut le Venezuela (où ils fomentent la succession de Zulia) et l'Equateur (où ils ont activement promu un référendum sécessionniste, à particulier à Quayaquil).

Pour tout ceci – et à part quelque bonne intention que pourrait avoir Uri Avnery – il est extrêmement significatif qu'il considère que la Palestine est juste une province de l'Etat sioniste et que, dans son analyse, il ignore complètement les faits historiques qui ont conduit la Yougoslavie à la désintégration.

Notes de lecture :

(1) L'histoire très complexe des Balkans (qui comprennent l'Albanie, la Bosnie et l'Herzégovine, la Bulgarie, la Grèce, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo et la partie européenne de la Turquie) est caractérisée par de constantes divisions et sub-divisions auxquelles la région a été soumise, depuis la seconde moitié du 19ème siècle.

Cette histoire tragique est jonchée de centaines de milliers de morts, et est à l'origine du terme de "balkanisation", qui est aujourd'hui appliqué à des territoires très éloignés des Balkans.

"Balkanisation" est devenu le synonyme d'une division violente et artificielle – promue et menée par une puissance étrangère – des pays qui font partie intégrante de la région, accentuant et accélérant des conflits politiques, religieux et ethniques pour assurer que un ou plus de ces pays tombent sous le contrôle et l'influence de l'Empire du jour, en résultat d'une soi-disant guerre d'indépendance.

(2) Le dernier poste de l'Ambassadeur Goldberg, avant de prendre ma cjarge de l'Ambassade US en Bolivie, fut celui de Chef de Mission à Pristina, Kosovo (2004-2006).


Cet article a été traduit de l'espagnol à l'anglais par Ernesto Paramo et Machetera, membres de de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.
Voir la source.
Article original publié le 14 septembre 2008
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Source : Palestine Think Tank
Traduction : MR pour ISM


Vendredi 19 Septembre 2008

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